I. LES DOCTRINES
soustrait à l’opération de la loi de l’offre et de la demande. Tout le monde a constaté aussi que, lorsque le prix du pain est très-élevé, les salaires des ouvriers de la dernière classe ne baissent jamais dans la même proportion. Le moyen de hausser les salaires du travail ne consiste donc pas à élever le prix des aliments, mais à diminuer le nombre des concurrents au travail; car c'est le nombre de ces concurrents, comparé avec la quantité de travail à exécuter, qui influe sur le prix du travail ; ce ne sont pas les variations dans le prix de la nourriture.
« Le travail, dit Ricardo, comme toutes les choses qui s’achètent et se vendent, et dont la quantité peut être accrue et diminuée, a son prix naturel et son prix sur le marché. Le prix naturel est celui qui est nécessaire pour que les travailleurs subsistent et se perpétuent, sans accroissement ou diminution. — Le prix naturel du travail dépend du prix des aliments, des objets de nécessité et de convenance qu’exige l’existence de l’ouvrier et de sa famille. Avec une hausse du prix des aliments et des objets de nécessité, le prix naturel du travail hausse; avec une baisse de ce prix, le prix naturel du travail baisse. — Le prix du travail sur le marché est le prix qui lui est réellement payé, par l’opération naturelle de la proportion entre l’offre et la demande; les bras sont chers, quand ils sont rares et à bon marché, quand ils abondent. A quelque degré que le prix du marché puisse s’écarter de son prix naturel, le travail a, comme les marchandises, une tendance à s’y conformer. » Un rapide examen fera ressortir le vague et l’inexactitude de ces maximes. Qu’est-ce que les aliments, les objets de nécessité et de convenance natureh d’un ouvrier? Ils varient dans tous les pays. Prendrons-nous, comme type, le froment de l’Angleterre, l avoiiie de l’Écosse ou la pomme de terre de l’Irlande? Les salaires, dans l’ouest du comté d’York, sont de 12 fr. 50 c.
^ ; : ♦if-.J
fl
"ïl
par semaine; dans le comté de Dorset, ils sont de la moitié. Lesquels serviront de type? La moindre réflexion montre que l’idée d’un type naturel est une chimère. Le même principe détermine le taux des salaires dans chacun de ces cas; c’est la proportion qui existe entre le capital, l’ouvrage et les ouvriers dans chaque localité. Qu’est-ce qui abaisse les salaires en Irlande et dans le comté de Dorset? L’abondance des bras et la rareté du capital et de l’ouvrage. Qu’est-ce qui les élève dans le comté d’York? L’abondance du capital et de l’ouvrage, et le petit nombre des bras. Si quelque cause produit une variation dans les proportions relatives de ces trois éléments, il en résulte nécessairement un changement dans le taux des salaires. Depuis qu’une famine et l’émigration ont soulagé l’Irlande de la surabondance des bras, les salaires y ont sensiblement haussé. L’émigration a produit les mêmes effets dans le comté de Dorset, et si les proportions existantes entre ces trois éléments se maintiennent, le taux habituel des salaires restera tel qu’il est à présent. On voit à quel point il est inexact de parler du prix naturel du travail. Ce que Ricardo entend par cette expression n’est rien de plus que le prix habituel du marché, résultant d’une longue persistance dans les proportions entre les trois éléments des salaires; mais lorsque cette proportion est changée, le prix habituel du marché change avec elle. Il s’ensuit que le rapport de l’offre et de la demande est la seule règle des salaires.
11 est visible que les idées de Ricardo, au sujet du travail, sont dictées par la même erreur qui constitue le vice fondamental de sa théorie de la valeur; il prend toujours l’effet pour la cause. Évidemment, ce n’est pas le prix des aliments qui règle les salaires, ce sont les salaires obtenus qui indiquent les aliments les plus chers que l’ouvrier est à même d’acheter. Les salaires, en Angleterre, n’ont pas