I. LES DOCTRINES
pas plus que, si la propriété avait été payée en argent, l’argent ne représenterait cette même propriété dont il serait l’équivalent. On peut supposer que le manufacturier, le négociant en gros et le détaillant sont tous clients I de la même banque, et que, si cette banque escompte tous
' leurs billets, elle peut à son insu posséder toute une série
t de dettes dérivant des transferts de la même propriété, i Les opérations ci-dessus, on le répète, sont dans le
! cours naturel des choses ; il peut arriver quelquefois qu’une propriété change beaucoup plus de fois de mains et qu’un billet soit créé à chaque transfert. A une époque j de spéculation, notamment, on peut imaginer la création de beaucoup de billets par des transferts répétés de la même propriété. Tous ces billets sont réguliers ; mais c’est évidemment une illusion de leur supposer de la sécurité à ce titre. Un seul représente la propriété, s’il est permis d'employer cette expression ; et les autres ne représentent rien, ou chacun ne représente qu'une fraction. La vraie sécurité du billet réside dans les moyens généraux I qu’ont les parties de remplir leurs engagements, et non dans certaines marchandises que le billet est supposé représenter, marchandises dont la valeur est vague et impossible à constater par le porteur ou par celui qui l’escompte.
Si, comme on vient de le voir, une certaine valeur peut, par ces transferts réitérés, donner naissance à un nombre considérable de billets de bonne foi, il arrive souvent aussi qu’un billet unique représente les transferts de plusieurs fois la valeur y énoncée. C’est ce qui a lieu lorsqu’il est endossé et circule représentant autant de valeurs additionnelles qu’il porte d’endossements. Supposons une négociation sérieuse entre A et B. A tire un billet sur B, qui l’accepte. A a en outre une affaire avec C, et il a contracté envers lui une dette en payement de laquelle il lui
offre son billet sur B et l’endosse au nom de C. Le billet étant entre les mains de C, représente deux négociations. C fait une affaire avec D, et, comme payement, il endosse le même billet au nom de D ; le billet représente alors trois négociations. Il peut encore circuler un nombre infini de fois, et représentera autant de transferts de propriété. Lorsque C 1 endossa au nom de D, il ne fit que lui ti ansmettre la dette que A lui avait précédemment transféiée. II aurait pu le faire aussi bien en tirant un nouveau billet sur B, après avoir annulé le premier, qu’en endossant celui qu il avait reçu de A. C’est ainsi que tout endossement est l’équivalent d’un nouveau billet tiré. Mais si Dtire un nouveau billet, celui-ci ne représentera que la dette de B envers lui, tandis que s’il endosse le billet qu il a reçu, ce dernier représente à la fois la dette de B envers A, celle de A envers C et celle de G envers D. Par conséquent, il est beaucoup plus avantageux pour D de recevoir un billet qui représente la somme de plusieurs négociations antérieures et au payement duquel plusieurs sont engagés dans toute 1 étefidue de leurs ressources. Il y a quelque temps, toute la circulation du comté de Lancastie consistait en billets à ordre, qui quelquefois portaient jusqu’à 150 endossements faits avant l’échéance.
Dans le cours des opérations retracées tout à l’heure, on a vu que le manufacturier contractait une seule obligation, mais que le négociant en gros allait jusqu’à deux. Celui-ci est toujours responsable pour les marchandises en première instance, et, s il les vend à un grand nombre de détaillants, il reçoit leurs acceptations pour les faire escompter par son banquier. Il peut arriver alors que quelques-uns des engagements des détaillants ne soient point remplis, et qu’il soit obligé de les remplir lui-même.
Il doit donc, pour sa sûreté, garder, soit chez lui, soit chez son banquier, une somme disponible qui suffise à