‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 66 sur 187 · LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

LES DOCTRINES

ces éventualités, étant exposé à la faillite, s’il est hors d’état de faire face à une seule obligation. Le billet à ordre devant être payé en numéraire à jour fixe, si, à l’approche du terme fatal, il n’a pas assez de numéraire, 3

il est obligé de s’en procurer en vendant ses marchandises, même à perte, afin de satisfaire à ses engagements au cas où son banquier lui refuserait l’escompte. Comme, dans les temps les meilleurs, les accidents de commerce abondent, c’est le comble de l’imprudence pour un négociant d’employer dans les affaires toutes ses ressources, et en même temps de contracter des obligations de crédit ; car il lui arrivera infailliblement d’avoir quelquefois à remplir les engagements des autres et à rembourser le prix des marchandises sur lesquelles il a opéré. On a vu plus haut que le prix des marchandises, à un moment donné, dépend entièrement du rapport de l’offre et de la demande.

Si l’offre est excessive, rien ne peut empêcher l’avilissement des prix. Les marchandises, alors, ne peuvent pas payer leurs frais de production, et les producteurs succomberont, à défaut d’un capital disponible qui leur permette de tenir jusqu’à ce que l’offre cesse d’être excessive, et qui leur épargne la vente à un prix de ruine.

Tous les commerçants sont sous le poids d’engagements ; tous acceptent les billets à ordre qui ont une échéance et doivent être acquittés. Pour remplir leurs engagements, ils ont deux sortes de propriétés : premièrement, les dettes contractées envers eux ; en second lieu, des marchandises.

Ils ont l’alternative, ou de vendre les dettes à leurs banquiers, ou de vendre sur le marché leurs marchandises.

Tant que le crédit est ferme, tant que les banquiers achètent facilement les dettes, ils peuvent garder par devers eux leurs marchandises et attendre le moment de faire une vente avantageuse. Mais, si le crédit est ébranlé et que les banquiers refusent d’acheter les dettes, leurs en-

gagements doivent être remplis par eux sous peine de ruine. Ils sont donc contraints de verser leurs marchandises sur le marché, et de les vendre à tout prix ; l’approvisionnement devient excessif, et avilit les prix inévitablement. Ceux qui ont assez de capital pour faire face à leurs engagements, sans recourir à l’escompte, sont en mesure d’attendre que, l’encombrement du marché ayant cessé, les prix se relèvent par l’effet naturel de la demande. Or, quand les banquiers refusent d’acheter les dettes des négociants en créant des dettes qui leur sont propres, des émissions, comme on les appelle, on dit qu’ils restreignent leurs émissions. Par conséquent, une restriction des émissions ou des escomptes est généralement suivie par une baisse des prix. Cette baisse des prix, coïncidant avec la restriction des émissions, a été supposée être l’effet direct d’une diminution de la quantité d’argent par rapport aux marchandises; cette supposition est erronée, par la raison que la baisse est en réalité causée par un changement de proportion entre l’offre et la demande sur le marché.

Quand on dit qu’il y a pression sur le marché de l’argent, que l’argent est rare, c’est que la confiance a disparu. L’expression l'argent est rare ne veut pas dire qu’il existe moins d’argent que précédemment; il peut y en avoir plus ou moins, personne ne le sait; mais une grande partie du crédit qui remplaçait l’argent a été détruit, et l’argent a été appelé tout à coup à combler le vide. Lorsqu’un nouveau champ [d’entreprise commerciale a été découvert par des esprits sagaces, ou qu’un nouveau marché s’est ouvert par suite d’un changement dans la politique commerciale de pays étrangers, les premiers spéculateurs recueillent ordinairement d’immenses profits. Le bruit s’en répand, et une multitude d’autres, exaltés par les succès des premiers, se précipitent sur le même terrain.

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