LES DOCTRINES
gument irréfragable, que si, par elle, on perd des valeurs d’échange, on gagne des forces productives, et que l’accroissement des forces productives importe plus que des masses de valeurs. Les lecteurs du présent exposé n’auront point sans doute oublié que, d’après M. Macleod, un pays est riche moins par la quantité des valeurs qu’il possède que par le développement de ses forces productives.
Dans les luttes du libre échange, comme il arrive toujours, on a pu être exclusif; mais, après avoir remporté de grandes victoires, on doit être large et équitable, et la théorie du commerce international, aux yeux de tout esprit clairvoyant, resterait incomplète si elle ne faisait pas sa juste part au grand fait de la protection.
Si je crois devoir me permettre un amendement à la doctrine de M. Macleod sur ce point, en revanche, je ne puis qu’applaudir presque sans réserve à l’attitude qu’il a prise en présence de la nouvelle situation faite à la science qu’il cultive. Dans son Dictionnaire^ en terminant un article sur Cobden, il exprime en ces termes ses espérances sur la régénération de l’économie politique :
« L’abrogation des lois sur les céréales, en 1846, doit marquer une ère, non-seulement dans l’histoire générale, mais dans la science de l’économie politique. On suppose fréquemment que l’adoption du libre échange est le but essentiel de l’économie politique. Or, c’est là une grave erreur. Le libre échange ne fait que déblayer le terrain et ' en écarter les obstacles pour la construction de cette science.
« 11 serait très-intéressant de constater exactement quelle ; influence a eue l’ouvrage d’Adam Smith sur l’abolition I des lois en matière de céréales. N’est-il pas possible que la I Ligue eût pu exister et obtenir l’adoption du libre échange si Adam Smith n’avait pas écrit du tout? N’est-il pas possible que les inconvénients des lois sur les céréales
n’eussent d’eux-mêraes sauté aux yeux de manufacturiers
intelligents, dépourvus de tout enseignement scientifique?
En tout cas, l’abolition de ces lois est le mausolée de la Richesse des nations. Si elle est due à cet ouvrage, nul doute qu’Adam Smith ne doive prendre place au nombre des bienfaiteurs du genre humain. Mais il n’est permis à personne, quelque illustre qu il soit, d arrêter la marche de la science. Durant les agitations ardentes de la bataille livrée pour établir un grand principe, on n’a guère le temps de songer à la pureté de la langue et à l’exactitude des formules. Mais, aujourd’hui que la grande victoire est remportée, et que les esprits doivent être plus calmes et plus réfléchis, le moment est venu d une revue complète de la science. La destruction du système protecteur est le ■ premier fruit des luttes d une science à l état d enfance, elle n’en est pas le terme.
« Tous ceux qui ont étudié la science savent que, bien que les économistes de toutes les écoles soient d accoi d sur la question de la liberté du commerce, la science est encore dans un état déplorable. 11 n’est pas une de ses définitions, une de ses lois générales qui ne donne lieu aux plus vives controverses; et à peine s’il y a un point sur lequel deux économistes s’entendent. Un tel état de choses est-il satisfaisant? Est-il inévitable et naturel? Non, certainement. Nous affirmons que les définitions et les axiomes de l’économie politique peuvent être établis tout aussi bien que ceux de toute autre science. Mais il est nécessaire de procéder de même. Les immortels fondateurs des sciences physiques nous ont laissé des modèles sûrs pour nous guider sur la manière dont se forme une science. Quiconque est au courant des débuts de ces sciences ne peut manquer de reconnaître qu elles ont été en pioie à des controverses, qui présentent les analogies les plus frappantes avec celles qui , malheureusement, divisent