‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 89 sur 187 · I. LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

I. LES DOCTRINES

1 de grands négociants, de grands armateurs, de grands proj ducteurs de toute sorte. C’était un parlement de vendeurs, coalition vaste et corrompue. La masse de la population, ou les consommateurs, n’avait guère d’influence dans la 1 chambre des communes. Les vendeurs possédaient le monopole de la loi, et la loi était ce qu’on pouvait attendre. Tous les producteurs, à leur tour, avaient la permission de piller le public. Ce n’était rien moins qu’une conspiration gigantesque des vendeurs contre les acheteurs. »

Ici, comme d’habitude, U. Macleod est un ingénieux et puissant logicien; mais il est avant tout sous 1 empire des sentiments personnels que lui a inspirés la récente histoire économique de son pays. De ce point de vue, sa théorie est exclusive, incomplète; elle offre une lacune considérable. Cette lacune, je ne puis mieux la combler ' qu’en citant une page d’un de ses éminents compatriotes, comme lui dévoué à la liberté des échanges, M. J. St Mill. Voici comment ce dernier, après avoir impitoyablement j écrasé le système protecteur en général, fait grâce entière à un cas particulier de protection.

«Le seul cas dans lequel, par de pures considérations d’économie politique, les droits protecteurs puissent être défendus, est celui où ils sont établis à titre temporaire (particulièrement dans un pays jeune et grandissant), en vue de naturaliser une industrie étrangère, parfaitement appropriée en elle-même à l’état du pays. La supériorité d’un pays sur un autre dans une industrie provient souvent de ce qu’il a pris les devants. 11 peut ii’y avoir ni ^ avantage propre d’une part, ni désavantage d’autre part ; mais il peut exister seulement une supériorité présente d’habileté et d’expérience acquises. Un pays qui a celte habileté et cette expérience à acquérir peut, sous d’autres rapports, être mieux approprié à la production que ceux j qui l’ont précédé sur le terrain; et d’ailleurs, il y a lieu

(le remarquer que rien ne tend plus fortement à provoquer lies améliorations dans une industrie, qu une épreuve à laquelle elle est soumise dans de nouvelles conditions. Mais on ne peut espérer que des individus puissent, à . leurs risques, ou plutôt avec une perte certaine, introduire une nouvelle fabrication et en supporter les frais, à moins que les producteurs n’aient atteint le degré d’éducation de ceux pour qui les procédés de cette fabrication sont traditionnels. Un droit protecteur, durant une période raisonnable, sera quelquefois, pour le pays, le mode le moins sujet aux inconvénients de se taxer pour soutenir une pareille expérience. Mais la protection doit être limitée au cas où il y aura de puissants motifs d’espérer que 1 industrie qu’elle encourage devra être, au bout de quelque • temps, capable d'y renoncer; et les producteurs nationaux ne doivent pas être autorisés à attendre qu elle leur sera continuée au delà du temps strictement nécessaire pour une suffisante expérience de ce qu’ils sont capables d exécuter. »

Cette protection éclairée, dont l’histoire des temps modernes, et en particulier l’histoire contemporaine attestent la fécondité dans certains pays, peut invoquer d’autres témoignages d’une égale autorité. Je citerai notamment en France Rossi, qui compare les sacrifices qu’elle occasionne aux frais d’éducation qu’un père fait pour ses enfants; en Allemagne, les émintmts prolesseurs de Hermann et de Wilhelm Roscher, dont j’ai reproduit les opinions dans ma traduction du Système national de Frédéric List. C’est Frédéric List qui a jeté sur ce point le plus d’éclat. Nul n’a retracé avec plus d’éloquence les avantages delà liberté du commerce; mais nul non plus ii’a fait mieux ressortir l’utilité d’une protection appliquée avec discernement, en vue de 1 éducation industrielle d un pays convenablement préparé. Il 1 a appuyée sur cet ar-

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