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Fig. i. Plan d'ensemble de la partie Nord de la Nécropole de Saqqarah.
D'après Bissing.
nons maintenanties abords directs de la pyramide de Teti et, en nous aidant des indices qui ont été découverts au cours des fouilles du Service des Antiquités, essayons de nous représenter l'aspect des lieux il y a quelque cinq mille ans, au moment où le roi Teti venait de prendre possession de sa demeure éternelle.
La pyra-
mide (i) est soigneusement revêtue, de la base au sommet, de dalles de calcaire, qui cachent les matériaux divers constituant son noyau. Elle est des-
(i) La pyramide de Teti est actuellement fermée; la pyramide d'Ounas, qui est du même type, sert de base a notre description.
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tinée principalement à protéger la chambre funéraire du roi, dont les murs sont couverts de textes religieux. La momie royale une fois enfermée dans le sarcophage (planche IV), on a accumulé, dans les chambres, les pièces du mobilier funéraire, entre autres les précieux vases en pierre constituant la vaisselle destinée au service du royal défunt. A l'extrémité de la chambre funéraire, le sarcophage est entouré sur trois des côtés par trois dalles colossales en albâtre, sur lesquelles on a dessiné un de ces pavillons légers en boiseries — sorte de moucharabiehs — que l'on disposait à la porte des palais et des maisons des grands pour ombrager l'entrée des appartements. Entre les montants de bois, des tapis ou des nattes multicolores jouaient le rôle de stores aux heures où le soleil était le plus ardent (planche V). C'est par cette porte fictive que l'âme du roi, son « double », entrera ou sortira du tombeau, à son gré. Les couloirs d'accès ont été soigneusement fermés par de solides herses en granit glissant dans des rainures (planche VI).
On pensait que le mort continuait à poursuivre une vie à peine différente de celle qu'il avait menée au milieu des vivants. Le mobilier funéraire, les provisions enfouies à proximité de la momie, devaient l'aider en cette existence nouvelle. Le mort est un être dangereux pour la communauté des vivants ; s'il manque de quelque chose, il viendra le chercher lui-même au milieu des villes où il causera des ravages cruels. Il fallait donc nécessairement instituer des services réguliers chargés de renouveler périodiquement les provisions destinées au défunt.
Il y aurait un grave inconvénient à laisser ouvert le réduit où est cachée la momie et où vit l'âme ou le double. Y pénétrer pourrait être plein de périls pour les parents et les serviteurs qui y apporteraient des offrandes. Pour parer à cette éventualité, on recourut à un procédé commode, employé par tous les peuples, et qui consiste à déposer les offrandes à un endroit déterminé où le mort pourrait venir les recueillir. Cet endroit est, dans l'espèce, une sorte de magasin, adossé à la face de la pyramide qui regarde le soleil levant. Au fond du magasin, une nouvelle fausse porte servira au même office que celle qui se trouve gravée dans la chambre sépulcrale. Le mort pourra aisément entrer et sortir, venir se nourrir des aliments apportés périodiquement dans ce magasin, qui, petit à petit, se développera au point de devenir un véritable temple funéraire. La fausse porte est, en effet, une porte réelle pour le
mort ; elle est, plus exactement, une « âme de porte » qui s'ouvrira pour 1' « âme du roi ».
11 suffit de parcourir rapidement le « Rameau d'or » de Frazer pour comprendre le rôle précis que joue l'« âme image» dans les conceptions des primitifs. De même que l'on brise des objets pour envoyer leur âme dans l'autre monde, au service de l'âme du défunt, il suffit de représenter, sur les parois de la tombe, les objets nécessaires pour en détacher l'âme et les mettre réellement à la disposition du mort(i). Le principe une fois posé, les Égyptiens en ont fait immédiatement les applications les plus complètes : tout, absolument tout ce qui peut être utile pour le mort sera représenté en sculpture ou en peinture sur les parois de la tombe ou de la chapelle funéraire.
De là, ces nombreux défilés de porteurs d'offrandes qui, dans les chapelles des pyramides, s'acheminent vers la fausse porte qui conduit aux appartements intimes du défunt.
Telle est la disposition de la tombe du roi Teti et des tombes en forme de petites pyramides qui, placées à proximité de la tombe royale, abritent des membres de la famille royale : reines, princesses ou princes. Telles sont les mesures que les « savants », les « sorciers » des âges lointains, ont imaginées pour préserver la communauté, et surtout le pharaon régnant, des attaques des revenants royaux, en procurant à ceux-ci, après la mort, une vie suffisamment heureuse pour qu'ils ne songeassent pas à rien réclamer aux survivants.
Mais la recette n'est pas restée longtemps l'apanage des rois et de leurs proches. Les grands personnages de l'empire devaient nécessairement ambitionner un traitement analogue et, bien avant la construction des pyramides, à l'époque où la tombe du roi avait encore la forme d'une grande banquette en briques ou en pierre (on les appelle mastabas), on ensevelissait à peu près à l'instar des rois tous ceux qui, de leur vivant, avaient joué un rôle important dans la société. Les mastabas des grands se groupaient à l'entour de la tombe royale, réunissant ainsi, pour l'éternité, le roi avec ses ministres, ses sujets de marque, ses familiers.
11 semble qu'à l'époque où nous sommes, au début de la VIe dynastie, on
(i) Un exemple moderne fera comprendre clairement cette idée. Que l'on songe aux étapes suivantes d'un usage funéraire : couronnes en fleurs véritables, couronnes en fleurs artificielles, couronnes en pierre sculptée, couronnes peintes sur des plaques de faïence émaillée, etc.
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avait renoncé, devant l'encombrement de la nécropole, à construire pour chaque personnage un mastaba spécial, comme on le faisait, par exemple, à Gizeh, sous les rois de la IVe dynastie. On se contentait de construire de gigantesques massifs de pierre, à l'intérieur desquels s'ouvraient une suite de chapelles funéraires. Les groupes de tombes ainsi arrangées formaient une série de rues se coupant à angle droit, qui constituaient autour des pyramides royales une véritable ville des morts, comparable en tous points au quartier des tombeaux des kalifes au Caire. Cette ville s'animait seulement lors des fêtes des morts, lorsque les familles venaient faire dans les chapelles funéraires les sacrifices que les contrats en règle, à défaut de la reconnaissance ou de la piété filiale, déterminaient soigneusement. Au Nord de la pyramide de Teti se trouvaient plusieurs rues semblables. M. Loret a déblayé entièrement une rue et découvert l'existence d'une autre ; les tombeaux de Mereruka ou Meri et de Kagemni, fouillés par M. de Morgan, appartiennent vraisemblablement à un autre groupe de constructions analogues.
Descendons du sommet de la pyramide de Teti et acheminons-nous vers la rue de tombeaux fouillée par M. Loret (planche VU).
Au milieu de l'amas de sables et de décombres accumulés dans ce coin de nécropole, réemployé à des niveaux différents aux diverses époques, il n'est point aisé de s'imaginer l'aspect exact des lieux aux temps lointains de la VIe dynastie. La rue de tombeaux est bordée de véritables collines de déblais qui, par endroits, coupent même la perspective. Descendus au fond du ravin sablonneux, il nous est impossible d'apercevoir les tombes de Mereruka et Kagemni, situées à quelques mètres seulement, et qui sont peut-être en relation avec les chapelles funéraires de la rue. En effet, de part et d'autre, ce sont non seulement des contemporains, mais des personnages portant de nombreux titres communs et qui, d'après quelques indices, pourraient appartenir à une même famille. Des fouilles étendues apporteraient vraisemblablement des renseignements précis à cet égard.
Comme nous venons de le dire, les âges successifs ont accumulé ici leurs nécropoles, les unes sur les autres, utilisant les matériaux des tombeaux à demi ruinés pour en ériger de nouveaux, si bien que les assises supérieures des murailles ont disparu pour la plupart, malheureusement avec les sculptures qui les décoraient.
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La rue, à peu près exactement orientée du Sud au Nord, était bornée à l'Est et à l'Ouest par la façade de deux gigantesques mastabas construits en grands blocs de calcaire soigneusement appareillés. Les murs, légèrement en talus, s'arrêtaient à quelques mètres du sol par une vaste plate-forme. Dans la façade du côté Ouest, faisant face donc à l'Est, s'ouvraient les portes de quatre chapelles funéraires, au milieu de petites façades constituées par un léger retrait du front du mur principal. Dans deux tombeaux au moins, des piliers en grès encadrent la baie. Des figures gravées et des inscriptions attirent immédiatement les regards et décrivent longuement les noms et titres du propriétaire de chacune des chapelles. A l'intérieur s'ouvrent plusieurs salles, éclairées vraisemblablement par la porte ou par d'étroits soupiraux, comme dans les tombeaux de Ti et de Ptahhotep.
Au-dessus d'un soubassement d'un mètre environ, les scènes sculptées et peintes se déroulent à peu près depuis l'entrée jusqu'à la stèle ou fausse porte qui mène aux appartements intimes du mort. Ceux-ci se trouvent situés profondément dans le sol, communiquant avec l'extérieur par un puits qui débouche au sommet du mastaba. Un escalier conduit, dans plusieurs tombeaux, de l'une des chambres intérieures à la plate-forme, peut-être pour faciliter les cérémonies au jour de l'enterrement.
Nous allons à présent examiner en détail ce qui reste des trois premiers tombeaux de la rue ; le quatrième n'a pas été maintenu désensablé. Voici ce qu'en dit M. Loret : « Cette quatrième tombe appartient à un nommé Ka-Pâr. La stèle est de mauvais travail ; mais une grande salle, devant la porte, offre un exemple intéressant de plafond voûté en briques. Cette tombe est d'ailleurs presque dénuée d'intérêt artistique. A part la stèle et l'encadrement de la porte d'entrée, on n'y trouve aucune sculpture. Les six chambres sont simplement crépies à la chaux et badigeonnées de couleur blanche (i). »
Disons encore que, passé ce quatrième tombeau, la rue tournait à angle droit pour venir se terminer en impasse contre la pyramide funéraire de la reine Apouit.
(i) V. Loret, Fouilles dans la nécropole memphile (1897-1899), dans le Bulletin de l'Institut égyptien. V série, n' 10, année 1899, Le Caire, p. 91.