I. TOMBEAU DE NEFER-SESHEM-RA
E premier tombeau (planche VI 11) a le plus souffert, et le visiteur peut difficilement se représenter l'ensemble du monument, dont le sable recouvre en partie les murs encore existants.
La façade (planche IX) a été fortement rongée par l'action du temps et surtout par le vent, qui projette, à la surface du calcaire tendre, de minces particules de sable qui, à la longue, détruisent complètement les inscriptions.
Le panneau de gauche est le mieux conservé. On y voit le mort, debout, regardant vers la droite et s'appuyant sur son grand bâton. Devant lui et au-dessus de sa tète, douze lignes d'inscriptions contiennent des formules funéraires et les noms et titres de Nefer-seshem-Ra. On demande aux dieux que le mort reçoive des offrandes funéraires dans la nécropole de la montagne occidentale, qu'il soit enseveli dans la tombe de la nécropole après une heureuse vieillesse, jouissant de l'estime du roi. On demande encore qu'il puisse parcourir les bons chemins, qu'il soit accompagné de ses doubles (de ses âmes) dans les brillants chemins où marchent les bienheureux (i). Puis commence l'énumération des principaux titres de Nefer-seshem-Ra. 11 est d'abord appelé prince héréditaire. On lui donne ensuite, parmi d'autres, les titres suivants : chef des prêtres de la pyramide de Teti, juge suprême, vizir, chef-scribe des documents royaux, chef de tous les travaux du roi, chef des deux trésors d'argent, chef des deux trésors d'or, chef des deux magasins du trésor royal, chef du sud, chef des deux greniers, chef des missions, chef du palais, chef des deux magasins des objets sous scellés, chef des productions du ciel et des fruits, le premier après le roi, chef de la grande maison des six, etc. Tels sont les titres dont la signification paraît claire. On rencontre déjà, dans cette liste, à côté du nom Nefer-seshem-Ra, un second nom Sheshi, dont nous aurons à
(i) Ici, comme dans la suite, nous ne pouvons songer à traduire littéralement toutes les formules funéraires qui risqueraient, pour la plupart, d'être à peu près aussi obscures en français qu'en égyptien et qui demanderaient, en tous cas, de longs commentaires.
nous occuper tout à l'heure. Sur le panneau de droite, on reconnaît encore la figure du défunt debout, regardant vers la gauche, entouré de textes qui répétaient probablement, à peu de chose près, les inscriptions de l'autre panneau.
Le linteau est entièrement perdu, et c'est à peine si l'on peut y reconnaître, en silhouettes faibles, deux figures du mort, debout, tournées vers la droite, encadrées de lignes horizontales d'inscriptions.
Sur la face interne des montants de la porte, on trouve, à droite et à gauche, le mort, debout, regardant vers l'extérieur. 11 tient le grand bâton et le sceptre; sa coiffure est serrée dans un bandeau orné, à l'arrière, d'un motif floral et dont l'extrémité pend sur l'épaule (comparez planche XC1I). Les figures sont fort abîmées, les textes qui les surmontaient sont à peu près entièrement détruits. En combinant ce qu'on lit à droite et à gauche, on peut restituer cependant : « L'estimé d'Osiris, maître de Busiris, l'estimé d'Anubis, maître de l'ensevelissement, le chef des prêtres de la pyramide de Teti, juge suprême, vizir, chef de tous les travaux du roi, le premier après le roi, le bâton des Rekhyt (?), l'Ankmoutef (?), chef des deux trésors en argent. Son grand nom est Nefer-seshem-Ra. »
La porte franchie, sur le mur de gauche d'un couloir qui conduit à la première chambre, un bas-relief, fortement dégradé, était consacré à la représentation de troupeaux de bœufs (planche X). On distingue encore les restes de quatre registres. Sur chacun sont sculptés deux bœufs, l'un derrière l'autre, désignés par l'inscription * * h -Ç) « jeune bœuf ». Au registre inférieur apparaît un [il, qu'on pourrait peut-être traduire ici par « régent de ferme », l'équivalent exact « régent de château » donnant en français une idée trop élevée des fonctions du personnage.
La salle I, dans laquelle nous entrons, a presque entièrement disparu et seuls les arasements des murs permettent d'en reconnaître le plan. Dans le côté Sud s'ouvre une porte donnant accès à une deuxième salle, sans trace de décorations sculptées ; dans le côté Nord, une autre porte conduit à la salle 111, qui était le lieu principal du culte funéraire ; c'était là que se faisaient les sacrifices, devant la stèle ou fausse porte. Les murs en sont entièrement détruits et, seule, la stèle monolithe est restée en place, mutilée vers le bas par une infructueuse tentative des chercheurs de trésors (planche XI).
On est un peu surpris au premier abord d'apprendre que cette série de
FIGURE 2 — STELE DE NEFER-SESHEM- RA. RECONSTITUTION EN PERSPECTIVE MODERNE.
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panneaux bizarrement agencés, légèrement en retrait les uns sur les autres, doit représenter une porte, ou plus exactement la partie de la façade d'une maison dans laquelle s'ouvre la porte principale. Les conventions de l'architecture égyptienne figurée sont des plus déroutantes, et il faut un certain temps avant de démêler ce que le dessinateur a voulu exprimer. L'analyse d'un grand nombre de ces stèles, la comparaison minutieuse de leurs détails, permettent cependant de restituer l'ensemble d'après nos conventions de la perspective moderne, à peu près de la manière suivante (voir figure 2) :
La porte est séparée, comme on le voit, du reste de la construction par une forte moulure arrondie. Au sommet s'étend, sur toute la largeur, une gorge ornée de palmes. La moulure arrête vers l'extérieur les panneaux d'encadrement de la baie, montants étroits et linteau couverts de figures et d'inscriptions.
Légèrement en retrait, les panneaux de la porte sont, à leur tour, ornés de représentations du mort, debout, dans la pose habituelle. Les montants supportent un linteau surplombant un peu et aussi légèrement en retrait sur l'encadrement extérieur. L'espace laissé libre entre ces montants et l'architrave est divisé par un nouveau linteau, en dessous duquel s'ouvre la porte proprement dite. Au-dessus, un petit panneau (1) sépare deux étroites fenêtres destinées à éclairer l'entrée de la maison quand la porte est fermée.
Les panneaux flanquant la porte devraient être, en réalité, aperçus en perspective : ce sont les deux faces internes des piliers carrés qui encadrent la porte, tels qu'on les voit, par exemple, sur les planches XXI 1], XXIV ou LXXV111 et LXX1X. L'Égyptien, voulant en montrer les inscriptions et décorations, les a rabattues sur le plan, rétrécissant ainsi l'espace réservé au passage, au point de le transformer en une mince rainure, ce qui pouvait se faire sans aucun inconvénient, puisqu'il n'y avait aucun détail à marquer en cet endroit. Tout au plus aurait-on pu représenter, comme on l'a fait parfois, les deux verrous qui servaient à assujettir les battants de la porte. Un petit tambour cylindrique, placé dans le passage, sert à inscrire les noms et titres du propriétaire de la maison. La disposition de ce tambour est clairement connue par les tombeaux de l'Ancien Empire, où on le rencontre très fréquemment.
(1) Ce panneau, orné de deux représentations du mort assis devant une table d'offrandes, deviendra peu à peu la véritable stèle, telle qu'on la connait aux époques ultérieures.
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Partout où la place le permettait, des inscriptions ont été gravées, constituant une collection très complète des formules funéraires de la fin de l'Ancien Empire. On aurait peine à citer une stèle dont le répertoire des formules fût plus abondant. Le scribe qui les a écrites n'a pas toujours été extrêmement soigneux et il a parfois laissé des traces de sa négligence en tronquant une phrase, en oubliant un mot. Efforçons-nous de donner une idée de l'ensemble de ces inscriptions, dont la traduction complète demanderait de longs commentaires, que nous ne pouvons songer à présenter ici.
Les lignes j à 3 contiennent des formules relatives à l'accomplissement des rites funéraires par le prêtre récitateur des textes rituels, à l'ensevelissement dans la nécropole et à la présentation des offrandes funéraires aux principales fêtes de l'année.
Dans les lignes 5 à 6, les dieux sont invoqués pour qu'ils accordent à Nefer-seshem-Ra une bonne vieillesse, estimé du dieu de sa ville et du roi, et pour qu'après sa mort il parcoure les bons chemins dans lesquels marchent ceux qui sont aimés du dieu principal des morts, Osiris.
La ligne 8 contient une brève formule relative aux offrandes funéraires. A la ligne 10, nous pensons reconnaître une allusion, incomprise par le scribe, à la montagne d'Occident personnifiée, le domaine de la mort, qui tend ses bras vers le mort pour l'accueillir (i).
Les lignes 4, 7, 9 et j 1 énumèrent les titres du défunt. Les lignes j3 et 14 sont consacrées à des formules rares, qui tont allusion aux cérémonies des funérailles : « Qu'il entre dans sa maison d'éternité en très bon repos, estimé du dieu Anubis, chef des occidentaux (des morts), maître de la belle terre (nécropole), après qu'on lui a fait des offrandes funéraires sur la table d'offrande, après la navigation du lac (2), après que les rites ont été accomplis en sa faveur par le récitateur des textes rituels. » La ligne 1 5 énumère encore des titres.
Les lignes 16 à 18 sont une espèce de panégyrique du mort : « Je suis venu dans ma ville, je suis arrivé dans ma province, j'ai réalisé la vérité pour son maître (le roi, qui est maître de la vérité), je lui ai plu en ce qu'il aimait. J'ai
(1) Voir, par exemple, Mariette, les Mastabas de l'Ancien Empire, p. 433 (Musée du Caire); Lange- Schafer, Grab und Denksteine des miltleren 1{eichs, t. 1, n" iooo5, 20008; stèle du Musée de Vienne, n° 7.
(2) Mariette, Les Mastabas de l'Ancien Empire, p. iq5. Voir peut-être H. Madsen, Vie Totenfeier im Garlen, dans la Zeilschrifi fur à'gyptische Sprache und Alterlumskunde, XLI11, 1906, p. 5ï.
dit le vrai, j'ai fait le vrai, j'ai dit le bon, je l'ai répété... J'ai été l'arbitre entre les adversaires, pour les pacifier. J'ai sauvé le misérable de la main du violent... J'ai donné du pain à qui avait faim, des vêtements (à qui était nu)... J'ai enseveli celui qui n'avait pas de fils (pour lui rendre les derniers devoirs). J'ai été la barque de celui qui n'en avait pas. J'ai respecté mon père et ai été agréable à ma mère ; j'ai pris soin de leurs enfants. »
Aux lignes 19 à 21 , on retrouve des formules analogues à celles des premières lignes. On prie, par exemple, pour que « le défunt marche dans les bons chemins, qu'il soit accompagné de ses doubles ou âmes, qu'il soit accueilli par le dieu et guidé dans les chemins excellents où marchent les bienheureux, qu'il parvienne auprès du dieu grand maître de l'Occident... Que le récitateur des textes rituels et l'embaumeur (%û@) accomplissent en sa faveur les rites ».
La ligne 22 ne contient que des titres.
Aux lignes 23 et 24, on trouve encore, malheureusement mutilées à la base, quelques formules funéraires intéressantes : « Qu'il navigue sur la voûte céleste en très bon repos, qu'il apparaisse à la pointe de la montagne de la
nécropole, qu'il soit saisi ( e» ) par ses ancêtres (1) qu'il reçoive
des offrandes funéraires sur la table d'offrandes de sa maison d'éternité, étant parvenu à un âge avancé... »
Les lignes 25 à 32 répètent exactement les lignes i5 à 22.
On voit combien ces textes contiennent d'idées difficilement conciliables avec les croyances à une vie dans la tombe, telle que nous l'avons esquissée plus haut. Ce sont des idées nouvelles qui se font jour et qui, sans remplacer entièrement les notions anciennes, finiront par jouer cependant un rôle important dans les préoccupations d'outre-tombe. Elles se rattachent à une eschatologie nouvelle, qui est expliquée, avec plus ou moins de clarté, dans les textes gravés sur les murs des chambres funéraires des pyramides à partir du roi Ounas. Nous y avons fait brièvement allusion plus haut. Ces croyances, d'un ordre incontestablement plus élevé que les vieilles théories, commencent dès ce moment à s'insinuer dans les sépultures des grands personnages. C'est là un procédé lent, qui se continuera pendant toute l'histoire de l'Egypte et qui
(1) Mariette, Les Mastabas de l'Ancien 'Empire, p. 19S.
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consiste à faire bénéficier de plus en plus les sujets des recettes magiques réservées d'abord strictement au roi, tandis qu'on en élabore simultanément de nouvelles pour la personne royale.
Les deux noms du mort, Nefer-seshem-Ra et Sheshi, alternent constamment sur la stèle. Nous pouvons indiquer brièvement ici ce que l'on peut supposer au sujet de ces deux noms, dont l'un est appelé le grand nom et l'autre le bon nom.
On sait que, pour les primitifs en général, le nom a une importance extrême ; il constitue un élément essentiel de la personnalité humaine, qui, sans lui, ne serait pas complète : c'est, dirions-nous, une espèce d'âme. On croit que l'emploi du nom dans les opérations magiques peut avoir sur celui qui le porte une influence irrésistible, et beaucoup de primitifs cachent leur véritable nom et le remplacent, pour les besoins ordinaires de la vie, par un autre, dont l'usage n'offrira aucun danger. Une légende mythologique égyptienne nous prouve à l'évidence le rôle important de ces croyances en Egypte; de là, le bon nom ou nom habituel et le grand nom, qui était le nom caché ou secret, qu'on ne révélait qu'avec terreur, mais qu'on était forcé de mentionner dans la tombe, afin que les formules religieuses et magiques pussent s'appliquer certainement à celui à qui on les destinait. Nous verrons plus loin que l'on employait parfois un troisième nom, dont le rôle n'est pas absolument clair.
De chaque côté de la stèle, on entrevoit des figures de serviteurs présentant des huiles, des essences, des bandelettes au double du mort (I w^^ ; à gauche et à droite, ce sont les mêmes offrandes ; de haut en bas, les huiles, puis les fards, enfin les bandelettes.
Le mur du côté Nord était décoré vraisemblablement de scènes semblables à celles que nous trouvons dans la chambre contenant la stèle du troisième tombeau. On en voit encore des traces à peu près insignifiantes, parmi lesquelles il n'est utile de signaler que le titre et le nom d'un porteur d'offrandes fj^. ^ "" ° p (ce qui reste suffit pour reconnaître que les scènes étaient disposées comme sur la planche XCVU).
Une porte dans le mur Nord de la salle 111 conduisait à une quatrième salle (IV) dépourvue actuellement de toute décoration. Entre les salles 111 et IV se trouvait, au cœur de la construction, un réduit V, qu'on appelle un
serdab et dans lequel étaient placées des statues du défunt. Nous aurons l'occasion de reparler de cet élément constitutif du tombeau.
Revenons sur nos pas jusqu'à la salle 1. Une porte percée dans le mur Est nous permet de pénétrer dans une vaste salle (VI), dont les murs, en gros blocs à la surface rugueuse, n'ont jamais reçu aucune décoration. Dans l'angle Sud-Ouest de cette salle, s'amorce un escalier, qui conduisait vraisemblablement à la plate-forme extérieure du mastaba, permettant ainsi d'accéder facilement à l'orifice du puits funéraire, comme nous avons eu l'occasion de le remarquer précédemment. Le plafond était soutenu par deux architraves appuyées sur six gros piliers carrés.
Les quatre faces de chacun de ces piliers sont décorées de grandes figures du défunt, debout, s'appuyant sur un bâton et tenant en main une sorte de sceptre ou casse-tête cérémoniel (planches X1I-X1V). En quelques endroits, le mort est précédé d'une petite figure représentant un de ses fils. Sur deux faces, assise sur le sol et placée, semble-t-il, par une erreur de perspective, entre les jambes du mort, se trouve une petite figure de la femme de Neferseshem-Ra ; une fois seulement apparaît, dans la même position, une de ses filles. L'architrave, dont il reste un fragment, était décorée de figures du mort, debout, bâton et sceptre ou bandelette en main. Ses titres et ses noms encadrent les figures au-dessus et sur les côtés.
Les piliers ont été soigneusement sculptés en relief dans le creux, et nous pouvons examiner à leur propos, au moins sommairement, les conventions et les procédés des Égyptiens dans le rendu de la figure humaine. Une des faces du deuxième pilier à gauche nous montre Nefer-seshem-Ra accompagné de sa femme et de l'un de ses fils (planche XV).
La tête du personnage principal est dessinée franchement de profil, les traits nettement marqués, une légère barbiche découpée sous le menton ; l'œil seul est de face et trahit l'indigence des procédés. Le collier, qui s'étale largement sur la poitrine, nous montre que, pour cette partie du corps, on a représenté le modèle vu de face, de manière à bien indiquer les épaules. Et cependant une légère saillie vient marquer le bouton du sein, nous laissant entrevoir un vague essai de figurer le torse dans la même position que la tête.
Le nombril et la boucle de ceinture nous ramènent insensiblement au pro-
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fil, que nous retrouvons nettement marqué dans le dessin des jambes et des pieds. On pourrait donc dire que l'Égyptien représente l'homme de profil en silhouette, et l'on peut se demander même si, à l'origine, on n'a pas simplement cherché à fixer sur le mur « l'ombre noire » de l'individu, en réalité une de ses âmes. La difficulté de traduire le mouvement des bras, vus en silhouette, a amené une torsion des épaules, auxquelles on fait subir un quart de tour, procédé employé aussi dans les reproductions architecturales.
Dans l'espace laissé libre par la figure principale, on a cherché à caser quelques figures accessoires. Entre les jambes, par conséquent à côté de Neferseshem-Ra, sa femme est assise sur le sol ; d'un geste, connu par les statues contemporaines, elle tient la jambe de son mari. Seulement, ici, le sculpteur s'est trompé : le mort marche la jambe gauche en avant, et la femme, en réalité, devrait tenir cette jambe de la main droite et nous apparaître à peu près de dos. Mais la représentation de dos répugnant à l'artiste égyptien, comme manquant de clarté, il fait nettement passer devant le corps de la femme le bras gauche, qui devient ainsi un bras droit. Par le fait, la femme, au lieu d'être assise à côté de son mari, se trouve sous lui, entre ses deux jambes.
La comparaison des groupes figurés sur les reliefs avec les statues en ronde bosse est très intéressante et montre nettement les bizarreries auxquelles les artistes étaient condamnés par ces procédés, qui nous paraissent un peu enfantins.
Le fils est debout, remplissant l'espace laissé libre entre la ligne du sol et la pointe antérieure du pagne de son père, ce qui pourrait servir à montrer que les proportions des personnages dans les reliefs égyptiens sont déterminées surtout par l'espace laissé libre et non par l'intention de donner au défunt une taille héroïque, comme on le prétend parfois. Il est bon de remarquer déjà ici qu'en plusieurs endroits, sur les piliers, le fils du mort a été effacé soigneusement et que, des inscriptions qui s'y rapportaient, on n'a laissé subsister que le nom de la pyramide du roi Teti, dont il était prêtre. Nous aurons l'occasion plus tard de nous demander la raison de cette mutilation intentionnelle des reliefs, ayant pour résultat de faire disparaître la figure d'un des fils du défunt.
Revenons au procédé de figuration humaine. Ce qui frappe surtout, ce sont les épaules dessinées de face. Quelques artistes égyptiens ont remarqué,
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semble-t-il, l'inconvénient d'une telle représentation, au moins dans un cas spécial. Souvent, les sculpteurs en ronde bosse ont marqué avec complaisance les plis de graisse qui couvrent la poitrine des Orientaux ayant passé de nombreuses années dans l'abondance, entourés de la vénération de tous. Une poitrine grasse vue de face et en silhouette n'a rien de spécialement caractéristique et, dans le cas présent, il était plus avantageux de dessiner nettement le torse de profil. C'est ce que l'on constate dans le tombeau de Nefer-seshem- Ra et dans les tombeaux voisins, où l'on croit retrouver, à certains indices, la même manière dans le traitement des figures principales (planches XVI et
L'artiste a été incapable de surmonter les difficultés que présentait ici la représentation des bras. L'épaule gauche (planche XVI), de même que l'épaule droite (planche XVI 1), sont péniblement rattachées au cou, ainsi qu'au dos(i). Cependant, si nous tirions une ligne de la base antérieure du cou au sommet du sein, la figure tout entière nous paraîtrait supérieure à ce que les Égyptiens nous ont habitués à voir. Mais l'autre épaule aurait été cachée par le corps, et c'est ce que l'artiste n'a pu se résoudre à faire; il s'est imaginé peut-être qu'on n'aurait pas compris le mouvement du bras qui tient le bâton et qui aurait semblé sortir de la poitrine du personnage. Il a bien dû recourir au procédé que nous avons vu dans la planche XV et il a ramené en avant l'épaule telle qu'on la verrait de face, en lui faisant faire un quart de tour ; du coup, la figure entière devient une véritable monstruosité, qui nous choque plus que si elle avait été dessinée d'après le procédé ordinaire. C'est pour cela aussi que, sur la planche XVI 1, la main droite, qui pend le long de la jambe, est vue de face, alors que l'épaule a été dessinée avec la prétention d'être vue de profil.
]] y aurait évidemment encore bien d'autres remarques à faire pour essayer de rendre compte de toutes les anomalies des représentations égyptiennes. M. Pottier a dit excellemment (2) que les Orientaux ont représenté
(1) Parce qu'il y a réellement un rabattement de l'épaule vue de face sur le torse vu de profil, comme l'a montré Madsen, Ei/i T{unsllerisches Experiment im allen r\eiche. dans la Zeitschrift fur Àgyplische Sprache und Allerlumskunde, t. XL11. 1905, p. 65-69.
(2) E. Pottier, Do u ris el les peintres de vases grecs, p. 1 iS : « En effet, après de longs efforts, ce sont les Grecs qui ont brisé les conventions tyranniques auxquelles s'étaient plies les artistes en Egypte, en Chaldée, en Assyrie. Ils ont renoncé à désarticuler l'être humain, sous prétexte de le montrer sous des aspects anatomiquement vrais. Ils ont substitué à la réalité factice du corps, dessiné partie par partie, la silhouette vivante, saisie dans la
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les hommes tels qu'ils sont et non tels qu'on les voit. L'Égyptien a, en effet, toujours peur de ne pas montrer assez son modèle et il le dessine un peu, si on nous permet l'expression, de la façon dont nous pensons généralement à un homme, sans qu'à cette pensée se rattache l'idée d'un homme vu de face ou d'un homme vu de profil. Notre pensée en fait en quelque sorte le tour ; le dessin égyptien ne fait pas autre chose. Et puisque nous cherchons à traduire des procédés disparus depuis des siècles en nous servant de classifications artistiques qui répondent surtout à des choses toutes modernes, on nous permettra de dire que les Egyptiens ont essayé de « faire de la ronde bosse sur un plan ».
Nous avons terminé ainsi l'examen du premier tombeau de la rue. Une sépulture de la XVIIIe dynastie obstrue le passage et oblige à escalader les déblais avant de redescendre, quelques mètres plus loin, pour retrouver le niveau de la rue de la VIe dynastie devant la porte du tombeau de Ankh-ma- Hor.
rapidité du mouvement reproduite avec ses inégalités de formes et ses dissymétries. Ce fut la victoire de l'art sur la science. On s'habitua à des trois quarts, à des perspectives, à des parties supprimées ou à demi cachées; on en vint à considérer la nature, non telle qu'elle est, mais telle qu'on la voit. L'orientation de l'art en fut changée complètement. )>
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