‹ Une rue de tombeaux à SaqqarahChapitre 6 sur 6 · IV. TOMBEAU DE NEFER-SESHEM-PTAH · texte numérisé non relu

IV. TOMBEAU DE NEFER-SESHEM-PTAH

Sur la façade du mastaba, entre les tombeaux d'Ankh-ma-Hor et de Nefer-seshem-Ptah (planche LXXV), une grande figure debout est sculptée en relief dans le creux. Aucune inscription ne permet de distinguer à qui elle appartenait. Les mains, soigneusement représentées, confirment ce que nous avons eu l'occasion de remarquer précédemment : le bâton est bien tenu dans la main gauche et le casse-tète, qui est dans la droite, doit naturellement passer derrière le corps.

La façade du tombeau de Nefer-seshem-Ptah n'est point ornée de grandes figures du défunt ; ce n'est que sur les piliers qu'on trouve deux petites images qui le représentent (planches LXXV1 et LXXVII). Les panneaux en calcaire sont remplis de textes religieux qui ne nous apprennent rien de plus que ce que nous avons lu sur la stèle de Nefer-seshem-Ra. Le panneau de droite (planche LXXVII) notamment contient plusieurs formules identiques à celles de la stèle. Si nous examinons les titres du défunt, nous voyons qu'il en possède plusieurs en commun avec Ankh-ma-Hor et Nefer-seshem-Ra : « chef des prêtres de la pyramide du roi Teti, le premier après le roi, bâton des Rekhyt?, Ankmoutef?, chef de la grande maison, maître des secrets de tous les commandements royaux », titres qu'il partage également avec Meri et Kagemna, les propriétaires des tombeaux voisins du côté de l'Ouest.

Le mort s'appelle Nefer-seshem-Ptah, nom composé de la même manière que celui de Nefer-seshem-Ra, le propriétaire du premier tombeau. On pourrait peut-être soupçonner qu'il en était le fils, comme nous l'avons dit précédemment. Son bon nom est Sheshi. A côté de ces deux désignations, nous en rencontrons une troisième, dont le sens n'est pas bien déterminé : Oudja-ha- Teti, c'est-à-dire « la santé environne le roi Teti ». Ce nom est formé au moyen de celui du roi dont le défunt était prêtre.

Sur les faces internes des piliers de l'entrée (planches LXXV1II et LXX1X), Nefer-seshem-Ptah est représenté vu de profil, gravé probablement par la main qui a décoré les piliers d'entrée de la tombe d'Ankh-ma-

Hor et peut-être aussi les piliers de Nefer-seshem-Ra. Seulement, ici, l'artiste a ajouté un collier, qui fait mieux ressortir encore la gaucherie du mouvement du bras tenant le bâton.

Avant de pénétrer dans le tombeau, remarquons que, à peu près en face de la salle intérieure où nous trouverons la stèle, on a réservé, dans le mur du mastaba, une niche ornée d'une table d'offrandes avec deux petits bassins pour les libations. On y voit le mort, assis devant sa table d'offrandes, avec les titres de « premier sous le roi, chef des missions des deux maisons des offrandes divines, estimé du dieu grand ».

Le tombeau de Nefer-seshem-Ptah semble n'avoir jamais été entièrement terminé ; il comprend un assez grand nombre de salles, dont plusieurs n'ont reçu aucune décoration. Nous verrons qu'un bas-relief au moins a été laissé inachevé. Trois salles sont actuellement murées et, tant sur le plan que sur le terrain, il n'est pas fort aisé de se rendre compte de leur destination. Remarquons que dans la partie ensablée, sur une entreporte que nous ne retrouvons pas sur le plan publié par M. Loret, on peut voir des croquis légèrement tracés à la pointe. Quelques-uns sont également visibles devant la porte du tombeau d'Ankh-ma-Hor, contre le mur du grand mastaba qui borne la rue du côté de l'Est.

La salle 1, dans laquelle nous pénétrons, n'a aucune trace de décoration ; les reliefs commencent dans la porte qui conduit à la salle II (planches LXXX et LXXX1). Des deux côtés, sur quatre registres, des prêtres du double sont représentés conduisant des gazelles, des antilopes, des bœufs. Les deux faces sont les mêmes, à l'exception de légers détails. D'après les inscriptions, la plupart des animaux proviendraient des fermes ou parcs où on les élevait.

La salle 1 1 est en majeure partie décorée de scènes de porteurs d'offrandes.

Au mur Sud (planche LXXX1I), remarquons l'effort fait par l'artiste pour varier la position des bras des porteurs, ce qui, de prime abord, n'a pas été sans produire des résultats assez étonnants. Regardons, par exemple, le bras droit du premier porteur au premier registre ou celui du quatrième au second registre ; il paraît replié sur lui-même, dans une position tout à fait invraisemblable, que nous retrouverons sur le mur Ouest de la même salle. Si nous songeons au procédé du « quart de tour avant le rabattement », nous verrons

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que le bras est exactement dessiné, à condition de le supposer vu de profil. Seulement, l'artiste, dessinant les épaules de face, a rabattu le bras et obtenu ainsi un résultat réellement peu satisfaisant. Deux bas-reliefs du Musée du Caire, que nous reproduisons ici (planche Cl 11), sont intéressants à examiner, parce qu'ils permettent de reconnaître l'origine de ce mouvement.

Notons au premier registre, parmi les offrandes, une jeune hyène grasse. Les Egyptiens les élevaient dans leurs fermes et plusieurs tombeaux nous font assister à leur engraissement. Le registre supérieur, qui a disparu à peu près entièrement, était consacré à une scène de pêche à l'hameçon. On distingue encore l'eau avec les lotus et l'extrémité d'une barque sur laquelle est assis un homme qui pèche à la ligne.

Le mur Ouest est interrompu par une porte actuellement murée. Dans la partie Sud, on ne voit plus que les jambes de trois porteurs d'offrandes tournés vers la droite. Dans l'entreporte, on reconnaît, à gauche, les jambes d'un porteur d'offrandes ; à droite, un porteur en entier et les jambes de deux autres, marchant tous vers la salle 1 1 . Dans la partie Nord du mur Ouest (planche LXXX111), deux registres de porteurs sont conservés, ainsi que le commencement d'un troisième. On pourra se faire une idée du style de ces sculptures par un fragment que nous donnons à grande échelle (planche LXXX1V) et qui est particulièrement curieux. Un porteur tient suspendue à son bras une petite cage dans laquelle quatre hérissons paraissent placés les uns sur les autres. C'est le résultat de deux rabattements, d'abord du fond de la cage, puis des animaux sur le fond, avec le souci constant de tout montrer avec le plus de précision possible. C'est le même procédé que l'on constate au mur Nord, où les offrandes s'accumulent les unes sur les autres en un équilibre des plus instables. En réalité, on relève sur le plan la surface du plateau, de façon à laisser voir tout ce qu'il contient.

Au mur Nord, au-dessus des deux processions d'offrandes, nous voyons des porteurs qui, ayant rencontré sur leur chemin un canal à traverser, sont montés sur deux légers canots, faits en tiges de papyrus. Sur l'eau, pleine de lotus bleus et blancs, les barques sont poussées en avant au moyen de longues gaffes. Dans chaque barque, on voit deux hommes maniant la gaffe : l'un est au milieu pour donner l'impulsion en avant, l'autre en arrière pour diriger l'embarcation. Or, dans la rapidité de la marche, le second canot va heurter le pre-

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mier ; Je gaffeur d'arrière le repousse du pied, tandis qu'il active la marche en avant de son propre canot (planche LXXX111).

Au-dessus, cinq porteurs sont chargés de grands poissons ; l'un d'entre eux est si lourd, qu'il a fallu deux hommes pour le transporter.

Le mur Est (planche LXXXV), qui a conservé la plus grande partie de sa décoration, est entièrement consacré à la capture des oiseaux et à leur élevage à la ferme. Tous les travaux s'exécutent devant le mort, qui, accompagné de sa femme, surveille les opérations, debout dans l'entreporte de la salle 111.

Au premier registre, à gauche, deux serviteurs s'avancent vers le maître, en lui présentant des oies et des canards vivants. Derrière eux, un groupe d'hommes tire à la corde d'un grand filet. Les tendeurs sont cachés entre deux écrans formés de papyrus liés, l'écran de devant traversé par la corde du filet. Les types représentés ici (planche LXXXV1) sont extrêmement curieux. Le chef d'équipe, qui se retourne vers ses camarades et crie : « Eh ! tendeur, à toi, tire et la chasse est à toi, » n'a pas l'aspect d'un Égyptien ; il porte une coiffure tout à fait bizarre, que nous ne pensons pas avoir rencontrée nulle part et qu'on pourrait comparer à ces modes africaines qui combinent les scarifications avec les touffes de cheveux. Notons aussi la courte barbiche, que les Égyptiens ne portent pas souvent. Le premier tendeur est un Égyptien bien caractérisé, tandis que les quatre hommes qui le suivent ont un type spécial que l'on retrouve de temps en temps dans les tombeaux de l'Ancien Empire. Le plus souvent, ce sont des gens qui exercent des métiers inférieurs, ordinairement des chasseurs, des pêcheurs ou des bateliers, et qu'on a supposés depuis longtemps, avec infiniment de raison, appartenir à une des races qui précédèrent l'arrivée des Égyptiens pharaoniques dans la vallée du Nil. La position des jambes des tendeurs est intéressante à comparer à celle qui est représentée dans la scène analogue du tombeau d'Ankh-ma-Hor (planches XXXI V et suivantes). Le filet est placé au milieu d'un fourré de plantés aquatiques, où s'ébattent des oies, des canards et des échassiers ; au-dessus, quelques oiseaux s'envolent au moment où le filet va se fermer.

Logiquement, nous devrions passer maintenant au troisième registre, où, le filet s'étant refermé, on vient prendre les oiseaux pour les porter dans les volières où ils seront élevés. Examinons néanmoins à présent le deuxième registre (planche LXXXV11).

A gauche, sous un toit léger supporté par des colonnettes à chapiteaux en fleur de lotus épanouie, deux scribes sont occupés à enregistrer les quantités de graines sorties du grenier pour la nourriture des oiseaux : l'un est le sous-directeur du grenier, l'autre le préposé aux scribes du grenier. Deux serviteurs s'avancent chargés de sacs remplis de grains, qu'ils s'apprêtent à déverser dans les deux volières ; le contenu de celles-ci est si riche, qu'ils s'exclament : « Quelle quantité d'oiseaux ! »

Un peu plus loin (planche LXXXV111), les volières elles-mêmes sont représentées, sans qu'on puisse très exactement voir comment elles étaient agencées. Les porteurs de sacs y ont pénétré ; l'un jette les grains sur le sol audevant des oiseaux, l'autre appelle ceux-ci pour leur distribuer la nourriture.

Un rapide coup d'ceil sur les deux volières permettra de reconnaître que, dans celle de droite, la sculpture n'est pas terminée et que seules les grandes lignes générales ont été découpées sur le fond, sans indication du détail des plumes des ailes et sans que les contours aient été adoucis. Le registre suivant nous montrera la chose encore plus nettement.

Au troisième registre, à gauche, la scène est divisée d'abord en deux petits registres. Un homme, assis sur le sol, est occupé à fabriquer un filet. Séparée de lui par un écran en papyrus, l'équipe des tendeurs, entièrement constituée d'Égyptiens cette fois, a tiré la corde du filet au moment favorable et « la chasse est dedans », comme ils disent. Il ne reste qu'à prendre les oiseaux; aussi, pendant que trois des compagnons sont encore couchés sur le sol et tirent de tout leur poids sur la corde, deux autres se sont déjà relevés et accourent à toutes jambes vers le filet (planche LXXX1X). Sans perdre de temps, une des oies est tuée et plumée par un des hommes, assis sur le sol, et qui, à en juger par son allure, est passablement expert en cet exercice. Puis, dès que quelques oies sont plumées, on les suspend, prêtes à être rôties, dans la cuisine en plein air, où le cuisinier s'occupe immédiatement d'en préparer une pour le repas des tendeurs. D'une main, il tient la broche au-dessus du brasier ; de l'autre, il manie une espèce d'éventail qui active la combustion et chasse la fumée.

Si on examine, dans ce troisième registre, la partie occupée par le filet, on peut voir parfaitement le procédé employé pour la sculpture des reliefs. Le dessinateur indiquait sur le calcaire même, par un trait léger, le sujet à sculpter.

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Un premier sculpteur découpait seulement les silhouettes et ravalait le plan de la pierre entre les diverses figures ; c'est ce qui est fait pour une partie des oiseaux qui s'envolent (i). Ensuite, on commençait à marquer sommairement quelques détails, par exemple les boucles de la chevelure pour l'homme penché au-dessus du filet et prenant les oiseaux. L'ébauche ayant ainsi été poussée déjà très loin et d'une manière tout à fait prudente, le travail délicat commençait, et c'est d'une main légère que les contours étaient adoucis et que l'on précisait les détails. Il suffit de comparer l'homme ébauché avec un de ses compagnons pour voir tout ce que cet achèvement ajoutait de grâce et d'élégance à la sèche et rude silhouette.

Un détail peut être noté encore. Dans le filet, à gauche, en bas, trois canards sont posés l'un à côté de l'autre. Dans l'inscription qui accompagne la scène, le mot « oiseaux » est déterminé par trois petits canards qui sont la copie précise du groupe qui se trouve en dessous, donnant ainsi un bon exemple de la manière soigneuse dont les hiéroglyphes copient la nature (voir aussi l'antilope, planche LXXX, inscription du premier registre ; le bœuf dont on a, il est vrai, supprimé les cornes, qui auraient dépassé l'alignement, planche CV ; les oies, ibidem. ; les bœufs, planche CV1).

Aux deux registres suivants, on est en train d'engraisser les oies et les grues, en leur introduisant de force dans le bec des boulettes de pâtée. Ici, bien des détails ont été saisis avec une habileté rare. Regardons, par exemple, les grues (planche LXXX IX) : on a fait passer à droite celles qui ont déjà reçu leur pitance ; au milieu, un homme a saisi un oiseau par le cou et s'efforce de lui introduire une boulette dans le bec, tandis que l'oiseau, qui résiste, fléchit sur ses longues pattes en cherchant à se dégager. L'opération n'allait pas sans laisser tomber des miettes de nourriture et les grues voisines sont admirablement dépeintes, épiant ce qui se passe, promptes à saisir les moindres reliefs. On peut reprocher à l'artiste de n'avoir pas toujours pris soin de donner à ses oiseaux le nombre de pattes nécessaires : il y a six grues pour cinq pattes ! En n'y regardant pas de trop près, on trouve un réel plaisir à observer ces petites scènes, véritablement prises sur le vif.

(i) On peut parfaitement se rendre compte de ce procédé dans le couloir d'entrée du tombeau de Phtahhetep. Voir Davies, The Maslaba of Plahhelep and Akhethetep al Saqqarah, tome II, Londres, 1901 (Archaeological Survey of Egypt, IX), Planches V-XI et pp. 4, 10, 14.

Les deux derniers registres sont assez détériorés et ne présentent rien de particulièrement notable ; on y entrevoit des porteurs d'offrandes et des groupes d'oiseaux.

Dans la porte qui conduit de la salle 11 à la salle III (planches XC- XCU1), le mort est debout, accompagné de sa femme, présidant aux travaux que nous venons d'examiner. « Il voit, dit l'inscription qui se répète à droite et à gauche, tous les bons travaux des champs faits dans ses villes. » La pose du mort, s'appuyant sur un bâton dans une attitude de repos, la jambe gauche fléchie et le pied posant sur le pied droit, est assez rare pour être remarquée. C'est, en même temps qu'une variante heureuse de l'attitude que nous avons trouvée dans le tombeau d'Ankh-ma-Hor (planches XXXI V et XL1 V), une tentative sérieuse pour représenter le corps humain en équilibre sur une des jambes, au lieu de l'appuyer solidement sur les deux. Les artistes contemporains d'Amenophis IV, bien des siècles plus tard, reprendront le problème et aboutiront à une solution des plus élégantes dans le petit bas-relief du Musée de Berlin (i). La femme de Nefer-seshem-Ptah est représentée à côté de son mari. Le nom qu'elle porte est fort intéressant à noter : elle est fille aînée du roi et s'appelle Seshseshet, dont le bon nom (voir planches XCVII et Cl) est Sheshit. Or, la femme de Méri et la femme de Kagemna, les propriétaires des tombeaux voisins du côté de l'Ouest, sont toutes deux filles du roi et portent toutes deux le bon nom de Seshseshet. Il est difficile de ne voir là qu'une coïncidence et il est vraisemblable que l'on peut y trouver un argument de plus en faveur de l'hypothèse en vertu de laquelle tous ces tombeaux appartiendraient à des membres d'une même famille. Ajoutons que dans le tombeau de Meri on rencontre plusieurs fois des prêtres et des fils dont les images et les noms ont été effacés : leur tombeau, d'après l'hypothèse exprimée précédemment, devrait donc se trouver dans les environs. On peut remarquer ici que, si tous les tombeaux connus dans ce quartier de la nécropole sont contemporains du règne du roi Teti, un des fils de Meri vivait sous le règne de son successeur Pepi. Nous verrons dans la suite que vraisemblablement Nefer-seshem-Ptah a passé une partie de sa vie sous le règne de Pepi.

A droite et à gauche de l'entreporte, en dessous du mort et de sa femme,

(i) W. Spieqelbero, Geschichle der àgyplischen 7(unst. Leipzig, 1903, fig. 63, p. 68.

nous trouvons, disposés en deux registres, encore huit porteurs d'offrandes s'avançant vers la salle 111.

Dès que nous pénétrons dans cette salle, un spectacle assez inattendu s'offre à nos yeux (planches XC1V-XCV1). Au fond de la salle, la porte des appartements du mort nous apparaît ; mais, cette fois, ce n'est pas seulement une simple porte comme celle que nous avons vue dans le tombeau de Nefer-seshem-Ptah et dans la chapelle de Jeshfi. Ici, le mort lui-même s'avance vers nous, surgissant en quelque sorte de la muraille en une triple apparition. Sur chacun des panneaux latéraux de la stèle, il est debout dans une attitude ferme et énergique, les jambes l'une à côté de l'autre, les bras pendant le long du corps, les poings fermés, tandis que la tête, encadrée de la longue perruque évasée, se redresse, ayant gardé un air impérieux, malgré les mutilations qui ont fait disparaître les traits du visage.

Au-dessus de la porte, à la fenêtre, le mort est représenté encore, mais cette fois, puisqu'il est à l'intérieur de la maison, il a quitté la perruque et se montre la tête absolument rase.

]] est dangereux de vouloir tout expliquer en archéologie, spécialement en archéologie égyptienne, où les matériaux n'ont pas encore été suffisamment étudiés pour étayer les thèses. Essayons cependant d'interpréter la représentation de la stèle de Nefer-seshem-Ptah, tout en avertissant que nous nous bornons à une hypothèse, dont il serait fort difficile de donner une justification rigoureuse.

Au début, la stèle aurait été simplement une fausse porte assez profonde, une espèce de niche dans laquelle se trouvait, debout, la statue du mort, en marche, sortant de ses appartements pour venir chercher dans la chapelle les offrandes qui y avaient été déposées. Le tombeau de Méri nous montre encore un spécimen de ces stèles (1) (planche CV11). « Debout, écrit Maspero, le buste bien effacé, tête haute, face souriante, il s'avance comme pour amener le double, du réduit ténébreux où l'embaumement le confine, aux plaines lumineuses où il avait habité librement pendant sa vie terrestre ; encore un pas, et franchissant le seuil, il va descendre le petit escalier qui aboutit à la salle publique. Aux jours de fête et d'offrande, quand le prêtre et la famille

(i) La niche était fermée par une double porte. Souvent on supprime la statue et on se contente de représenter les battants de la porte fermée. Au mastaba de Ptah-shepses, à Abousir, il y a trois niches juxtaposées.

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présentaient le banquet rituel, cette grande figure peinte et lancée en avant s'animait tout entière à la lueur tremblante des torches ou des lampes funéraires : c'était l'ancêtre lui-même qui semblait jaillir de la muraille et apparaître mystérieusement au milieu des siens pour leur demander leur hommage (i). » Dans quelques exemples, au lieu déplacer une statue réelle dans la porte, on se contentait de sculpter en haut relief la figure du mort sur la paroi du fond de la stèle. C'est le cas pour un des tombeaux de Saqqarah publié par Miss Murray (2). Ou bien encore sur la paroi du fond, on représentait en léger relief la statue vue de profil. Ensuite, sur les deux murs latéraux, à l'intérieur de la porte, on a dessiné la statue à peu près comme elle se projetterait sur chacun des murs si l'on mettait une source de lumière une fois à droite et une fois à gauche ; de là, cette répétition de la même figure avec les anomalies que nous avons eu l'occasion de remarquer. Que l'on songe, par exemple, à la manière dont le casse-tête cérémoniel est figuré, passant une fois devant, une autre fois derrière le corps. Mais, comme la fausse porte ne présenta bientôt plus une profondeur suffisante pour que les figures du mort pussent être dessinées sur les parois latérales, on les reporta sur les panneaux d'encadrement de la porte, où elles représentent encore les statues du mort, comme on peut aisément s'en rendre compte en comparant leurs attitudes avec les nombreuses statues contemporaines. Nous nous demandons même s'il n'y a pas là une explication de l'aspect spécial que présentent les grandes figures du mort et des membres de sa famille, contrastant souvent par leur raideur avec les figures plus dégagées des personnages qui participent aux scènes représentées sur les murs. La sculpture en ronde bosse ne se prêtait pas, en effet, à des attitudes aussi variées et aussi libres que le bas-relief. On pourrait objecter, il est vrai, que, dans des scènes nombreuses auxquelles le mort préside, il est figuré dans la même attitude conventionnellement raide. Mais c'est évidemment parce que toutes les scènes sont censées se passer et se passent réellement en présence de la statue du mort, qui est le nouveau support du double, tandis que le corps, enveloppé de ses bandelettes, desséché, tombe en poussière au fond du sarcophage. Et la preuve, à notre avis, que ces figures représentées sur le fond de la stèle sont bien des copies des sta-

(1) Maspeuo, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, t. 1, p. î5j.

(ï) Saqqarah Mastabas, t. 1, pi. XIX. Voir aussi Musée égyptien, pi. XXIV.

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tues, c'est que, en quelques cas, comme chez Nefer-seshem-Ptah, on s'est souvenu de leur signification première et qu'on les a sculptées en haut relief, les dégageant de la pierre le plus qu'on a pu (i). Ainsi est-il possible d'expliquer logiquement, d'après nous, la présence des deux figures qui font ici une si vive impression.

11 faudrait plus d'exemples qu'on n'en possède pour essayer d'interpréter la troisième figure du mort, qui apparaît en buste à sa fenêtre. Une stèle du Nouvel Empire au Musée du Caire nous montre une représentation analogue (2). Les mutilations qui ont détruit les traits du mort sont vraisemblablement assez récentes : elles datent peut-être de l'époque où la nécropole memphiteaété livrée au pillage par les chercheurs de trésors (3). Les croyances d'après lesquelles les statues étaient animées d'un esprit, que l'on tuait ou aveuglait en mutilant les figures, étaient alors encore très vivaces (4).

Les inscriptions de la stèle donnent quelques formules funéraires fréquentes et les noms et titres de Nefer-seshem-Ptah ou Sheshi ou Oudja-ha- Teti. Sur les côtés, en dehors de la moulure d'encadrement, des vases contiennent les sept huiles. Devant la stèle, sur une banquette élevée qui se prolonge du côté Nord jusqu'au mur Est, on a sculpté une table d'offrandes.

Les deux murs Nord et Sud, de chaque côté de la stèle, sont consacrés à des scènes d'offrandes.

Au mur Nord (planches XCV1I et XCVU1), le premier registre nous

montre une procession de prêtres du double chargés d'offrandes. Le premier

porteur, qui était le fils du défunt, a été soigneusement effacé ; ensuite

viennent plusieurs personnages attachés à la maison du roi. Le nom de

vfè « l'homme de Ptah » est intéressant à noter comme confirmation

Cà A AAAAAA Pi

delà lecture Senousret du nom des Ousertesen, les rois Sesostris de la XIIe dynastie, d'après la découverte de M. Sethe (5).

La longue ligne d'inscription qui surmonte les porteurs dit que les

(1) Voir Lepsius, Denkmdler, 1), 44.

(1) Musée égyptien, planche XXV. A moins qu'il ne faille voir dans cet exemple la copie d'une niche dans laquelle se trouverait une statue du mort agenouillé, tenant devant lui une stèle, ce que l'on rencontre souvent à l'époque du Nouvel Empire.

(3) J. M. Un Touriste à la nécropole de Memphis au début du XVTl' siècle. (Extrait de la T{evue d'Egypte.) Le Caire, Imprimerie Nationale, 1895. (Extrait de Pietro della Valle.)

(4) Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, t. 1, p. 25j.

(5) Kurt Sethe, Sesostris. Leipzig, 1900, pp. 6-7.

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offrandes sont apportées par les « préposés aux prêtres du double », les « à la suite des prêtres du double » et les « prêtres du double », du premier après le roi, Nefer-seshem-Ptah. Celui-ci est assis au registre supérieur devant une table d'offrandes. A ses pieds est assise, respirant une fleur de lotus, sa femme, fille aînée du roi. M. Borchardt a montré que les grands tuyaux parallèles qui surmontent la table sont des feuilles de palmier stylisées, figurées en rabattement, mais qui, en réalité, se plaçaient sur les aliments pour en écarter les mouches (i). Devant la table, des offrandes sont amoncelées sur deux registres qui se terminent chacun par six nouveaux serviteurs venant apporter leur contribution à l'amas de provisions. Au-dessus de la table, on aperçoit l'extrémité des cases dans lesquelles étaient écrits les noms des divers aliments nécessaires au mort. Enfin, on distingue la partie inférieure d'une scène religieuse. Les prêtres que nous avons vus au tombeau d'Ankh-ma- Hor défilant dans le cortège des funérailles sont ici occupés à leur office, consacrant les offrandes, récitant les formules et se livrant à des évolutions mystérieuses, dont l'effet principal devait être d'animer la statue du mort et les représentations des murs et de mettre ainsi le mort en état de bénéficier de tous les soins minutieux qu'on avait pris en lui préparant son tombeau. Remarquons le dernier prêtre à droite, qui s'éloigne du groupe de ses collègues, en traînant derrière lui une espèce d'écharpe : c'est une scène que l'on retrouve rarement à cette époque (2), mais assez fréquemment dans les représentations religieuses d'époque postérieure.

Au mur Sud (planches XC1X et C), le panneau étant moins grand, les scènes ont été un peu écourtées. Au registre inférieur, plusieurs personnages attachés à la cour, entre autres un sculpteur royal et un orfèvre c~~1 ô *T" pss^, apportent des offrandes. Le mort, assis devant sa table, n'est plus, cette fois, accompagné de sa femme : on remarquera le modelé excellent de cette figure, que l'éclairage à contre-jour a fait ressortir parfaitement. La table elle-même

(1) L. Borchardt, Vie Varstellung innen verzierter Schalen aufàgyplischen Denkmàtern, dans la Zeilscbrifl fur à'gyptiscbe Sprache und Atlerlumskunde, 1893, t. XXXI, p. 1.

(2) Voir, par exemple, Grifpith, The Tomb of Ptahhelep, pi. XXXVIII, avec la légende ji'MW <?;Davies.

The Mastaba of Plahhelep and Ahbelhelep, t. Il, pi. XXXI ; Lepsius, Denkmdler. 11, 84; Newberrv, Béni Hasan. t. I, pi. XVII ; W. Spiegelberg, Em Denkslein auf den Tod emer heiligen hiskuh, dans la Zeilscbrifl fur âgyptiscbe Sprache und JlUerlumskunde, t. XLIII, 1906, p. j 35.

est entourée d'offrandes aussi nombreuses que variées et dont les noms étaient évidemment énumérés en une pancarte qui a disparu.

Enfin, le mur Est de la salle 111 (planche Cl), faisant face à la stèle, reproduit une fois encore la figure de Nefer-seshem-Ptah, assis devant sa table d'offrandes, en compagnie de sa femme. Seulement, ici, le registre inférieur est consacré à des scènes de dépeçage des bœufs et au transport des pièces de viande qui vont figurer sur la table du défunt. C'est, on s'en souvient, également sur le mur Ouest faisant face à la stèle que les scènes de bouchers se déroulent au tombeau d'Ankh-ma-Hor. Nous avons déjà eu l'occasion de dire que, vraisemblablement, les mêmes artistes y ont travaillé (planche Ll).

Remarquons enfin que cette dernière salle a conservé la plus grande partie de la polychromie originale. Peu de tombeaux de l'Ancien Empire peuvent donner aux visiteurs une idée plus précise de l'aspect de ces chambres funéraires au moment où elles venaient d'être terminées.

Notre visite des trois tombeaux de la rue exhumée par M. Loret est terminée et nous pourrions nous arrêter ici. Nous voulons cependant signaler encore un monument conservé au Musée du Caire et qui se rattache peut-être à la sépulture de Nefer-seshem-Ptah (planche CU). 11 s'agit d'une stèle cataloguée sous le numéro 1404 et qui, d'après les inventaires, aurait été découverte par Mariette à Abydos, au Kom-es-Sultan (1).

Ce qui frappe à première vue, c'est que le défunt auquel elle a été consacrée porte les deux noms de Nefer-seshem-Ptah et Sheshi, qui sont précisément ceux du propriétaire du troisième tombeau de la rue. Une chose diffère : c'est qu'au lieu du titre de prêtre de la pyramide de Teti, nous trouvons celui de prêtre de la pyramide de Merira-Pepi, le successeur de Teti. On pourrait donc supposer, si la stèle est bien du même personnage, qu'il a fait édifier son tombeau à la fin du règne de Teti, à la pyramide duquel il était attaché en qualité de prêtre. Teti mort, sa carrière se serait continuée à la cour de son successeur Pepi et il aurait également été attaché au culte funéraire du nouveau roi, ce qui est, du reste, assez fréquent. Mais, nous nous en souvenons,

(1) Mariette, Catalogue général des Monuments a" Abydos, p. 91, n* 53i.

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Nefer-seshem-Ptah avait un troisième nom, Oudja-ha-Teti. Or, ce nom, composé avec celui du roi Teti, a disparu sur la stèle du Caire pour être remplacé par un nouveau, Ptah-sankh-Merira, ce qui signifie « le dieu Ptah fait vivre Merira(Pepi) ». Nefer-seshem-Ptah se serait donc empressé, dès la mort de Teti, d'abandonner son « nom royal » pour en prendre immédiatement un autre, composé au moyen du nom du nouveau souverain. Il y a là un petit problème, qu'il serait intéressant de voir résoudre par l'étude de cas analogues. Pour notre part, nous ne pensons pas en avoir déjà rencontré.

Ce qui semble encore indiquer l'identité des personnages, c'est la manière dont le défunt est représenté sur les parois internes de la porte (ici rabattues), le corps vu de profil, absolument comme nous l'avons rencontré au tombeau de Saqqarah (planches LXXVU1 et LXX1X). Remarquons, en passant, que la stèle, copiant les piliers d'entrée du tombeau, donne une preuve de ces procédés de rabattement dont nous avons parlé à plusieurs reprises.

Signalons encore, au Musée du Caire, une stèle contemporaine, celle d'Ahines (n° y3), où trois figures sont également représentées vues de profil d'une manière absolument analogue.

Si l'on accepte l'identification des deux Nefer-seshem-Ptah, celui du tombeau de Saqqarah et celui de la stèle du Caire, comment expliquer la présence de ce dernier monument à Abydos ? Chacun sait qu'à Abydos se trouvait le tombeau d'Osiris, le dieu principal des morts, et que les Égyptiens aimaient à consacrer en cet endroit des stèles qui, par leur présence, procuraient aux morts le même bénéfice que s'ils avaient été réellement enterrés à proximité de la tombe sainte. De là, le nombre colossal de stèles de toutes les époques de l'histoire d'Egypte qui ont été découvertes dans l'enceinte du temple d'Osiris. La stèle de Nefer-seshem-Ptah à Abydos lui donnait ainsi une entrée dans le monde des morts, dans le royaume d'Osiris, à proximité de l'entrée réservée au dieu des morts lui-même. Ce sont évidemment des idées qui ne cadrent plus tout à fait exactement avec les anciennes croyances, qui ne parlaient que d'une existence matérielle confinée au tombeau. N'oublions pas que, sous la VI' dynastie, ces idées nouvelles font délibérément leur entrée dans les formules funéraires ; nous les avons rencontrées sur la stèle de Nefer-seshem- Ra (planche XI), dans les inscriptions de la IIIe salle du tombeau d'Ankhma-Hor (planche XLV1I1) et sur la façade du tombeau de Nefer-seshem-

Ptah (planches LXXV1 et LXXV11). Elles commencent à prendre une importance qui s'accroîtra constamment : ce sont elles qui, sorties des caveaux des pyramides royales, se répandront prochainement sur les cercueils et sur les murs des chambres funéraires et finiront par constituer le « Livre des morts », où les croyances anciennes de la vie matérielle dans la tombe n'occupent plus qu'une place restreinte.

Si notre hypothèse sur l'identité des deux Nefer-seshem-Ptah est exacte, nous aurions ici un exemple précis d'un Egyptien qui, tout en ayant son tombeau à Saqqarah, dans la nécropole de Memphis, faisait néanmoins ériger une stèle dans l'enceinte du temple d'Osiris à Abydos.

9 UNE RUE DE TOMBEAUX A SAQQARAH m

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