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II. TOMBEAU DE ANKH-MA-HOR

A porte de ce tombeau (planche XV]]]), de même que celle du précédent, s'ouvre au milieu d'une petite façade, marquée par un retrait dans le mur du mastaba (planches XIX et XXII). De chaque côté, deux piliers en grès tranchent par leur couleur plus foncée sur le calcaire blanc; ils nous montrent le mort, debout, les deux mains pendantes, s'avançant vers la porte. Des inscriptions assez mutilées énumèrent les titres principaux d'Ankh-ma-Hor, dont le « bon nom » est Sesi, et qui sont à peu près les mêmes que ceux de Neferseshem-Ra. Sur les panneaux en calcaire blanc, le mort est représenté assis sur un siège, dont les pieds sont en forme de pattes de lion; il a revêtu le pagne, dont la partie antérieure s'avance raide en forme de triangle, et il tient le grand bâton dans la main gauche. Remarquons la manière dont le triangle du pagne, bien que vu réellement de profil, est représenté de face, par rabattement sur le plan principal.

Sur le panneau de droite (planche XXI 1), la figure humaine est tout à fait mal représentée. On s'attend à trouver la jambe gauche en avant, — car la gauche, en Egypte, est de bon augure; le côté droit, au contraire, était le côté du pays des morts, l'Occident, les Egyptiens s'orientant sur le Sud. Le sceptre de cérémonie se tient ordinairement de la main droite, et le personnage tout entier devrait, en quelque sorte, nous apparaître de dos, puisque les épaules sont dessinées en plan. La nécessité de montrer la poitrine du personnage a faussé la représentation : le bras droit tenant le sceptre devient le gauche, la jambe droite est en avant, ce qui n'arrive jamais en ronde bosse, et seul le sceptre, qui passe sous le bras qui s'avance, trahit la pose primitive qu'il s'agissait de rendre.

Nous donnons sur les planches XX et XXI le détail de la grande figure de gauche, la mieux conservée. C'est un fort bon exemple de sculpture en relief dans le creux. Toutes les représentations des trois tombeaux sont en relief; seules les figures et les inscriptions des façades des IIe et IIIe tombeaux

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sont en relief dans le creux. Le choix de ce procédé est intentionnel : les façades étant tournées vers l'Est et très brutalement éclairées pendant une grande partie de la journée, le relief dans le creux était indiqué pour que figures et inscriptions ne fussent pas tout à fait noyées dans ce bain de lumière.

Les inscriptions sont malheureusement mutilées ; la partie supérieure des lignes manque, et cette lacune est d'autant plus regrettable que les textes présentent des formules rares, sinon uniques, que nous ne nous aventurerons pas à traduire dans cet état fragmentaire. Le mort s'adresse avec menaces aux vivants qui viendraient à son tombeau, soit pour le souiller, soit pour y manger des aliments interdits. A droite, notons, à la seconde ligne, une phrase rare où il est question du « prêtre récitateur qui vient au tombeau pour y accomplir les rites en conformité avec ce livre mystérieux de l'œuvre du prêtre récitateur (i) ».

Les faces internes des piliers qui encadrent la porte (planches XXI 11 et XXIV) sont ornées de grandes figures du mort, vu de profil, dans la pose que nous avons remarquée sur les piliers du tombeau de Nefer-seshem-Ra (planches XVI et XVI 1). On peut se demander si ces sculptures ne sont pas de la même main. Que l'on compare les deux figures qui décorent les faces internes des piliers d'entrée du troisième tombeau (planches LXXV111 et LXX1X). A noter, par exemple, la manière typique dont les pieds posent sur la ligne du sol.

salle i. Entrons dans le tombeau. Les murs de la première chambre ont assez

souffert et seule une faible partie des sculptures subsiste. Elles se trouvent, comme dans toutes les salles, au-dessus d'un soubassement d'un peu plus d'un mètre de haut, qui porte encore de nombreuses traces de sa coloration noire, jaune et rouge.

Le mur Nord, à droite de l'entrée (planche XXV), a conservé la majeure partie de deux registres de reliefs. Au premier registre (registre inférieur) à gauche, un scribe écrit ce que lui dicte un personnage qui se retourne vers lui. Deux groupes de deux hommes sont occupés à une opération qu'il nous est impossible de préciser et où certainement on manipule des pains et des

(i) La lacune se complète par Lepsius, Denkmâler, 11, 72b, et Ergânzungsband, planche IX.

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liquides. Est-ce la fabrication de la bière ? Au second registre, fortement mutilées, les mêmes scènes se continuent sous la surveillance d'un scribe, à gauche, et d'un directeur de magasin, à droite (^ <=> °^)- °n remarquera que, chaque fois que l'artiste a voulu indiquer le mouvement de l'épaule opposée à l'observateur, il a rabattu celle-ci sur le plan, comme nous l'avons vu sur les piliers du tombeau de Nefer-seshem-Ra. L'exemple le plus curieux est certes le personnage du premier registre, qui, incliné vers la droite, au-dessus d'un grand vase placé à ses pieds, retourne la tète et s'adresse au scribe assis derrière lui, prêt à enregistrer les indications qu'il recevra. Ici, l'exagération de l'épaule gauche est tout à fait déplaisante.

Sans nous arrêter devant la porte qui conduit dans une vaste salle à piliers, à laquelle nous aurons à revenir plus tard, examinons les restes des sculptures du mur Ouest (planche XXVI). On ne voit plus qu'une mince bande décorée et qui a malheureusement subi, vers la droite, des mutilations irrémédiables ; une partie des représentations manque également au côté gauche. Le mur était vraisemblablement consacré à une scène de chasse à l'hippopotame. Le défunt, comme on le voit dans d'autres tombeaux, s'avance hardiment dans les fourrés de plantes au milieu desquels se cache son gibier favori et, le harpon à la main, attaque sans hésitation. Tout à fait à droite, dans la partie mutilée (au bas de la planche), on aperçoit un hippopotame. En l'examinant attentivement, on voit, au-dessus de son cou, des restes de la représentation des cordes qui immobilisaient l'animal harponné. Une scène de tombeau publiée par Prisse d'Avennes permet de restituer avec sûreté ce détail (i). A l'extrémité gauche (en haut sur la planche), on voit encore un autre hippopotame. Ici, c'est la femelle, et l'artiste égyptien, observateur attentif de la nature, l'a représentée à l'instant même où elle donne naissance à un petit. Un gigantesque crocodile semble attendre le moment de happer le jeune animal. Tout l'espace laissé libre est rempli par des lotus et des poissons si soigneusement exécutés, que des naturalistes pourraient les identifier sans difficulté ; nous pouvons y reconnaître notamment des poissons électriques. Le poisson à bec, nageant devant l'hippopotame femelle, paraît avoir été rarement figuré dans les bas-reliefs égyptiens et mérite de fixer l'attention des spécialistes. Fleurs, feuilles, boutons de lotus blancs et bleus, ont été dessinés avec un soin tout spécial par

(i) Prisse (I'Avennes, histoire de l'art égyptien, d'aprèsles monuments. Paris, 1878, t. Il, pi. X.

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l'artiste, qui nous donne ici un exemple excellent du souci de représenter l'entièreté de la nature avec une minutie qui n'a, semble-t-il, été égalée que par les Japonais.

En face, du côté Est, deux registres sont conservés (planches XXVI] à XXX). Le mur était consacré à des scènes agricoles; le deuxième registre nous montre, en effet, les dernières opérations de la moisson : le dépiquage et le vannage. En allant de droite à gauche, nous rencontrons les scènes suivantes : Un homme debout, vêtu du pagne constitué de minces bandelettes flottantes, forme une meule au moyen de gerbes posées en tas à ses pieds. Ensuite, sept ânes écrasent les épis, excités par les coups de bâton de deux hommes qui se trouvent à chaque extrémité de l'aire. « Courage, vous autres, camarades, » dit l'un d'eux, qui fait face à un baudet récalcitrant, dont la physionomie amusante a été très spirituellement rendue. Un ouvrier qui, pour travailler plus à l'aise, a retourné son pagne sur les reins, balaie les épis qui s'éparpillent sous les pieds des ânes et les rejette dans l'aire. Les vivres des ouvriers sont placés à côté d'eux, dans une grande marmite, posée sur un support. Au centre, deux ouvriers terminent une meule. Un troisième ouvrier, agenouillé à la base de la meule et tenant en main sa fourche, est armé d'un instrument que nous ne pouvons reconnaître avec précision (est-ce un petit balai ?) et dont il se sert pour une opération difficile à déterminer. Ce groupe est séparé du suivant par des provisions destinées aux ouvriers. Ici, un homme debout, à côté d'une meule, balaie les grains et la paille devant une femme, occupée à vanner. L'instrument de vannage est formé de deux sortes de petites pelles en bois, au moyen desquelles la femme ramasse sur le sol les grains et les jette au vent, qui enlève la paille. Deux femmes encore nettoient les grains déjà débarrassés d'une partie de leurs impuretés, en les soumettant à un nouveau vannage, puis en les passant au crible. Enfin, on voit la majeure partie de la figure d'une femme occupée, vraisemblablement, à un travail analogue.

Au premier registre, on assiste à une scène fréquente en Egypte : des bouviers, montés sur deux légers canots, accompagnant leurs troupeaux qui traversent à gué un bras d'eau. A droite, le canot est occupé par quatre hommes, deux rameurs et deux bergers, qui tiennent la corde à laquelle est attaché un petit veau. Les bergers étendent le bras, raide, au-dessus de l'eau, dans la pose habituelle de la conjuration contre les crocodiles. On distingue,

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en effet, sous la barque, un énorme saurien, dont la présence constitue un grave danger pour le bétail. Aussi le chef des bouviers, qui préside au passage (i), emploie-t-il, pour l'immobiliser, la formule la plus puissante, à laquelle les sculpteurs égyptiens font fréquemment allusion dans les tableaux analogues des tombes de l'Ancien Empire (2). Le veau, tenu en laisse, se retourne et lèche un autre veau qui le suit ; celui-ci est, à son tour, léché par la première bète du troupeau, lequel se déroule en bon ordre jusqu'à l'extrémité de la scène. On retrouve ici une nouvelle barque, sous laquelle un second crocodile, qui était en embuscade, a été immobilisé par la conjuration que prononcent deux bouviers.

Dans le mur Sud de cette première salle s'ouvrait une porte, actuellement murée, qui conduisait à une petite chapelle consacrée au fils d'Ankhma-Hor; nous y reviendrons tout à l'heure.

A côté de cette porte, des restes de reliefs mutilés permettent de croire qu'on avait représenté ici les domaines funéraires du mort personnifiés qui, à certaines fêtes, étaient chargés de fournir des offrandes au tombeau. Il avait sept domaines, désignés chacun par un nom. Ceux-ci ne sont plus recon-

naissables que pour le cinquième et le septième $ J 1 1 HZ û J? et ^ ^ J P 0

© ZH \^\- " est ^ remarquer que le premier domaine avait un nom composé avec celui du roi Ounas de la Ve dynastie; on lit encore | (j 1 ].

En nous dirigeant vers la salle II, nous rencontrons, dans l 'entre-porte, salle il. des bas-reliefs, malheureusement incomplets, représentant des scènes de marché (planches XXXI et XXXII). Des personnages, assis devant leur étal, discutent la valeur d'échange des produits qu'ils offrent en vente. A gauche, ce sont surtout des vivres, poissons séchés, légumes et fruits, qui sont l'objet des transactions. A droite (planche XXXI 1), le marchand offre à l'acheteur un

poisson séché, en disant : « Regarde ces » Son interlocuteur, qui a sur

l'épaule un coffret et tient de la main droite des objets indéterminés, semble donner accord et dit : « Parfait. » Derrière eux, un homme, chargé d'un coffret et d'une espèce de sac en cuir, a pris en main un chevet qui lui est tendu par un autre homme, qui lui dit : « Regarde cela. » A quoi il répond : « Ton

(1) Voir Lepsius, Denkmàler, Ergdnzungsband, planches XI et XII.

(2) Maspf.ro, la Culture et les Bestiaux, dans les tableaux des tombeaux de l'Ancien 'Empire, dans les Eludes égypitnnes, t. Il, Paris, 1888, pp. 107-108.

travail, de même que le mien, est excellent. » Entre les deux se trouve debout un petit personnage chargé de divers objets. Il est fort regrettable que le reste des scènes ait disparu, car ces représentations de marchés sont très rares dans les tombeaux de l'Ancien Empire (i).

Le mur Sud, que nous apercevons en premier lieu à notre entrée dans la salle 11, était consacré à de curieuses représentations de métiers (planche XXXI 11). Malheureusement, la perte des registres supérieurs n'a laissé subsister qu'une partie de ces scènes intéressantes.

Au premier registre, à droite, répartis sur deux petits registres intermédiaires, quatre ouvriers sont occupés à creuser et à polir des vases en pierre dure, ceux qui creusent employant de grands outils à forer, en forme de vilebrequins 9 (2). A côté, nous sommes dans l'échoppe des corroyeurs, coupant des sandales, assouplissant le cuir, achevant un sac semblable à celui que nous avons vu dans la scène du marché (planche XXXI ]). Plus loin, on fait l'inventaire des bijoux d'Ankh-ma-Hor. La scène se passe dans une salle supportée par des colonnettes à chapiteau en fleurs de lotus; le scribe inscrit les diverses pièces de bijouterie que l'on inspecte devant lui ; un petit registre intermédiaire est occupé par des nains, auxquels, semble-t-il, on confiait le soin de conserver les parures du maître, qui sont ici principalement des colliers et des contrepoids de colliers.

Au second registre, à droite, nous assistons au travail des métaux. Sous un petit édicule, supporté par des colonnettes à chapiteau en fleurs de lotus, la pesée du métal est faite en présence d'un scribe. Quatre ouvriers activent la combustion du foyer au moyen de chalumeaux, tandis qu'un cinquième ouvrier, qui tient peut-être dans le foyer, au bout d'une pince, le métal à amollir, s'adresse à ses camarades en les excitant au travail. Derrière ce groupe, deux autres ouvriers battent à grands coups de pierres le métal, afin de le réduire en minces feuilles : ce sont les batteurs de l'or nécessaire pour les funérailles.

A côté des fondeurs et des batteurs d'or, des sculpteurs préparent les statues funéraires. Les croyances animistes des Égyptiens rendaient néces-

(1) Voir Maspero, Une représentation de bazar égyptien remontant à l'Ancien 'Empire, dans les Études de mythologie et d'archéologie égyptiennes, t. IV (Bibliothèque égyptologique, t. Vlll), p. ^Si-ïSy et planche; Lepsius, Venkmdler, ]], 96.

(2) L. Borchardt, Beitrdge zu Griffith Béni Hasan 777, dans la Zeilschrift fur Àgyptische Sprache und Alleriumskunde, XXXV, 1897, p. 107.

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saire à la survivance de l'âme la présence d'un soutien matériel, le corps; de là, les procédés de conservation de la momie. En vue de la destruction possible de celle-ci, on recourait à des statues en pierre dure, en calcaire, en métal, en bois, qui devenaient de véritables substitutions du corps. Afin de les mettre à même de remplir exactement ce rôle, il fallait qu'elles fussent des copies parfaites du modèle, et c'est cette idée qui imprime aux statues de l'Ancien Empire un cachet de naturalisme extraordinaire. Ces statues sont souvent placées en sûreté dans un réduit, appelé serdab, caché au cœur de la maçonnerie, et dont nous avons déjà signalé la présence dans le tombeau de Nefer-seshem-Ra.

Un chef des sculpteurs achève au ciseau le bras d'une statue, sur la base de laquelle il se tient debout, lia passé sur l'épaule son herminette, outil au moyen duquel s'exécute le gros œuvre et qui nous indique que la statue est en bois. Le défunt est représenté debout, les deux bras pendants, vêtu d'un pagne qui serre étroitement les hanches, la tête couverte d'une calotte unie qui cache les oreilles. Une autre statue nous le montre dans la même position; mais, cette fois, le corps est entièrement nu et la coiffure est une perruque à petites boucles rangées en lignes horizontales., Un scribe d'un rang spécial, appelé Mesi, est occupé à la peindre : il tient dans la main gauche un godet avec la couleur, tandis que, de la droite, il promène légèrement son pinceau au bord de la coiffure. On remarquera qu'entre le peintre et la statue des martelages ont soigneusement effacé une partie de la représentation. Le mort était certainement, comme nous allons le voir par une autre statue, accompagné de son fils; c'est évidemment cette figure du fils qu'on a intentionnellement fait disparaître, alors que, par inadvertance, semble-t-il, on l'a laissée subsister immédiatement à côté. Un scribe est occupé, en effet, à une troisième statue du mort accompagné de son fils Jeshfi. Le défunt est vêtu du pagne, formant sur le devant un tablier triangulaire; il tient dans la main gauche son grand bâton et de la droite le casse-tête ou sceptre cérémoniel ; la perruque est unie et échancrée de façon à laisser passer les oreilles.

Enfin, une quatrième statue n'est plus conservée que partiellement. Ici, deux ouvriers, dont le chef sculpteur, taillent et polissent. Le chef sculpteur, qui a passé son herminette dans la main gauche, frotte le bras de la statue, vraisemblablement au moyen d'un polissoir, tandis que

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son compagnon, accroupi à ses pieds, frappe à coups de marteau sur un ciseau.

Les restes d'un troisième registre sont insuffisants pour qu'on puisse déterminer la scène à laquelle ils appartenaient.

Le mur Ouest, que nous rencontrons maintenant (planche XXXI V), était probablement consacré tout entier à la capture des oiseaux de marais et à leur élevage à la ferme, scènes dont on pourra se faire une idée générale par un mur sculpté du troisième tombeau (planche LXXXV).

Tout à fait à droite, mutilé dans sa partie supérieure, apparaît le mort, vêtu du pagne à tablier triangulaire, portant sur les épaules la peau de panthère, les pieds chaussés de sandales et s'appuyant sur son bâton dans une pose de repos que nous retrouverons plus loin. Derrière lui, placés à trois registres différents, étaient représentés trois petits hommes, dont le plus élevé, qui tient en main un bâton, porte le vêtement constitué de bandelettes flottantes. En dessous, le nain favori s'avance d'une allure tout à fait caractéristique : sur son épaule, retenu par une laisse, un singe apprivoisé esquisse un geste rappelant le pied de nez (planche XL1). Sous le nain, un martelage soigneux a fait disparaître une petite figure, qui devait être probablement celle d'un des fils du mort. Un autre se trouve debout devant son père : c'est l'ami unique, le prêtre récitateur Jeshfi, que nous avons vu déjà debout à côté d'Ankh-ma- Hor sur une des statues funéraires (planche XXXI ]]). Une grande ligne d'hiéroglyphes donnait le titre de la scène qui se déroule sous les yeux du maître de la tombe. « [11 surveille]... la capture au filet des oiseaux par les tendeurs de son éternité. »

Dans les trois registres qui subsistent, complets et fragmentaires, plusieurs personnages, tournés vers le mort, s'avancent pour présenter les produits de la chasse (planche XXXV). Ce sont d'abord, sur les deux registres conservés en entier, des fils du mort. Au premier registre, la figure et les inscriptions ont disparu sous un martelage soigneux : le signe pour fils <^ se distingue cependant encore. Au deuxième registre, c'est le fils aîné Jeshfi que nous venons cependant de rencontrer aux pieds de son père, assistant à la scène que nous analysons. Cela tient évidemment à la manière dont les tableaux étaient composés, au moyen de véritables cahiers de modèles. D'une part, on sculpte le mort accompagné de ses enfants ; d'autre part, les porteurs

d'offrandes, à peu près tous dans la même pose. Ceux-ci sont ensuite identifiés à divers personnages de la famille ou de l'entourage du défunt, sans qu'on prenne soin de voir si aucun d'eux ne fait double emploi. Les autres porteurs d'oiseaux sont : au registre supérieur, un prêtre du « double » — donc un des prêtres attachés au service funéraire de la tombe — et un chef des médecins 1^=f 'g* dont le titre est intéressant à signaler.

Au registre inférieur, immédiatement derrière les traces de martelage (planche XL), s'avance un personnage gros et gras, tenant de la main gauche quatre oies vivantes, tandis que, de la droite, il en apporte trois autres plumées et prêtes à être rôties. C'est le supérieur des prêtres du double, Hepi. Sa poitrine replète n'aurait pas été rendue de façon suffisamment réaliste par le procédé habituel ; aussi l'artiste a-t-il recouru au même procédé que nous avons signalé sur les piliers d'entrée du tombeau d'Ankh-ma-Hor. Il s'en servira une fois encore (planche LU) lorsqu'il aura à représenter le même Hepi. Il semble que nous nous trouvions ici en présence d'un procédé destiné à traduire d'une façon plus expressive le torse des personnages gras et non point, comme on pourrait le penser d'abord, d'une tentative artistique marquant un progrès sur la manière ordinaire de dessiner la poitrine « en face » sur un corps vu de profil.

Derrière Hepi, et lui tournant le dos, le chef des tendeurs, s'appuyant sur un court bâton et portant un léger manteau en sautoir, surveille ses hommes occupés à manœuvrer un grand filet. La scène est décomposée en deux parties, disposées en deux registres superposés. En dessous (planche XXXV] 11), les oiseaux, oies et canards, qui nagent à la surface de l'étang dans une variété d'attitudes remarquable, sont venus s'engager à portée du filet. Sur le bord, on a représenté quelques plantes ; derrière une touffe, le nid d'une oie ; deux ibis et un héron complètent la série des oiseaux.

La corde du filet traverse un écran formé de feuillages, derrière lequel s'est prudemment dissimulé le chef d'équipe, épiant le moment propice pour donner à ses camarades l'ordre de tirer. Quatre vigoureux gaillards tiennent solidement la corde, n'attendant que ce signal (planches XXXVI et XXX VU). Le moment est venu; par un mouvement très hardi, l'artiste égyptien nous montre (planche XXXIX) le chef d'équipe se retournant brusquement pour dire, si nous comprenons exactement : « Eh ! tendeur, la chasse est dans ta

main. » Immédiatement, d'un seul mouvement, qui est rendu au registre supérieur, les quatre hommes tirent de toutes leurs forces à la corde et se renversent en arrière, de façon à ajouter à leur effort tout le poids de leur corps. Sous cette traction puissante, le filet se referme et il n'y a plus qu'à prendre les oiseaux, à les enfermer dans des cages ou à les emporter par grappes, nous dirions volontiers par bouquets. Partout où l'espace s'y prêtait, on a représenté des plantes, des animaux, des insectes, formant ainsi un véritable paysage, où rien n'est négligé. Des accessoires du filet, piquets et cordes, des vivres pour les chasseurs, complètent cet ensemble, dont l'analyse détaillée nous entraînerait trop loin.

Remarquons, au second registre, la disposition des plantes réparties audessus et au-dessous des tendeurs, de façon à bien montrer que les hommes sont assis au milieu des plantes. Une inscription malheureusement mutilée dit

« cette chasse et le double de Sesi ». Ici, comme souvent, les

inscriptions sont effacées là où elles semblent avoir été plus particulièrement curieuses.

Cette scène de tenderie compte certainement parmi les meilleures sculptures du tombeau d'Ankh-ma-Hor et, pourrions-nous dire, parmi les meilleures de l'Ancien Empire égyptien. L'artiste y a montré un souci du détail pittoresque rarement égalé, une minutie dans l'exécution qui ne nuit cependant pas à la vigueur de l'ensemble. Des gestes qui, ailleurs, sont simples et schématiques, comme par exemple l'application des mains à la corde du filet (voir planche LXXXV1), sont rendus ici avec une rare exactitude. L'homme qui se retourne étonnera ceux même qui croient le mieux connaître les attitudes des personnages de l'Ancien Empire. On ne trouve à lui comparer que l'homme poursuivi par un singe, actuellement au Musée du Caire (1), dont nous donnons ici une nouvelle reproduction (planche Cl 11). 11 est aussi très intéressant de comparer cette scène à une autre analogue du troisième tombeau (voir planche LXXXV). Les artistes égyptiens travaillaient, on l'a remarqué depuis longtemps, d'après des cahiers de modèles. Le jour où l'on aura publié, en nombre suffisant, les tombeaux de l'Ancien Empire pour pouvoir rechercher combien de scènes ont été copiées sur le même modèle, nous pensons

(i) Maspero, Le Musée égyptien, t. II, pi. XI.

que, tout en restreignant, en beaucoup de cas, la part de l'intervention individuelle des artistes, on ne pourra s'empêcher de leur reconnaître cependant une habileté remarquable à varier les représentations des mêmes sujets et à en faire des tableaux d'une rare perfection. Les scènes de tenderie du tombeau d'Ankh-ma-Hor et de Nefer-seshem-Ptah compteront probablement parmi leurs plus remarquables repoductions.

Le mur Est de la salle 11 n'a conservé que des traces insignifiantes des scènes qui y étaient sculptées. A peine peut-on distinguer, à gauche, les pieds du mort tourné vers la droite ; devant et derrière lui, les pieds de deux de ses fils, probablement. Les derniers signes de deux lignes d'inscriptions n'apprennent absolument rien. On peut cependant encore reconnaître que, devant le mort, s'avançaient des hommes apportant des poissons : ce mur était donc vraisemblablement consacré à des scènes de pêche, faisant pendant aux scènes de tenderie du mur d'en face.

Au mur Nord (planche XLU), nous rencontrons une première procession d'offrandes. A partir de cet endroit, elles vont constituer la majeure partie de la décoration des murs. On pourrait dire, peut-être, que les premières salles étaient consacrées à la préparation lointaine et médiate des offrandes qui vont être représentées à satiété sur les murs des autres salles. Les processions d'offrandes sont toutes dirigées vers le fond de la salle IV, où se trouvait la stèle; c'est là, en effet, que doivent arriver tous ces serviteurs uniquement occupés à pourvoir le maître de ce dont il a besoin dans sa vie funéraire. Ici, exceptionnellement, les porteurs d'offrandes marchent vers la droite, vers l'extérieur du tombeau, sans qu'on puisse en découvrir la raison. La scène, dont deux registres entiers sont conservés, est sculptée avec une rare perfection et une souplesse de ciseau tout à fait remarquable. On y voit encore, et il en est de même dans les salles suivantes, des traces nombreuses de la riche polychromie qui, relevant autrefois les sculptures, en faisaient de véritables copies de la nature, dont la valeur magique aurait été nulle sans cette soigneuse application de couleurs. Il ne nous a pas été possible de noter par le menu les traces de peinture : ce travail, qui serait, nous le reconnaissons, fort utile, aurait nécessité de nombreuses heures dont nous ne pouvions malheureusement disposer.

Nous ne songerons pas non plus à décrire en détail les processions de

porteurs d'offrandes que nous allons rencontrer. La détermination de tous les objets destinés au mort nécessiterait vraisemblablement de longues recherches d'ordres les plus divers. Nous devrons donc nous borner à souligner quelques points qui nous paraissent particulièrement intéressants, laissant peut-être de côté certaines choses curieuses dont de plus experts auraient tiré des conclusions notables.

Les porteurs d'offrandes sont ici principalement chargés, au registre supérieur, de vases et de coffrets. L'un d'entre eux mène en laisse un singe (i). Les trois derniers delà rangée apportent des étoffes destinées à renouveler la garde-robe du défunt. A côté de deux porteurs, on a gravé un titre et un nom : chefs du kiosque Tua et Tetiankh. Ce titre se rattache peut-être à la coutume d'ériger, lors des funérailles, tout le long de la route qui conduisait de la maison à la tombe, de petits kiosques en matériaux légers, que l'on garnissait abondamment de vivres, à l'intention de l'âme du défunt (2).

Au registre inférieur, ce sont principalement des victuailles que l'on apporte. Trois hommes chargés de paniers, équilibrés sur les épaules par une briche, s'élancent avec légèreté, les pieds garnis de sandales touchant à peine le sol. « Fais-moi place ! » crie l'un d'eux aux porteurs qui le précèdent et qui s'avancent trop lentement à son gré (planche XL111). Si nous essayons de nous représenter le mouvement exact de chacun de ces coureurs, nous verrons combien l'artiste égyptien a été amené, par l'indigence de ses procédés, à des attitudes absolument impossibles à prendre ; et cependant on ne peut nier que l'ensemble n'aie une allure élégante, qui donne bien l'impression de course rapide qu'on cherchait à rendre. Que l'on remarque spécialement la façon dont les pieds s'appuient sur le sol dans une position que, sur la foi des manuels, on s'étonnera peut-être de trouver dans l'art égyptien.

Dans la porte qui conduit de la salle 11 à la salle 111, nous rencontrons des bouviers qui amènent le bétail nécessaire au sacrifice. Du côté Nord (planche XL1V), un bloc de pierre a disparu, emportant tout un registre des reliefs. Au premier registre, deux hommes conduisent une antilope mâle, l'un lui tenant le museau et la base des cornes, l'autre posant la main sur le dos

(1) Comparez avec le singe de la planche CVI.

(î) H. Madsen, Die Todlenfeier im Garten, dans la Zeitscbrift fur àgyplische Sprache und Allerlumskunde, XL11I, 1906, pp. S1-S4, où l'auteur interprète les faits un peu différemment.

et exerçant une pesée sur l'extrémité des cornes. « Amène à toi fortement ! » dit-il.

Derrière, une gazelle est conduite par deux hommes, dont l'un recommande à son camarade « de la bien tenir ». Un jeune faon, qui accompagne sa mère captive, est occupé à têter. L'inscription horizontale dit qu'on conduit le gibier du désert qui lui est amené (au mort) par les prêtres du double.

Au second registre, les bouviers, surveillés par le chef bouvier, se sont mis à six pour abattre un solide bœuf. Us lui tournent la tète vers la gauche, poussent l'arrière-train à droite, cherchant à déplacer brusquement les jambes de la bète, qui va perdre l'équilibre et s'abattre sur son côté droit. Cette scène est habilement traitée et compte certainement parmi les meilleurs morceaux de la tombe. Le même sujet est reproduit sur le mur d'en face (planche XLV) avec des variantes d'attitudes intéressantes à examiner et qui indiquent certainement une autre main. L'inscription dit que les prêtres du double de son éternité amènent le bœuf. Remarquons la façon dont le chef bouvier s'appuie sur son bâton, dans la position que nous indiquions pour Ankh-ma-Hor au mur Ouest de la salle 11 (planche XXXI V.) La coiffure de ce même personnage, un long bonnet descendant sur le dos jusqu'à la ceinture, est peu commune, pensons-nous.

Du côté Nord (planche XLV), l'entreporte est entière, bien que la surface ait été légèrement détruite à la partie supérieure.

Au premier registre, deux hommes conduisent une antilope mâle. L'un, tenant l'animal par une des pattes de devant et par les cornes, crie à son camarade : « Fais avancer cette antilope, car le prêtre récitateur arrive, » ce qui revient à dire : « Dépêche-toi ou nous serons en retard. » Derrière l'antilope s'avance un petit veau, retenu par une corde attachée à une de ses pattes de devant. L'homme qui le tient porte, dans la main gauche, trois oies vivantes et s'écrie, si nous comprenons exactement l'inscription : « Voilà ce qui me fait l'ami du chef de tenderie. » La ligne horizontale d'hiéroglyphes dit : « Les prêtres du double de son éternité amènent les présents. »

Au deuxième registre, nous trouvons figuré, comme nous l'avons dit déjà, l'abatage d'un bœuf, scène semblable à celle qui fait face.

Au troisième registre, on voit une gazelle et un bubale conduits par trois bouviers. Au cou des animaux sont suspendus deux objets qui res-

semblent aux contrepoids des colliers. On pourrait supposer qu'il s'agit de masses assez pesantes destinées à entraver les brusques mouvements de la tète et à éviter aux conducteurs de rudes coups de cornes (i). Un des bergers, celui qui pousse la gazelle, dit à son compagnon : « Amène-la à toi. »

Trois murs sur quatre, dans la salle 111, ne présentent que des processions d'offrandes, ce qui est évidemment de nature à diminuer l'intérêt des représentations.

Au mur Nord (planche XLV1), Ankh-ma-Hor, debout, regardant vers la droite, accompagné d'un de ses fils, reçoit les présents que lui apportent quatre groupes de serviteurs. La rangée supérieure a entièrement disparu. Au premier registre, on lui offre tous les bons fruits de ses villes et de ses châteaux du Nord et du Sud, c'est-à-dire de ses propriétés dans la Basse et la Haute Egypte; au deuxième registre, toutes les bonnes choses qui lui sont apportées en offrande royale; au troisième registre, les oiseaux et les bons fruits.

Contentons-nous de remarquer, dès maintenant, combien les porteurs sont chargés d'offrandes diverses ; on en a mis partout où l'espace s'y prêtait. Voyez, par exemple, le quatrième porteur du deuxième registre. Sur ses épaules, il a posé un petit veau, dont il tient les pattes au moyen de sa main gauche ; à son bras gauche pend une bourriche en paille ; de la main droite, il tient trois oies vivantes, tandis qu'à son bras est suspendu un lourd panier rempli de fruits, et comme si cela ne suffisait pas encore à l'occuper, il pousse devant lui un second veau. Souvent, on a négligé de sculpter les liens qui rattachent aux bras les divers récipients, se bornant à les indiquer en peinture ; depuis que celle-ci a disparu, ces fardeaux paraissent suspendus dans le vide ou posés sur le sol à côté des porteurs. (Voir, par exemple, planches XLVI1 et LI.)

Le mur Ouest de la salle 111 nous montre également Ankh-ma-Hor recevant des offrandes. Il est représenté, debout, regardant vers la droite, tenant son bâton et son casse-tête ; il a revêtu la peau de panthère et chaussé les sandales. Derrière lui, une petite figure d'homme, vraisemblablement un de ses fils. Devant lui, à hauteur de la poitrine, une inscription en trois courtes lignes

(i) On pourrait peut-être comparer Capart, Les Débuis de l'art en Egypte, fig. ■ 63 et p. i35.

horizontales donne les titres : « le chef de tous les travaux du roi dans la terre entière, scribe des ouvriers charpentiers du roi (?) 1 J^ jfiji Sesi ». Devant le mort encore, un petit homme debout, sans nom ; puis un autre qualifié notamment de « vénérable royal » appelé Temru. C'est, comme nous le verrons plus loin, le frère d'Ankh-ma-Hor. Devant ce dernier et empiétant sur l'espace destiné aux porteurs d'offrandes auxquels il fait face, l'ami unique Jeshfi.un des fils du défunt, comme nous le savons déjà. Ce qui fait l'intérêt particulier de ce mur (planche XLVU), c'est la présence, parmi les porteurs d'offrandes, d'un personnage que nous avons déjà rencontré, le scribe de la bibliothèque religieuse du roi, scribe de la maison de purification, Mesi, qui, au mur Sud de la salle 11 (planche XXXI 11), était occupé à peindre les statues du mort. Ce soin paraît donc avoir été confié à des gens ayant, en plus de leur habileté artistique, une compétence spéciale en matière religieuse et magique. Mais ce qui est plus curieux encore, c'est de constater le soin tout particulier avec lequel le nom de ce Mesi a été écrit. Le premier signe, le syllabique [fi mes, dont la signification en tant qu'objet représenté a été si longtemps discutée, apparaît avec une extrême précision, aussi bien ici qu'à la salle II (planche XXXI II). On y reconnaît, à première vue, trois peaux de petit rongeur attachées par la tête à un objet difficile à identifier. C'est là une confirmation intéressante du dessin gravé sur un modèle de sculpteur d'époque saïte, conservé au Musée du Caire et qui aurait pu passer pour une fantaisie d'artiste (i). Une scène fort curieuse du tombeau de Meri, que nous reproduisons (planche Cl V), prouve que cet instrument n'est autre chose qu'un chasse-mouches. Meri, assis sur son canapé, tient son chasse-mouches de la main gauche et joue avec un petit bâtonnet, qu'il fait tourner dans sa main droite. Il semble écouter distraitement la musique qu'exécute sa femme, assise devant lui.

Au premier registre, où deux serviteurs sont conservés, on apporte à

Ankh-ma-Hor des graines, des oiseaux ; au deuxième registre, où Mesi

seul subsiste, on amène le présent qui est apporté ; au troisième registre,

trois porteurs amènent tous les produits des travaux des champs apportés en offrande royale. Il reste des traces d'un quatrième registre. Une porte qui s'ouvre dans ce mur Ouest, conduit à un magasin destiné au mobilier funé-

(i) G. Daressy, Un modèle du signe (fi. dans les Annales du Service des Antiquités de lÉeuple, t. IV iqo3 p mn3 et planche. m 6J^ 9 '

m UNE RUE DE TOMBEAUX A SAQQARAH §1

raire et plus spécialement à la garde-robe du mort. Nous y reviendrons plus tard.

Au mur Est de la salle 111 (planche XLVI11), les processions d'offrandes se retrouvent de nouveau. Ankh-ma-Hor, qui les reçoit, est ici conservé à peu près entièrement; plusieurs détails de cette grande figure méritent de retenir notre attention. Le mort est représenté dans la pose ordinaire, debout, la jambe gauche en avant, tenant dans la main gauche son grand bâton et, dans la droite, son casse-tête. La nécessité de le montrer, regardant vers la gauche, a complètement transformé l'ensemble, comme nous avons eu déjà l'occasion de le remarquer précédemment. Toutefois, le sceptre ou casse-tête passant derrière le corps indique nettement quelle était la position primitive, celle que l'on retrouve d'ailleurs toujours sur les statues.

Ankh-ma-Hor a la tête couverte d'une large perruque évasée, s'étalant sur les épaules et qui est souvent reproduite en ronde-bosse ; sous le menton, on aperçoit une petite barbiche, qui n'est pas des plus fréquentes dans les monuments égyptiens. La poitrine est ornée d'un large collier, de deux bandes qui s'entre-croisent et d'une amulette suspendue à un lien sur lequel sont enfilées quatre longues perles cylindriques. Le pagne est orné sur le devant d'un pendentif terminé par des rangs de perles. L'amulette suspendue au cou est tout à fait curieuse et peut être rapprochée de rares spécimens, dont l'un est notamment représenté dans le tombeau de Ti (i). Ne pouvant pas nous attacher ici à l'analyser de près et à en étudier la signification, nous nous contenterons de dire qu'il faut vraisemblablement y reconnaître la survivance des curieux ivoires en forme de chevilles terminées en tête humaine, découverts dans les tombes préhistoriques (2).

Trois registres de porteurs d'offrandes sont conservés. Dans le premier, on amène les offrandes funéraires apportées en offrande royale et données par les prêtres du double ; au deuxième, où l'indication est la même, on lit encore devant le premier porteur : « Apport du présent par le lac de son éternité. » Aux deux registres, en dessous de la première ligne d'inscription, on en a

(1) Dans la porte conduisant du vestibule à pilier au couloir des chambres. Voir encore Mariette, Tes Mastabas de l'Ancien Empire, p. 465-467. Pour les bandes croisées sur la poitrine, voir Daressy, Un Poignard du temps des rois Pasteurs, dans les Annales du Service des antiquités de l'Egypte, t. Vil, 1906, p. 1 16-1 18 et surtout note 1 de la p. 118.

(2) Capart, Les Débuts de l'art en Egypte, fig. 140.

ajouté une seconde qui contient une formule rare, sous l'Ancien Empire tout au moins, et qui se rattache au rituel des funérailles. Le défunt est assimilé aux dieux : tout ce qu'on fait pour les dieux, on le fait pour le mort. Ici le texte dit : « Ce pain pur d'Osiris, ce pain pur d'Anubis, c'est (le pain pur) de Sesi l'estimé (d'Osiris ou d'Anubis). » Au registre supérieur, quatre porteurs d'offrandes encore ; les têtes manquent.

Le mur Sud de la salle III (planche XL1X), avec la porte qui s'ouvre vers la salle IV, ne présentait pas un panneau suffisamment large pour permettre de renouveler encore les présentations d'offrandes au mort. C'est probablement à cette disposition que nous devons de trouver ici une scène nouvelle, qui présente un assez vif intérêt.

Ankh-ma-Hor est debout, dans la pose habituelle, regardant vers la droite, accompagné de trois de ses fils. Un petit personnage lui faisait face au registre inférieur et, bien qu'il ait été effacé avec un soin tout à fait minutieux, sa silhouette est cependant encore reconnaissable, debout, le matériel habituel des scribes à ses pieds. Les signes ^* que l'on devine encore sous les martelages, prouvent qu'il s'agit encore une fois d'un fils que, dans un but déterminé que nous chercherons à préciser plus tard, on a voulu faire disparaître de la tombe du père. L'inscription tracée au-dessus de la tête du petit personnage indique ce qu'il était occupé à faire : « il lisait l'acte d'ensevelissement, à lui accordé en offrande royale ». Un ensevelissement où l'on mettait en oeuvre, comme nous l'avons dit, des procédés magiques autrefois réservés au roi seul, ne pouvait avoir lieu sans que celui-ci eût accordé son autorisation ; c'était une faveur assez rare, dont les grands de l'Egypte avaient soin de se vanter dans leurs inscriptions funéraires. Il en sera de même plus tard, lorsque le roi permettra de placer dans les temples des statues funéraires. Le double du personnage représenté participait de la sorte aux sacrifices qui s'accomplissaient sur l'autel du dieu. Dans ce dernier cas, nous sommes en présence de la théorie de l'assimilation ou de la substitution du roi au dieu qui réside dans le temple, substitution magique accordée, petit à petit, à ceux que le roi désire favoriser.

11 est probable que la lecture de l'acte royal accordant au mort des funérailles, vraisemblablement payées par le trésor royal, était une des cérémonies de la mise au tombeau; c'était, pour les prêtres, la justification et,

pour les assistants, l'explication des cérémonies qui allaient avoir lieu avant que la momie disparaisse pour toujours au fond du caveau funéraire. C'est, pourrait-on dire, en employant une comparaison toute moderne, la lecture publique du décret accordant à un grand citoyen des funérailles célébrées au frais de l'Etat.

Au-dessus de l'inscription relative à cette scène, dans l'espace laissé libre, on a représenté, posés sur des tables, divers objets d'habillement et de parure, colliers, bracelets, contrepoids de colliers, etc., dont la présence en cet endroit peut se justifier assez aisément. Immédiatement à côté de ce panneau s'ouvre, en effet, la porte du magasin contenant le mobilier funéraire et dont nous nous occuperons plus tard. Le frère d'Ankh-ma-Hor, Temru, est debout, à côté des tables ; il porte au cou un large collier et, sur les épaules, une sorte d'écharpe ornée, assez rarement figurée.

Le modelé de la figure principale est spécialement soigné dans ce tableau et fait vivement regretter la perte de la partie supérieure du corps. Un fragment (planche L), donnant seulement les genoux et une partie de la jambe, montrera tous les efforts de l'artiste pour traduire exactement la musculature et faire sentir le squelette sous la chair.

salle îv. La porte qui mène de la salle 111 à la salle 1 V est décorée de scènes

de porteurs d'offrandes. Celles-ci se déroulent avec monotonie, mais donnent presque toutes cependant des détails curieux à noter.

Du côté Est (planche Ll), les trois registres sont conservés ; le troisième, malheureusement, dans un assez mauvais état.

Au premier registre, on amène en présent tous les bons fruits apportés du Nord et du Sud, on amène des figues, des fruits de Y n ^^Q (j), du vin, apportés en offrande royale.

Au deuxième registre, où deux porteurs sont identifiés avec des supérieurs de prêtres du double (l'un est appelé préposé aux prêtres du double de l'Occident), on amène des oiseaux, des grains, de la bière et toutes les bonnes choses apportées des villes du Nord et du Sud, à toutes les fêtes et tous les jours.

Au troisième registre, on amène de ses châteaux du Nord et du

(i) Loret, La Flore pharaonique, Paris, 1892, p. ioj-io3 : Balanites aegyptiaca, L.

Sud des pièces de viande et toutes les bonnes choses apportées par les

prêtres du double de sa maison d'éternité.

Du côté Ouest (planche LU), deux registres seulement sont conservés. Au premier, on amène en présent tous les bons fruits apportés de ses villes du Nord et du Sud, on amène des figues, des fruits de h 1 i^J A , du vin, chaque jour par les prêtres du double de son éternité.

Au second registre, quelques détails intéressants viennent rompre l'uniformité de ces scènes. Ici on apporte des oignons, en plus des offrandes citées au registre qui fait face. Le premier porteur est le supérieur des prêtres du double, Hepi, que nous avons rencontré déjà dans les scènes de tenderie de la salle U (voir planche XL). On lui a donné derechef la position entièrement de profil, évidemment dans le but de bien marquer l'épaisseur de ses formes. Derrière lui s'avance un préposé aux scribes des colons ou fermiers attachés aux domaines (i), Irnjechet, lequel, outre le fardeau habituel, s'est encore suspendu au cou des pigeons, dont les ailes sont attachées par un lien. Le troisième porteur est le scribe de la confrérie des prêtres du double ; c'est lui qui, probablement, était gardien des registres sur lesquels était consigné l'ordre de roulement des prêtres pour les services funéraires. De même que son camarade qui le précède, il n'a pas jugé que son fardeau fût suffisant et il porte autour du cou quatre oies, qui semblent seulement attachées par l'extrémité de leurs ailes, et présentant ainsi l'aspect d'une espèce de collier d'un effet fort original.

Nous entrons à présent dans la salle IV, qui est l'endroit où viennent se réunir toutes les processions d'offrandes. Les ouvriers qui travaillent sur les murs des premières salles destinent leurs produits à la salle IV, qui est la véritable antichambre des appartements du mort. Dans le fond, se trouvait la stèle en forme de porte par laquelle Ankh-ma-Hor passait pour venir chercher les aliments que lui avaient préparés les prêtres du double, pour renouveler ses vêtements et son mobilier, chaque fois que le besoin s'en faisait sentir. Une sorte de banquette en pierre constituait l'autel sur lequel venaient s'accumuler toutes ces provisions ; stèle et banquette ont disparu actuellement, bien qu'elles soient marquées sur le plan publié par M. Loret. On se

(i) Maspero, La Carrière administrative (Etudes égyptiennes, 11, 2' fascicule). Paris, 1890, p. 140.

fera néanmoins une idée de l'aspect qu'elles présentaient en visitant le troisième tombeau, où elles sont conservées intactes.

Nous avons vu que les porteurs d'offrandes s'acheminaient tous vers cet endroit du tombeau ; c'est également dans cette direction qu'ils conduisaient les animaux vivants qui devaient fournir la viande de boucherie. L'abatage avait-il réellement lieu ici? Ce n'est guère probable, l'étroitesse de la salle, surtout dans le troisième tombeau, s'opposant à de telles opérations. 11 faut songer que les représentations gravées sur les murs assuraient le renouvellement des provisions : le jour de l'enterrement, les victimes avaient sans doute été abattues à l'extérieur du tombeau et les divers morceaux empilés ensuite sur la table d'offrande.

Sur le mur Est de la salle, nous trouvons des scènes fort complexes relatives à l'abatage et au dépeçage des animaux. Deux registres, ainsi que la partie inférieure d'un troisième, sont à peu près entièrement conservés. Ici, nous ne nous le dissimulons pas, il aurait peut-être été nécessaire de reproduire en détail les deuxième et troisième registres ; le mauvais éclairage, la coloration défavorable de cette partie du mur nous en ont détournés. Ces scènes d'abatage, sans avoir une importance capitale, seront intéressantes à reprendre le jour où l'on voudra faire une étude d'ensemble des matériaux qui se rattachent à cette question (planche LUI). Nos planches L1V, LV et LV1, qui détaillent le premier registre, le mieux conservé, donneront pour le moment une idée suffisante des tableaux.

La conversation est des plus animées entre les bouchers, leurs surveillants et les serviteurs qui viennent chercher les pièces découpées, prêtes à être portées sur l'autel. Essayons de traduire, à titre d'exemple, quelques-unes de leurs paroles. Trois bouchers sont occupés à couper les jambes d'un bœuf; l'un, qui coupe la jambe de devant, tenue en place par son camarade, lui dit : « Tiens fort camarade, que je mette cette jambe sur l'autel ; vite. » A quoi l'autre répond : « Vas-y à ton gré, je tiens bien. » Le troisième, qui tranche la cuisse, se retourne pour dire : « Regarde, je viens avec toi, vite, aujourd'hui. » Un boucher, qui tire hardiment à une corde pour lier les jambes d'un bœuf, éprouve le besoin de s'écrier : « Qui est un solide gars ? Moi. » Un autre encore, qui, sans aide, coupe l'épaule d'un bœuf, dit : « Ce n'est pas facile de faire cela tout à fait seul ! »

Le registre inférieur, que nous reproduisons en détail, est mutilé à la droite. Au premier groupe qui soit complet (planche LV), deux bouchers dépècent un bœuf. Que l'on remarque le mouvement extraordinaire des épaules ; on y retrouve ce que nous avons déjà constaté dans les représentations des piliers de Nefer-seshem-Ra. Le boucher est vu de profil ; seule l'épaule, dont l'artiste a peur qu'on ne saisisse pas le mouvement, est rabattue sur le plan après avoir subi un quart de tour. Tout ce registre, où les figures sont d'ailleurs de dimensions plus grandes que dans les registres supérieurs, est exécuté avec un soin et une délicatesse de main tout à fait remarquables, que nous rencontrerons encore dans la scène d'abatage du troisième tombeau (voir planche Cl). 11 est probable que les deux scènes ont été exécutées par le même artiste.

Les murs Nord et Sud de la salle IV, se dirigeant vers la stèle, ne pouvaient être autrement remplis que par des figures de porteurs d'offrandes s'avançant vers le mort, assis devant sa table. Au troisième tombeau, nous pourrons nous faire une excellente idée de cette représentation. Au-dessus de la table, se trouvait nécessairement ce qu'on appelle la « pancarte », le menu des repas du mort, avec l'indication de tous les aliments que le défunt pouvait désirer dans son tombeau. Les éléments de cette liste, disposée en cases régulières, se retrouvent à peu près tous dans les scènes d'offrandes qui, depuis l'entrée du tombeau, se déroulent en processions interminables (i).

Sur les deux murs, les représentations du défunt et de sa table ont disparu ; du côté Sud (planches LV]], LVUI et LIX), on voit encore l'amoncellement des vivres que l'on déposait devant la table et dont chacun des prêtres ou serviteurs apportait sa part. La longue ligne d'hiéroglyphes qui accompagne la représentation spécifie que des offrandes doivent être apportées par les prêtres du double à diverses fêtes déterminées, ainsi que chaque jour. Au registre inférieur, trois personnages sont désignés par des inscriptions. L'un d'entre eux (le septième en commençant par la droite) est qualifié de « manicure » et s'appelle Ptahshepses.

Le mur Nord (planches LX, LX] et LX11) est décoré de la même manière, mais son état de conservation permet de mieux apprécier le travail, qui est excellent.

(i) Voir pour l'analyse d'une de ces listes, Capart, Chambre funéraire de la VT dynastie aux Mutées royaux du Cinquantenaire. Bruxelles, Vromant, 1906.

m UNE RUE DE TOMBEAUX A SAQQARAH ^

La variété des animaux conduits en laisse mérite certainement d'être remarquée. Ici, comme dans les scènes analogues qui précèdent, il y aurait bien des choses importantes à signaler au point de vue zoologique ou au point de vue ethnographique; mais cela n'est pas de notre compétence ou risquerait de nous entraîner dans des détails qui pourraient paraître fastidieux. L'insuffisance des recherches préliminaires nous obligerait, d'ailleurs, à recourir constamment à des termes vagues qui n'expliqueraient rien et dont nous préférons nous abstenir. Il suffira de noter combien de telles représentations seront précieuses le jour où, s'aidant de l'ethnographie comparée, on pourra reconstituer définitivement la physionomie de l'Egypte à l'époque de l'Ancien Empire.

Un détail curieux mérite de nous arrêter encore un instant. Au registre inférieur, on distingue, sous deux des animaux, des traces d'une esquisse que l'on a abandonnée au cours de l'exécution finale. Le quatrième animal, une antilope (planche LX), et l'avant-dernier animal, un veau (planches LX1 et LX11), ont remplacé une hyène, dont la silhouette avait déjà été gravée sur le fond. On le reconnaîtra surtout en se reportant au troisième tombeau, où une des scènes d'offrandes de la salle II nous montre une hyène (voir planche LXXXI1).

Arrêtés au seuil de la fausse porte que seul le mort a le droit de franchir, revenons sur nos pas pour visiter les salles que nous avions négligées dans notre marche vers le sanctuaire.

salle v. Dans la salle II], nous l'avons dit, une porte s'ouvrait dans le mur Ouest :

elle conduisait dans un magasin destiné à renfermer le mobilier funéraire. Aussi, dès l'entreporte, voyons-nous les serviteurs, chargés des divers objets dont il se composait, s'acheminer vers l'intérieur de la salle. 11 est assez curieux de remarquer que les vases et ustensiles ne sont pas proportionnés à la taille des porteurs, mais plutôt, ce qui est naturel, à la taille du mort tel qu'il est représenté sur les divers murs.

Au côté Sud de l'entreporte (planche LX111), les trois registres de reliefs sont conservés. Au premier, quatre hommes s'avancent, tenant dans chaque main une bandelette d'étoffe : on apporte les vêtements de l'offrande royale, dit l'inscription. Au-dessus, aux deuxième et troisième registres, six

m UNE RUE DE TOMBEAUX A SAQQARAH S

hommes tiennent, de la main gauche, des vases contenant des huiles et essences. A côté de chacun des vases se trouve le nom de l'huile. A côté du dernier vase, à gauche en haut, on a inscrit deux noms, de façon à compléter la liste des sept huiles habituellement employées. De la main droite, chacun des porteurs tient, en outre, une pièce de la parure ou de l'habillement, ou bien un vase. De plus, quand l'espace s'y prêtait, d'autres objets sont encore pendus au bras ou à la main. On reconnaît facilement un sac à fard pour les yeux, des espèces de foulards, tels qu'en portait le frère d'Ankh-ma-Hor sur le mur voisin (planche XL1X), des contrepoids de colliers, un collier et (à droite en haut) un curieux ornement de cou, assez rarement figuré. Il est composé d'un collier à fermoir, auquel est suspendu une amulette en forme de fleur de lotus, avec un serpent dressé de chaque côté de la fleur. Cet ornement se retrouve figuré sur les cercueils de momies du Nouvel Empire.

Nous pouvons reconnaître sur ce mur un procédé employé par les sculpteurs. Souvent, au cours de leur travail, ils rencontraient dans le calcaire des noyaux plus durs qui ne se prêtaient pas à la sculpture. Parfois, ils réussissaient à les user, comme on peut le voir, par exemple, à la salle V] (planches LXX1 et LXXI1) ; parfois, au contraire, ils étaient obligés de les faire disparaître entièrement, laissant à la surface des cavités à combler. Dans ce dernier cas, on recourait à deux expédients, dont l'un consistait à régulariser la cavité et à la combler au moyen d'une pièce rapportée (i), comme on peut le voir sur le panneau Sud de la façade (planche XX). L'autre procédé, celui que nous avons ici, consiste à emplir la cavité d'une espèce de mortier dont la surface se prêtait à la sculpture. La « couture » était évidemment cachée sous la peinture. On verra mieux la restauration à la partie supérieure du second registre, comme aussi dans la salle VI (planche LXXJ1), à l'angle inférieur gauche de la scène des funérailles.

Du côté Nord (planche LXIV), la procession se continue. Au premier registre, deux hommes portent un grand coffret, qui, d'après l'inscription, contenait des pièces de vêtement. Le texte dit formellement qu'on les porte dans le magasin, confirmant ainsi la destination de la salle V.

^ Jl) Voir de bons exemples pour l'époque du Nouvel Empire dans Pet«,b. Tell cl Amarna, planche XI, n"

Aux deux registres supérieurs, six prêtres du double complètent l'assortiment des vases, bassins et supports indispensables au mort.

Seul le mur Est de la salle V a conservé une partie de sa décoration (planche LXV). A gauche, on aperçoit encore le bâton d'Ankh-ma-Hor, qui faisait face à ses serviteurs. Au premier registre, quatre hommes, placés deux à deux, portent un grand coffret scellé ; ils sont suivis par le fils du défunt, dont la figure et le nom ont été, cette fois encore, soigneusement mutilés. Derrière lui s'avance un nouveau groupe de quatre hommes, portant un autre coffret.

Au deuxième registre, deux coffrets encore, portés chacun par quatre hommes; puis un serviteur tenant à deux mains un grand vase; enfin un surveillant.

11 ne reste plus que des traces de la décoration du troisième registre.

Le sculpteur se trouvait ici dans la nécessité de représenter devant et derrière chacun des coffres deux porteurs placés l'un à côté de l'autre, ce qui n'était pas sans présenter des difficultés sérieuses. Dans la majorité des cas, il s'en est assez bien tiré et le personnage le plus éloigné de notre œil est simplement dessiné derrière son compagnon, qu'il dépasse légèrement en avant. Ce sont donc deux silhouettes placées l'une contre l'autre, sans qu'on ait cherché à tenir compte de l'épaisseur des figures. Mais ce procédé était plein de pièges et l'artiste n'a pas manqué d'y tomber. Il a voulu, au lieu de rabattre les deux épaules sur le plan, suivant la convention habituelle, essayer à trois reprises d'en dessiner une de profil. Mais, ne pouvant néanmoins se résoudre à laisser disparaître un des bras du second porteur, il a naïvement répété la ligne du bras légèrement en avant du bras gauche du premier porteur. Voilà donc que celui-ci a, du coup, deux bras gauches et un bras droit, tandis que son compagnon n'a, en tout, qu'un bras droit ! Ce sont là des faits intéressants à observer et à recueillir pour montrer combien, malgré toute l'habileté technique et les recherches patientes des anciens, il a été difficile de traduire exactement l'impression réelle que produit sur notre ceil le corps humain dans ses diverses attitudes.

salle vi. Retournons maintenant sur nos pas jusque dans la première salle, où, on

s'en souvient, s'ouvraient deux portes, l'une au Nord, l'autre au Sud. Laissant

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de côté la porte du Sud, actuellement murée, nous nous dirigeons vers la salle VI.

Dans l'entreporte, les reliefs nous montrent des scènes extraordinaires, uniques jusqu'à présent dans les tombeaux de l'Ancien Empire (i). Elles ont été récemment l'objet d'une publication peu précise de la part du professeur W. Max Mùller (2), dont il ne nous est pas possible d'accepter toutes les conclusions.

Commençons par le côté Ouest (planche LXV1).

Au premier registre, nous assistons à la circoncision d'un jeune garçon(3) ; l'opération paraît comporter deux moments. Dans le premier, le patient est debout, tenu par derrière par un aide, qui lui saisit les deux mains et les lui ramène devant la figure, peut-être dans le but de l'empêcher de voir ce qu'on va lui faire. L'opérateur, qui est qualifié de prêtre du double, a soin de dire : « Tiens-le pour qu'il ne s'évanouisse pas (?) (4). » A quoi l'aide répond : « Fais à ton gré. » L'instrument au moyen duquel le prêtre du double s'apprête à couper le prépuce a la forme ovale; il est divisé en deux par une ligne dans le sens de la longueur et, si l'on veut, avec Max Millier, y voir absolument un silex, il faudra vraisemblablement le supposer emmanché. Un mot désigne la circoncision (5) : on peut se demander si le déterminatif en forme de demi-cercle n'est pas le lambeau de peau enlevé par l'opération. On a déjà beaucoup discuté sur la fréquence de cette coutume dans la civilisation égyptienne de l'Ancien Empire (6). Il n'est point douteux que, dans les tombeaux que nous examinons ici, plusieurs personnages ne soient nettement représentés comme circoncis (voir, par exemple, planches XXXIX et LXXXV1).

Le second moment de l'opération est évidemment moins douloureux que le premier, car le jeune homme n'a plus besoin d'être tenu immobile : il s'appuie d'une main à la tête de l'opérateur. Celui-ci manie un instrument dont le rôle

(1) Une seule scène de circoncision était connue. Elle date du Nouvel Empire. Chabas, De la Circoncision chez les Egyptiens dans la T{evue archéologique, t. III, 1861, p. 298-300 (Bibliothèque égyptologique, t. X, p. 1 1 S- 1 ■ 8).

(*) Egyptological 1{esearches. T{esulls of a Journey in 1904. Washington, 1906, planches io5, 106 et p. 60-62. Compte rendu par Wiedemann, dans VOrientalislische Lileralurzeilung, t. X, 1907, colonnes 3yS et 376.

(3) Chez les musulmans, on circoncit entre 6 et 16 ans. Macalister, dans Hastings, Diclionary of Ihe Bible, t. I, p. 443-

(4) Voir le même mot dans Sethe, Urkunden des atten 7{eichs 1, p. 41, ligne 10.

(5) CeSj en copte.

(6) Voir Rettzenstein, Zwei religionsgeschichlliche Tragen. Strassburg, 1901 , 1, Beschneidung und Prieslerordnung. pp. 1-46. Herm. Jos. Heïes, Bibel und Aegyplen. Munster, 1904, pp.48-5j.

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n'est pas bien déterminé et dit au jeune homme : « C'est pour te faire du bien. » Ce qu'il fait est probablement indiqué dans le texte qui se trouve au-dessus de l'opéré et que nous voudrions traduire « racler ou oindre, ce qui est parfait (i) ». Le terme <£2o est fréquemment employé avec ce sens dans les textes médicaux. M. Max Miiller préfère lire « docteur », quoique le mot signifiant « docteur », écrit différemment à cette époque, se rencontre dans ce tombeau avec l'orthographe habituelle (planche XXXV). Nous ne pensons pas que l'opération de la circoncision fût, dans l'ancienne Egypte, du domaine des médecins, pas plus, du reste, que de nos jours, où elle est habituellement pratiquée par les barbiers (2).

Au registre supérieur, nous n'avons plus qu'une partie des représentations. M. Max MûlJer propose d'y reconnaître des opérations chirurgicales. Cette conclusion ne s'impose nullement, comme on en jugera d'après notre photographie. Nous y verrions plutôt des scènes de massage (3).

Au côté Est (planche LXVU), au registre inférieur, à droite, un homme est assis sur le sol, les bras croisés ; il tend en avant un de ses pieds et le livre aux mains d'un pédicure, qui lui arrange les ongles. « Ne me fais pas de mal, » dit-il. L'autre répond : « Je ferai comme tu désires, prince. » A côté, symétriquement, un manicure soigne les mains du maître. Un petit registre intermédiaire est occupé par une série de trois coffrets, destinés évidemment aux ingrédients nécessaires à la toilette. Par-dessus, au milieu, le maître est assis sur le sol; il livre ses deux mains à des aides, qui semblent les lui masser. Les légendes ont disparu à peu près entièrement ; il reste, au-dessus de la tête du

maître : « vous dépêchez-vous par ma vie » et la réponse que l'on

peut deviner : « agréablement, mon cher ».

Il n'est évidemment pas nécessaire d'interpréter les scènes sculptées dans cette entreporte autrement que toutes les autres qui sont représentées sur les murs des diverses salles. Elles sont destinées à remplacer pour le mort les services réels qu'il aurait eu, dans sa nouvelle vie, le droit de réclamer des serviteurs qui, sur la terre, avaient été attachés à sa personne. Si nous

(1) Voir Macalister, loc. cit., p. 443 : « Blood must be shed in the opération, and the inner layer must be torn with the thumbnail ; this supplemental opération is called pèrî'ah, and is said to hâve been introduced by Joshua. »

(2) Comme l'individu qui, en 1906, au bazar d'Assouan, déclarait sur son enseigne qu'il coupait les cheveux, pratiquait la circoncision, guérissait de la petite vérole et régénérait le sang 1

(3) Voir, par exemple, au tombeau de Ptah-hetep : Gripfith, The Tomb of Ptah-helep, planche XXXV.

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n'avons en cet endroit que des scènes relatives au massage et au soin des ongles, il n'y a aucune difficulté. En acceptant l'interprétation de M. Max Miiller, qui y voit des opérations chirurgicales, il n'en serait pas de même. Car bien que le mort soit exposé à toutes sortes d'infirmités dans l'autre monde, il est évident que la représentation de celles-ci sur les murs de la tombe, en vertu des principes de la magie imitative, provoquerait par ellemême les accidents que, d'autre part, on s'ingéniait à éviter. Mais l'interprétation du savant américain lui est inspirée par le voisinage de la scène de circoncision, dont nous avons à présent à proposer une explication.

Nous avons dit déjà que la vie dans la tombe différait à peine de celle qui s'était déroulée au milieu des vivants. La vie sexuelle n'avait aucune raison pour s'éteindre et l'on sait parfaitement qu'Osiris, le dieu principal des morts, avait après son décès engendré un fils, Horus. Les diverses coutumes relatives au mariage des morts, qui ont été récemment l'objet de curieuses recherches de la part de Schrader (i), l'habitude chez de nombreuses peuplades d'enterrer avec le mort sa femme ou ses femmes, montrent qu'il n'y eut pas d'hésitation à cet égard. Les statues et statuettes représentant la femme du mort, déposées dans les tombeaux égyptiens, sont un simple adoucissement à la coutume barbare d'immoler la veuve.

Nous ne pouvons donner ici à cette question les développements qu'elle exigerait. Il suffit de noter que les Égyptiens ont cru que la fonction sexuelle, comme toutes les autres Jonctions, n'était pas abolie par la mort et que, par conséquent, les morts pouvaient en Egypte avoir des enfants (2). Ces enfants évidemment ne sortaient pas du monde des morts, et c'est par là probablement que l'aventure d'Horus, fils d'Osiris, était frappante aux yeux des Égyptiens ; Horus est, en effet, sorti du monde des morts pour venger son père. Les enfants nés dans la tombe, lorsqu'ils atteignaient l'âge de la puberté, devaient subir la circoncision, et c'est dans ce but que cette opération a été représentée sur les bas-reliefs. Il est impossible, pensons-nous, d'en donner, en dehors de cette éventualité, une explication vraisemblable. N'a-t-on pas souvent figuré dans les tombeaux la saillie des vaches, la naissance des veaux, dans le but de renouveler les troupeaux du mort ? Les oiseaux ne sont-ils pas

(1 ) Otto Schrader, Totenhochzeil. Bin Vortrag gehallen in der Getelhcbafl fur Urgeschichle zu lena, lena, 1904. (2) Voir, par exemple, la figurine n* 14517 du Musée de Berlin, dont l'inscription semble bien l'indiquer.

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figurés (voir planche XXXVUI) couvant leurs ceufs; les hippopotames donnant naissance à leur jeune (voir planche XXVI) de façon à renouveler le gibier favori que le maître du tombeau chassera pour occuper les loisirs de la vie d'outre-tombe (i) ?

On objectera peut-être que l'opération est faite par un prêtre du double. Les prêtres du double, chargés du service du mort, se succédaient de génération en génération et, quand ils mouraient, ils étaient certainement enterrés à proximité du tombeau auquel ils avaient été attachés. Les nombreux puits funéraires de la rue (voir planche VU) ont vraisemblablement abrité les membres de la famille des propriétaires des tombeaux et les prêtres funéraires. N'est-ce pas de la même façon que Nefer-seshem-Ra, Ankh-ma-Hor et Nefer-seshem-Ptah, etc., les prêtres du double du roi Teti, sont ensevelis à proximité de la pyramide royale ? Morts, ils continuent à faire partie de la maison du maître et à remplir leur emploi habituel.

Nous pénétrons maintenant dans la VIe et dernière salle, qui s'étend de l'Est à l'Ouest sur toute la profondeur du tombeau. Malheureusement, les parties décorées de reliefs ont disparu à peu près entièrement.

Les cinq piliers massifs qui supportaient les dalles du plafond donnaient sur chacune de leurs faces, en une ligne d'inscription, les titres d' Ankh-ma- Hor. Seul, le dernier pilier du côté Ouest les a conservés entièrement et nous permet de constater qu'Ankh-ma-Hor portait à peu près les mêmes titres principaux que Nefer-seshem-Ra.

Dans la partie Est, deux pilastres faisant saillie sur le mur, en face d'un des piliers, constituent de ce côté une espèce de petit kiosque séparé du reste de la salle. Sur tous deux, le mort était représenté debout, bâton et sceptre en mains, s'avançant vers la salle. (Du côté Nord, on ne voit plus que les pieds.)

Au mur Sud du kiosque, une scène de divertissements avait été sculp-

(i) Voir aussi la stèle n" 1372 du British Muséum, dont nous aurions vivement désiré publier ici une reproduction. Nous avons entamé, pour y être autorisés, les démarches régulières, et voici la réponse faite à notre demande : « In reply to Mr Macbeth's application (M. Macbeth est un photographe que nous avions chargé d'exécuter une photographie de la stèle) to take a photograph for M. Jean Capart from a stèle in thc Egytian Gallery, he is requested to inform M. Capart that permission cannot be granted. » Aucun motif n'est exprimé. Un de mes amis anglais ayant renouvelé, en son nom, la demande, apprit que « les Trustées s'étaient réservé la publication ». Nous tenons à dire que toutes les demandes analogues que nous avons eu l'occasion de présenter ont reçu le même accueil. C'est là une situation de fait dont souffrent à peu près sans exception tous les égyptologues qui ont essayé de travailler dans la section égyptienne du British Muséum. Ces procédés, déjà singuliers en soi, sont plus étranges encore, quand on songe à l'extrême libéralité que l'on est accoutumé de rencontrer partout ailleurs en Angleterre.

tée ; il ne reste que la partie inférieure et les traces d'un second registre (planches LXV111 et LX1X). Le mort, assis sur un siège à pieds en forme de pattes de lion, regardait les danses qu'exécutaient devant lui deux hommes ; un troisième battait la mesure en frappant dans ses mains. ( [ ? H c 1 - n.) Au registre inférieur, les danses se poursuivent, exécutées cette fois par cinq femmes représentées dans une attitude que l'on trouve rarement dans les scènes analogues. Leurs pas sont accompagnés par Je battement de mains de deux femmes. La coiffure des danseuses est terminée par une longue tresse, à laquelle est suspendue une balle, qui, au cours des évolutions de la danse, entraînait la tresse rapidement autour de la danseuse. A côté des offrandes nécessaires à la vie matérielle, on veillait donc à fournir au mort des plaisirs esthétiques et, si on nous permet l'expression, on enfermait au tombeau des danses en les exécutant réellement à l'intérieur de la demeure d'éternité au moment des funérailles. Leur figuration sur les murs en assurait la répétition aussi souvent que le mort Je désirerait.

Des scènes qui couvraient le mur Est du kiosque, il ne reste à peu près rien. On voit encore, adroite, les jambes du mort, debout, s'avançant vers la gauche. Il était suivi, au premier registre, par son fils aîné, l'ami unique Jeshfi "fe^ ^^ ° ftO H ? *c5~ (j c ^ (j et, au second registre, par deux personnages dont les jambes seules sont conservées. Du nom du premier, il reste une seule lettre 0. \\ qui permet peut-être de suggérer que nous avions de nouveau ici le frère du défunt s= t\ sa» %, rencontré deux fois dans la salle 111 (voir planches XLV11 et XL1X). Enfin, au mur Nord du kiosque, on croit reconnaître quelques traces de scènes représentant le bétail aux champs.

Dans la partie Ouest de la salle VI, le mur était consacré à des scènes fort rares, malheureusement mutilées et dont la partie conservée fait vivement regretter la disparition. On y voyait, en effet, les funérailles d'Ankh-ma-Hor. A part un petit fragment de représentations analogues dans le tombeau de Meri (salle A i3), cette scène est unique jusqu'à présent dans les nombreux tombeaux de l'Ancien Empire (planches LXX, LXXI et LXX11).

Au registre inférieur, à gauche, la maison du mort est représentée par un plan schématique. A l'intérieur, des femmes, debout et accroupies, se lamentent. Au-dessus de la maison, le titre général de la scène « sortir vers la maison d'éternité, vers le bon Occident » ne permet pas de doute sur le

sujet représenté (i)- La plainte des femmes, commencée à l'intérieur de la maison, se poursuit à l'extérieur, où la douleur s'exprime en des attitudes de désespoir violent. Au-dessus, les hommes joignent leurs larmes et leurs cris à ceux des femmes. Deux hommes ont été identifiés par des courtes inscriptions : l'un est le préposé au sceau, c'est-à-dire l'homme de confiance, Ptahshepses ; l'autre, le prêtre du double, Senbshi. Tous sont groupés devant la demeure d'Ankh-ma-Hor, suivant de l'œil l'enterrement qui s'éloigne. Malgré la gaucherie et la naïveté de certaines attitudes, on ne peut s'empêcher d'admirer la façon dont l'artiste est parvenu à introduire le « pathétique » dans des scènes où les représentations d'époque postérieure nous montrent les acteurs quittant rarement les attitudes toutes conventionnelles d'une douleur distinguée et de bon ton.

On aperçoit encore, à droite, trois des porteurs de la civière sur laquelle était posé le cercueil d'Ankh-ma-Hor. Immédiatement derrière eux s'avancent la pleureuse ^ °'^' Puis Tro's prêtres s'apprêtant à jouer un rôle dans la cérémonie de la mise au tombeau. Le premier est le chef des chanceliers divins (?), qui remplira le rôle du prêtre ^ c*, lequel apparaît souvent dans ces cérémonies funéraires. 11 porte le bâton et le sceptre ; une espèce de bandelette ou de mantelet flotte, posé sur son épaule gauche. Le prêtre d'Anubis, qui le suit, s'avance, les deux bras pendants, accompagné du prêtre récitateur tenant en mains le rouleau sur lequel sont inscrites les formules. Tous deux portent sur la poitrine une bande d'étoffe qui passe au-dessus de l'épaule gauche et sous le bras droit. Nous retrouverons ces prêtres, exerçant leurs fonctions, dans la dernière salle du troisième tombeau (voir planche XCV11I). Il est vraisemblable que le chancelier divin, la cérémonie terminée, mettait les scellés sur la porte du tombeau, scellés qu'on a parfois retrouvés en place au cours des fouilles.

La procession funéraire se déroulait ainsi longuement ; nous la retrouvons au second registre. En tète, marchent trois prêtres, qui lisent les formules écrites sur des rouleaux de papyrus ou de peau, puis deux prêtres, vêtus comme le chancelier divin, précèdent une seconde pleureuse. Ensuite viennent trois hommes tenant le brancard de la civière sur laquelle pose le cercueil. Une

(i ) Steindorff dans le Bâdeker d'Egypte, 1906, p. i5l, dit : « Darstellung Kranker und einer Entbindung. »

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partie de la civière est conservée et l'on entrevoit l'angle inférieur du cercueil lui-même. Au moins six hommes soutenaient la civière aux côtés du cercueil, et il semble bien qu'ils étaient tous dessinés comme s'ils se trouvaient derrière celui-ci. 11 est hautement désirable qu'une découverte heureuse permette enfin de compléter ce fragment, fait pour exciter notre curiosité, car il est probable que ces scènes apprendraient bien des choses sur l'histoire de la sépulture à l'époque de l'Ancien Empire. Il faut, dès à présent, en rapprocher les reliefs publiés par Lepsius et qui nous font assister à des épisodes des cérémonies accompagnant l'entrée au tombeau (i).

On se demandera peut-être pourquoi les funérailles sont représentées ici. L'enterrement, dira-t-on, n'avait nul besoin d'être répété pour le mort et l'explication que nous avons donnée de toutes les autres scènes ne convient plus pour celle-ci. 11 y a là une certaine difficulté, dont il nous faut chercher la solution. La première idée qui peut venir à l'esprit, c'est que cette représentation a pour but d'éviter aux parents du mort les frais énormes des funérailles solennelles et il n'est pas impossible qu'en certains cas on ait eu recours à ce procédé pratique ; mais lorsque nous songeons à la qualité d'Ankh-ma- Hor, à l'importance de ses fonctions, à la beauté de son tombeau, nous ne pouvons supposer un instant que l'on se soit abstenu de lui faire de pompeuses funérailles. D'ailleurs, il y aurait, même dans ce cas, une scène que l'on ne s'expliquerait pas : les membres de la famille chercheraient-ils également à épargner leurs larmes en se faisant représenter comme ils le sont ici, se lamentant sur la mort de leur parent ? Le principe de la « représentation équivalant à la réalité » ne s'étendait pas certainement aux sentiments familiaux, qui, en Egypte, étaient fort développés, à en juger par les textes. Dans un ouvrage assez récent, Edward Clodd (2) écrit : « Les nombreux exemples réunis par Dr Frazer dans son étude sur « Quelques coutumes funéraires servant d'illustration à la théorie primitive sur l'âme » (3) prouvent que les soins qu'on prend des morts dérivent moins de l'affection, que de la crainte chez les survivants. Comme chacun le sait, les esprits des morts non ensevelis hantent

(1) Lepsius, Denkmàler, 11. 35 et 101b ; Schâper, Darslellung einer Beisetzung im allen 1{eich dans la Zeilichrift fur àgyptiscke Sprache und Jlllerlumskunde, tome XLI, 1904, p. 65-67.

(î) Jlnimism, The Seed of Religion. Londres, Constable, 1905 (Religions anciennes et modernes), p. 87.

(3) Frazer, On certain Burial Cusloms as illuslralive oflhe primitive Theory of Ihe Soûl, dans le Journal of Ibe Anlhropological ïnslilute of Greal Brilain and Ireland, t. XV, ■ 885, p. 64-104.

la terre et se rendent extrêmement désagréables, spécialement pour leurs parents ingrats. » N'est-ce pas dans cette idée si juste qu'il faut chercher l'explication de notre scène de funérailles ? Les survivants veulent montrer au mort que tout ce qu'il est convenable de faire pour un mort a été réellement fait. Le défunt, dans sa tombe, verra toujours les attitudes de désespoir de sa famille au moment de son trépas ; il entendra les lamentations qui ont accompagné son départ de la maison ; il verra l'exécution intégrale de tous les rites qui lui permettent de mener une existence agréable dans sa maison d'éternité et il n'aura, par conséquent, aucune raison de revenir tourmenter les vivants. Un texte conservé sur un papyrus du musée de Leide, et qui contient les plaintes d'un mari contre sa femme morte qui vient le tourmenter, exprime à peu près la même idée : « Cesse de m'accabler... tu n'en as pas le droit... pendant ta vie, j'ai fait tout ce qui était mon devoir envers toi... quand tu es morte, je t'ai pleurée, je t'ai fait des funérailles en règle (i). »

Cette explication permet de comprendre pourquoi, quand Aménophis IV perdit sa fille, il fit représenter dans le tombeau les scènes de désolation qui accompagnèrent ses derniers instants (2). Aménophis IV et sa femme, qui témoignèrent, partout où ils l'ont pu, leur tendre affection pour leurs enfants, n'auraient pu songer à épargner leur douleur en usant d'un procédé magique. La jeune morte, dont l'esprit pouvait troubler sa famille et constituer peut-être un danger pour les autres enfants, devait être apaisée certainement en voyant combien son départ avait causé de deuil. C'est pour cela aussi que l'on avait représenté le sanctuaire familial où la morte recevait un culte de ses parents et de ses sœurs.

A l'extrémité du mur Sud de la salle VI, on a inséré, dans la restauration moderne en ciment, un fragment de relief, où l'on discerne encore quelques restes d'une grande scène. Ces restes tout à fait incomplets ne méritent certainement pas d'être reproduits en photographie ; il suffira d'en donner une description. Nous avons ici le seul fragment ayant appartenu à la partie supérieure d'un mur; on entrevoit encore la coiffure d'Ankh-ma-Hor. Devant lui se trouve l'inscription: « 11 voit l'abordage des bateaux chargés de bœufs,

(1) Maspero, Élude sur quelques peintures et sur quelques textes relatifs aux funérailles ("Eludes égyptiennes, t. 1, 2' fascicule), p. 145-1 56.

(2) Bouriant, Legrain et Jéquier, Monuments pour servir à l'élude du culte d' Atonou en "Egypte, t. I. Le Caire, 1903. (Mémoires publiés par les membres de l'Institut français d'archéologie orientale du Caire), planches Vl-Xlll.

amenés de ses villes de le chef de tous les travaux du roi, Sesi, le premier après le roi, chef de la grande maison, chef des deux étangs de plaisir, Ankh-ma-Hor, dont le bon nom est Sesi .» Devant Ankh-ma-Hor, il reste des traces de deux registres. Au plus élevé, on distingue encore l'avant d'une barque avec un homme debout à la proue. Au registre inférieur, l'avant d'une autre barque. Ici également un homme est débouta la proue, et au-dessus de sa tète on lit une inscription j^ ^ JjL, , dont la première partie se retrouve à côté d'un des porteurs d'offrandes de la salle IV (planche L1X).

Un second personnage, qui se retourne, prononçait des paroles dont il ne reste que quelques signes §\^Q \X*Ç\ %' °n reconnaît enfin ,a partie supérieure du corps d'un des rameurs (i).

A l'extrémité Ouest de la salle V] s'amorçait un escalier, qui conduisait peut-être sur la plate-forme extérieure du mastaba.

Nous avons ainsi terminé l'examen du tombeau d'Ankh-ma-Hor, qui peut certainement passer pour un des plus intéressants de ceux qui sont actuellement visibles à Saqqarah. Des questions surgissent spontanément à l'esprit : Qui est l'auteur des bas-reliefs qui couvrent les murs des différentes salles ? Faut-il y reconnaître l'œuvre d'un seul artiste? Quelle est la part d'originalité de l'artiste dans la composition des scènes ? Ce sont là des questions auxquelles il n'est malheureusement pas possible de répondre avec précision. On peut vraisemblablement croire que les grands personnages avaient chez eux des scribes, habiles dessinateurs, et des ouvriers d'art qui, pendant la vie, étaient chargés de fabriquer tous les objets précieux qui meublaient la maison de leur maître. C'est à eux probablement qu'était également confié le soin de sculpter les statues funéraires, de décorer les parois du tombeau et de meubler celui-ci de tout l'attirail nécessaire.

Le roi en avait dans son palais et il semble bien qu'il les mettait à la disposition de ceux auxquels il concédait la faveur d'une sépulture. On en trouvera figurés dans une procession de porteurs d'offrandes au troisième tombeau (voir planche XC1X).

(i) Scènes analogues Lepsius, Denkmàler, 11, 62 et 104b, et Erganzungsband. planche XXXVII.

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Selon la remarque du professeur Erman (i), les dessinateurs, les sculpteurs et les peintres qui ont concouru à la décoration de la tombe ont pris soin de se représenter eux-mêmes sur les murs, assurés de la sorte de participer à l'éternité de leur maître. Nous pensons donc les reconnaître dans la scène du mur Sud de la première salle (planche XXXI 11), et le principal d'entre eux, Mesi, une seconde fois, sur le mur Nord de la salle 111 (planche XLVJ1).

Ces artistes, — qu'il vaudrait mieux appeler ouvriers d'art, car les préoccupations esthétiques étaient vraisemblablement réduites chez eux au minimum, — après avoir fait partie de la maison du mort, entraient dans celle de son héritier, et, s'il était possible d'étudier la question avec précision, on comprendrait peut-être pourquoi, dans divers tombeaux voisins, la même main semble se reconnaître dans l'exécution des bas-reliefs.

11 n'est pas douteux que plusieurs sculpteurs aient travaillé au tombeau d'Ankh-ma-Hor. 11 suffit, pour en être convaincu, de comparer, par exemple, les deux côtés d'une même porte, celle qui conduit de la salle 1 1 à la salle 1 1 1 (planches XL1V et XLV). L'auteur des figures intérieures des piliers de la porte d'entrée (planches XXI 11 et XXIV) est le même qui a fait les figures ornant intérieurement les piliers de la porte d'entrée du troisième tombeau (planches LXXV111 et LXX1X). Inutile de prolonger des remarques de ce genre, que le lecteur pourra faire lui-même à loisir.

11 est à peu près certain, nous l'avons dit précédemment, que les sculpteurs se servaient de véritables cahiers de modèles, qu'ils se transmettaient d'école à école. Pour pouvoir donc apprécier la part d'invention de chacun, pour reconnaître jusqu'à quel point ils croyaient devoir rester esclaves de leur modèle, il faudrait que l'on eût entre les mains un très grand nombre de reproductions photographiques de scènes des tombeaux contemporains, ce qui n'est malheureusement pas le cas. Sans cela, on s'expose à noter comme détail personnel de véritables clichés d'atelier. En voici un exemple. En plusieurs endroits du tombeau d'Ankh-ma-Hor, le sculpteur a eu à graver le mot oiseau au pluriel, ce qui s'obtient, on le sait, par la triple répétition du signe 1^ : or, salle 1 1 ,

(i) A. Erman, Ein J{ùnsller des allen 1{eichs, dans la Zeilschrift fur dgyplische Sprache und Jlllerlumskunde, t. XXXI. 1893, p. 97-98. Voir encore Ad. Erman, Ein Maler des neuen r\eichs, ibidem, t. XLII, 1905, p. ■ 28- 1 3 1 ; W. Sfiegelbero, "Eine T{ùnstterinschrift des neuen T{eiches dans le J{ecueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, t. XXIV, 1902, p. 185-187.

mur Ouest, il écrit le signe en retournant vers l'arrière un des oiseaux ; porte de la salle 111 à la salle IV, côté Est, il l'écrit en dessinant le premier oiseau occupé à manger sur le sol, tandis qu'au même endroit, côté Ouest, il le dessine de la manière habituelle. Voilà bien, dira-t-on, une fantaisie de l'artiste. Eh bien, au tombeau de Ptahhotep, qui est antérieur comme date à celui-ci, dans un défilé d'animaux présentés au mort, on voit des oies groupées de façon telle, qu'elles combinent les trois variantes graphiques du tombeau d'Ankh-ma-Hor (planche CV) (i).

Une question mérite encore de nous arrêter quelques instants. En divers endroits, nous avons remarqué qu'une figure — le plus souvent celle du fils du défunt — avait été soigneusement effacée. Nous avons vu que le même phénomène se retrouvait dans le tombeau de Nefer-seshem-Ra et nous le constaterons également dans le troisième tombeau. Il y a là évidemment le résultat d'une coutume funéraire, d'autant plus que les mêmes martelages apparaissent dans d'autres tombeaux de la nécropole memphite. Nous donnons, à titre d'exemple, un fragment des bas-reliefs du mastaba de Sabou au Musée du Caire, où l'on remarque deux représentations du fils soigneusement effacées (planche CV1). Le malheur est que les martelages ont été si soigneusement faits, qu'il est impossible de lire le nom du fils ; or, c'est ce point qui nous donnerait peut-être la clef du problème. M. Maspero a bien voulu nous suggérer l'explication suivante : En vertu des principes de magie, le fils qui figure sur les reliefs à côté de son père fait réellement partie de sa maison funéraire. 11 sera enseveli vraisemblablement dans la sépulture du père et, de même qu'il vivait sur la terre dans la maison paternelle, de même il sera assuré de ne manquer de rien dans la maison d'éternité de son père. Mais si ce fils, après la mort de son père, obtient la faveur royale et s'élève à un rang supérieur, il obtiendra peut-être aussi le droit de se faire ériger un tombeau. Dans ce cas, il y aurait une difficulté à ce que le fils restât sur les reliefs de la tombe paternelle et, dans le but de mettre fin à cette situation insupportable pour l'Egyptien, il était nécessaire d'effacer la figure du fils partout où elle se rencontrait. Le fils d'Ankh-ma- Hor, Jeshfi, le seul dont le nom ait jamais été inscrit à côté d'un des petits

(i) Ce qui laisse supposer néanmoins des essais individuels à une période antérieure.

personnages accompagnant le défunt, a obtenu les honneurs d'une chapelle spéciale, placée à côté du tombeau de son père et communiquant avec lui. En même temps, la présence de cette chapelle empêche de voir dans ces martelages la preuve de l'exhérédation d'un fils indigne. 11 serait curieux, du reste, que les trois propriétaires des tombeaux de la rue Loret eussent eu le malheur d'être obligés de déshériter un de leurs enfants. Si les noms n'avaient pas été effacés avec tant de soin dans les tombeaux, peut-être constaterions-nous le rapport de parenté qui existe entre les trois propriétaires. Un petit personnage figuré, sans indication de filiation, il est vrai, sur un des piliers de Nefer-seshem-Ra, s'appelle Sheshi ; nous verrons que c'est là le nom du propriétaire du troisième tombeau.

On objectera peut-être que la figure de Jeshfi n'a pas été effacée partout. Qu'on n'oublie pas que le tombeau n'était vraisemblablement éclairé que par la porte d'entrée ou par quelques rares soupiraux ; d'ailleurs, les martelages dans la seconde salle au mur Sud (planche XXXI 11), où une des figures du fils est effacée, immédiatement à côté d'une autre qu'on a laissé subsister, semblent montrer que ce travail a été exécuté avec une certaine hâte et sans qu'on y ait mis un soin absolument scrupuleux.

Nous venons de dire que Jeshfi, le fils d'Ankh-ma-Hor, possédait en propre une chapelle funéraire. On y pénètre par une porte, murée aujourd'hui, qui s'ouvrait dans le mur Sud de la salle I . Elle est constituée par une salle appuyée sur six piliers, ménagée entre le tombeau de Nefer-seshem-Ra et celui d'Ankh-ma-Hor. Elle n'a reçu pour toute décoration qu'une stèle en forme de porte, de qualité assez médiocre (planche LXX111), sur laquelle se lisent les titres et noms de Jeshfi, dont le second nom est Tutu. Quelques-uns de ces titres sont fort curieux, notons spécialement ^

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