‹ Une saison de fouilles à SipparChapitre 10 sur 95 · V. SC HE IL · texte numérisé non relu

V. SC HE IL

avec le fils de 1 émir et un autre Yézidi d’Erivan qui se trouvait là de passage et 1 hôte obligé de la Communauté. Nous étions assis dans la maison, au bord d’une source qui traverse l’intérieur. Tous deux me parurent, ou très-ignorants, ou très-décidés à ne pas livrer la substance de leur dogme. Quant ils se sentaient pressés, réduits par mes questions ou mes arguments, ils disaient : «Nous ne savons pas, c’est avec un pir qu il faut parler Je ne pus jamais voirie pfr(prêtre). Cependant, ils me paraissent admettre une Cause première, maître de l’Univers, sans co-principe rival.

On ne peut se convertir à la religion des Yézidis; on peut naître seulement Yézidi.

Y leurs autres qualités naturelles, il faut ajouter l’instinct ou le sentiment de la reconnaissance. Lorsqu’ils se rendent àMar-Yaqoub, à la maison des Pères Dominicains, consulter ou chercher un remède, ils ajvportent avec eux un petit cadeau, soit des fruits, soit un poulet, ce crue ne feraient ni les chrétiens ni les musulmans des enxi ro ns.

Leurs relations avec le Gouvernement se sont améliorées depuis peu. L’émir Mirza a été nommé pacha. Mais pour un Yézidi, il est plus noble d’être portefaix dans sa race, gué pacha chez les Turcs. Comme ce n’est pas une coutume de Yézidi, qu’un émir ou quelqu'un de sa caste, sache lire, on lui a imposé un secrétaire musulman qui dépend du val i de Mossoul.

I n soir, l’émir donna une fête en notre honneur; tous les hardes de Ba’adri montèrent au palais, et là, sur le gazon, au clair de lune, se livrèrent, jusqu’à une heure avancée de la nuit, à des chants neumatiques interminables, et à de copieuses libations d'araq. Cette musique n’était pas exécutée sans un certain art ni beaucoup d’expression. Le texte était kurde et parlait de guerre et d’amour.

Mirza, pacha malgré lui, qui faisait les frais de la fête, me parut bon prince, de mœurs simples, très pojmlaire et très aimé de ses sujets.

L’excursion à Scheikh-Adî, situé à deux heures environ delà, dans un pli de la montagne, en vaut vraiment la peine, et l’on comprend que Mirza voulut y consacrer toute une journée. On pourrait même y consacrer plusieurs jours. Le site est tout ce qu il y a de jilus beau. Et quelle eau délicieuse! elle était tellement fraîche qu’à midi on ne jjouvai! guère l’avaler d’un seul Irait. Là se trouve le tombeau de Scheikh-Adî vénéré ]>ar les Yézidis et les Musulmans. Là se conservait aussi, dans le sanctuaire, le Tuoic-Mrlrl Ynge-coq, Koi-paon (?), symbole de l’Ange déchu. En 1892, le Taouzinelek lui transporté à Mossoul, par l’autorité ottomane (il s’y trouvait encore en 1 8qAj et le sanctuaire de Scheikh-Adî fut occupé militairement. Depuis ce temps, les Yézidis n y étaient pas retournés. Notre voyage en fut l’occasion. En entrant dans la gorge qui mène au lieu saint, j)ar un chemin bordé de lauriers-roses gigantesques, les cavaliers entonnent leurs chants religieux, monotones mais impressionnants. Parmi les nombreuses bizarreries de leur culte, signalons le culte de l’eau. Ils ont là un bassin sacré, sous uue voûte. Yjxrès certaines prières et cérémonies, il leur est permis d’en boire autant qu en peut contenir le creux de la main droite. Puis il y a des pierres sacrées

dans le temple, et, aux portes, certains clous sont sacrés. Au retour, chacun porte au lurban une branche fleurie de grenadier, cueillie aux alentours du sanctuaire.

Je quittai M. Ximénès pour rentrer à Mossoul. Lui-même se dirigea vers Rovandouz , et par trois cols terribles à franchir, se rendit à celui de Kel-i-chin. 11 fut le premier explorateur qui osât, au mois de juillet, affronter ces parages. Il se fit accompagner de vingt-cinq hommes armés et d’un chef kurde, Mustapha bey. Il estampa la stèle dite du Kel-i-chin, comme avait fait M. de Morgan en i8qo, et me l’adressa aussitôt. Je constatai que malgré la dureté de la pierre, la stèle avait souffert depuis quelques années. Plusieurs signes commencent à manquer, que j’ai encore trouvés sur l’estampage de M. de Morgan (Cf. Recueil de travaux, t. XIV, p. i5 h).

M. Ximénès reconnut la deuxième stèle située dans le voisinage, et que Rawlinson a signalée le premier. Cette stèle se trouve à une demi-heure de Sidikan, près du village de Tobzawa. Elle est carrée, au lieu que celle de Kel-i-chin est arrondie à la partie supérieure. Elle mesure, en hauteur 1 m. 1 1 , en largeur o m. y o , en épaisseur o m. 33. Le socle a o m. 3o de haut, i m. i fi de large et o m. 92 sur les petits côtés. Des estampages, on ne peut rien tirer. On n’y distingue pas un signe, à peine un clou de signe en son entier. Les deux faces ont paru à M. Ximénès avoir porté des inscriptions. 11 laid considérer le document comme perdu à tout jamais pour la science, à moins qu’il n’ait été identique de contenu à celui de Kel-i-chin, ce qui est possible.

J’avais regagné Mossoul en coupant droit de Ba’aclri sur Telleskof et de là surTellkêïf. Aux abords de Telleskof, on remarque un mamelon ou te// artificiel. La tradition locale y voit le tombeau de saints chrétiens. Après huit heures de chevauchée , j’étais devant Koyoundjik.

Je longeai pensif ces gigantesques ruines, harassé de fatigue, en proie au supplice d une soif ardente, au fort de l’été; plus triste encore de deviner là Ninive sous terre, sans rien pouvoir pour interroger et faire parler ses restes.

Ce fut pendant mon séjour à Mossoul, que je \is les premières tablettes provenant du pillage de Telloh par les Arabes. Le fait du pillage était vrai, on ne pouvait en douter, ni se méprendre sur l’authenticité des tablettes. Dès septembre, j’en eus quelques centaines entre les mains, j’en tirai parti et rédigeai pour le Recueil de travaux, t. X\ II, p. 9 y, la première note sur ces nouveaux documents avecdes conclusions intéressantes aux points de vue historique, géographique, philologique. M. Alric, Consul de France à Mossoul, avait songé à les acheter, mais ses négociations avec l’Ambassade ou les musées nationaux ne furent pas heureuses, et il n’en fut plus question. Dans ce lot de Telloh se trouvait la première mesure de capacité babylonienne connue, un décilitre environ, avec cette inscription grecque sur deux lignes: B ANA, en caractères de bonne époque. Si j’ai bonne mémoire, c’était cinq cents pièces au prix de deux mille francs, à une époque où le marché n’était pas encore inondé de tablettes de la même provenance.

A la maison même des PP. Dominicains, je retrouvai comme nouveauté, un fragment

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