‹ Une saison de fouilles à SipparChapitre 42 sur 95 · V. SC HE IL · texte numérisé non relu

V. SC HE IL

quelque chose d’insolite dut se passer à Sippar. Les actes juridiques ou de comptabilité (pii abondaient jusipie là, deviennent rares et semblent accuser un malaise public.

En tous cas, quand Cyrus le jeune (àoo) en est aux prises avec son frère, le grand roi Artaxerxès, Sippar n’est pas nommé sur le parcours de l’expédition, bien qu’on dut y [tasser. Si Xénopbon ne la mentionne pas sur le chemin de Cunaxa, c’est ipi’elle avait perdu toute importance. D’après cette auteur ( Anab ., bb. Y, cap. Il, § b), la distance du champ de bataille à Babylone, était estimée trois cent soixante stades. La stade olympique comptait cent quatre-vingt mètres, ce qui nous donne bien la distance actuelle de la ruine d’Abou llabba à Hillali, environ soixante-sept kilomètres six cents mètres.

D'autre part la bataille eut lieu dans une plaine sillonnée de canaux apportant l'eau du Tigre, au nombre de quatre, large d’un plôthre chacun, très profonds, où circulaient des bateaux chargés de blé. Leurs eaux se jetaient dans l’Euphrate; ils se distançaient d’une parasange (cinq mille deux cent cinquante mètres), et des ponts y avaient été jetés ( Cijrop. , I, VII, 5 1 5 ). D’après ces indications, l’aile gauche dut évoluer à la hauteur de Sippar, pendant que l’aile droite s’avançait, sous Gléarque, à deux lieues et demie de là, le long de l’Euphrate (cf. Cyrop., 1, VII, § i5, iG VIII, § 6). Encore une fois, si notre ville n’est pas nommée, c’est qu’elle n’avait plus aucune importance stratégique.

A partir de ce moment, le soleil de Sippar pâlit peu à peu, et le silence delà nuit descend sur ses ruines. A l’époque grecque, Bérose la nomme (sous Antiochussoter 280-260). Sous les Arsacides (9 50 av. 926 ap. J.-C.), ça et là un souvenir dans des hymnes recopiées. Pline la connaît encore, dans le texte souvent cité (Hisl. nat., VI, 3o, cf. su]).).

Sous les califes de Bagdad , le chemin de Hillali à Bagdad, dit Ibn Djobaïr (Ed. WiuiiHT, j). 91 3) est le plus beau chemin et le plus agréable de la terre, par ses plaines; les édi lices s’y touchent sans interruption; il y a des villes à droite et à gauche. Ce sont trop de e villes jp pour qu’il y en ait eu une seule considérable, et ce mot n’a évidemment ici que le sens de village ou moins encore.

Aucun géographe arabe, à ma connaissance, ne nomme Sippar. Les invasions des Turcs, Mongols, Perses ne durent qu’aggraver et accélérer la décadence des anciennes villes.

Sippar devint en Babylonie ce que la Babylonie était devenue dans l’Empire du monde! Ses ruines servirent de refuge aux chacals; ses riches plaines furent laissées sans culture, et les canaux, qui y avaient apporté une si merveilleuse fécondité, se comblèrent. Et cependant, la ruine elle-même est encore grandiose, les travaux d irrigation de ses anciens rois se dessinent encore sur le sol.

Les voyageurs modernes n’ont pas remarqué cette ruine; aussi bien le chemin ([ui va de Bagdad à llilleb passe plus à l’Est , et celui qui conduit à Feludja sur 1 Euphrate à la hauteur de Bagdad, coupe plus au Nord.

C’est ainsi que Sestini 1781-1 782, M|gnan 1897, Ainsworth 18.39-1860, Guillaume Lejean 18O6, etc. vont de Bagdad à Babylone ou inversement sans remarquer ou sans signaler Aboli Habba.

De nos jours, avec la naissance et le progrès des études assyriologiques, Sippar trouva des amis qui la reconnurent, la firent revivre et parler, historiquement.

On l’avait identifiée, à cause de l’assonnance des noms, avec Sifeïrali, plus au nord ; avec Scheschobar (Schishper, Sisper, Scbeikhscbobar) qu’on aperçoit proche d’Abou Habba. 11 se peut en effet que dans ces mots, il reste une trace du nom de Sippar, car il existait comme nous l’avons vu, plusieurs villes ainsi appelées. Mais le Sippar sa Samas , le Sippar par excellence, est Alton Habba.

En 1889, pendant que H. Bassani se trouvait à Londres, le guide bagclaclien Michel poussa Bedri beyàvoir Abou Habba, et à y entreprendre des fouilles. Pendant que Bedri bey demande l’autorisation nécessaire à Constantinople et cinq mille piastres pour l’exploration, Bassani apprend le projet et vient directement de Londres à Abou Habba, sans passer par Bagdad, et procède à des fouilles au nom de l’ Angleterre. Tel est du moins, le récit de Bedri bey, assez différent de la relation de H. Bassani dans les Trans. SBA., V11L 179 et seq. où il semble que ce dernier ait découvert personnellement ce site, sur les indications des Arabes.

Les fouilles de Bassani portèrent principalement sur le massif du Temple, dans toute la région B. C’est là qu’il trouva le relief et l’inscription de Nabûbaiiddin , avec un coffre d’argile, à trois pieds de profondeur sous le pavé d’asphalte d’une de ces chambres ou halls qui entouraient la ziggurral, en une double rangée. Dans une autre de ces chambres, il trouva une quarantaine de milliers de tablettes juridiques, de l’époque du dernier Empire. Al. Bassani pense que le temple a été habité à deux reprises, par des peuples distincts, parce que la hauteur naturelle des chambres étant de vingt-cinq pieds, il les a trouvées remplies à mi-hauteur de débris, décombres sur lesquels on avait appliqué un pavé d’asphalte. Il n’y a là rien d’étonnant après les nombreux remaniements dont le temple fut l’objet. Les maisons de la ville proprement dite ont également été reconstruites, les murs supérieurs posant à angle droit sur des murs inférieurs. H. Bassani estime les dimensions de la ruine à treize cents pieds en long et quatre cents en large, mais il ne comprend évidemment pas dans ce calcul la ville elle-même. Il présume qu’autour du temple il y avait trois cents chambres, dont il a ouvert la moitié. La ville et le noyau du temple n’ont pas été non plus explorés par lui ù) obligé qu’il fut, d’ordre impérial, d’interrompre.

En 1889, la Liste Civile, qui est propriétaire d’Abou Habba, reprit les fouilles,

(1) Pour l'histoire de ces fouilles , cf. Trans. SBA. , VIII, 16A-172 (Pioches) 172 cl suiv, (Passant). Pour les incidents qu’elles provoquèrent, Budge, Tlœ Athen., i8q3, n° 3432, p. iy4, n° 3437, p- 3 5 8 - 3 5 g , n" 3442 , p. 52 ; (Rassam) Nature, vol. 48,n°iû4i, p. 343-344 ( The Tltieving of Assi/rian Antiquities), n° 1247, p.5o8- 5oç), n° 1 2 4 q , p. 54o , n° i25i, p. 5yG ; R. F. Harper, The Biblical World., Sept. 1 8 9 3 p. 206-207; The Dailj Telegr., n° 11991 , Ocl. 20, 189.3, p. 5 (d’après /A. , V J 1 1 , 4o8).

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