‹ Une second AcadieChapitre 11 sur 32 · PLAN POUR L'ISLE SAINT-.TEAN · texte numérisé non relu

PLAN POUR L'ISLE SAINT-.TEAN

" On demande six mille hommes qui ayent servi et vu le feu, en état et dans la volonté de travailler pour

faire leur fortune, proposition qui est du goût de tous ceux qui ont de la santé et des bras pour tout bien,

" On répand cette troupe sur quarante-six cantons de risle, sur le bord des côtes de façon qu'en jetant le fondement de l'habitation de l'Isle entière, tous les habitants pourront se communiquer, se secourir mutuellement, s'assembler en moins de vingt-quatre heures au point que l'on voudra, commercer facilement et sans frais, entre eux, partager au commerce du dehors, vendre leurs denrées, et envoyer à la pêche.

" On fait travailler ces troupes pour leur compte par une association de cinq ans, à des travaux si utiles, avec tant d'ordre, d'intelligence, d'économie de temps, de ménagement de leurs jours, qu'il en résulte pour une peine très supportable, des fonds créés d'un produit immense...

" On achève de garrotter ces troupes par l'attrait du plaisir qui exclut la débauche, et on rend le séjour de l'Isle si charmant pour elles, qu'il est naturel de penser qu'elles se sacrifieront volontiers, pour conserver un bien si doux et pour éloigner tout danger de le perdre.

" L'on fait de ces plaisirs un spectacle varié et frappant, capable d'attirer la curiosité et le suffrage de tout le monde, et tout propre à porter les Acadiens et les Acadiennes à vouloir jouir d'un séjour si utile et si agréable, d'où l'on se promet un bon nombre de mariages avec nos miliciens.

" Par l'envoi de ce corps, le Eoy a sur-le-champ de quoi faire face à rennemi, de quoi le réprimer s'il manque, de quoi rabattre sa fierté,

" Les milices, allant toujours en se multipliant et offrant sans cesse un asile assuré, agréable et lucratif aux Acadiens pauvres et riches, il n'est pas douteux que ( eux-ci ne prennent sujet de mépriser le joug des Anglais, et que le gouvernement ne renonce par la même cause à exiger quoi que ce soit des Acadiens qui puisse leur être fâcheux; de là leurs mesures et leurs projets se réduiront à peupler Chibouctou (Halifax).

" En ce cas, l'Acadie restera un pays ouvert, dont il sera aisé de faire soulever les peuples contre l'Angleterre, à la première rupture avec cette couronne.

" En attendant, la puissance du Eoy à l'isle Saint- Jean ira toujours en augmentant, et devenant conséquemment de plus en plus redoutable à l'Angleterre, cette couronne trouvera en cela de fortes raisons de ménager l'amitié de la France ".

On imagine facilement avec quel haussement d'épaules un ministre de Louis XV, tel que M. de Rouillé, dut accueillir l'élu cubration de maître Roma. Il ne reparaît plus qu'une fois dans la suite des correspondances des gouverneurs français, et cela pour solliciter un poste officiel dans l'île Saint-Jean, pour lequel les comman-

dants ne le trouvaient pas qualifié, à cause de son caractère envahissant et agressif i.

1 — "Le sieur Roma est à la vérité un sujet qui a des talents et des connaissances dont on peut tirer parti pour le service dans de certaines occasions mais... avec beaucoup d'esprit, il y a tant de causticité dans le caractère du sieur Roma, qu'il serait à craindre qu'il ne pût se concilier avec personne, et que naturellement inconstant et occupé d'essais et de i^rojets, il ne portât du dérangement dans les établissements des habitants. Il est connu au surplus à l'île Saint- Jean pour un homme partial, et on y serait justement épouvanté de l'y voir administrer la justice ". — Le comte de Raymond et Prévost au ministre, 27 novembre, 1752.

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