‹ Une second AcadieChapitre 13 sur 32 · LE 18 FÉVRIER · texte numérisé non relu

LE 18 FÉVRIER

Monseigneur,

Nous, les habitants de la communauté de la paroisse de l'Assomption de Pigiquit, prenons la liberté de vous reiDrésenter très respectueusement nos très humbles supplications, qui seraient de vouloir bien jeter un œil de compassion sur notre triste état, d'autant que nous somuies en notre paroisse seule, au no.ubre de cent cinquante habitants, et au nombre de cinq cents communiants, et le tout privé de presque tous les secours que nous pouvons espérer de la part des missionnaires, pour nous avancer dans les pratiques de la vertu, et nous maintenir et guider dans notre religion que nous avons plus à cœur que nos biens temporels, et d'une telle importance que nous ne pouvons nous en expliquer par nousmêmes. Mais sachant que vous êtes revêtu de toute lumière et pouvoir pour le spirituel, et surtout dans votre diocèse, ce qui nous fait espérer que vous jetterez sur nous un œil de compassion en nous accordant la faveur de nous envoyer un prêtre dans notre paroisse, et qu'il y paraisse stable, apjiuyé par Votre Grandeur.

Vous nous direz peut-être qu'il peut y avoir du gênement de la part de Messieurs les Anglais. Ce que nous pouvons vous dire à ce sujet, c'est que ces Messieurs nous ont paru par la dernière requête que nous leur avons i^résentée, comme désarmés de leur prétendue esjîérance, en nous voyant si fermes à soutenir les réserves à nous accordées, en vertu du serment de fidélité que nous leur avons donné ; lesquelles réserves consistent, tout d'abord, en ce qu'ils nous accordent le libre exercice de notre religion et des prêtres pour nous instruire. Ce qui donne assez à entendre que le nombre augmenterait à proportion du peuple à instruire, et que tant qu'ils ne se rendront pas suspects au gouvernement, nous pensons que ces Messieurs ne peuvent avec justes raisons

nous les ravir. Monseigneur, nous aurions plusieurs articles que nous croyons être de justes raisons à vous marquer, mais comme étant fondés sur votre charité paternelle, nous croyons qu,'il nous suffit de vous dire que nous sommes déi^ourvusde missionnaires,et que vous connaîtrez mieux que nous-mêmes ce dont nous avons besoin ; nous vous en marquerons seulement ici un article qui est que quand nous descendons en esprit dans le purgatoire, nous connaissons là qu'il n'y a pas un nombre suffisant de missionnaires dans l'Acadie, d'autant qu'il est impossible à ceux qui y sont de pouvoir jouir d'autant de messes qu'on désirerait en faire dire. Au lieu d'avoir un nombre considérable de sacrifices, ils n'en ont que très 2'>eu.

Monseigneur, nous vous demandons par grâce de vouloir accorder excuse aux dits suppliants du manque de respect auprès de votre dignité, étant cependant fondés sur ce que vous reconnaîtrez que nous ne so.jimes que de pauvres et simples habitants, et que le manque de respect n'est qu'un jjur effet de notre inadvertance. Aussi les soussignés au nom de toute la communauté de ladite paroisse, savoir les anciens et nouveaux députés et marguillers, faisant pour le tout, et dans l'espérance que ces grâces leur seront accordées et par là ils seront obligés à redoubler leur vœux pour votre conservation et prospérité. Aussi nous sommes de tout notre cœur vos très humbles et bien obéissants serviteurs et fidèles soumis.

(Suivent les signatures).

Mgr de Pontbriand fut si profondément touché de cette requête qu'il ht 23ai"tir l'abbé Brassard pour l'Acadie dès le printemps de la même année. Il n'avait pas manqué d'en prévenir les habitants de Pigiquit. L'abbé Brassard dut même passer j^ar cette paroisse en se rendant à Port-Royal. Qu'on se figure le désappointement et la douleur de ces braves gens en apprenant à son retour qu'il ne pouvait rester au milieu d'eux, parce que le Conseil de Port-Roj'al lui en avait fait la défense formelle.

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