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Logement du Chirurgien et de l'Aumônier

P. Poudrière voûtée.

Q. Prison.

Tons ces logements ont été faits en piquets et en planches en 1749 ; leur construction sera de peu de durée, attendu qu'ils n'ont été considérés que provisionnels et ont coûté suivant le toisé qui en a été fait, la somme de 9,1691. 17s. 8d.

Manvucrits de Franquet.

quet a tracé un plan de ces constructions telles qu'elles étaient à son arrivée i.

Il séjourna jusqu'au 8 d'août au port Lajoie, afin d'en examiner les environs et de fixer l'emplacement d'un fort à quatre bastions, dont il proposait la construction à peu près au même endroit où se trouvaient les habitations déjà existantes.

Le 9 au matin, il reprit sa route pour aller visiter le havre Saint-Pierre. Une gabare servie par six rameurs, que M. de Bonnaventure avait mis à sa disposition, remonta la rivière du Nord-Est (Hillsborough Kiver).

"'On aperçut, dit-il, à la rive gauche, l'anse aux Morts, la rivière de la petite Cension, et celles des Blancs ; à la rive droite, la rivière de l'Isle aux Foins, celle de Brouillan, et plusieurs petits ruisseaux ; et de chaque côté, des habitations formées nouvellement par des Acadiens transplantés et fort éloignées les unes des autres.

" Environ à deux lieues en remontant cette rivière, est risle aux Chèvres, plus voisine de la rive gauche que de la droite. Dans son cours, l'on aperçoit des balises plantées pour indiquer le chenal. Les platiers qui

1 — Voir ce plan.

Nous avons tenu à le reproduire ici, parce que c'est absolument tout ce qui reste de l'ancien chef-lieu de l'île Saint- Jean.

s'étendent bien avant le rendent difficile à suivre, il faut être muni d'un pilote pratique pour ne pas le manquer dans un bâtiment de trente-cinq à quarante tonneaux.

" Cette rivière est bordée de chaque côté par une lisière de jjrairies découvertes à marte basse, et tant soit peu mouillées à haute mer ; l'herbe qu'elles produisent tient de la qualité des joncs, néanmoins, quoique salée et grasse, elle est tendre et bonne aux bestiaux.

" Parvenus devant un terrain concédé ou nommé DesmouHns, la mer commença à perdre, et l'on fut obligé de mettre à terre. A cette effet, l'on se porta à la rive droite, et au moyen d'une coupure, pratiquée à travers les vases, l'on joignit l'habitation du sieur Gautier ; cet habitant est nouveau ainsi qTie le sieur Bugeau son voisin. On les questionna sur les terrains qu'ils occupaient depuis dix-huit mois, et sur les ressources qu'ils espéraient en tirer. Ils nous dirent que leurs. concessions consistaient en quatre arpents de face sur quarante de profondeur, que les bois qui couvraient leurs terrains, ayant ci-devant été bridé 5 en partie, ils avaient eu moins de peine à les défricher, et que quoiqu'ils ne pussent travailler que depuis le mois de mars de cette année, ces terres produisaient cependant du froment, des pois, de l'avoine, et toutes sortes de légumes. Nous parcourûmes ces différents champs, et au vrai, jamais récolte dans les meilleurs cantons de la

France ne promit davantage. Ils convinrent que la terre était propre à tout ce qu'on y voudrait semer, et que par succession, ils trouveraient dans sa production de quoi se dédommager des biens qu'ils ont abandonnés ".

Les deux habitants qui paraissent ici à la tête des colons du lieu et dont Franquet viont de résumer les intéressantes observations, étaient, — on doit s'en rappeler, — les proscrits acadiens qui avaient joué un rôle important dans la Nouvelle-Ecosse durant la dernière guerre. De tous les biens qu'avait possédés Nicolas Gautier en Acadie, il ne lui restait plus que le souvenir qu'il avait voulu perpétuer en donnant le nom de sou ancienne propriété de Belair à une claire et fraîche fontaine qui jaillissait sur sa nouvelle terre. Le principal soutien de ses vieux jours était encore son fils aîné, ce Pierre Gautier (j^ui avait servi de pilote à M. de la Jonquière, lorsque celui-ci partit d'Halifax avec les débris de la flotte du duc d'Anville, pour venir assiéger Port-Royal. Au retour de la paix, lorsque Shirley, gouverneur du Massachusetts, offrit une amnistie générale aux Acadiens, il refusa, on le sait, d'y comprendre Nicolas Gautier et ses deux fils, Pierre et Joseph, ni Amand Bugeau, lequel avait comme eux, chaleureuse-

ment embrassé la cause de la France. On a vu figurer leurs noms en tête de la liste des proscrits comme étant les plus coupables. Tous leurs biens furent confisqués, leurs habitations rasées, et eux-mêmes condamnés à la prison. Ils durent chercher leur salut dans la fuite.

Au Canada, ils trouvèrent des amis dans les commandants qui firent connaître leur dévouement à la cour de Versailles, et leur obtinrent en dédommagement de leur pertes des " gratifications " en argent et des concessions de terre dans l'île Saint-Jean.

En 1750, on les voit employés à transporter sur leur navire, de Tagamigouche et de la baie Verte à l'île Saint-Jean, les familles acadiennes qui fuyaient devant les persécutions dont Cornwallis récompensait leur fidélité.

Il fallait toute l'habileté et l'expérience des lieux, que possédaient les Gautier, pour n'être pas surpris pendant les continuelles traversées qu'ils avaient à faire d'une rive à l'autre ; car, outre les patrouilles qui apparaissaient à l'improviste sur divers points de l'isthme, des frégates détachées par Cornwallis croisaient sans cesse d'une extrémité à l'autre du détroit. Souvent des familles étaient embarquées pour l'île sans autres effets que les vêtements qui les couvraient, n'ayant pu échapper aux patrouilles ennemies que les armes à la main. Ce fut là la première cause de la misère qui fit périr tant d'infortunés Acadiens sur ces côtes.

On voit par ce qui précède que la famille Gautier avait repris à l'île Saint-Jean le genre de vie qu'elle avait mené à Port-Royal, se créant des moyens d'existence à la fois par l'agriculture et par la navigation.

" Plusieurs habitants, continue Franquet, vinrent nous trouver le lendemain au matin, pour représenter (|ue leur intention était de former une paroisse, que .les sentiments pour la position de l'église étaient partagés, qu'à cet effet, ils nous priaient de les entendre, et conséquemment à leurs raisons, la déterminer dans l'endroit que nous jugerions le plus à la bienséance d'un chacun. Cette affaire paraissant sujette à des débats, on remit à en traiter au retour en les prévenant de convoquer tous ceux qui y prenaient intérêt.

" Le 10, la mer ayant un peu perdu, nous nous rembarquâmes avec un peu de difficulté, attendu que les vases se découvraient ; néanmoins ayant mis au large l'on aperçut sur la gauche la rivière au Moulin, nommé telle par un moulin à scie qu'un particulier y a fait construire; au delà, celle de Pigiquit, et des deux côtés, plusieurs habitations. Les terrains nous y parurent découverts et mis en valeur comme les champs les plus fertiles. Nous en étions même en admiration. L'on nous dit à cet égard qu'ils appartenaient à d'anciens habitants, que la plupart étaient à leur aise, munis de bestiaux, et recueillaient tous les ans de quoi fournir à leur subsistance. Nous fûmes enchantés du coup d'œil

de leur situation d'autant que toutes ces habitations sont établies sur les coteaux du vallon que la rivière parcourt, que les défrichés vont en remontant la hauteur ; qu'à leur sommet est un bois fourni de hêtres, et d'rj'bres francs, et qu'au bas il n'y a point de maison (|ui n'ait sa petite fontaine de manière que tous ces avantages de la nature, éclairés d'un beau ciel, en rendent le séjour agréable ".

La gabare qui portait Franquet le déposa à deux lieues plus haut sur la droite, vis-à-vis d'une maison " faisant face à la rivière ". C'était celle d'une veuve nommée Gentil d'où partait un chemin (|ui conduisait jusqu'au havre Saint- Pierre.

" Nous y vîmes de près, dit-il, des grains de la plus grande beauté. Et le chemin, de là au havre Saint- Pierre étant frayé, large de six à sept pieds et propre à des charrettes attelées de deux bœufs, on le suivit à pied. Il traverse des bois brûlés, dans lesquels il y a une grande (quantité de bluets qu'on mange en rafraîchissement. Il va aboutir au ruisseau à Commeau, où la mer forme une es^^èce de barachois qu'on traverse à sec, à marée basse, et à haute mer, sur deux pieds et demi d'eau. Cet endroit est réputé le point milieu du chemin de la dite veuve Gentil et le havre Saint-Pierre.

" A la sortie de ce baracliois, le chemin rentre dans le bois, jusqu'à l'endroit nommé la Queue des Etangs, où un autre petit ruisseau forme semblable barachois toujours couvert d'eau, et dont le fond vaseux et mol, en rend le passage difficile.

" C'est à cet endroit que les dunes commencent à se former. Elles garantissent le pays des inondations de la mer. Le chemin les a laissées à gauche et à droite. Il borde des étangs que l'on traverse de distance à autre ; il s'y trouve ordinairement deux pieds à deux pieds et demi de hauteur d'eau, et dans les grandes crues, toute l'assiette du chemin en est couverte. Néanmoins comme elle est dure, il n'y a aucun risque d'y passer; mais seulement beaucoup d'incommodités aux gens de pied qui sont obhgés de se mouiller. A la sortie de ces étangs se trouvent les clôtures des terrains concédés. On les côtoie pour arriver devant l'entrée du havre du Petit Saint-Pierie ".

Franquet s'arrêta un jour au havre Saint-Pierre pour y déterminer l'emplacement d'une redoute dont il voulait proposer la construction.

" Ce havre, dit-il, est situé au nord-est de cette isle. Son entrée varie tous les ans. Elle court cette année nord quart de nord-est. Les vents les plus favorables pour en approcher sont ceux du nord-ouest. Il y a toujours beaucoup de difficulté en tout temps. Aussi ce havre n'est-il fréquenté qu'en été. Les vents du

printemps, et ceux de l'automne en rendent l'accès difficile et dangereux. Le passage est resserré entre deux bancs de sable qui se forment aux deux extrémités des dunes. Cependant de quelque côté qu'on range le chenal, il y a toujours six brasses et demie d'eau à marée basse, mais en dedans du havre, il y en a moins, aussi ne le juge-t-on praticable qu'à des bâtiments de quarante à cinquante tonneaux.

" Ce havre est l'endroit le plus peuplé de l'isle. Il n'est occupé que par d'anciens habitants. Les uns y font la pêche de la morue, et d'autres cultivent les terres, et plusieurs s'adonnent à l'un et à l'autre.

" La pêche n'y commence que dans les premiers jours de juin, et elle finit à la fin de septembre, elle se fait tout au plus à deux ou trois lieues au large. La morue qui s'y prend n'est point à beaucoup près d'une qualité si bonne que celle que l'on pêche sur les bancs du large de l'isle Eoyale. Aussi ne passe-t-elle pas en France ; mais bien aux isles méridionales. Elle a été assez abondante cette année ; néanmoins les pêcheurs n'en sont pas plus riches, d'autant qu'il n'arrive aucun bâtiment de France directement à ce havre par la difficulté et les risques d'y entrer, qu'ils sont obligés de tirer de Lùuisl)ourg tout ce dont ils ont besoin, comme sel, biscuits et ustensiles quelconque à des prix de 50 pour cent de bénéfice au moins, que leurs facultés ne permettent joint de payer ces denrées argent comptant.

Le * crédit qu'on leur fait n'est qu'à condition qu'ils ne pourront disposer de leur morue qu'en faveur de ceux qui leur font ces avances, et que pour éviter les contestations sur le prix l'on convient auparavant de celui du quintal pesant.

" Il y avait, cette campagne, onze chaloupes en pêclie^ et six chaffauts appartenant à sept pêcheurs. Seulement plusieurs d'entre eux firent observer que ces conventions étaient totalement en faveur des fournisseurs, et qu'eux souvent se trouvaient fort heureux de se tirer d'afliiire sans perte. L'on ne prévoit de moyens d'y remédier qu'autant que le Roi prenant à cœur l'établissement de cette Isle enverrait tous les ans un bâtiment de France chargé de tous les effets qui peuvent secourir en ce genre les habitants pêcheurs, et qu'on ne leur vendît qu'à des prix fixés par la cour. Pour lors les négociants de Louisbourg au Heu de leur faire la loi seraient dans le cas de la recevoir, et au moyen de ces aisances, quelques-uns d'entre eux se trouveraient en état de construire des bâtiments, et de porter directement leur morue aux Isles de l'Amérique. Si l'on ne prend ce parti, jamais ce commerce n'y prendra vigueur. Cependant, il est d'une grande ressource à tous les habitants de la côte, d'autant que la pêche, n'ayant lieu c[ue pendant quatre mois, ils emploient leurs garçons pêcheurs pendant les huit autres à la culture des terres,

et qu'en supposant qu'ils ne tirassent aucun profit de ce premier objet, au moins influe-t-il à modérer les frais de l'autre.

" L'on sait que la cour n'incline point à favoriser la pêche en cette Isle, et qu'elle ne recommande que la culture des terres. Cependant l'un pouvant se concilier avec l'autre, ainsi qu'il vient d'être dit, il en résulte plus de ressources aux habitants. Il est même indispensable de s'y prêter, sans quoi les efforts que l'on fait pour peupler cette colonie, n'auront jamais tout le succès i[u'on en attend.

" La terre y est de même qualité qu'au port Lajoie^ et (pi'au long de la rivière du Nord-Est. Elle est également bonne, et grasse, et propre à tout ce qu'on peut y semer, l'on a parcouru plusieurs champs dépendant de diverses habitations, et sûrement l'on ne saurait rien ajouter à la beauté des grains dont ils étaient couverts en toute espèce.

" Les habitations y sont un peu éloignées les unes des autres ; la grande étendue des concessions y a donné lieu. Les plus serrées sont celles appartenant aux pêcheurs ; toutes bordent le havre à plus ou moins de distance. Il n'y a guère d'habitants adonnés à la culture des terres qui ne recueillent cette année, moyennant qu'il ne survienne point de contre-temps, du grain au delà de la consommation. Plusieurs mêmes sont convenus qu'ils seraient dans le cas d'en vendre.

" L'on comprend dans le nombre des habitants de ce havre ceux des Etangs, du Havre-aux-Sauvages et de celui de Tracadie. Tous seraient d'avis que ces endroits formassent l'étendue de la paroisse de Saint-Pierre. L'église est bâtie ; elle est grande et solide ; il ne leur manque qu'un curé après lequel, ils ne font qu'un cri. Pour en faire connaître la nécessité, l'on joint ici l'état des communiants dont elle sera composée.

Hummes Femmes Enfants'

Havre Saint-Pierre 29 31 102

Les Etangs 4 5 22

Havre-aux-Sauvages 9 9 o4

Havre-de-Tracadie 8 10 48

Eranquet note en passant l'existence d'un moulin ;ï grain établi sur un ruisseau, à la distance d'une demilieue du gros des habitations, et capable de fournir à leur consommation.

" Cet établissement, continue-t-il, qu'on doit considérer comme le plus étendu et le plus peuplé de l'Isle, n'est ce])endaut point encore en état de résister à une descente du moindre corsaire. Les habitants s'en inquiètent, et désirent que le Eoi y soutienne par un poste le zèle qu'ils ont de repousser la force par la force ".

Eranquet proposait, en conséquence, de construire sur le sommet de la hauteur où était située l'église, un fort

en piquets à quatre bastions, dont il joint le plan à son Mémoire.

Puis il continue : " Nous étant ensuite embarqués dans notre gabare, nous nous rendîmes chez le sieur Gautier, en ne pouvant trop admirer la fertilité des champs de la droite et de la gauche de cette rivière.

" Le lendemain, la plupart des principaux habitants, s'étant rendus chez le dit sieur Gautier, on y agita la question de l'église qu'ils désiraient. La dépense de sa construction ne souffrit point de difficultés, ils avancèrent même que tous les bois étaient prêts, et que chacun y contribuerait sans contestations ; mais les sentiments se trouvèrent partagés pour le lieu de son emplacement. Nous étant aperçus que la bienséance d'un chacun de l'avoir sur le côté de la rivière qu'il habitait, occasionnait leur mésintelligence, on leur fit convenir qu'à cet égard leurs représentations se trouvaient balancées, mais que s'ils voulaient sentir qu'en l'établissant à la rive gauche il n'y aurait que les habitants de la paroisse qui en jouiraient, au lieu qu'à celle de la droite, ceux de Tracadie, qui n'en étaient éloignés que de deux lieues, s'y rendraient plus fréquemment qu'à Saint-Pierre ; d'ailleurs, le sieur Bugeaù offrait du terrain non-seulement pour l'asseoir, mais encore pour le presbytère, son jardin, et pour le cimetière, et qu'enfin, au pied de l'endroit projeté pour son établissement, était la fontaine de Belair, dont l'eau

reconnue la meilleure du canton, serait d'un secours à ceux des habitants qui seraient dans le cas de faire beaucoup de chemin pour s'y rendre. Ces raisons les ayant déterminés, ils se soumirent à la rive droite et conséquemment, elle fut nommée du titre de Saint- Louis, et nous nous engageâmes de faire des dihgences à la cour pour leur procurer une cloche et un curé.

" Cette paroisse s'étendra depuis la rivière des Blancs jusqu'au fond de celle du Nord- Est. Elle n'aura guère moins que cinq heues de longueur. L'église sera placée dans le centre. Les habitants pourront s'y rendre à pied le long des bords ; et vis-à-vis son emplacement sera établie à frais communs, une barque pour l'aisance de traverser la rivière à ceux qui résideront sur le bord opposé 1 ".

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