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CHAPITRE DIXIEME

Organisation des paroisses. — L'abbé Girard. — Le traître

Pichon Son vojage à l'île Saint-Jean Ilecensement

de 1753.

On vient de voir les instances faites auprès de l'ingénieur français pour l'envoi de missionnaires dans les paroisses. L'évêque de Québec, M^' de Pontbriand, auquel les habitants s'étaient adressés, n'ayant aucun prêtre à sa disposition, eu avait demandé de France par l'intermédiaire de son grand-vicaire à Paris, l'abbé de L'Isle-Dieu. Celui-ci s'était adressé au supérieur de la Congrégation du Saint-Esprit, qui lui avait fourni deux de ses prêtres, l'abbé Perronnel et l'abbé Lemaire. L'abbé de L'Isle-Dieu avait obtenu en même temps du ministre de la marine un traitement de quatre cents livres pour chacun de ces missionnaires, afin de subvenir

au peu de moyens qu'avaient les nouveaux colons de l'île de pourvoir à l'entretien de ces missionnaires. L'abbé Lemaire ne put traverser à Saint-Jean en même temps que sou confrère, faute de chapelle portative pour administrer les sacrements, " ce qui a cbligé M. Maillard de l'envoyer hiverner avec M. de Manach à Beauséjour ^ ". L'abbé Perronnel prit possession de la cure de Saint-Louis-du-Nord-Est au cours de l'été 1752, il la grande joie des paroissiens qui hâtèrent, dès son arrivée, l'érection de leur église. Le vocable de Saint- Louis avait, comme on l'a vu, été adopté pour cette [)aroisse, lors de l'assemblée tenue par Franquet dans le but de fixer le site de l'église.

L'abbé Girard avait pris /^^

la desserte de la mission f ^r de la Pointe-Prime au | >'

printemps de la même /

année, à la satisfaction ^^r non moins grande des habitants du lieu ; car, alors comme aujourd'hui au Canada, le curé est l'expression vivante de la paroisse, le premier agent des affaires civiles aussi bien que religieuses. Le clocher paroissial est le centre de réunion de toutes les familles, le pivot autour duquel circule chaque habitant du lieu.

1 — Mémoire de Vabhé de V IsJe-Dieu.

La carrière apostolique de l'abbé Girard est une de celles qui offrent le plus d'intérêt dans l'histoire religieuse de l'Acadie et de l'île Saint-Jean.

On connaît le trait le plus saillant du caractère des Acadiens, qui a éclaté durant la longue épreuve qu'ils ont eue à subir depuis le commencement du dixhuitième siècle. Ce qui a été moins étudié, c'est la cause de cet inébranlable attachement à la foi catholi(i[ue qui fait notre admiration.

Des missionnaires d'un zèle et d'une vertu éprouvés, relevés par des talents et une science qui en auraient fait l'ornement des cercles les plus distingués, des docteurs en Sorl)onne, tels que MM. de Breslay, de Noiville, des théologiens, tels que le grand-vicaire De Miuiac, des linguistes, tels ([ue l'abbé Maillard et le P. de la Brosse, sont allés vivre obscurément au milieu de ce peuple rustique, et ont persévéré dans leur œuvre d'évangélisation, malgré les ennuis, les défiances, l'espionnage, parfois la persécution ouverte qu'ils ont eue à souffrir de la part des autorités fanatiques de la Nouvelle-Ecosse. C'est là qu'est le secret de l'héroïsme religieux de la population française de l'Acadie.

L'abbé Girard fut un de ces ouvriers apostoliques, travailleur ignoré, connu de Dieu seul, qui a confessé la foi au fond des cachots pour la conserver au cœur de ce peuple. Quelques traits de la vie de ce saint missionnaire ont échappé à l'ouWi, que je veux esquisser ici

en quelques lignes, ou, pour me servir d'une vieille expression de Champlain, dans " un brief discours des choses plus remarquables " qui se sont passées dans sa vie.

Le vicaire-général que M^'" de Pontbriand entretenait à Paris en qualité d'agent des missions du Canada, l'abbé de L'Isle-Dieu, était un prêtre aussi remarquable par ses lumières que par sa prudence et son esprit ecclésiastique. L'abbé de L'Isle-Dieu entretenait, comme on le sait, une correspondance suivie avec l'évêque de Québec et les missionnaires du Canada. J'ai plusieurs fois cité les Mémoires qui lui étaient demandés par la cour de Versailles. C'est d'un de ces Mémoires que j'ai tiré les reuseignements qui suivent sur l'apostolat de l'abbé Girard.

Formé à toutes les vertus sacerdotales, doué d'une belle intelligence et d'un zèle infatigable, l'abbé Girard avait toutes les qualités requises j)0ur remplir la rude tâche de missionnaire parmi les Acadiens de la Nouvelle- Ecosse. Il y vint en 1733, et eut, peu de temps après son arrivée, la charge de l'intéressante paroisse de Cobequid, aujourd'hui Truro, dont M. Kameau de Saint- Père a raconté, avec autant de charme que d'érudition, l'origine et les progrès dans sou beau livre, Une colonie Féodale.

Les premières années de son ministère furent relativement calmes ; car les srouverneurs de la Nouvelle-

Ecosse, résidant à Port-Eoyal, n'avaient pas en main une force armée suffisante pour imposer leur tyrannie. Mais, dès que Halifax eut été fondé, ils levèrent, comme on l'a vu, le masque qu'ils avaient gardé jusqu'alors. Le gouverneur Cornwallis, furieux de ce que le curé de Cobequid conseillait à ses paroissiens de ne pas prêter le nouveau sciment qu'il exigeait d'eux, en violation des promesses solennelles faites par les gouverneurs précédents, résolut d'en tirer vengeance sur le brave missionnaire. Un jour qu'il était tranquillement occupé de ses fonctions curiales, il vit son presbytère entouré par une escouade de quatre-vingts soldats qui le saisirent et le traînèrent prisonnier à Halifax avec quatre de ses paroissiens. Tels étaient l'attachement des habitants de Cobequid pour leur curé, et la crainte qu'inspirait un soulèvement, qui aurait pu empêcher sou arrestation, que le coup avait été préparé dans le plus profond secret, et exécuté avec tant de précipitation que l'abbé Girard n'avait pu emporter que les vêtements qu'il avait lorsque les soldats avaient mis la main sur lui. Les cinq prisonniers furent jetés au fond d'un cachot, et traités avec une telle inhumanité qu'un des habitants en mourut au sortir de la prison. La captivité de l'abbé Girard aurait duré longtemps, si les habitants des Mines, privés de pasteur comme ceux 'de Cobequid, n'en avaient demandé un à grands cris. Cornwallis, craignant de les exaspérer, leur accorda l'abbé Girard, mais à condi-

tion qu'il ne mît jamais le pied dans son ancienne paroisse, qu'il ne sortît point de celle des Mines sans l'autorisation du gouverneur, et de plus qu'il fît serment de ne rien dire ou faire contre le gouvernement britannique ; en d'autres termes, qu'il ne mît pas en garde ses ouailles contre les pièges qu'on ne cessait de leur tendre.

Au mois d'août, 1751, trois sauvages micmacs se jetèrent sur lui à l'improviste, l'entraînèrent dans les bois, et ne le relâchèrent qu'en face du port de Tagamigouche, situé vis-à-vis l'île Saint-Jean. N'osant se montrer dans les lieux habités, de crainte de tomber de nouveau entre les mains de Cornwallis, il erra dans la forêt jusqu'au printemps suivant, qu'il reçut ordre de l'évêque de Québec d'aller diriger la paroisse de la Pointe-Prime.

Une partie des habitants de cette paroisse étaient venus de Cobequid, et la présence de l'abbé Girard, auquel ils étaient très attachés, dut naturellement attirer un grand nombre d'autres paroissiens de son ancienne mission ^.

1 — La ijlus grande partie des habitants de Cobequid avaient déjà émigré, comme on l'a vu; mais le reste, ne pouvant se décider à abandonner les belles propriétés qu'ils occupaient pour se jeter dans la misère, étaient entrés secrètement en négociations avec le gouverneur d'Halifax.

Au i)rintemps de cette année, 1752, le baron de Longueuil, qui était devenu administrateur du Canada par la mort du

L'accroissement de la population amena bientôt deux autres missionnaires, MM. de Biscaret et Cassiet, qui

marquis de la Jonquière arrivée le 6 mars de la même année, écrivait à M. de Rouillé, ministre de la marine :

" M. l'abbé Girard, que M. l'évêque de Québec destina l'automne dernier pour l'île Saint-Jean, a écrit à feu M. de la Jonquière qu'il s'y rendi'a ce printemps, il doit y être actuellement arrivé.

" Ce missionnaire informe ce général que son départ fera Ijeut-être les plus vives impressions sur l'esprit de soixantecinq habitants qu'il laisse à Cobequid et à Tagamigouche ; que ceux de Cobequid ont témoigné vouloir se soumettre aux Anglais et ont jjour cet effet écrit à Chibouctou (Halifax) à son insu, que en eût-il été instruit, il n'aurait pu les en détourner, attendu qu'il a i)rêté serment.de fidélité aux Anglais et donné sa parole d'honneur à Halifax de ne pas sortir de la province sans i^ermission.

" La délicatesse de ce missioimaire me paraissant très mal Ijlacée, je n'ai pu me dispenser de lui écrire sans i^rétendre m'ériger en casuiste, qu'il avu'ait pu en toute sûreté de conscience l'aire usage de son autorité sur les habitants de Cobequid pour les détourner des Anglais. En effet, les Anglais n'ont pu avoir de l'aison légitime pour exiger le serment de ce prêtre, et quoiqu'il l'ait jîrêté, il est constant que rien ne l'oblige à le tenir, qu'au contraire il est né Français, et par conséquent sujet du roi, que d'ailleurs, son état exige qu'il emploie son zèle à augmenter le nombre des fidèles, et à jdIus forte raison à conserver ceux dont il est le pasteur... Il est certain, Monseigneur, que, ne pouvant faire passer quant à présent ces habitants sur les terres du roi, nous devons, du

furent placés l'un au havre Saint - Pierre, l'autre à Malpec 1.

Du premier de ces missionnaires, on ne connaît guère que le nom ; mais le souvenir de l'abbé Cassiet est encore vivant dans le midi de la France, son pays natal, où il devint, à son retour du Canada, le principal restaurateur du célèbre pèlerinage de Notre-Dame-de-Bétharram, au pied des Pyrénées. Deux de ses neveux, vieillards octogénaires, qui vivaient encore il y a peu d'années et qui l'avaient très bien coimu, avaient appris de sa

moins, concourir à les maintenir dans leurs sentiments de religion, dans leur fidélité à Sa Majesté, et leur faire insinuer qu'ils ne doivent pas manquer l'occasion de se retirer sur nos terres ".

Le baron de Longueuil abordait un sujet bien jjlus de sa compétence, lorsque dans la même lettre il exposait au ministre l'état de l'île Saint-Jean.

"M. de Bonnaventure, disait -il, a rendu compte à feu M. de la Jonquière que l'île Eoyale lui avait fourni tous les vivres nécessaires i^our son poste à l'exception de la viande, mais qu'il est grandement embarrassé pour fournir du blé aux nouveaux habitants, dont la plus grande partie n'en ont pas un grain pour semer leurs terres. Nous ne sommes pas en état de lui en procurer de ce pays-ci, et il est à souhaiter qu'il ait pu faire semer tous les habitants, en obligeant ceux qui peuvent en avoir plus que leur nécessaire à en céder à ceux qui n'en ont pas du tout ".

1 — L'abbé Cassiet avait d'abord été choisi pour missionnaire des sauvages de l'abbé Maillard Mémoire deVabhéde

IJIsle-Dien.

propre bouche et transmis plusieurs particulai'ités de sa vie de mission à l'île Saint-Jean.

Pierre Cassiet était né, en 1727, à Montant, petit village du pays des Landes, dans le Béarn. Il vécut dès son bas âge dans une atmosphère de foi et de prière, au rayonnement du crucifix qui illuminait le foyer paternel, et au pied duquel sa pieuse famille, agenouillée chaque jour, lui apprenait à joindre ses petites mains et à élever ses regards et son cœur vers le ciel. Durant le cours de ses études classiques au séminaire d'Agen, il sentit naître en lui les premiers attraits de la vocation apostolique dans les pays lointains. Il vint s'y ])réparer à Paris sous la direction d'un prêtre de son pays natal, alors supérieur du séminaire des Missions Etrangères de la rue du Bac. Son nom était sur la liste d'un groupe d'apôtres destinés à évangéliser la Cochinchine, lorsqu'il fut invité à remplacer un des compagnons de l'abbé de Biscaret, tombé malade à la veille de partir pour le Canada.

L'abbé Cassiet ne fit qu'un bref séjour à Malpec. Il y fut remplacé par l'abbé Dosque, plus tard curé de Québec, qui fut le dernier missionnaire de Malpec. Les cinq paroisses de l'île se trouvèrent, pour la première fois, pourvues chacune d'un curé par la nomination de l'abbé Cassiet à Saint-Louis-du-Nord-Est i. A aucune

1 — En remplacement de l'abbé Perronnel, devenu infirme et retiré chez M. de Biscaret, à Saint-Pierre-du-Nord.

époque, l'Acadie n'avait été aussi bien partagée au regard du service religieux.

" La population de l'île Saint-Jean, écrivait au ministre le commissaire-ordonnateur de Louisbourg, a vu avec une joie inexprimable arriver des prêtres, et chacun à l'envi s'est livré au travail des matériaux nécessaires pour la construction des paroisses de la Pointe-Prime, de la rivière du Nord-Est (Saint-Louis) et de Malpec, car celle de Saint-Pierre était élevée avant la dernière guerre, et il n'a été question que de la réparer... Ces églises sont finies, mais les paroissiens trop pauvres pour en faire davantage espèrent, Monseigneur, que vous voudrez bien les aider à les décorer, et que vous ne leur refuserez pas quatre cloches, qu'ils vous demandent avec instances ^ ".

D'après les renseignements fournis à l'abbé de L'Isle- Dieu, vers cette date, l'île comptait trois mille habitants, " qui, dit-il, commencent à se bien établir en cinq paroisses, qui ont chacune un missionnaire, y compris celui du port Lajoie ^ ". Chaque missionnaire recevait une légère subvention du gouvernement. L'érection religieuse, aussi bien que civile des paroisses de l'île, si

1 — Lettre de M. Prévost au ministre, 31 octobre, 1753.

2 — Ce chiffre était un peu exagéré, comme on le verra plus loin par le recensement de 1753.

longtemps désirée par sa croyante population, fut dès lors établie régulièrement.

La tradition conservée dans la famille de l'abbé Cassiet, nous fait lever ici un coin du voile qui nous dérobait le genre de vie qu'il menait à Saint-Louis-du- Kord-Est et le grand bien qu'il y accomplit.

" Les fêtes de l'Eglise, dit-elle, se célébraient dans sa paroisse avec autant de splendeur qu'en Europe. Il sut gagner la confiance de ses paroissiens. Il se mêlait à eux, s'intéressait ù leurs entreprises, enseignait aux sauvages à cultiver les végétaux les plus utiles et à élever des animaux domestiques. Comme il y avait des communications régulières avec Bordeaux et Bayonne, il put faire venir de son pays plusieurs choses d'une grande utilité ^ ".

L'abbé Cassiet avait rencontré au Canada un prêtre natif comme lui de Montant, avec qui il entretint des relations d'amitié ; c'était l'abbé Lalaune, vicaire-général et supérieur du séminaire des Missions Etrangères de Québec. Il est probable que le curé de Saint-Louis-du- Nord-Est dut faire quelquefois le voyage de Québec pour aller y embrasser son compatriote. Tous deux se retrouvèrent plus tard dans leur province du Béarn, où

1 — The Catholic World, La dévote chape/le de Notre-Damede-Bétharram, ]um, 1876.

l'abbé Lalanne " mourut supérieur du séminaire de Dax, aimé et honoré de tous ".

Nous venons d'assister à l'organisation religieuse de l'île Saint-Jean.

Quant à l'administration civile, elle se composait, comme on l'a vu, d'un gouverneur, relevant de celui du Cap-Breton, et d'un subdélégué de l'intendant de la Nouvelle -France, siégeant tons deux au port Lajoie, et y rendant conjointement la justice ^.

Le vice de cette administration était sa dépendance de Louisbonrg, dont le commerce avait tiré parti pour exploiter l'île en lui fournissant à peu près tous les approvisionnements à des profits exorbitants. Un gouvernement autonome l'eut soustraite à ce ruineux entrepôt en la mettant en relation directe avec la France.

Le subdélégué et garde-magasin de l'île Saint-Jean était alors le sieur Des Goutins qui mourut peu de temps après, et fut remplacé par un écrivain principal du port Lajoie, le sieur Des Longraye, lequel, pendant tout le cours de la longue maladie qu'eut à souffrir Des Goutins, remplit les devoirs de- sa charge. " C'est, écrivait le commissaire-ordonnateur de Louisbourg en le recommandant au ministre pour cette place, un jeune homme sage et appliqué, qui travaille depuis deux ans à la distribution dans l'île Saint-Jean, et qui est presque

1 — Mémoires de Pichon, p. 54.

chargé de cette partie depuis la maladie de M. Des Goiitins. Il s'en acquitte bien ^ ".

Un pareil témoignage serait une recommandation parfaite dans la bouche d'un autre que celle de Prévost. Mais s'il faut en croire le chevalier Johnstone dans son Mémoire sur la campagne de Louishourg, cet officier n'était digne d'aucune confiance. 11 avait succédé au trop fameux Bigot dans le commissariat du Cap-Breton, et était devenu concussionnaire comme lui. Johnstone résume son jugement en stigmatisant Prévost par cette parole : " C'était un des plus gi'ands vauriens qui eût jamais échappé au gibet", (Prévost was one of the greatest rascals that ever escaped the gihhet) -.

Les éloges de Prévost sont donc plutôt comjiromettants pour Des Longraye que favorables ; et on se demande s'il n'aurait pas été une de ses créatures. Il s'est élevé de très graves plaintes contre la subdélégation de son temps, et on est porté à croire que c'est sur lui presque exclusivement que retombe la responsabilité des calamités qu'eurent à subir beaucoup de réfugiés acadiens.

L'abbé Le Loutre s'est fait l'écho de leurs réclama-

1 — Prévost au ministre, 28 novembre, 1751.

2 — Prévost était venu très jeune dans la colonie, où il avait d'abord été simple écrivain de la marine. Pichon, Lettres et Mémoires sur le Cap-Breton, p. 149.

tions dans une lettre au gouverneur de Louisbourg, M. Desherbiers, écrite dans le style âpre qui le dintingue, " Vous savez, présentement, lui disait-il, que les Acadiens ont été traités fort durement à l'île Saint-Jean, suivant les plaintes qu'ils m'ont portées eux-mêmes, et la déposition de nos officiers et d'autres personnes qui y ont hiverné. Leur situation est des plus tristes : ils ont manqué de viande ; ils ont jeûné ; c'est parce qu'on ne leur a pas donné la ration telle qu'on la leur avait promise et qu'elle leur avait été accordée par la cour. Il en est mort quantité de faim et de misère ; plusieurs s'arrachaient les cheveux de dépit ; les autres voulaient faire des canots pour retourner. Manquait-il des vivres dans les magasins ? Il y en avait dans les bâtiments qui y ont hiverné. Il fallait en prendre pour faire subsister les familles et les empêcher de mourir de faim. Ce mauvais traitement est capable d'arrêter les autres Acadiens. J'espère que vous porterez un prompt remède à ce mal, et que vous donnerez vos ordres à Monsieur le garde-magasin ; car c'est contre lui uniquement que l'on se plaint. J'en ai écrit à MM. de la Jon(|uière et Bigot, et M. delà Vallière pourrait vous dire des vérités (jue je ne voudrais pas mettre par écrit ^ ".

1 — Uahhé Le Loutre à M. Desherbiers, au Lac, ce 8 mai, 1751.

La sollicitude pleine de vigilance que montre dans cette

lettre l'abbé Le Loutre pour les Acadiens, met à néant, une

Le voyage de Pichon à l'île Saint-Jeau, qu'il fit en 1752, moins d'un an après celui de Franquet, et dont il a fait le récit dans ses Mémoires, offre plus d'un détail intéressant, mais qu'il faut accepter sous toute réserve ; car Pichon est un des personnages les plus malhonnêtes et les plus vils qui soit paru à cette date dans la région du golfe Saint-Laurent. Il était né en France d'une mère anglaise nommée Tyrrell, dont il prit le nom dans la seconde moitié de sa vie. Il était intelligent, instruit et intrigant. Protégé par le comte de Ptaymond, successeur de M. Desherbiers dans le gouvernement du Cap-Breton, et devenu son secrétaire, il a pris plaisir ù le dénigrer dans ses écrits i. Après avoir inutilement sollicité la place de subdélégué de l'intendant à l'île

fois de plus, les accusations de ses ennemis qui ont voulu faire de lui une espèce de geôlier, conduisant les réfugiés avec une verge de fer. L'abbé Le Loutre s'est peint lui-même à son insu dans les écrits assez nombreux qu'on a de lui : c'est là qu'il faut le chercher et qu'il se montre dans son vrai jour, caractère ardent, j^rêtre zélé, unissant ensemble dans de justes mesures la fermeté et la charité sacerdotales.

1 — La conduite de Pichon était d'autant plus honteuse que c'était à la recommandation même du comte de Eaymond

qu'il avait été placé à Beauséjour Le comte de Raymond au

ministre, 4 juillet, 1753.

Saint-Jean, il obtint celle de commissaire des vivres au fort de Beauséjour i. Il sut s'y attirer les bonnes grâces de l'abbé Le Loutre, très puissant alors, et toui) entier à l'exode des Acadiens de la Nouvelle-Ecosse. Instruit de tous les secrets de la politique française, il en profita pour se faire valoir auprès des officiers anglais du fort Lawrence, et s'offrit à eux comme espion. La proximité de ce fort de celui de Beauséjour, rendait facile la besogne de traître, et les Anglais furent bientôt informés de tout ce qui se passait à Beauséjour. Fait prisonnier ostensiblement à la reddition de ce fort (1755), il fut conduit à Halifax où il continua son espionnage auprès des prisonniers français. Il se réfugia à Londres en 1758, et y publia sous le voile de l'anonyme ses Lettres et MéTïioires sur le CaiD-Breton, dans lesquels il inséra sou voyage à l'île Saint-Jean. II prétend avoir fait le tour de l'île, en s'arrêtant dans les principaux ports, depuis le fort Lajoie jusqu'à la Pointe-de-l'Est, et de là à Malpec, d'où il traversa l'île jusqu'à Bédèque, pour revenir au fort Lajoie. Malgré les renseignements incorrects qu'il donne sur le chiffre de la population, ses Lettres doivent être consultées par quicfonque veut étudier l'histoire de Saint- Jean sous le régime français.

1 — Pichon prétend qu'il y faisait " les fonctions de commissaire, d'ordonnateur et de subdélégué de l'Intendance ". — Le Canada-Français, Docnmenis sur VAcadie, 1889, j). 127.

Un des premiers soins du comte de Eaymond en prenant en main l'administration de l'île Royale, fut de visiter l'île Saint-Jean, pour laquelle les ministres de France s'étaient pris d'une tardive sollicitude. Sou voyage, entrepris peu après celui de Frauquet, répandit une confiance toute nouvelle parmi les habitants. Il les satisfit par son esprit de justice, et mit fin à des contestations territoriales, qui entretenaient la discorde dans les paroisses, en y envoyant des arpenteurs pour déterminer les limites des propriétés. L'impression générale qu'il emporta de son voyage fut des plus favorables, et servit à corroborer le rapport de Franquet.

En 1753, l'affluence de l'immigration qui continuait toujours à venir de l'Acadie avait déjà si grandement modifié l'état des paroisses, qu'il fut jugé nécessaire de faire un nouveau recensement qui accusa une population totale de 2,663 âmes i.

L'examen de ce recensement démontre que la masse des réfugiés acadiens s'étaient groupés vers le centre de l'île ; sans doute dans le but d'être plus à la portée des secours que le gouvernement leur faisait distribuer, et qui arrivaient au port Lajoie -.

1 — Voir ce recensement à la tin du chapitre.

2 — Voir à V Appendice, N° V.

Un recensement semblable s'était fait à la même date clans l'Acadie française. Il avait constaté dans la seule circonscription de Beauséjour une population de deux mille neuf cents âmes ^. Il faut y ajouter celle qui s'échelonnait sur le parcours de la rivière Saint-Jean -, et depuis la baie Verte jusqu'à Miramichi. Ainsi, les événements qu'avait fait éclore la trompeuse paix d'Aixla-Chapelle, avaient divisé la famille acadienne en trois parties distinctes : l'Acadie anglaise, l'Acadie française et l'île Saint- Jean. Le jour était proche où elles seraient réunies de nouveau pour être ensevelies dans la même catastrophe.

Durant le court intervalle qui s'était écoulé depuis la fondation de Beauséjour, de grands changements s'étaient ojjérés dans le pays environnant, grâce à la prodigieuse activité de l'abbé Le Loutre. Lorsqu'il avait vu grossir le nombre des réfugiés, il avait compris le danger de laisser cette foule oisive, flottante, à la charge de l'Etat, et il avait imaginé un plan pour roccu})er et l'établir sans délai. En face et en arrière de Beauséjour,

] — Le chiffre précis était de 2,897. — Lettre de l'abbé de VIsle-Dieu à M. le Garde des sceaux, 7 mars, 1755. '1 — On y comptait pas moins de 2,500 âmes.

s'étendaient de vastes estuaires inondés à chaque marée par les eaux de la baie de Chignectou. Il conuaissait l'inépuisable fertilité de ces bas-fonds, et résolut de les convertir en prairies cultivables, à l'exemple de ce qu'avaient fait, au siècle précédent, les habitants de la Grand-Prée. Il fit dresser par l'ingénieur du lieu, M. de Fiedniond, un plan de toirt cet estuaire, et tracer sur la ligne de la basse marée une immense digue ou ahoiteau, destiné à arrêter les eaux de la baie. Après avoir obtenu l'approbation des autorités de Québec et de Louisbourg, il alla lui-même soumettre son projet au ministre, M. de Eouillé, en l'accompagnant d'un Mémoire dans lequel il en démontrait les grands avantages, dont les principaux étaient d'asseoir promptement et solidement une nombreuse population autour du fort de Beauséjour, et de mettre à sa portée une milice toujours prête à voler à son secours au premier appel. Il ne demandait que la somme de 50,000 livres pour l'exécution de cet ouvrage, qui, d'après les estimés de l'ingénieur, devait en coûter 85,000. Sur la réponse favorable (pi 'il reçut du ministre, et l'assurance que les fonds octroyés seraient déposés à Québec ou à Louisbourg, il revint en Acadie et se mit à l'œuvre avec toute l'énergie qui était dans sa nature. Pour lui témoigner sa haute approbation, M^'" de Pontbriand lui conféra, peu de temps a^Drès, le titre de vicaire-général de l'Acadie française.

Le déficit de 35,000 livres sur le coût total des travaux aurait pu arrêter tout autre (jue lui. " Mais, dit uu contemporain en parlant de ce projet, son zèle et son intelligence, soutenus de la confiance de ses habitants, lui firent bientôt imaginer un remède à l'obstacle, et un supplément au vide de la somme qui lui manquait. Tant il est vrai qu'il y a des hommes à qui les obstacles irritent le courage et ne le rebutent pas ^ ".

M. Le Loutre convoqua une assemblée générale des habitants, et leur fit si bien saisir les avantages de l'entreprise, que, d'une voix unanime, ils s'engagèrent tous en corps et solidairement à contribuer jusqu'à la concurrence de 38,000 livres, tant en fournitures de matériaux de toute espèce qu'en souscriptions et maind'œuvre. Le succès de l'abbé Le Loutre avait dépassé ses espérances. L'entente fut si générale, le concours si spontané, qu'à la fin des trois derniers mois de l'année 1753, tous les matériaux étaient transportés sur place. L'année suivante, l'aboiteau fut commencé dans toute sa longueur, et à la fin de la saison, les deux tiers en étaient complètement terminés. Il faut avoir vu des travaux de ce genre, comme il en existe encore à la Grand -Prée, pour se faire une juste idée de leur importance : ils sont comparables aux remparts d'une ville fortifiée, telle que Québec.

1 — Lettre de Pabbé de UIsle-Dien, 7 mars, 1755.

L'exem})]e donné par l'abbé Le Loutre avait été contagieux. Douze autres aboiteaux se construisirent le long du même littoral, huit à Memramcouk, un à la Butte-;i-Roger et trois à Chipoudy.

L'abbé Le Loutre avait exécuté ses payements en billets promissoires, en attendant les fonds promis par la cour. On peut juger de son désappointement et de son embarras, quand, au cours de l'année 1754, il apprit que rien n'avait été déposé au trésor, ni à Louisbourg, ni à Québec. Il serait trop long d'énumérer tous les ennuis et les difficultés qu'il eut à souffrir pour couvrir les dettes qu'il avait contractées au nom de l'Etat. Au lieu de lui remettre directement les fonds envoyés à la fin par la cour, l'administration coloniale lui expédia des vivres et des marchandises, dont une partie était de mauvaise qualité. Il suffit de rappeler que c'était le temps des grands pillages du trésor commencés sous la Jonquière, que Bigot gérait les finances à Québec, Prévost à Louisbourg et Vergor à Beauséjour. Il n'y avait qu'une indomptable énergie comme celle de l'abbé Le Loutre, pour mener à bonne fin une grande entreprise en pareil temps. On se sent pris de tristesse et d'une pitié profonde pour les pauvres réfugiés, quand on songe qu'ils eurent à peine le temps de recueillir une moisson sur ces nouveaux champs conquis par eux sur la mer : ils avaient travaillé pour d'autres.

La forte impulsion que l'abbé Le Loutre avait donnée à la colonisation de l'Acadie française avait jeté l'alarme à Halifax. Une grande agitation régnait en effet dans les centres acadiens de la péninsule, et particulièrement au bassin des Mines, d'où sortaient une foule d'ouvriers qui allaient travailler aux différentes digues en construction sur la baie de Chignectou. Plusieurs étaient partis sans dessein de retour, ayant amené avec eux leurs familles. Cornwallis n'était plus alors gouverneur de la Nouvelle-Ecosse. Il avait été remplacé par Thomas Peregrine Hopson qui avait inauguré son administration (août, 1752,) en reniant complètement la politique de son prédécesseur, et eu revenant sans bruit aux anciens moyens de conciliation qui, d'ailleurs, paraissent avoir été conformes à son caractère. Il commença par calmer les appréhensions religieuses des Acadiens, en permettant à deux missionnaires arrivés récemment de France de venir en aide à MM. Chauvreulx et Desenclaves, affaiblis plus que jamais par l'âge et les infirmités. L'abbé Lemaire put ainsi desservir la cure de Pigiquit, Il la grande joie de cette pieuse population, et l'abbé Daudin celle de Port-Royal à la place de M. Desenclaves qui se retira parmi le petit groupe de pêcheurs du cap de Sabld,

Le capitaine Scott, qui coramandait au fort Lawrence, reçut instruction de faire des promesses séduisantes aux réfugiés, de les assurer que, s'ils revenaient sur leurs terres, ils jouiraient des mêmes privilèges qu'auparavant, et ne seraient pas obligés de faire d'autre serment que celui qu'ils avaient déjcà prêté. Ceux qui vinrent au fort Lawrence furent reçus avec dea démonstrations amicales. On tâcha de leur persuader que les Français les berçaient de fausses espérances. On fit contraster habilement la misère dans laquelle la plupart était tombés avec la vie douce et indépendante qu'ils menaient naguère encore sur leurs terres. Pour mieux les attirer, on leur vendait à crédit des marchandises de meilleure qualité que celles qu'ils trouvaient aux magasins de Beauséjour. On acceptait sans difticulté les lettres de change dépréciées dont ils étaient porteurs ; -et surtout, ajoute un chroniqueur non suspect, '07i les faisait boire largement, favorisant ainsi la passion d'un certain nombre pour les liqueurs enivrantes. Le fort Lawrence devint bientôt une sentine où se succédaient des scènes d'ivrognerie et de désordres de tout genre. Ces causes étaient plus que sujffisantes pour créer un parti de mécontents disposés à prêter l'oreille aux propositions des Anglais. Cela était d'autant plus facile, que le caractère d'indécision et de nonchalance qu'avaient développé chez les Acadiens de longues années de paix

et de bien-être, les rendait peu propres à l'endurance i. Il y eut des réunions secrètes où il fut résolu d'entrer en négociations avec les autorités d'Halifax. Le gouverneur Hopson qui vit là le fruit de sa politique de conciliation, accueillit avec empressement ces ouvertures, et réitéra les promesses faites par le capitaine Scott, garantissant le libre exercice de la religion catholique, avec l'assurance d'un nombre suffisant de prêtres pour la desserte des paroisses. Hopson et son conseil proposèrent la formule de serment suivante qui ne paraissait pas dévier sensiblement de celle d'autrefois :

" Je promets et jure sincèrement que je serai fidèle et que je porterai une loyauté parfaite envers Sa Majesté le roi George second. Ainsi que Dieu me soit en aide ^ "

On se donna garde de soulever la question relative à l'obligation de prendre les armes en cas de guerre.

Le commandant de Beauséjour, qui était alors M. de. Vassan, et l'abbé Le Loutre furent justement indignés de cet acte de trahison aggravé d'une ingratitude. M, de Vassan fit venir les chefs de la conspiration, les réprimanda avec d'autant plus de force et de raison qu'il leur mit sous les yeux les sacrifices que faisait la France pour les soustraire au joug dont ils s'étaient

1 — Mémoires sur le Canada.

2 — Nova Scotia Archives, p. 205. Mémoires sur le Canada.

plaints eux-mêmes, et punit les plus coupables. L'abbé Le Loutre avait un motif de plus de les reprendre, en sa qualité de pasteur, de gardien de leur foi et de leurs mceurs. Il monta en chaire le dimanche suivant, et leur reprocha avec véhémence leur trahison et les scandales dont les relations avec le fort Lawrence étaient la cause trop évidente. Il menaça du refus des sacrements ceux qui renouvelleraient ces occasions de scandale et ces révoltes contre le pouvoir qu'ils avaient accepté et dont ils recevaient les bienfaits. Il n'eut pas de peine à démontrer que les belles promesses dont on essayait de les berner, iraient rejoindre toutes celles qui leur avaient été faites depuis l'occupation anglaise.

Il n'était pas nécessaire d'être aussi clairvoyant que l'abbé Le Loutre pour prévoir ce qui attendait les Acadiens, dès que la France ne serait plus là pour les protéger. En moins de deux ans, ces prédictions allaient s'accomplir. L'évêque de Québec, qui était loin du théâtre des événements, et que l'abbé Le Loutre avait informé de la ligne de conduite qu'il avait prise, crut d'abord que son grand- vicaire s'était trop avancé, et lui en fit le reproche dans une de ses lettres ^ ; mais plus tard, mieux informé des faits, et surtout instruit par la terrible catastrophe de 1755, il modifia son sentiment.

1 — Nova Scofia Archives, p. 240.

Le passage suivant d'un Mémoire adressé en 1757 au ministre de la marine, M. Peirenne de Moras, par l'abbé de L'Isle-Dieu, ne laisse aucun doute à cet égard. L'abbé de L'Isle-Dieu y parle de lui-même à la troisième personne :

" M. Le Loutre, dit-il, (est) actuellement retenu par les Anglais à l'Isle et au château de Jersey sous la garde d'un sergent et de deux soldats. M. l'évêque de Québec marque à l'abbé de L'Isle-Dieu toute la joie qu'il a ressentie en apprenant que ce respectable missionnaire vivait encore. Il en fait un grand éloge, le dit irréprochable à tous égards, soit dans les fonctions de son ministère ou dans la part qu'il a eue dans le gouvernement du temporel de la colonie. Il finit par dire qu'il désirerait beaucoup de le revoir dans son diocèse, ce qui devrait engager la cour à lui procurer son échange et sa liberté à quelque prix que ce fiit ".

Il n'y a rien à ajouter à un pareil témoignage. L'évêque de Québec ne pouvait donner de plus grandes marques d'estime pour l'abbé Le Loutre et une plus haute approbation de toute sa conduite ^

1 — Si j'avais connu ce témoignage lorsque j'ai publié Un Pèlerinage av Pays d^ Evangéline,,je me serais abstenu de jeter aucun blâme sur l'abbé Le Loutre.

EECENSEMENT DE 1753

(Voir p. 289)

Anse à Pinette 84 habitants.

Grande-Sanction, ou Pointe-Prime.,.. 103 "

La Boutotière 66 "

La Grande-Anse 108 "

Le Marais 127 "

Ruisseau à Lafrance 66 "

Anse du comte de Saint-Pierre 27 "

PortLajoie 71 "

Anse du Nord-Ouest 31 "

Eivière-de-l'Ouest 98 "

Eivière-du-Nord 48 "

Rivière-du-Nord-Est 728 "

Havre Saint-Pierre 197 "

Dunes à l'est du dit Havre 73 "

Les Etangs 55 "

Pêcheurs épars 17 "

Havre-aux-Sauvages 87 "

Tracadie 78 "

Etangs des Barges 20 "

Malpec 259 "

Bédèque 101 "

Rivière-de-la-Traverse 45 "

Rivière-des-Blonds 60 "

Rivière-aux-Crapauds 10 "

Pointe-de-l'Est 33 "

Etangs du Cap 4 "

Rivière-à-la-Fortune 67 "

Total 2,663 "

Il y avait dans toute l'île 692 vaches et 152 chevaux 1.

1 — Rameau, La France aux Colonies, p. 150.

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