DÉDICACE
SOUS Duvivier, Marin et Eamezay ; mais vous savez très bien que chacun de ces événements se rattache intimement à l'histoire de cette île, puisque ses principaux habitants y ont joué un rôle important, parfois décisif.
Le titre d'Cne Seconde Acadie que j'ai donné à ce complément cVUii Pèlerinage s'imposait par le sujet lui-même. La colonie de l'île Saint-Jean a disparu dans le même abîme qui avait englouti celle de la Nouvelle- Ecosse. Issues l'une de l'autre, la mère et la fille ont eu le même sort. Le même épitaphe devait marquer leurs tombes.
Le peuple ac-adieu, dont je m'honore d'être l'ami sincère et dévoué, saisira le motif qui m'a emiagé à dédier ces pages au premier sénateur choisi dans se^ rangs, à un Acadieu qui lui fait honneur par son mérite encore plus que par sa position.
Québec, ce 15 .loùt, 1S93,
En la fcte de rAssompticin de la Très Sainte Vierpe.
Patronne des Acadiens.
De toutes les îles du i^olfe Saint-Laureut, il n'en est nufiuie (|ui, sous le ra[)[)ort de la fertilité du sol, de la douceur et de la salubrité du climat, soit aussi hieu partaiçée ({ue l'île Saint-Jeau (Priiice-Kdouard). Cependant, malgré ces avantages, La France ne songea à la coloniser (ju'après l'année 171-3 ; c'est qu'à cette date, elle était sous le coup du désastreux traité d'Utrecht, qui lui avait fait perdre l'île de Terreneuve et sa belle colonie de l'Acadie, cédées toutes deux à l'Angleterre. (Je fut ])our réparer autant (]ue possi))le (îette perte que la France comiuença à se fortifier dans Tîle du Cap-Breton, et à coloniser celle de Saint-Jean. De IT'iO à 1758, c'est-à-dire dans l'espace de trente-huit ans, il s'v établit un courant d'iinmi-
gration, composé presqu' entièrement d'Acadiens de la Nouvelle-Ecosse, qui atteignit le chifl're d'environ six mille âmes, ce qui formait une population double de celle de l'Acadie, lorsqu'elle passa sous le joug de la Grande- Bretagne. Les nouveaux établissements de l'île Saint-Jean étaient en voie de prospérer et de s'agrandir, lorsqu'ils furent soudainement anéantis à la suite de la conquête du Cap- Breton par l'Angleterre. Les conquérants de Louisbourg, conduits par lord RoUo, s'abattirent sur l'île Saint-Jean, la ravagèrent dans toute son étendue, détruisirent les moissons, brûlèrent les habitations, tuèrent ou enlevèrent les bestiaux, et jetèrent la population en masse dans des vaisseaux, dont ([uebpies-uns étaient si mauvais ([u'ils périrent en mer. Les autres furent conduits dans les ports de France.
La fin tragique de cette colonie française, qu'on peut appeler Une Seconde Acadie, donne à son histoire un intérêt qui fait souhaiter de la connaître dans tous ses détails. Malheureusement ces détails sont rares et incomplets ; de sorte qu'il est assez difficile de reconstituer la physionomie de ce petit peuple. Ce qui en
a été publié jusqu'à ce jour, se réduit à quelques indications plus ou moins vagues et incorrectes, qui ne méritent guère d'être mentionnées ^
Les principaux documents qui m'ont servi à reconstituer l'histoire de l'île Saint-Jean sous le régime français, sont :
1" La correspondance des gouverneurs du Canada et du Cap-Breton -.
2" Les recensements de l'île Saint-Jean faits en 1728, 17o5 et 17531
3" Les registres des baptêmes, mariages et sépultures de l'île Saint- Jean \
4" La correspondance de Tabbé de L'Isle- Dieu, vicaire-général de l'évêque de Québec, et son agent, à Paris, pour les missions du Canada et de la Louisiane ''.
1 — Il faut excepter, cependant, ce qu'en dit M. Rameau dans son livre, La France aux Colonies. Il y donne quelques renseignements exacts sur l'ile Saint-Jean.
2 — Archives du minisière de la Marine et des Colonies, à Paris.
3 — Idem.
4 — Idem. Voir à V Appendice, No I.
5 — Idem.
5" Les lettres de l'abbé Maillard, missionnaire des Micmacs, et de quelques autres missionnaires ^
()" Le voyage de l'ingénieur Franqiiet à l'île Saint- Jean, en 1751 -.
7" Le voyage de Picliou à l'île Saint-Jean, en 17-32 ^.
A l'aide de ces différentes pièces, et de quelques autres d'une moindre importance, j'ai essayé de faire sortir de l'oubli, et de mettre en lumière les principaux traits de ce groupe de proscrits acadiens qui étaient venus se faire une seconde patrie dans les déserts de l'île Saint-Jean, (|u'ils furent les premiers à ouvrir à la colonisation, et que d'autres cultivent aujourd'hui à leur place. /Sic vos, voit cohls.
1 — Archives du !^tmfiiaire de Québec.
"1 — Archives du ministère de la Marine et des Colonies. 3 — Extraits des Lettres et Méiuoires de Pic/ion pour sercir à l'histoire du Cap-Breton, in-12, à La Haye et à Londres, 1760.