LA DÉVOTE CHAPELLE DE XOTRE-DAME-DE-BÉTHARRAM
Quel est le pèlerin qui, allant de Pau à Lourdes, n'a pas remarqué, en approchant des Pyrénées, l'église et le Calvaire de Bétharram, dont les imposantes constructions se détachent en lignes blanches sur le flanc de la montagne ? Son aspect pittoresque m'est resté présent à l'esprit comme au jour où, pour la première fois, je l'ai aperçu, il y a de cela onze ans. J'étais loin de me douter, en admirant cet antique et vénérable sanctuaire, qu'un ancien missionnaire du Canada était venu à son retour' travailler à sa restauration et y avait laissé une empreinte ineffaçable.
Un pèlerin des Etats-Unis qui est venu depuis y faire séjour et l'a examiné attentivement, en a publié dans le Catholic World de New-York, une excellente description et un précis historique dont j'extrais ce qui suit. C'est ce même i^èlerin qui a appris du curé de Montant, l'abbé Sébie, et qui a raconté de curieux et intéressants détails sur la vie de l'abbé Cassiet.
La dévote chajjelle de Notre-Dame-de-Bétharram, située à trois ou quatre lieues de Lourdes, sur le chemin qui va du célèbre pèlerinage à Pau, a été depuis huit cents ans le sanctuaire le plus vénéré du Béarn, et d'après saint Vincent de Paul, " le second ou au moins le troisième le jîlus fréquenté du royaume ", Fondé par les croisés, doté par les rois et les familles nobles, favorisé de grâces surnaturelles, recherché avec amour par le i^auvre et l'aflfiigé, chanté par les poètes, célébré par de savants historiens, il offre tous les titres à l'intérêt des âmes pieuses.
Nous quittâmes Lourdres par une agréable matinée de ■septembre. Le chemin de fer circule à travers la vallée du Gave, laissant à gauche la sainte grotte de Massabielle et la gracieuse église de l'Immaculée-Conception. Nous longeâmes sur notre droite la f'oi'êt de Lourdes, et arrivâmes en quinze minutes au petit village de Saint-Pé, situé à un détour de la Tivière. La route continue à suivre le lit encaissé du Gave, la plus pittoresque et la plus romantique des rivières, avec ses eaux limpides et d'un vert d'émeraude. Dix minutes après, nous étions à la gare deMontaut-Bétharrain, d'où nous pouvions apercevoir, à quelque distance sur la gauche, la croix du Calvaire et les dômes des blancs oratoires de la Passion ■étincelant parmi la verdure des arbres. La dévote chapelle de Notre-Dame-de Bétharram qui s'élève au pied de la montagne, se dérobe à la vue de l'autre côté du Gave, à un demimille de la gare. Le pont d'une seule arche qui franchit la rivière, est tout revêtu de lierre dont les longues tiges traînent presque jusqu'à la surface du courant et tapissent les flancs escarpés de la rive. Rien de plus jjittoresque. Les arbres se penchent avec une grâce pensive au-dessus de la rivière et les fleurs s'épanouissent tout le long de la falaise. Le Gave qui se précipite avec im2:)étuosité à travers la vallée, menaçant d'inonder les champs, s'arrête brusquement en approchant de la chapelle de la Vierge, et glisse à ses pieds avec un murmure voilé qui semble un hommage à la Patronne du lieu. Après avoir traversé le pont, on passe devant une rangée de maisons à l'aspect monastique avec leurs murs épais et leurs fenêtres étroites, près desquelles s'élève l'église dont la façade regarde l'occident. Cette façade en marbre des Pyrénées, est ornée des statues des Evangélistes avec leurs emblèmes, deux de chaque côté de la Vierge qui foule à ses pieds le serpent.
Comme l'après-midi était peu avancée, nous trouvâmes l'église délicieusement silencieuse. Un très petit nombre de personnes j' étaient en prière. Après avoir rendu nos hommages à l'autel de la sainte Vierge, nous commençâmes à examiner l'édifice et à étudier son histoire. L'église est à trois nefs. Les murailles sont couvertes de peintures supportées par de gigantesques cariatides au milieu d'une profusion de dorures et d'ornements qui rappellent le genre espagnol. L'eifet général est inij^osant, et on respire dans tout cet intérieur enveloppé d'ombre, une atmosphère d'antiquité qui impressionne, quoique l'église ait été rebâtie, il y a seulement deux siècles. La Madone qui est une reproduction moderne par Renoir, élève de Pradier, est placée au-dessus de l'autel, au centre d'une gloire dont les riches ornements montent jusqu'aux arceaux. A l'extrémité de la nef de droite se trouve la chapelle du Pastoure, ainsi nommée à cause du basrelief qui représente la légende des bergers qui ont découvert la Vierge de Bétharram.
La dévotion à Notre-Dame-de-Bétharram, si populaire dans toutes les Pyrénées, semble avoir joris naissance au onzième siècle, à cet âge de foi simple où Dieu aimait à manifester les merveilles de sa grâce. Une des légendes attribue le nom de Bétharram à une miraculeuse protection accordée à une jeune fille de la contrée. Cette enfant était tombée dans le Grave pendant qu'elle cueillait des fleurs le long de ses bords. Se voyant entraînée par le courant, elle eut recours instinctivement à la sainte Vierge qui lui apparut, tenant en main une branche qu'elle lui tendit et avec laquelle elle l'entraîna au rivage. La jeune fille offrit en action de grâce à la sainte Vierge une magnifique branche, ou selon le langage du pays une beih arram d'or. Quelques temps après, de petits enfants qui s'amusaient au pied du coteau de Bétharram en gardant
leurs troupeaux, aperçurent une éclatante lumière sur les bords escarpés de la rivière, à l'endroit même où s'élève maintenant le grand autel de l'église. Comme le mystérieux buisson du mont Horeb, cette flamme brillait sans consumer les arbustes voisins. Après un moment de stupéfaction, les timides bergers s'approchèrent ; et quel fut leur étonnement d'apercevoir au milieu du brasier une belle statue de la Sainte- Vierge et de l'Enfant-Jésus. Ils tombèrent à genoux devant elle, et après y avoir prié un instant ils coururent au village de Lestelle raconter le merveilleux événement. Les habitants accoururent en foule avec le prêtre vêtu du surplis, et tous se prosternèrent en i^rière devant la sainte image.
Comme l'endroit était rocailleux et paraissait impropre à y construire une chaiielle, le peuple commença à élever une petite niche à l'extrémité du pont, où le i^rêtre transporta la statue, au milieu des joyeuses acclamations de l'assistance ; mais ce n'était pas le lieu où l'auguste Vierge voulait être honorée ; le lendemain, la niche était ville, et la miracu. leuse statue se trouva transportée à l'endroit où elle était d'abord apparue. Elle fut rapportée, mais revint de nouveau au même endroit. Le peuple de Lestelle résolut alors de la ti-ansférerdans l'église du village ; ce qu'il fit avec une grande pompe, et la fixa solidement, afin de s'assurer si elle était déplacée par une force humaine ou par l'intervention divine. Malgré' toutes les précautions, la statue fut de nouveau retrouvée à l'endroit de l'apparition. D'autres signes achevèrent de convaincre la population que c'était là que Marie voulait avoir un sanctuaire. Telle fut l'origine de la dévote chapelle de Notre-Dame-de-Bétharram. Détruite par les huguenots au seizième siècle, elle fut remplacée au commencement du siècle suivant par l'église actuelle.
o98 APPENDICE
La j'éputation de Bétharram s'accrut peu de temps après, par l'érection d'un chemin de croix monumental, qui fut échelonné de rochers en rochers sur le flanc de la montagne, et qui n'a cessé d'attirer depuis des foules de pèlerins dévots à la Passion de Notre-Seigneur. Chaque station est marquée par un oratoire d'une superbe architecture, où se trouve reproduite avec la plus saisissante vérité une des scènes de la voie douloureuse. La dernière station, érigée sur la cime la plus élevée, représente le Calvaire avec les trois croix et le Saint-Sépulcre. Rien de beau et d'émouvant comme de voir se dérouler sur la hauteur les longues processions d'honames et de femmes de tous les pays qui viennent se prosterner et prier d'une station à l'autre en faisant le chemin de la croix.
" Le chapelain le plus célèbre de Bétharram au dix-huitième siècle, ajoute en terminant le pèlerin du Catliolic World, fut l'abbé Cassiet " ; et il donne ensuite les détails que nous avons rapportés sur l'ancien missionnaire de l'île Saint-Jean..