‹ Une second AcadieChapitre 21 sur 32 · REGISTRES DE LA GRAND-PRÉE · texte numérisé non relu

REGISTRES DE LA GRAND-PRÉE

Avant de livrer à l'impression le récit du combat des Mines, j'ai voulu me procurer les actes d'inhumation faits à cette occasion dans les registres de Saint-Charles de la Grand- Prée. Le curé, M. De la Goudalie, n'avait pu manquer en eflFet d'inscrire les sépultures, au moins des catholiques morts dans ce combat et inhumés dans le cimetière. Il me paraissait même probable qu'il eût fait mention des protestants enterrés tout auprès. Mais oîi trouver les registres de laGrand-Prée?

J'avais entendu dire, il y a quelques années, que ces registres n'avaient pas été détruits, et qu'il était possible de les retrouver en Louisiane où ils auraient été transportés par des proscrits qui, après bien des vicissitudes, seraient allés s'établir sur les bords du Mississipi. Après bien des investigations, je parvins à savoir qu'ils étaient à Saint-Gabriel d'Iberville ; du moins c'est ce qui m'était affirmé positivement. J'écrivis pour m'en assurer au curé actuel de cette paroisse, l'abbé Kaymond. Je ne pouvais mieux m' adresser, car le curé de Saint-Gabriel est loin d'être étranger aux choses historiques : il a même été quelque temps secrétaire à Paris de l'abbé Paillon, pendant que l'éminent Sulpicien faisait des recherches pour son histoire de la vénérable sœur Bourgeois.

" J'ai ici, m'écrit M. l'abbé Raymond, trois registres anciens renfermant baptêmes, mariages, enterrements. Sur la couverture on lit :

" Paroisse Saint-Charles, aux Mines, dans l'Acadie. Province Québec.

" Les premières pages manquent. Il y a des lacunes. Voici ce que je trouve :

" 1er registre, 1707 à 1710. P. Bonnaventure, missionnaire.

« 2ème registre, 1717-1739. Le P. Jutinien Durand et le P. Félix, récollets ; M. De la Goudalie.

" 3ème registre, 1739-1748. M. De la Goudalie ".

Il est j^robable qu'au moment où le dernier curé de la Grand-Prée, M. Chauvreulx, fut enlevé par les Anglais (4 août, 1755), il confia les registres en même temps que les vases sacrés, aux soins de quelques-uns des paroissiens les plus recommandables, marguilliers ou autres, qui les emportèrent jusqu'en Louisiane, où ils les remirent au missionnaire de leur nouvelle paroisse.

Pour saisir l'importance de ces jjièces historiques, il est nécessaire de connaître l'histoire du bassin des Mines où il se forma trois paroisses distinctes, Pigiquit, la Grand-Prée et la Rivière-aux-Canards. Ce fut vers 1680 qu'un habitant de Port-Royal, Pierre Mélanson, vint se fixer à la Grand-Prée avec sa femme, Marguerite Mius d'Entremont et sejit enfants. Peu de mois aj^rès, un autre habitant de Port-Royal, Pierre Terriau, s'établit à quelques lieues plus loin. Grâce à la facilité d'endiguer et de cultiver les fertiles estuaires qui s'étendaient autovu- du bassin, la petite colonie s'augmenta rapidement, si bien qu'en 168G elle se composait déjà de 11 familles, formant 57 habitants, ayant 83 arpents de terre en culture et 111 têtes de bétail. Le premier registre du bassin des Mines se trouve à l'archevêché de Québec. Il se compose d'un cahier, format in-quarto, de huit feuillets, bien conservés, écrit de la main du P. Claude Moireau, religieux récollet du couvent de cet ordre établi à Québec. Le P. Mou-eau était chargé des missions françaises et sauvages dispersées des deux côtés de la baie Française (baie de Fundy). Au moyen des

actes insérés dans le registre qu'il emportait avec lui, on suit le missionnaire dans les différentes étapes qu'il parcourait. Le premier acte est daté du 6 juillet 1680, à Jemsek, sur la rivière Saint-Jean. Le 20 octobre suivant, le Père était à Beaubassin où il paraît avoir résidé jusqu'au printemps de

1681. Le 25 mai de cette année, il était de retour à Jeinsek, d'où il se rendit pour le 2 juin à Ménagouek, situé à l'embouchure de la rivière Saint-Jean, et de là à Beaubassin, le 18 juin. La première visite du P. Claude Moireau au bassin des Mines eut lieu le 25 juin 1684, où il inscrivit le même jour six baptêmes, entre autres celui de Marie Hébert, née le 23 avril,

1682, et celui de Magdeleine Mélanson, tille de Pieri-e Mélan. son dit la Verdure et de Damoiselle Marguerite Mius d'Entremont, née le 13 mai, 1684.

Le P. Claude Moireau revint aux Mines en 1686 où il fit six autres baptêmes le même jour (13 mai), entre autres celui de Louis, fils de Noël de la Boue et de Marie Eimbault, né le 12 d'avril, 1684.

Durant les années qui suivirent, la colonie du bassin des Mines fit de si rapides progrès, qu'en 1701 elle comptait 79 familles, formant 498 individus, possédant 485 arpents de terre en culture et 1,977 bestiaux. (Eameau, Une Colonie Féodale, vol I., p. 188).

Le premier des trois registres de la Grand-Prée conservés à Saint-Gabriel, constate la présence du P.Bonnaventure comme curé résidant de 1707 à 1710. La lacune de sept ans qui existe depuis cette dernière date jusqu'en 1717, nous empêche de connaître l'époque à laquelle ce religieux fut remplacé. Dans le second registre (de 1717 à 1739), apparaissent successivement les PP. Justinien Durand et Félix Pain, puis M. De la Goudalie, prêtre de Saint-Sulpice. Celui-ci remplit à lui seul le troisième registre de 1739 à 1748. Il signe De la Goudalie,

et non De la Gandalie comme le portent plusieurs pièces iiis toriques de son temps. Il est difficile de dire à quelle époque furent formés en paroisses distinctes les établissements de la Rivière-aux-Canards et de Pigiquit. En 1744, le grand-vicaire De Miniac résidait comme curé à la Rivière-aux- Canards et l'abbé Chauvreulx à Pigiquit. A l'automne de 1749, l'abbé De Miniac repasse en France avec l'abbé De la Goudalie, ruiné comme lui de santé. On était au commencement des grandes tribulations qui devaient amener la ruine finale. L'abbé De Miniac semblait en avoir le pressentiment lorsqu'au moment de s'embarquer à Louisbourg (8 septembre), il écrivait au supérieur du séminaire de Québec, l'abbé Jacrau : " Nos affaires de l'Acadie vont fort mal, et je quitte avec regret nos pauvres missions dans l'embarras ; elles méritent que vous y preniez intérêt ". L'abbé Chauvreulx resta jîendant quelque temps le seul missionnaire du bassin des Mines et s'établit à la Grand-Prée. l'abbé Lemaire se trouvait en 1755 à la Rivière-aux-Canards, d'où il fut enlevé par les Anglais en même temps que l'abbé Chauvreulx l'était de la Grand-Prée.

Des différents registres tenus dans les trois paroisses du bassin des Mines, il ne reste plus aujourd'hui que ceux de la Grand-Prée que nous venons de mentionner, c'est-à-dire un à l'ai'chevêché de Québec et trois à Saint-Gabriel, embrassant ensemble l'espace d'une quarantaine d'années sur soixantequinze qu'a existé cette paroisse (1680-1755).

Au reçu de la réponse de M. l'abbé Raymond mentionnée plus haut, je lui écinvis de nouveau pour lui demander de ni'indiquer un copiste qui pût transcrire intégralement les trois registres. En attendant, je le priais de vouloir bien m'envoyer copie des actes d'inhumation des victimes du

combat des Mines, afin de les insérer dans l'Appendice d'une Seconde Acadie, dont l'impression était déjà fort avancée. Malheureusement, cette l'éponse n'est pas encore arrivée au moment où je mets ceci sous presse.

N° III (Voir page 206)

FEUILLE DÉTACHÉE QUE j'aI TROUVÉE A PARIS

Etat de la chapelle et de la maison du port Lajoie dans l'île Saint-Jean, savoir :

La Chapelle

Ornements d'une chapelle venue de Eochefort par le Broviadaire, destinée pour l'Isle Saint-Jean, en l'an 1729, sçavoir*"

Une pierre d'autel qui s'est trouvée cassée.

Un calice avec sa patène d'argent pesant deux marcs et deux onces avec son étui.

Un ciboire d'argent pesant un marc et deux onces, et un soleil pesant deux marcs et deux onces, garni de ses cristaux et étui.

Trois boîtes d'argent jjour les Stes Huiles pesant six onces avec leur étui.

Deux burettes avec un plat d'étain.

Un aspersoir avec un bénitier de cuivre dessoudé.

Un crucifix et six chandeliers de cuivre pour l'autel pesant 24 livres et 7 onces, dont deux se sont trouvés cassés dans la

caisse, et une croix de cuivre pour les enterrements, pesant 3 livres et 14 onces.

Une petite clochette,

9 nappes d'autel qui avaient toutes servi et à plus de demi-usées.

6 corporaux.

12 purificatoires, 12 lavabos.

4 aubes vieilles et quatre amicts hors d'usage. Trois ceintures hors d'usage. Deux surplis vieux et déchirés.

Une chasuble de toutes couleurs de l'Eglise avec 1 étole et manipule, pale et voile.

Un devant d'autel très vieux et trop court.

Une lampe de cuivre avec son chapiteau, chaînes et un verre neuf.

Une chasuble de camelot gaufré, violette, garnie de son étole, manipule, voile et bourse, le tout doublé de bougran, avec un devant d'autel de même, avec un galon de soie violet et blanc de deux pouces de large et une petite frange de même soie.

Une chasuble gaufrée, noire, garnie de son étole, manipule, voile, bourse et pale, et un devant d'autel de même étoflfe, le tout doublé de bougran, avec un galon de soie noir et blanc de deux pouces de largeur et une petite frange autour.

Une chapije de camelot gaufré, blanche, doublée de bougran, garnie d'un galon de soie des deux côtés.

Des cartes pour le canon, l'Evangile de St-Jean et le lavabo.

Un vieux missel.

Une chappe de damas blanc, doublée de bougran, garnie d'un galon de soie jaune, vieux.

Une chappe gaufrée noire, doublée pareillement de bougran,

garnie d'un galon de soie noir et blanc avec une frange de même de deux pouces de large autour du chaperon.

Un fer à pain à chaud.

Un coupoir pour le petit pain.

Un drap mortuaire de neuf aulnes de camelot gaufré, noir avec une croix de camelot blanc au milieu, doublé de toile et garni de frange noire et blanche.

Un i^sautier et un antiphonaire vieux.

Un petit Rituel Romain.

Autres ornements venus depuis.

Un devant d'autel avec des garnitures d'indienne pour les gradins.

Une aube, amict et ceinture.

Un crucitix d'ivoire.

Un Rituel de Kebec.

Un pupitre pour le missel.

Une image de la Ste Vierge pour les processions.

Une rej^résentation pour les services des défunts.

Un pupitre pour le chœur.

Un encensoir avec la navette, vieux.

Une pelotte pour les épingles.

Un tapis pour couvrir l'autel.

La maison

Deux marmites de fer, dont l'une a sa couverture et l'autre est hors d'usage. Un gril et un réchaud. Une poêle à frire usée. Des pinces à feu cassées. Une pelle à feu, un petit trépied, un soufflet assez bon, deux seaux anglais jiour l'eau, une vaisselle garnie de neuf assiettes de fayence fêlées, de deux plats de terre, une assiette d'étain, deux salières de

fayence, trois cuillères d'étain et trois fourchettes de fer, une petite boîte de fer-blanc jjour le poivre et la muscade, un fauteuil de bois et quatre chaises, dont l'une est desmontée, des rideaux de fenêtre de toile fine, une nappe de table et six serviettes usées, un grand fanal neuf, une hache neuve, de plus un petit hachot, un bénitier pour la maison, vingt images qui ont coûté au Révd père Athanase 5 la pièce, que je laisse au même prix. Les quinze mystères en taille douce estimés au même prix, un chandelier à queue avec ses mouchettes mauvaises, une serrure mise sur le cabinet pour le père Angélique, et de plus trois gi-andes tasses dans la cuisine. Il y a encore de reste, des provisions ordinaires de l'année précédente, trente pots au moins de vin rouge dans une barrique, d'où on n'a tiré que cent cinquante-cinq bouteilles, environ dix pots d'eau-de-vie de France, dont il y a cinq dans un barril neuf, deux pots dans un autre petit barril, lesquels le dit père a fourni, deux flacons dans le cabinet de pinte (sic), et deux flacons et demi de cinq chopines chacun en dépôt chez .d'Escoutz ; un reste de bœuf salé et un reste pareillement de lard, du beurre pour quelque temps, environ 3 i^intes d'huile d'olive et quatre pots de vinaigre, environ douze pots demelace, une trentaine de chandelles, vingt j^ots d'huile de loup marin, une corde et demie de bois coupé à la grandeur de la cheminée, qui est dans le grenier, outre quelque peu qui se trouve à la porte et dans la cave, de jjlus trois cordes de bois de six à sept pieds faites par Dubois, soldat, à trois poses dans le bois. Onze pains de six livres que doit La Douceur, boulanger, du 3e et dernier quart de farine de provision que je lui ay délivrée en présence de M. de Buisson, lequel montait à 36 pains de six livres. La taille cochée en fera foy, laquelle est au coin du lit dans le cabinet sur le dossier, un peu au-dessus du bénitier. Il y a quatre-

flacons pinte et deux bouteilles, dont l'une tient seulement chopine. Une pelle de bois pour la neige. Il y a dans la cuisine une armoire sans serrure, dans le cabinet un lit, une champleure toute neuve, un quart de bierre, des tablettes pour les livres, un marteau de fer à manche de bois, environ un boisseau de sel, un plat d'étain.

Tel est l'état qui nous a été donné par le Vble père Angélique. En foy de quoi je signe à Louisbourg, ce 27 aoust, 1737.

Fr. Zacharie Caradet, Eécollet, Définisseur Commissaire

{Provincial).

Le Père Commissaire prie le Père Gabriel de luy rendre les livres suivants. Le Catéchisme de Montpellier, le second tome des Sujets Particuliers du Père Loudri, le troisième tome des Eloges Historiques.

N° IV (Voir page 210)

L'intendant Bigot ajoutait à la mêiue date : " L'île Saint- Jean coûte beaucoup au roi depuis l'année dernière, on y a envoyé des vivres et des effets en quantité. J'ai ordonné de les faire payer aux habitants qui seraient à leur aise.

'' J'y enverrai encore dès le^ietit j^rintemps 8 à 900 minots de blé pour semence avec des farines pour leur subsistance durant l'été, comptant que leur récolte leur suffira pour l'hiver suivant.

" J'aurai l'honneur de vous adresser par les premiers navires l'état de ces envois, et je ferai tirer des lettres de change pour en rembourser la colonie ".

L'année suivante, M. de la Jonquière, gouverneur du Canada, et l'intendant Bigot écrivaient conjointement au ministre (5 octobre, 1750) : " M. Bigot qui connaît le terrain de cette ile compte qu'elle sera un jour bien utile à l'Isle Koyale, la terre y étant bonne. Il ne s'agit que d'y attirer des habitants et de les aider: nous y contribuerons en tout ce qui dépendra de nous, et nous ne perdrons i^as de vue cet objet qui est de grande conséquence ".

A la fin du même mois, l'intendant ajoutait :

" M. de Bonnaventure commandant à l'île Saint-Jean, m'a mandé le printemps par le retour du bâtiment qui lui avait apporté l'année dernière dans l'arrière-saison 300 quarts de farine et du blé pour semence qu'ils mouraient de faim, et de leur dépêcher aussitôt sa lettre reçue des vivres, ce que je fis sur-le-champ ; et ayant été ensuite averti par lui qu'il s'y réfugiait quantité de familles acadiennes auxquelles on ne s'attendait point, et qu'il leur fallait des vivres considérables, j'ai expédié des bâtiments qui leur en ont porté avec des étoffes pour habillement, tant j^our les^sauvages que pour les Acadiens qui se réfugiaient tout nuds, à ce que ce commandant me mandait et qui gèleraient en hiver si je n'y pourvoyais. J'aurai l'honneur de vous adresser par les derniers navires un état apprécié de ces envois qui doivent passer sur les fonds de l'île Royale, mais je ne crois pas pouvoir vous en envoyer les décharges ; vous ne [recevrez cette année que celles des dépenses faites pour cette île et celle de l'île Royale en 1749.

"Je n'ai fait aucun de ces envois que je n'aye ordonné au garde-magasin du port Lajoie d'en enregistrer exactement la

livraison, pour être en état d'en retii'er le paiement des habitants de l'île aussitôt qu'il serait possible. Je l'ai néanmoins prévenu que les Acadiens devaient recevoir la ration gratis au moins deux ans ; ne s'étant retirés que sous ces conditions, ils ne pourraient pas subsister autrement".

(Voir page 289)

De Paris où il était au courant du surcroît de ijopulation qui arrivait à l'île Saint-Jean, l'abbé deL'Isle-Dieu ne négligeait rien pour y faire parvenir de nouveaux secours religieux.

" Il n'est pas possible, écrivait-il, que trois prêtres puissent suffire à près de trois mille habitants qui sont actuellement à l'île Saint-Jean et dans ses dépendances... D'ailleurs, la cour ayant fait cette année des dépenses pour quatre missionnaires, il serait triste qu'il n'y en eût que trois, et d'autant plus fâcheux qu'il est absolument nécessaire qu'il y en ait un nombre suffisant, non-seulement pour donner à ces habitants les secours spirituels, mais pour les porter et les encourager à se bâtir et à cultiver les terres qui leur sont concédées, du moins d'abord par de simples permis pour subsister 2^ar euxmêmes et cesser d'être à charge à la cour, comme ils le sont depuis trois ans faute de missionnaires qui les fixent et les forment en villages et en paroisses, opération également nécessaire au bien de l'Etat et à celui de la religion, et sans laquelle il est inutile pour la France d'avoir des colonies et des habitants, si on ne les applique pas à cultiver la terre et

former de nouveaux établissements pour attirer peu à peu ceux qui restent encore sous la domination des Anglais. Voilà, Monsieur, ce qui me fait désirer de les conserver et surtout de les employer utilement pour fournir par euxmêmes <à leur propre subsistance, et pourvoir par là à la décharge de l'Etat ".

" Je fais partir la semaine prochaine, par les rouliers, ajoutait l'abbé de L'IsleDieu, les chapelles (portatives) accordées aux missionnaires de l'île Saint-Jean ".

Le vicaire-généi'al entre ensuite en de minutieux détails qui peuvent paraître superflus dans un Mémoire adressé au ministre, mais qui révèlent avec quelle touchante sollicitude il s'acquittait de la tâche qui lui avait été confiée. Par la même occasion, il envoie " des livres destinés à l'évêque de Québec, d'autres pour la mission de M. Le Loutre, et le surplus jjour les sœurs des écoles de la congrégation Notre-Dame qui desservent les écoles de l'île Royale ".

Les Acadiens ont gardé, à juste titre, une profonde reconnaissance pour les excellents missionnaires qui leur ont été envoyés ; mais il doivent une gratitude toute particulière au vénérable abbé de L'Isle-Dieu qui a choisi les meilleurs d'entre eux, qui les a servis avec un dévouement sans borne, et qui de loin leur a été plus utile que s'il se fût dépensé au. miliea d'eux.

W VI (Voir page 301)

Grâce à un nombre suffisant de prêtres, les cinq paroisses de l'ile étaient alors organisées régulièrement, quoique leurs habitants ne fussent pas encore en moyen de soutenir leurs, curés, à cause de la foule des familles acadiennes, réfugiées dejiuis peu, qui ne faisaient que de commencer à s'établir sur les terres que le gouvernement leur avait concédées.

" Le nombre des missionnaires de l'île Saint-Jean, écrivait l'abbé de L'Isle-Dieu l'année précédente (1er avi'il, 1754), est complet et suffisant présentement pour celui des familles qui s'y trouvent actuellement établies : il ne serait seulement question que de faire mettre les quatre missionnaires qui y sont sur l'état de Louisbourg et sur le pied de missionnaires des sauvages, au lieu qull n'en a été mis que deux, ce qui fait que les quatre n'ont eu chacun que deux cent cinquante livres au lieu de cinq cents livres, ce qui les a mis dans une furieuse détresse, leurs habitants ne leur fournissent rien, étant eux-mêmes à la ration du roi, et leur récolte de 1753 ayant été conservée pour les dernières semailles, afin d'ensemencer une plus grande quantité de terrain, à proportion des défrichements qui se font et auxquels les missionnaires ont soin d'exciter les habitants autant qu'il est en eux".

N° VII (Voir page 303)

LETTRE DE l'aBRÉ GIRARD A M. PRÉfOST, COMMISSAIRE-ORDONNA- TEUR DE LOUISBOURR

Monsieur,

J'ai reçu l'honneur de la vôtre avec un contentement indicible, voyant surtout combien vous êtes porté en toutes manières pour soulager nos pauvres réfugiés : aussi êtes-vous leur père, ou du moins vous en faites les fonctions avec une tendresse des plus marquées. Vous ne négligez rien de tout ce qui les regarde pour la vie, ce qui fait paraître dans tout son jour votre tendresse paternelle et votre zèle ordinaire pour le bien de l'Etat et par-dessus tout pour le bien de la religion. Tous les habitants vous en remercient bien des fois, et moi plus que personne. La récolte n'a pas répondu à l'espérance que nous en avions d'abord conçue, et le blé a été jjrématuré ; il se trouve du noir parmi le bon grain, ce qui causera une perte considérable qui peut aller au quart ou au tiers. Quelques-uns assurent la moitié, et malgré tout, ou recueillera 6, 7, ou 8 pour un, plus ou moins, et on ne 2ieut rien dire de bien assuré, et il y a du plus ou du moins, même dans un même village et dans la même terre.

Nos réfugiés en général ne perdent pas courage, et espèrent, en travaillant, pouvoir vivre ; mais la nudité qui est pi'esque générale et au suprême degré, les afflige infiniment, et je puis vous assurer que plusieurs, cet hiver, seront hors d'état de travailler. Ils manquent d'outils ; ils ne peuvent se mettre à couvert de la rigueur du froid, le jour et la nuit. La plus

grande ijartie des enfants sont si nuds qu'ils ne peuvent se cacher ; et quand j'entre dans les maisons, ils sont tous dans les cendres contre le feu ; ils se cachent et prennent la fuite, sans souliers, sans bas, sans chemises, etc.

Tous ne sont pas réduits à cette extrémité ; mais presque tous sont dans le besoin. J'ai cru être obligé d'entrer dans ce 23etit détail, et de vous représenter charitablement la misère du pauvre, et d'exciter par là la compassion qui vous est si naturelle, et votre charité presque toujours ingénieuse à trouver des moyens efficaces : et je pense que vous ne les trouverez jjas mauvais ; car j'ai uniquement à cœur le bien de l'établissement, et de vous convaincre du respect et du zèle avec lesquels j'ai l'honneur d'être très parfaitement.

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteui',

Girard, Curé.

A la Pointe-Prime, le 24 S'ji-f.- 1753.

N° VIII (Voir page 320)

Le commissaire-ordonnateur Prévost, ajoutait à la même date (25 novembre, 1755) :

" Depuis la prise des forts de Beauséjour et de Gaspareau, nous sommes aussi surchargés des sauvages du continent, qui viennent sans cesse demander et nous représenter

leurs misères, nous avons bien fait ce que nous avons pu pour les faire repasser du côté de Miramichi et de Chédaïk (Shédiac), mais habitués ci-devant à trouver toutes sortes de secours à Beauséjour, ils sentent bien qu'ils n'ont que peu de ressources du côté des missionnaires, et ils ont beaucoup de peine à quitter cette île, ne paraissant pas même contents des présents ordinaires et extraordinaires ; car il faut user de ménagements pour cette nation que les Anglais cherchent à gagner à force de présents, et il sera indispensable de se les attacher par quelques augmentations de vivres et de hardes brillantes pour eux, alin de les détourner de fréquenter les Anglais, et de les contenir dans la fidélité au roi ; cos dépenses cependant ne pourront rouler tout au plus que sur trois ou quatre mille livres, et vous pouvez compter. Monseigneur, sur la plus grande économie de notre part dans leur distribution et pour ne livrer que celles qui seront indispensables dans les occasions où il sera question du bien du service ".

N° IX Voir page 321)

Le même Prévost ajoutait dans la même lettre au ministre (9 décembre, 1 755) :

" Les espérances d'un heureux succès dans la culture de ces terres, sont assez flatteuses pour soutenir l'émulation réveillée dejîuis deux ans chez les réfugiés par l'ouverture de quelques travaux, ne fut-ce qu'une batterie ou deux qui puissent détruire l'appréhension qu'ils ont des Anglais, et les

encourager à faire des défrichements et à consolider leurs établissements.

" Le second objet de conséquence pour eux est de prendre des précautions contre les mauvaises récoltes, et de prévenir les disettes de vivres qui peuvent s'en suivre. Elles seront inévitables en temps de guerre, lorsque la récolte manquera, jjarce que Louisbourg ne sera jamais en état de fournir la totalité des farines qu'il y faudra faire passer, sans trop dégarnir ses magasins et sans courir de risques pour l'ile Koyale même. Au surplus les ports de cette dernière île peuvent être bloqués ; et plus il y aura d'habitants à l'île Saint-Jean, plus les difficultés augmenteront pour pourvoira des secours généraux. Il est donc essentiel surtout jusqu'à ce que le roi ne fournisse plus la ration à personne, de former dans chaque paroisse un petit magasin de conservation de grains, qui assurera quant à présent la subsistance, et par la suite le renouvellement des semences, sur lesquelles on pourra jjrendre aussi le remplacement de cette réserve de trois ans en trois ans ".

N° X (Voir page 328)

Le 7 août, 1756, le marquis de Vaudreuil écrivait à M. de Machault, alors ministre de la marine.

" Quoique je sois persuadé que M. le chevalier de Drucour vous rend le compte le plus exact de tout ce qui concerne la partie de l'île Saint-Jean, néanmoins, comme je m'en occupe

sérieusement, je dois avoir l'honneur de vous informer de ce que M. de Villejoin m'écrit sur les ordres que je lui ai donnés.

" Je lui avais recommandé de porter les Acadiens et les sauvages à rechercher l'occasion de frapper l'Anglais ; je savais qu'elles étaient rares de ce côté-là, mais ma prévoyance n'a pas été absolument infructueuse.

'• 11 envoya sept sauvages aux environs de Pigiquit qui levèrent deux chevelures et lui menèrent un prisonnier.

" Il fit aussi frapper les Acadiens qui ont hiverné à. Cobequid, ils lui ont envoyé trois déserteurs ; ils étaient sept, lorsqu'ils les aperçurent : ils en tuèrent un et les trois autres furent repris par les Anglais.

" La misère est grande dans l'île Saint-Jean. La plupart des habitants sont sans pain, M. de Villejoin ayant nourri depuis l'automne douze cent cinquante-sept personnes l'éfugiées. Il en a reçu ce printemps deux cent trente de Cocagne ; mais il a été obligé de faire passer quelques familles à Québec par ordre de M. de Drucour ; et suivant mes intentions, il s'est débarrassé des habitants les moins laborieux.

" Il a envoyé à Tagamigouche quatre bateaux ou goélettes pour chercher des habitants et des bestiaux. Il a du monde en campagne sur les terres de l'Acadie qui travaillent aussi à en ramasser. Il espère tirer encore des bons habitants du côté de Cobequid, des Mines et de Pigiquit qui sont aises en bestiaux et en argent, lesquels joints à ceux qu'il a, seront suffisants pour former de bons établissements sur l'île Saint- Jean.

" Un bâtiment que M. de Villejoin avait envoyé à Cocagne, a mené à l'île Saint-Jean quatre-vingt-sept Acadiens, dont seize sont au nombre des cinquante (exilés) qui sont revenus de la Caroline ".

N° XI (Voir page 358)

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