PNA A LP AP A ARE
toral auprès des populations acadiennes du continent, Il se fixa d’abord à Sainte-Anne de Beaubassin, où il construisit une église, et fit d'importantes réformes en cette paroisse longtemps privée de prêtres.
De là, il alla prendre charge de la cure de Port-Royal, où l’attendaient de violentes persécutions que lui suscita le gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, Lawrence Armstrong.
J'ai fait ailleurs le portrait de cet officier, caractère bizarre et fantasque, tour à tour bénévole ettyran, ayant parfois des hallucinations, et qui finit par mettre un terme à son étrange existence en se percant de son épée 1. J'ai raconté comment il fit insulter l’abbé as Breslay, en pleine église, pendant que ce missionnaire y remplissait les fonctions sacrées ; comment il fit fouetter des habitants pour les forcer à déposer contre lui ; comment il fit enfoncer ses portes, piller son presbytère, vendre ses bestiaux, en en gardant le produit pour lui-même ; cominent il alla jusqu’à inenacer ses jours, et l'obliger à aller se cacher au fond des buis durant pus de quatorze mois, Je pourrais ajouter avec un Mémoire du temps, que le même Armstrong, revenant d'Angleterre, et ayant rencontré dans le détroit de
Canseau, l'abbé de Breslay, “ qui, avec l'agrément de
1— Un Pèlerinage au Pays d'Evangéline, page 94.
M. Philipps, encore gouverneur général de Acadie, et, à la demande de M. de Mésy, intendant de l’île Royale, allait à Louisbourg, s’est emparé de force du navire que ce missionnaire avait frété chèrement et à ses frais pour son voyage |”.
L'abbé de Breslay, dont la santé avait été ébranlée par toutes ces persécutions venues à la suite de longues années d’apostolat, dut repasser en France, où il alla mourir au milieu de ses confrères de Saint-Sulpice ?,
Le P. Dulonjon ne résida guère qu’une année dans l'ile Saint-Jean, et n'est connu que de nom; mais son successeur (1725-1729), le P. Félix Pain a laissé un souvenir cher aux Acadiens. A l’époque où il fut curé
des Mines, il se montra le défenseur aussi courageux
que dévoué de leurs droits, malgré ia persécution qu’il
1 — Archives de la Marine et des Colonies. Elat présent des missions de l' Acadie.
2— Une partie des faits contenus dans les notices de MM. de Breslay et de Métivier est extraite d'un manuscrit extrêmement précieux, que je dois à l'obligeance de M. l'abbé Pierre Rousseau, prêtre de Saint-Sulpice de Montréal. Ce manuscrit, qui n’a pas moins de trois cent six pages in-folio très compactes, est une histoire à peu près complète des Missionnaires Sulpiciens en Acadie, écrite d'après les archives de cette Congrégation, conservées à Paris et à Montréal. Je dois une gratitude toute particulière à M. l’abbé Rousseau qui, malgré ses nombreuses occupations, s'est imposé la tâche de rassembler cette masse de matériaux, de les coordonner, de les rédiger et de les transcrire, pour me les communiquer.
An, LEO AUN
A NE RNA wa) ER RAA ; J
Tes ee D CU ENT
eut à souffrir de la part des autorités anglaises, A l’île Saint-Jean, il remplissait à la fois L:8 fo:.ctions de curémissionnaire, de supérieur des missions de l’Acadie et de vicaire-général de l’évêque de Québee 1,
A l'exemple de l'abbé de Breslay qui, accoutumé aux missions sauvages, avait consacré une partie de son temps aux Miemacs de Saint-Jean, les Récollets continuerent à les évangéliser.
À quelle époque ces tribus avaient-elles été converties à la foi ? Il est assez difficile de le dire, On 4 lieu de croire cependant qu’elles le furent en même temps que celles du littoral voisin, c’est-à-dire au dix-septième siècle.
Les Récollets furent à peu près les seuls missionnaires de l’île, jusqu'en 1752, où des prêtres séculiers furent
appelés à les remplacer,
Pendant une des absences que le P, Félix Pain eut à faire, et qui le retinrent assez longtemps à Louisbourg et en Acadie, il fut remplacé par le P. de Kergariou, qui s'intitule dans un acte, “ missionnaire de l'Acadie,
faisant les fonctions curiales à l'ile Saint-Jean ”. Quelques
1 — Registres du port Lajoie, acte de baptême du 19 janvier,
ee md Rp GORE EE PCT PE ENS RUN ACER PAL RARES
' ra ru ps in qu dome 5
actes de ce missionnaire sont intéressants à lire, parce qu'ils font voir que la sollicitude pastorale des Récollets n'était pas moins ardente pour les pauvres sauvages que pour les Blancs, et qu’elle astreignait les desservants au genre de vie le plus pénible, en les tenant en des courses continuelles d’une habitation à l’autre, à une époque où, comme il a déjà été observé, il n’y avait d'autre moyen de communication que les rivières ou les bords de la mer, et où en hiver il fallait voyager dans les bois à pied ou en raquettes,
Ceci nous reporte à l'hiver de 1726. Durant cette rigoureuse saison, les parages du golfe Saint-Laurent, dont l’aspect est naturellement austère, prennent un air d’âpreté et de sombre grandeur qui ne se voient que dans les régions boréales, D’immenses champs de glace, sur lesquels grouillent des troupeaux de phoques et de loups marins, sont poussés par les vents d’une rive à l’autre de cette mer intérieure, A des journées de brume épaisse, durant lesquelles on à peine à voir les objets noyés dans un vague crépuscule, succèdent des heures d’intense lumière dont la vue peut à peine soutenir l'éclat lorsqu'elle est réflétée sur la blancheur de la neige.
À l’époque reculée où nous sommes de cette histoire, si quelqu'un eût pu contempler l’île Saint-Jean à vol
d'oiseau, et qu'il l’eût vue par une journée d'hiver, il
aurait pu distinguer sur luniformité des forêts qui la
couvraient toute entière, quelques rares plateaux dénudés et tout lancs de neige’ ‘étaient les éclaircies formées par les défrichements des colons, Ça et là dans ces clairières, surgissaient de petits groupes de maisons dont les cheminées laissaient échapper de légers nuages de fumée, Aux abords de ces maisons, quelques épinettes ou sapins isolés ressemblaient à des chasseurs ex fourrures blanches, rentrant au logis. Depuis le plateau au bord duquel s'élevait le village du port Lajoie, jusqu’à celui du havre Saint-Pierre, s'étendait une longue lisière blanche qui marquait le cours de la rivière du Nord-Est, alors toute gelée. Elle était la seule voie de communication entre les deux établissements,
Par une journée de janvier de l’année 1726, deux voyageurs, montés sur des raquettes, s’avancaient sur cette route en se dirigeant vers le havre Saint-Pierre, L'un d'eux portait le froc des moines franciscains, Pour se préserver du froid, il avait rabattu sur sa tête le capuchon qui d'ordinaire pendait entre ses épaules. Le P. de Kergariou — c'était le nom de ce religieux récollet — était accompagné d’un habitant du pays, car, arrivé depuis peu dans l’île, il aurait pu facilement s’égarer en s’'aventurant seul sur les sentiers, à peine tracés sur la neige, qui reliaient les établissements,
C'était dans l'appareil que nous venons de décrire
que le P. de Kergariou, entreprenait au cœur de l'hiver
un voyage de près de cinquante lieues, afin de porter
UNE SECONDE AUCADIE 47
les consolations de la religion à quelques familles de colons et de sauvages, Il pouvait être surpris en route par des tempêtes de neige, des froids excessifs, ou des temps de poudrerie, durant lesquels il serait forcé de cheminer tout le long du jour le visage fouetté par la neige, Mais peu lui importait : il avançait toujours, en se rappelant pour soutenir son courage, la parole du divin lesteur qui lui avait appris, par son exemple, à exposer sa vie pour ses brebis.
L'apparition du missionnaire sous le toit des colons y faisait entrer un rayon de joie, Les jours qu'il y passait étaient regardés comme les plus heureux de l'année, “Ces habitants, écrivait plus tard l'ingénieur Franquet, après avoir passé par ces endroits, n'ont qu'un eri pour demander un prêtre qui réside au milieu d'eux ”.
J’ai sous les yeux le petit registre, composé seulement de quelques feuillets, format in-12, que le P. de Kergariou emporta avec lui, et dans lequel il inserivit les actes qu'il eut à faire, Le papier, jauni par le temps, est maculé par l’eau dont il fut imbibé probablement durant quelque averse que le Père eut à subir, ou par la neige fondue sur ses vêtements.
A l’aide de ce registre, on suit, pour ainsi dire, à la trace le missionnaire pendant sa dure pérégrination. Parti du port Lajoie après le 24 janvier, jour où il
écrivit un acte en ce lieu, il était arrivé au havre
Re au a 2 AM A PA AR LA RS SRRRN
ns np
Saint-Pierre, le + février, Le lendemain, il suppléait les cérémonies du baptême à Anne-Marie, fille de Francois Douville, née le 18 précédent, “ le baptême ayant été fait le jour d'auparavant par Jean-Baptiste Lebufile, garcon demeurant au havre Saint-Pierre, à cause que j'étais au port Lajoie le jour de sa naissance ”,
Deux mois se passèrent à catéchiser les enfants, prêcher, confesser, chanter des services pour les défunts, et visiter les malades, Le mois de mars étcit avancé et le carême tirait à sa fin, quand le P. de Kergariou reprit sa route pour atteindre Malpec, à une quinzaine de lieues vers l’ouest. Le seul chemin à suivre était les bords de la mer alors cachés sous une épaisse couche de glace et de neige.
Les bons Micmacs de cette bourgade l’attendaient ; car les missionnaires faisaient toujours un effort pour s'y rendre, malgré la rigueur de la saison, afin de procurer à ces familles l'avantage de remplir leurs devoirs pascals au temps voulu par l'Eglise.
L'accueil fait au P. de Kergariou, comme au reste à tous les missionnaires, ne fut pas moins cordial que chez les colons, quoique marqué d’une. plus grande 1:serve, et même d’une froideur apparente, selon la nature peu expansive des tribus indigènes.
Quel que fût cependant le bon vouloir de ces braves
familles, le séjour dans leur village, surtout pendant
l'hiver, était une des plus rudes épreuves de la vie de
mission, On n’y trouvait d'autre abri que les cabanes d'écorce, à toitures coniques, ouvertes à tous les vents, et d’une malpropreté inexprimable, Tout leur ameublement consistait en quelques branches de sapin qui servaient de sièges durant le jour, et de lits durant la nuit, Le feu alk.mé au centre de la cabane répandait une continuelle fumée qui devenait suffocante, quand une rafale de vent la poussait à l'intérieur, Hommes, femmes et enfants, étaient entassés, dans cet étroit et misérable réduit, Encore s’il n’y avait eu que la famille, mais les chiens y rôdaient continuellement, sortaient, eutraient, jappaient, se couchaient partout, aussi bien sur le monde que snr le sol,
C'était dans 44 pareils taudis que le missionnaire était condamne à vivre durant tout le temps de sa uission, Quelques actes de baptême d'enfants sauvages que le P, de Kergariou eut à inscrire dans son petit registre, ont gardé des indices de la pénible position dans laquelle se trouvait le bon Père en les couchant sur le papier. L'écriture de ces actes contraste avec celle des entrées précédentes : elle est tout irrégulière et à peine lisible, Le Père n'avait pas même d’encre à sa disposition, Le liquide pâle dont il se servait semble
n'avoir été que de l’eau mêlée avec un peu de suie !,
1— Actes du 22 mars, 1726. Baptême de Marie-Agnès, fille de Bernard, sauvage, et de Marie-Jeanne, sauvagesse, née le 27
2 PQ mo ne
20e apart a
Ce ne fut qu'aux premiers jours du printemps que le P. de Kergariou fut de retour au port Lajoie, où il trouva son supérieur, le P, Félix Pain, revenu luimême d’une autre mission, qui l’envoya continuer sur d'autres plages son obscur et méritoire apostolat,
L'année 1728, celle même où eut lieu le premier recensement de l’île Saint-Jean, fut remarquable par un surcroît d'immigration qui ne s'était pas vu jusque là : il m'arriva pas moins de vingt-cinq ncu‘»aux colons sur lesquels dix-huit amenaient avec eux leurs femmes et leurs enfants. Cette augmentation, jointe à l’accroissement naturel des familles, porta la population à la fin de cette année, au chiffre de 336 âmes, ainsi réparties en sept endroits différents : 14 familles au port Lajoie ; 18 au havre Saint-Pierre ; 8 à la Pointe-de-l'Est; 15 au havre aux Sauvages ; 4 à Tracadie; et 3 à Malpec.
Le recensement de 1728, reproduit ci-après, indique les noms des habitants de chaque endroit suivant, la date de leur arrivée. On peut suivre ainsi le mouvement de la colonisation primitive, année par année.
Durant l'intervalle qui venait de s’écouler depuis la
concession accordée au comte de Saint-Pierre, plusieurs
décembre précédent; de Marie, fille de François, sauvage, et d'Angélique, sa femme, née à la fin de mai de l’année 1725, et de Marie-Madeleine, fille de Jacques, sauvage, et de Marie-
Agnès, sauvagesse, née le 23 septembre de l'année 1725,
missionnaires s'étaient succédé dans l’île Saint-Jean !, Ici comme dans le reste de la Nouvelle-France, le rôle qu'ils jouaient était en général bien humble et bien obscur; mais il serait superflu de vouloir en démontrer l'importance, car non seulement elle est universellement admise ; mais il est arrivé souvent que l'influence dont ils jouissaient a fait ombrage, même aux autorités civiles, Ceci n’est nulle part aussi vrai que dans les régions du golfe Saint-Laurent,
On ne trouve aucune trave du moindre conflit entre les sauvages de l'île et les Blancs, durant toute la période du régime francais à Saint-Jean. Les contestations qui ne purent manquer de s'élever entre les deux races au sujet des droits de chasse et de pêche, furent toujours arrangées à l’amiable, grâce sans aucun doute, à l’intervention toute puissante des missionnaires.
L'extension de la colonisation au centre et à l’est de l'ile, où le défrichement des terres conctdées au colon firent disparaître peu à peu la chasse avec la forêt, finit par refouler les Micmacs à l'extrémité occidentale de
l'île. On trouve dans le Mimoire de Franquet les
1— De 1726 à 1729, il n'y eut à l'ile Saint-Jean aucun missionnaire remarquable, Quelquesuns n’y furent qu'en passant, d’autres pour fort peu de temps. (es missionnaires récollets étaient le P, Ignace Flamant, cui ne signa qu'un seul acte, les PP. Mathieu-François Lepaige, Guégot, Angé lique Collin et Gabriel Lemoign.
DEEE
traces d’une convention verbale, qui avait surgi de la force même des choses. En énumérant les lieux habités ou propres à l'être, Franquet dit que Bédèque est le “havre où sont rassemblés les sauvages sous promesse que les habitants ne les avoisineront pas et qu'eux ne s’éteudront pas plus loin ?,
En voyant cet accord mutuel entre les deux races et cette constante amitié qui les unissait, on ne peut se défendre d’une comparaison entre les procédés des Francais à l'égard des sauvages, et ceux de leurs voisins de la Nouvelle-Angleterre, À peine cite-t-on quelques ministres protestants qui aient montré du zèle pour leur évangélisation, et la masse du peuple anglo-américain eut toujours pour eux une invincible répulsion qui percait dans toute leur conduite, Aussi jamais n’eurent-ils
d’ennemis plus acharnés que les [Indiens 1,
1 L'hi ‘rien américain, M. Parkman, dans son ouvrage intitulé: À Half-Century of Conflict, vol. I, p. 215, a été obligé de faire le triste aveu qu’on va lire:
& The English borderers regarded the Indians less as men than as vicious and dangerous wild animals ”,
“ Les colons anglais des frontières regardaient les sauvages moins comme des hommes que comme de vicieux animaux farouches et dangereux ”.
Avec de pareils sentiments, on comprend les excès auxquels les Anglo-Américains pouvaient se livrer à l'égard des malheureux indigènes. Ne leur reconnaissant aucuns droits, ils les traquaient comme des fauves, les chassaient de leurs terres ; en un mot, ne reculaient devant aucune violence du woment qu'ils en avaient la force.
ei