‹ Une seconde Acadie [microforme]Chapitre 9 sur 81 · TT EP · texte numérisé non relu

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malgré lui l’émouion lui monter au cœur, en voyant l'air de recueillement et de prière qui se peignait sur ces visages de Peaux Rouges, naturellement si fiers, avec leurs yeux de lynx, plus noirs que le jais, avec leurs traits osseux, leurs lnngs cheveux noirs, ceux des femmes retombant sur leurs épaules, ceux des hommes relevés et attachés en panaches au sommet de leur tête, avec des plumes de diverses couleurs

Le paysage qui servait d'encadrement à cette scène en faisait ressortir l'originalité : d’un côté, la vaste mer, avec ses vagues à crêtes d’écume reluisante au soleil, et déferlant sur la grève avec des bruits sonores ; de l’autre, la forêt vierge étendant son dôme vert sur de mystérieuses profondeurs ; au-dessus, le grand ciel bleu, tacheté de nuages, où se balancaiïent les oiseau x de mer, jetant de fois à autre, leurs cris stridents, et au milieu de cette solisude, un petit village de cabanes coniques, Les seuls êtres humains qu'on apercut dans ce désert, étaient ie groupe d’indigènes agenouillés, en costumes bizarres, bariolés de toutes couleurs, les hommes vêtus,

les uns à moitié à l’européenne, les autres de peaux de

1 — ‘On prendrait ces Indiens pour des saints, dit l’abbé Le Loutre, dans une de ses lettres ; ce sont des anges à l’église par leur modestie, dociles à leur ‘ Patriarche ” soumis à ce qu'il dit’. Malheureusement alors comme aujourd’hui, le contact avec les Blancs rendait ce bien peu durable.

UNE SECONDE ACADIE 39 bêtes, les femmes enveloppées en général de couvertes de laine.

Le moment du départ arrivé, l'abbé de Breslay donnait

une dernière poignée de main aux chefs de la tribu, et

montait dans son canot d'écorce, suivi jusqu’au bord de la grève par lu foule du village qui l’accompagnait de | à ses signes d'adieu, jusqu’à ce qu’il eût disparu derrière 4 k poiute voisine. Il rentrait au port Lajoie, quelques 4 jours plus tard, le corps brise, les habits souvent en 1 lambeaux, mais le cœur comme celui de l'Apôtre, surb : abondant de joie au milieu de ses tribulations. % 4 : | IV .

À bu Ê Au mois d'août de 1723, un nouveau missionnaire 4 était installé au port Lajoie, sous le toit occupé naguère ‘ 4 par l’abbé de Breslay, et son confrère, l'abbé de Métivier, 4 lequel jusqu'alors avait partagé ses travaux. Ce nouveau | 1 missionnaire était un moine, à tête rasée, marchant : Ë É pieds nus avec des sandales, vêtu de la robe de bure, à É À teinte grisâtre, serrée autour des reins par une courroie ; 1 blanche, en un mot, portant le costume qui distingue les hi ; ‘4 religieux de saint Francois, Le frère Louis Barbet Ê pu Dulonjon — tel était le nom de ce religieux — était : LL débarqué depuis peu de jours au port Lajoie avec le 12 e :

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titre d’aumônier de la garnison, et chargé en même temps de la desserte de toute l’île.

Quelles étaient les circonstances qui avaient amené ce changement ? Il est facile de le présumer, quoiqu’on n'en ait pas de preuves authentiques,

La compagnie du comte de Saint-Pierre commençait à s’etfrayer des énormes dépenses qu’elle faisait, et qui lui paraissaient disproportionnées avec les profits qu’elle espérait réaliser, Parmi les économies qu’elle entrevoyait, étaient celles qui pouvaient être introduites dans le service religieux de la colonie. L'entretien de prêtres séculiers était évidemment plus onéreux que celui de moine mendiant, pouvant se contenter de la ration du soldat, Or, une branche de l’ordre des Franciscains, les Pères récollets de la province de Bretagne, venaient de fonder un couvent à Louisbourg. Le P, Barbet Dulonjon avait reçu ses lettres d’obédience du supérieur de ce couvent.

Quelque temps auparavant, un religieux de la même maison, le frère Michel Brûlai, qui desservait les petits groupes de population disséminée sur les deux rives de la baie des Chaleurs, et particulièrement du village micmac de Ristigouche, était débarqué au port Lajoie 1,

1— Registr: du port Lajoie, acte du 3 juillet, 1721 et du 28 juin, 1722.

11 y fut suivi de l’abbé Gaulin, lun des plus intrépides missionnaires de l’Acadie, où il représentait l’évêque de Québec, en qualité de vicaire-vénéral !,

La rencontre successive de ces missionnaires au port Lajoie, avec les deux prêtres sulpiciens desservant la petite colome naissante de Saint-Jean, avait une signification qui s'explique par les événements qui suivirent, Nul doute qu'on y ait conféré ensemble, et avec le gouverneur, des projets de la compagnie, et pourvu à une nouvelle organisation des missions dans les îles du golfe Saint-Laurent, Il n'avait pas fallu à l'abbé de Bresiay un long séjour dans l’île pour se convainere et | | prévenir M. Leschassier que la fondation d’un séminaire

y Ctait bien trop prématurée,

Quelques mois après, le récollet, Louis Barbet Dulonjon, avait remplacé les deux prêtres de Saint- Sulpice, L'abbé de Breslay quitta l’île Saint-Jean au printemps de 1723, et fut suivi, au mois de juillet suivant, de l'abbé de Méuvier, qui repartit pour la

France. | L'abbé de Breslay, cédant sans doute aux sollicitations

du grand-vicaire Gaulin, alla exercer le ministère pas-

1— ‘Le sieur Gaulin... est Canadien et du Séminaire des Missions Etrangères établi en Canada ; il est brave et a fait la guerre avec ses sauvages contre les Anglais ”. Archives de la Marine et des Colonies. Conseil de Marine, 28 mars, 1716.

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