‹ Une seconde Acadie [microforme]Chapitre 21 sur 81 · D AIT · texte numérisé non relu

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Toutes les provinces septentrionales et celles du centre furent invitées à y coopérer ; mais trois seulement répondirent à l'appel, le Connecticut, le Rhode-Island et le New-Hampshire, Les quatre provinces levèrent et armèrent ensemble quatre mille hommes, dont le Massachusetts à lui seul fournit les trois-quarts.

Shirley montra autant de tact que de jugement dans le choix du commandant qu'il placa à la tête de ses troupes.

William Pepperell était un riche marchand de Kittery, dans l'Etat du Maine. C’était un bon bourgeois intelligent et sensé, fort aimé dans la contrée, habile à manier les hommes, ayant rempli plusieurs fonctions publiques. Quoiqu'il eût le grade de colonel de milice, il n'entendait guère plus la discipline et la tactique militaires que la plupart de ses concitoyens,

Il n’y a pas lieu de s'étonner que les hommes d’expérience aient tourné en ridicule ce projet d'attaque qui avait un avocat pour inventeur, un marchand pour général, des paysans et des pêcheurs pour soldats, De fait, il avait l'air d’une plaisanterie, “ Certaines gens s’imaginent, écrivait le célèbre Franklin, qu'il est aussi

facile de prendre un fort qu’une prise de tabae 1 ”.

1— Sparks, Works of Franklin, chap. VII, p. 16.

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Mais la Fortune est aveugle, Il y avait dans cette entreprise tous les éléments d’un désastre, et elle eut tous les succès,

Pendant que cet orage s'amoncelait dans la Nouvelle- Angleterre, les désordres qui se passaient à Louisbourg en étaient les avant-coureurs. Duquesnel était mort au mois de novembre précédent, et avait été remplacé par Louis Dupont Duchambon, qui venait de quitter le Souvernement de l’île Saint-Jean. Cet officier, non sans mérite, puisqu'il avait obtenu depuis assez longtemps la croix de Saint-Louis, ne manquait ni d’intelligence, ni de bravoure ; mais il avait un caractère trop faible et trop indécis, pour être à la hauteur des événements, dont Louisbourg allait être le théâtre, et il avait le malheur d'avoir pour commissaire-ordonnateur l’homme le plus capable de compromettre une situation, le malhonnête Bigot, qui commençait l'apprentissage des dilapidations qu’il fit plus tard sur une si vaste échelle à l’intendance du Canada.

La garnison, composée en partie de Suisses, était depuis quelque temps dans un état de fermentation qui faisait craindre de plus graves désordres. Les soldats, déjà mécontents de la ration qui leur était distribuée, se plaignaient d’être contraints de travailler aux fortifiations sans recevoir de paye supplémentaire, Dans la journée du vingt-sept décembre, ils avaient éclaté en

révolte ouverte, Elle avait été apaisée ; mais, de ce

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jour, les ofliciers n’eurent plus de confiance dans leurs

soldats, La plupart restèrent convaineus qu'à la pro-

chaine rencontre, il se produirait quelque trahison, Ainsi l'ennemi était déjà dans la place avant l'apparition de la flotte anglo-américaine.

“ Les préparatifs (des Anglais), dit l’auteur de la lettre déjà citée, ne pouvaient être si secrets, qu'il n’en transpirât quelque chose, Nous en avions été informés dès les premiers instants, et assez à temps pour en pouvoir donner avis à la cour,

“Nous eûmes tout l'hiver à nous, c'était plus qu’il n'en fallait pour nous mettre en état de défense; mais la terreur s'était emparée des esprits, on tenait des conseils, dont le résultat n'avait rien que de bizarre et de puéril; cependant le temps s’écoulait, nous perdions de précieux moments en délibérations inutiles, et en résolutions presque aussitôt détruites que prises. Quelques ouvrages demandaient qu’on les parachevât : il en fallait renforcer quelques-uns, augmenter quelques autres, pourvoir à des postes, visiter tous ceux de l’île, voir où la descente était plus facile, faire le dénombrement des personnes en étai de porter les armes, assigner à chacun son poste ; enfin se donner tous les soins et les mouvements ordinaires en pareil cas ; rien de tout cela ne se faisait; de sorte que nous avons été surpris,

comme si l'ennemi fût venu fondre sur nous à l'impro-

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viste..…. La négligence et la déraison avaient conjuré la perte de notre malheureuse île,”

Le quatorze mars au matin, les sentinelles stationnées sur les remparts, aperçurent au lever d’une brume épaisse qui planait sur l'Océan, diux vaisseaux essayant de se frayer un passage à travers de vaites champs de glace que le vent poussait vers le port, Ils disparurent vers l’ouest avant qu'on eût pu découvrir s'ils étaient amis où ennemis, Depuis ce temps jusqu’à la fin d'avril, plusieurs autres voiles vinrent à différentes reprises renouveler la même manœuvre, rencontrant toujours les mêmes champs de glace, C'était une partie de l'avant-garde anglo-américaine envoyée en exploration,

La flotte elle-même qui s'était donné rendez-vous à Canseau, y était arrivée sans accident, Elle eut attendre pendant trois semaines que les abords de Louisbourg fussent libres, Ce retard fut utilement employé à l’exercice des troupes et an maniement des armes. Il était à craindre qu’une escadre francaise ne les précédât à Louisbourg, ou vint les attaquer à Canseau ; mais la Fortune, attachée à l'expédition, amena à point une partie de l’escadre du commodore Warren revenue des Antilles. Elle se composait de trois gros Vaisseaux, un

de soixante canons, les deux autres de quarante chacun

qui désormais garantissaient de toute éventualité,

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À Louisbourg, le chevalier Duchambon n'avait pas été tout à fait aussi inactif qu'on pourrait le conclure d'après la lettre d'un habitant citée plus haut, Il avait envoyé des éclaireurs jusqu'à Canseau, rappelé les garnisons de l'ile Saint-Jean et du port Toulouse situé au sud de l'ile Royale, armé et discipliné les citoyens de la ville, assigné pour postes à la population du voisinage lu batterie de l'ile de l’'Entrée et la Grande- Batterie qui défendaient toutes deux l'accès de la rade 1.

Mais un commandant vraiment énergique ne se serait pas contenté de cela, Il aurait expédié des dépêches pressantes à Versailles et À Québec, convoqué toute la population de son gouvernement en état de porter les armes, Par ce dernier moyen seulement, il aurait pu échelonner au moins mille à quinze cents hommes sur les points accessibles de la côte, et empêcher ainsi une descente.

A l'aurore du huit mai, les vigies signalèrent plusieurs voiles à l'horizon. Leur nombre s’accrut si rapidem-nt qu'il ne fut plus possible de douter de l'approche des

ennemis. Les cloches de la ville sonnèrent À toutes

l— Lettre du chevalier Duchambon au ministre, à Rochefort, le 2 septembre, 1745.

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volées et les canons des remparts appelèrent la population sous les armes,

Avant la fin du jour, le gros de la flotte avait jeté l'ancre dans la baie de Gabarus et le reste l'y rejoignit les jours suivants, Le onze mai, quatre-vingt-seize vaisseaux et transports étaient rangés en bataille depuis l’anse de la Cormorandière jusqu’au delà de la Pointe. Blanche 1,

Le premier soin de Duchambon aurait dû être de profiter des difficultés que présentait la côte presque partout escarpée, pour jeter de forts détachements sur les rares points accessibles et empêcher une descente, Il se contenta d'envoyer une centaine d’hoinmes moitié miliciens, moitié troupes régulières, sous le commandement du sieur Morpain, capitaine de port, et de M, de Mézillac,

La baie de Gabarus se couvrit d'embarcations chargée: de soldats qui essayérent d'aborder à la Pointe-Plate, Repoussées de ce côté, elles firent force de rame vers l’anse de la Cormorandière, La petite escouade francaise eut beau faire diligence, une centaine d'hommes, dont le nombre grossissait à chaque instant avaient pris terre et gra vi la falaise, où ils s'étaient établis solide-

ment derrière des rochers et d’épais fourrés, avant aw’elle ) Î

1— Lettre du chevalier Duchambon au ministre, — Lettre d'un habitant.

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