‹ Une seconde Acadie [microforme]Chapitre 30 sur 81 · LEE · texte numérisé non relu

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grands mouvements de troupe, sans qu'on pôt distinguer quels étaient les amis et les ennemis. La distance, empêchant de communiquer avec les autres détachements, on ne pouvait savoir si on était vainqueur ou vaincu. Les guides manquaient, et la plupart des hommes avaient perdu leurs raquettes dans le tumulte des divers engagements. Malgré cela, on résolut d'aller attaquer un corps de logis où se trouvaient beaucoup de munitions et tout le bois de construction des deux fortins, Ce bâtiment était situé vers l'embouchure de la rivière Gaspareau, où avaient été mis en hiv ernement les deux navires arrivés l'automne précédent, I] fallait pour s’y rendre passer près des maisons où se battaient MM. de la Colombière et de Boishébert, qu'on jugeait en danger par les continuelles détonations qui se faisaient entendre de ce côté. Pendant qu'on s’y rendait péniblement à travers d’épais bancs de neige, on eut l'agréable satisfaction de rejoindre ces deux détachements qui revenaient victorieux, Le corps de logis fut emporté et dix Anglais, presque tous officiers, faits pri. sonuiers, C'était une prise importante, et dans la prévision d'y être attaqué, le major de Beaujeu s'y fortifia et

S'apprêta à y mettre le feu dans le cas oï il cerait foret

Le grand jour était venu ; mais, quoiqu’on n’eût plus à marcher dans les ténèbres, on ne pouvait voir de loin, car la neige continuait à tomber, La fusillade s'était concentrée vers le milieu du village. M. Marin fut dépêché auprès du chevalier de La Corne à qui était échu le commandement de tout le détachement depuis la blessure de M. de Villiers, pour obtenir des renseignements et demander des ordres, Marin revint deux heures après avec la nouvelle des brillants succès obtenus dans la nuit, MM. de Repentigny, de Langy, de Gaspé et de Bailleul avaient chacun emporté leur poste. M. de Repentigny à lui seul avait attaqué trois maisons et pris deux. Ce brave officier était le même qui plus tard sous les ordres de Montcalm devait montrer tant d'intelligence et d’intrépidité. M. de La Corne tenait les Anglais bloqués dans la maison de pierre où s'étaient réfugiés tous ceux d’entre eux qui avaient pu s'échapper. Il s'était établi solidement dans le poste où il avait tué le colonel Noble et qui n’était qu'à une petite portée de mousquet de celui des Anglais, Les deux partis se fusillèrent assez longtemps sans beaucoup d'effets. A la fin le capitaine Goldthwait qui avait remplacé le colonel Noble dans le commandement, tenta une sortie à la tête de deux cents hommes, mais

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il fut repoussé avec grande perte, Le chevalier eut deux des siens blessés à côté de lui, L'un d'eux mourut deux jours après de ses blessures. L'arrivée de quelques détachements délivra M. de La Corne de Ja position critique où il se trouvait, Celui de M. de Beaujeu eut à passer sous le feu des Anglais, ce qu’il put faire toute. fois sans subir de perte,

La fusillade continua de part et d'autre jusque vers trois heures de l'après-midi qu'une suspension d'armes fat demandée par le capitaine Howe qui gisait dangereusement blessé au bras gauche dans le poste de M, de La Corne, où il avait été fait prisonnier, C'était, au dire de Beaujeu, un homme d'un caractère ferme : mais affaibli par sa blessure, il Supplia M. de La Corne de ne pas le laisser mourir au bout de son sang et de lui permettre de faire venir un chirurgien anglais: car il n'y en avait point d'autre dans le voisinage, celui des Français étant resté à Gaspareau, où il était occupé au soin de M. Coulon et de ses autres blessés. Après avoir consulté ses officiers, le chevalier consentit à la prière du blessé, et chargea de ce message M, Marin qui sortit à la porte en agitant un drapeau blanc, I] fut rencontré à mi-chemin par deux officiers qui lui bandèrent les yeux et le conduisirent à leur commandant à qui il remit un

billet de M. Howe, Le capitaine Goldthwait n’en eut pas

nlutôt pris conuaissunce, qu'il envoya le premier de ses chirurgiens faire le pansement, et garda Marin en otage,

Goldthwait profita-t.il de cette occasion pour s'informer du capitaine Howe qui, en qualité de commissaire cénéral, occupait une position importante dans le détache ment anglais, quel était son sentiment sur la situation ? Toujours est-il qu'au retour du chirurgien, il envoya son second officier, le capitaine Prebble, au poste français pour demander de prolonger l'armistice jusqu’au lendemain, à neuf heures du matin, M. de La Corne parut faire des difficultés, quoique au fond il en fut très content; car après une pareille nuit succédant à dixsept jours de marche des plus pénibles, tout son monde était sur les dents, 11 écrivit à M. de Villiers pour connaître son avis, Celui-ci lui fit réponse qu'ayant perdu beaucoup de sang, il était trop faible pour s'occuper du commandement, que M. de La Corne avait de bons officiers, qu'il se fiait à eux, qu'ensemble ils ne feraient rien qui ne fût honorable aux armes de France 1. L’armistice fut accordé,

Au lever du jour, on s'aperçut que les Anglais rassemblaient les bestiaux des habitants voisins pour s’en

faire des provisions. M. de La Corne envoya le cheva-

1 — La Relation de M. de La Corne différe ici du Journal de M. de Beaujeu. M. de La Corne dit que ce fut le lendemain matin seulement qu'il écrivit à M. de Villiers pour le consulter sur la capitulation qu'il devait accorder, et que ce fut M. de Montigny qui lui aj-perta sa réponse de vive voix.

lier Le Mercier leur signifier qu'ils enfreignaient par là

les conditions stipulées, et que s'ils ne relâchaient ces animaux, il regarderait l'armistice comme rompu, “ et qu'il ferait main basse sur eux 1°, Cette menace détermina le commandant à offrir des termes de capitulation, Une résolution aussi précipitée a lieu d'étonner quand on considère le nombre d'hommes qu'il avait encore À sa disposition et la forte position qu'il occupait dans la maison de pierre. Malgré les pertes en tués, blessés et prison niers que son détachement avait subies durant la nuit, il comptait encore trois cent cinquante hommes, tandis que les Canadiens étaient réduits à moins de trois cents, par suite de la retraite des sauvages qui, suivant leur coutume, après avoir fait coup et pillé tout ce qu'ils pouvaient, avaient repris le chemin de leurs villages, Contrairement aux habitations en bois occupées par les Canadiens, la maison de pierre était une petite forteresse qui offrait peu de prise à l'incendie, Elle était défendue par cinq pièces d'artillerie, deux canons de quatre et trois pierriers ?, Il n'apparaît pas clairement que les Anglais se soient servis de ces pièces, soit qu'elles n’aient pas

été montées sur leurs affûts, soit qu'il ny eût pas de

1— Relation de M. de La Corne, page 13.

2— Journal de ce qui s’est passé d'intéressant dans la colonie à l’occasion des mouvements de guerre et des différents avis reçus depuis le départ des vaisseaux, au mots de novembre, 1746,

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munitions ainsi qu'ils l’ont prétendu !, Ces munitions

seraient restées à bord des vaisseaux qui les avaient

apportées. Les officiers ont prétexté dans la suite qu’ils

étaient dans l'impossibilité de faire des sorties, faute de

raquettes, dont la plus grande partie avaient été égale-

ment laissées dans les vaisseaux, ce qui est diflicile à

concilier avec certains faits admis par les deux partis.

Comment en effet deux cents hommes du détachement

anglais auraient-ils fait la longue course de la Grand-

Prée à Pigiquit, s'ils n'avaient pas eu de raquettes ? Et

le détachement de soixante hommes du capitaire Howe

n'aurait-il pas été à Pigiquit si le mauvais temps ne

l'en avait empêché? Les Anglais ont encore prétexté

qu'ils n'avaient de vivres que pour un jour et de muni-

tions que pour huit coups par homme, qu’ils ne pou-

vaient se procurer de l’eau qu’en allant la chercher à un

ruisseau voisin, La vraie cause de la capitulation fut

l'entière démoralisation du détachement anglais. La

surprise de la nuit précédente l’avait jeté dans un affole-

ment dont il n’était pas revenu.

Vers neuf heures, le commandant Goldthwait, accom-

pagné du capitaine Prebb:: et précédé d’un drapeau

1.— Le Journal de M, de Beaujeu dit cependant que l’artillerie anglaise ‘consistait en deux canons de six montés sur leurs affûts, trois autres petits canons de deux livres et un grand nombre de grenades ”, page 69.

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blanc, se rendit au quartier du chevalier de La Corne, Il choisit pour interprète le capitaine Howe qui savait le francais, et commença à expliquer de vive voix les conditions auxquelles il offrait de se rendre, M, de La Corne lui fit remarquer qu'elles devaient être couchées par écrit. Alors le capitaine Prebble sortit de sa poche un papier sur lequel il lut ces propositions, M, de La Corne refusa de les accepter et rédigea lui-même les articles de capitulation qu’il entendait accorder et qui Stipulaient en résumé que le détachement anglais sortirait avec les honneurs de la guerre et partirait pour Annapolis sous deux fois vingt-quatre heures ; que les prisonniers faits par les Français resteraient entre leurs mains; que les vaisseaux, consistant en une goélette et un bateau ne seraient pas rendus; que le pillage, n'ayant été fait que par les sauvages, ne serait pas restitué ; que les malades et les blessés anglais auraient la liberté de demeurer jusqu’à leur rétablissement dans la paroisse voisine, la Rivière-aux-Canards, sous la protection d’une garde française ; qu'enfin le détachement ne servirait pas, durant l’espace de six mois, dans la haute Acadie, c’est-à-dire depuis le bassin des Mines jusqu’à la baie de Chignectou,

Le capitaine Howe fut relâché sur parole, à condition qu'il renverrait en échange le sieur Lagroix, alors détenu à Boston : “ce qu’il exécuta fidèlement ”, ajoute M. de La Corne,

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L'acte de capitulation fut signé par tous les officiers anglais et français, et porté par l’aide-major Des Ligneris à M. de Villiers qui apposa sa signature en présence du commandant Goldthwait, Aussitôt après, le chevalier de La Corne ordonna de descendre le drapeau anglais qui flottait au sommet du clocher de l’église 1, Tel fut le couronnement de ce fait d’artues, l’un des plus glorieux des annales de la Nouvelle-France,

La marche de l'expédition au cœur de l'hiver, sur un parcours de soixante lieues ? presque toujours à travers les forêts, était tellement hardie, qu'aux yeux des Anglais elle paraissait au-dessus des forces de la nature, Le plan d'attaque avait été combiné et exécuté avec tant d'habileté et d'audace que sur onze maisons assaillies, dix furent prises,

Les Anglais ont essayé de grossir le chiffre du détachement francais ; mais leurs assertions ne résistent pas à la critique. Les trois relations françaises de M. de

Beaujeu, de M. de La Corne et du Journal manus-

1— Les Anglais qui, en ce moment, employaient tous les moyens pour se concilier les Acadiens, avaient fait une faute politique en arborant sur l’église de la Grand-Prée le drapeau anglais regardé par ces derniers comme un emblème de l’hérésie, Iis en avaient été indignés, considérant cet acte comme un affront fait à leurs convictions et comme une profanation de leur temple. Journal de ce qui s'est passé d'intéressant, etc.

2—-C'est le calcul de M, de Lusignan dans sa lettre au comte de Maurepas.

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UNE SECONDE ACADIE 185 crit que nous avons citées s'accordent À très peu de variantes près, lesquelles se concilient facilement par le contexte, Quant au détachement anglais, le capitaine Howe lui-même à assuré à M. de Beaujeu qu'il était de cinq cent vingt-cinq hommes, et “ qu'il avait donné le prêt à ce nombre, indépendamment de vingt-cinq, partis deux jours auparavant sous les majors Philipp et Gorham, pour se rendre au Port-Royal 1”.

D'après M. de Beaujeu dont le Journal est évidemment fait avec autant de soin que d'étendue, la perte des Anglais fut de cent trente hommes tués, quinze blessés et cinquante prisonniers 2. Celle des Français, de sept hommes tués, et quinze blessés. M. de La Corne ordonna un piquet de quatorze hommes pour aider à enterrer les morts des deux partis, il tint à rendre les

honneurs militaires aux restes du colonel Noble qu'il

1— Journal de M. de Beaujeu, page 71.

2— ‘Les ennemis ont eu cent trente hommes de tués, sur la place, dont on compte six officiers, trente-quatre blessés, On a fait cinquante-trois prisonniers ”. Journal de ce qui s'est Passé d'intéressant, etc.

Le chiffre de 34 blessés indiqué dans cette relation semble plus en rapport avec le nombre des morts, que celui de 15 écrit en chiffres arabes dans le Journal de M. de Beaujeu. Le Ccopiste a pu mal transcrire, soit par distraction, soit par difficulté de lire des chiffres mal formés ou à demi-effacés, comme cela arrive souvent.

fit ensevelir sous ses propres yeux avant d’être remis au commandant Goldthwait. Les restes du colonel et ceux de son frère furent inhumés entre deux grands pommiers qui servirent pendant longtemps à désigner leur tombe et que des vieillards qui vivent encore aujourd'hui ont vus debout et chargés de fruits, Le trone de l'un d'eux n’a été enlevé que depuis peu d'années.

Les autres morts anglais furent enterrés dans une large fosse creusée au flanc d’un coteau près du cimetière de l’église 1,

Les Canadiens étonnèrent les Anglais par leur courtoisie, autant qu’ils les avaient stupéfaits par leur bravoure. “ Les officiers, raconte M. de La Corne, passèrent la journée avec nous : ils furent surpris de voir que ces Canadiens qu'ils regardaient auparavant comme des sauvages, Sans presque aucun sentiment d'humanité, les traitaient aussi poliment et avec autant de douceur

après l’action, surtout les prisonniers auxquels ils ont

l— Battle of Minas, 1747. by Sir Adams G, Archibald, publié dahs le Halifax Critic, Jubilee Number, juin, 1887. D’après Sir Adams Archibald, Arthur Noble serait né à Enniskillen, en Irlande, d’où il aurait émigré très jeure aux colonies anglaises. Etabli dans l'Etat du Maine, sur une grande ferme située à l'embouchure de la rivière Kennebec, il y avait acquis de la fortune et de l'influence dans le pays environnant. Il s'était distingué an 1745 au siège de Louisbourg durant lequel il commandait en qualité de lieutenant-colonel.

Voir à l'Appendice, No. IL.

tâché d’adoucir, autant qu’il fut possible, la peine de leur sort 1”,

“ La capitulation signée, ajoute M. de Beaujeu, nous devinmes on ne peut plus les meilleurs amis en apparence. Le commandant anglais nous pria tous d’aller dîner avec lui et ses officiers, pour avoir le plaisir de faire connaissance en buvant le punch. Pendant le diner, nous recûmes de leur part force compliments sur notre habileté à faire la guerre et sur nos manières polies,

“ Les députés de chaque paroisse des Mines se présentèrent aussi pour nous complimenter sur notre victoire. Nous eûmes la satisfaction d'être félicité en présence des Anglais par des gens à qui ils disaient quelques jours auparavant que les Canadiens seraient fort heureux d'éviter de tomber sous leurs coups, se pronosant de les bien étriller ”.

1— Le gouverneur Mascarène écrivit au capitaine Howe une lettre en français dans laquelle il lui exprimait combien il était profondément touché des bons traitements qu’avaient reçus les blessés et les prisonniers anglais. Il le priait en même bemps de communiquer sa lettre aux officiers canadiens, Battle of Minas, par Sir Adams Archibald.

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Le quatorze, à huit heures du matin, Jour fixé pour le départ des Anglais, un détachement de cent Canadiens aux ordres de M. de Beaujeu, se rangea sur une double haie devant la porte de la maison de pierre, ‘“ Nous eümes le plaisir, dit-il, d’en compter trois cent cinquante, dont vingt-cinq ou trente officiers ! ”,

De ce nombre était un nommé Newton remis en liberté à la prière de M. De la Goudalie, curé de la Grand-Prée, et de M. De Miniac, curé de la Rivièreaux-Canards, parce que son oncle, membre du conseil de Port-Royal, avait rendu d'importants services aux missionnaires. Un piquet de vingt Acadiens, commandé par MM. Marin et Le Mercier servirent d’escorte jusqu'aux premières maisons de Port-Royal,

Les vainqueurs des Mines avaient la foi des croisés, comme ils en avaient la vaillance. Le dix-huit février, ils étaient réunis dans l’église de la Grand- Prée, pour remercier Dieu de leur victoire. Une mess: d'actions de grâces, suivie du Te Deum, fut chantée, au bruit de l'artillerie prise sur l'ennemi,

L'expédition fit ses préparatifs de départ, afin d’être de retour à Beaubassin avant que le soleil de mars eût

1 — Page 72,

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rendu les glaces dangereuses, Les cinq pièces d’artil-

lerie ne pouvant être emportées, furent brisées. Des

' deux voiliers pris sur l'ennemi, la goélette était la prour i priété de Nicolas Gautier, laquelle lui avait été confisns quée à Port-Royal. M. de Ramezay ordonna de la lui le restituer parce que cet Acadien et ses deux fils, disent 18 : conjointement MM. de La Corne ét de Beaujeu, avaient 6, rendu de grands services durant la guerre, Le bateau

fut brâlé,

mn À lurrivée du détachement À B >aubassin, M. de à #amezay remit à MM. de Ja Corne, de 3eaujeu, de ?- Gaspe et Le Mercier des ordres du marquis de Beau- | il harnoïis qui les rappelaient À Québec. M. de Gaspé ne X put partir étant tombé malade, M. de Beaujeu termine le ainsi son journal :

e “Partis avec la “aquette et nos traînes, malsré Les

neiges et le meuvais temps, nous arrivâmes à Québec , | le vingt-sept, n'ayant marché que quatorze jours pour ; faire deux cents lieues par les terres que nous trouvâmes ÿ bien fatigantes, n'ayant pour vivres que de la farine 3 | avec du suif à chandelle, dont nous faisions de la colle ”. | ? Après avoir lu le récit de cette expédition, on se |

demande quelle espèce d'hommes étaient ces anciens

Canadiens, de quelle nature ils étaient doués, quelles * habitudes de fatigues ils avaient contractées ? Leur

: capacité d'endurance semble avoir été plus remarquable

encore que leur courage,

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Le détachement de Ramezay contir 1a à séjourner à Beaubassin, afin de maintenir dans la péninsule le prestige que les armes francaises venaient d'y acquérir, Les Anglais, de leur côté, se bâtèrent de réparerleurs désastres en revenant en forces occuper leur position de la Grand- Prée, dès le mois d'avril suivant. Les deux partis se disputèrent avec plus d’acharnement que jamais la soumission des Acadiens, Ramezay leur écrivit, au nom du gouverneur du Canada, que la victoire des Mines les avait ramenés sous la puissance francaise, qu’elle les avait affranchis du serment prêté aux Anglais et qu'ils devaient désormais prendre les armes contre eux, 1] accompagnait sa lettre de menaces de châtiments contre les réfractaires ! D'autre part, Mascarène, par ordre de Shirley, les obligeait à réitérer le serm d’allégeance sous pire de bannissement, avec contiscation de tous leurs biens. On peut juger de la position lamentable faite à ce pauvre peuple poussé entre deux abîmes qui 5e creusaient toujours davantage autour de

lui. Il avait beau se demander quel parti prendre, il

1— Lettre de Ramezay aux députés et habitants des Mines, 31 mars, 1747. Le même aux habitants de Chignectou, 25 mai,

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ne pouvait deviner de quel côté était le moindre danger, Honnête et pacifique comme il était, il ne s'imaginait pas que les Anglais en viendraient aux barbares extrémités de l’expulsion, Je l'ai déjà observé, je le répète, on fait sonner bien haut l'absence de culture intellectuelle des Acadiens, et l’on en déduit la cause de leur ruine finale, Ceci n’est qu'’in euphémisme qui au fond signifie que s'ils avaient été éclairés d’après les lecons de leurs maîtres, ils auraient fait litière de leur nationalité et de leur religion, Shirley le laisse voir clairement dans sa correspondance avec le duc de Newcastle 1.

I] est intéressant d'étudier l'attitude des Acadiens en face du double danger qui semblait prêt à fondre sur eux. Elle fut admirable de sagesse et d’habileté. Au reste, il se rencontrait parmi ces illettrés des hommes

1—° ” should hope that methods might be found for Vning the ties of consangninity and religion between even ‘the present generation of the fren h inhabitants of Nova Scotia and those of Canada, by beginning new ones between His Majesty’s English and French subjects there, and at the same time controling the pernicious Power of the Romish Priests over the french inhabitants and the Indians ”. Lettre de Shirley au duc de Newcustle, 20 octobre, 1747.

Le but de Shirley est ici facile à saisir. 11 cherchait un moyen, voulait organiser un système pour briser peu à peu les liens de consanguinité qui unisszient les Acadiens avec les Canadiens et les liens de religion qui les unissaient à leurs prêtres ; en d’autres termes, pour détruire leur nationalité et leur religion. Ce systèms, il le trouva et le développa plus

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d’un grand sens, doués souvent d’un jugement plus sûr que bien des gens qui se targuaient d'instruction, Ils avaient en outre des conseillers aussi fiables que désinté. ressés dans leurs curés, parti ilièrement les grandsvicaires De Miniac et De la Goudalie, vieillards pleins d'expérience, qu'ils ne manquaient pas de consulter. Dans leurs réponses à M. de Ramezay, les députés des paroisses protestaient de leur attachement pour les Français auxquels ils restaient toujours unis de cœur, mais ils faisaient voir l'impossibilité où ils étaient de rompre avec les Anglais sans s’exposer aux plus terribies représailles. La réponse des députés des Mines, aussi peu grammaticale et aussi fruste de style que les autres, contenait un appel touchant aux sympathies

du commandant français.

tard. C'était, — je l'ai déjà dit ailleurs, — d'enlever aux Acadiens une partie de leurs terres et de i 3 transférer à des protestants, en intercalant ceux-ci au milieu d'eux, afin de noyer l’élément catholique dans le flot étranger. Pour y mieux réussir, il établissait des écoles protestantes dans les paroisses acadiennes, et promettait des récompenses en argent à ceux qui apostasieraient le catholicisme. Voilà comment Shirley prétendait éclairer les Acadiens.

Les écrivains protestants de nos jours n’osent pas avouer tout haut la même pensée; mais les euphémismes dont ils se servent en parlant des moyens qu'on aurait dû prendre pour éclairer les Acadiens, signifient au fond ia même «hose, Cf. Un Pèlerinage au Pays d'Evar:géline.

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qu “Nous vous prions, lui disaient les députés, de ls regarder notre bon cœur et en même temps notre impuis- " sance, pauvre peuple, chargés la plupart de familles “ nombreuses, Point de recours, #'il fallait é 'acuer, à js | quoi nous sommes menacés tous les jours, (ce) qui nous FR tient dans une crainte perpétuelle en nous voyant à la

proximité de nos maîtres depuis un si grand nombre d'années 1”, On connaît assez la situation des Acadiens pour juger

que ces réponses, tout inoffensives qu'elles étaient, pou-

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