CHAPITRE HUITIÈME
Fondation d'Halifax. — La question des limites, — L'abbé Le Loutre prédit aux Acadiens la trahison dont ils sont menacés. — Elle éclate, — Les forts Beauséjour et Lawrence. — Meurtre du capitaine Howe. — La Nouvelle. Ecosse se dépeuple. — Les Acadiens se réfugient à Beauséjour et à l'ile Saint-Jean.
Les événements qui se passaient alors dans la Nou-
velle-Ecosse allaient donner une impulsion toute nouvelle à la colonisation de Saint-Jean. Du jour où l’Angleterre avait restitué Louisbourg à la France, elle avait ; senti la nécessité de lui opposer dans le voisinage une for- | teresse pour y maintenir son influence. Halifax fut fondé, Au printemps de 1749, deux mille cinq cents colons, y compris les femmes et les enfants appartenant à tous les états, ouvriers, marchands, laboureurs, matelots, journaliers, soldats et officiers licenciés depuis la paix,
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tous attirés par des offres de terres et autres avantages, avaient été expédiés de la vieille Angleterre sur un grand nombre de transports et débarqués au bord de la baie de Chibouctou. Au commencement de l’hiver, toute cette colonie Ctait installée, les rues de la nouvelle ville tracées, un bon nombre de maisons construites, une enceinte de palissades flanquée de redoutes, à peu près achevée, armée et gardée par les bataillons anglais ‘amenés d Louisbourg depuis la restitution de cet: place. Dès que le nouveau gouverneur de la Nouvelle- Ecosse, Edouard Cornwallis, oncle du général du même nom qui devait remettre son épée à Washington, se vit solidement assis, il changea complètement la politique suivie par ses prédécesseurs. Aux mesures de persuasion et de ménagement succédèrent les moyens de rigueur, et mêr.: les menaces. Mais ce qui alarma surtout les As:adiens de son gouvernement, ce fut le serment d’al\{zeance sans réserve qu’il exigea d'eux en violatign des promesses faites par ses prédécesseurs, promesses d'autant plus sacrées qu’elles venaient d’être ratifiées solennellement par le roi d'Angleterre.
Le gouvernement français profita du mécontentement et des craintes des Acadiens pour les engager à venir se fixer sur la partie occidentale de l’isthme de la Nouvelle- Ecosse qu’il réclamait comme son territoire. Ce fut le commencement d’une nouvelle crise pour cette population prédestinée à tous les malheurs,
Lors du traité d’Utrecht, la France n'avait pas seule. ment commis l’impardonnable faute d'abandonner les côtes de l'Atlantique, à l'exception de l'ile du Cap- Breton ; elle n'avait pas même pris la peine de fixer les limites du territoire qu'elle cédait à. l’Angleterre du côté de l’Acadie, Les frontières du Canada et des colonies anglaises étaient également restées incertaines, et allaient devenir la cause de protestations et d’hostilités continuelles jusqu’à une nouvelle décla ation de guerre,
Depuis la paix d’Aix-la-Chapelle, une commission, siégeante à Paris, était chargée de déterminer les droits réciproques des deux puissances, Elle se C0:,.p0sait de deux commissaires pour la France, MM. de la Galissonnière et de Silhouette, et de deux autres pour l'Angleterre, MM. Shirley et Mildmay. Les prétentions émises de part et. d'autre furent si exorbitantes qu’il parut bientôt évident que la question ne pourrait être tranchée que par l'épée.
Pour ce qui regardait l’Acadie, l’isthme de Chignectou s’imposait comme la limite fixée par la nature, Les Anglais l'avaient reconnu tacitement en laissant ériger un fort français à l'embouchure de larivière Saint-J ean, sans faire aucune protestation, Ils n'avaient pas même regardé tout d'abord les habitants de l'isthme comme relevant de leur dépendance. Ce ne fut que lorsque
ceux-ci, se voyant trop éloignés de Québec pour y
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recourir dans leurs contestations, s’adressèrent à eux pour régler ces différends, “ qu'ils commencèrent à s'approprier ce pays, sans néanmoins en parler aux habitants 1”,
Les commissaires anglais, s'appuyant sur d'anciennes cartes qui indiquaient l’Acadie comme s'étendant des deux côtés de la baie Française (baie de Fundy), et sur le fait que le commandement des gouverneurs français de Port-Royal ne se bornait qu’à la Nouvelle-Angleterre, réclamaient les mêmes limites. Certaines prétentions allaient même jusqu’à comprendre sous le nom d’Acadie toute la côte sud du golfe et celle du fleuve Saint- Laurent. De leur côté, les commissaires français ne concédaient pas même toute l'étendue de la péninsule et bornaient les possessions anglaises de la Nouvelle- Ecosse à la partie sud de cette presqu'île avec une lisière de terres incultes le long de sa côte orientale. Les conférences ne furent closes qu’en 1754, et n’eurent d'autre résultat que d'interminables discussions et d'énormes vollections de paperasses publiées en quatre volumes in-quarto qui dorment aujourd’hui dans la poussière des bibliothèques ? Le nœud gordien ne devait être tranché que sur les plaines d'Abraham.