‹ Une seconde Acadie [microforme]Chapitre 48 sur 81 · PORTE ME · texte numérisé non relu

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“ Les nouveaux habitants, ajoutait Prévost, composent ici: hommes, femmes, garcons et filles, environ 2000 personnes, sur l’isle où il en était resté près de onze cents anciens. Ces premiers y ont amené de l'Acadie 2209 bêtes à cornes tant en bœufs, vaches, taureaux, génisses que veaux, beaucoup de cochons, quelques moutons et 171 chevaux. Ils se bâtissent assez bien, et commencent à donner une forme à leurs établissements qu'ils pousseraient avec plus d’ardeur, s'ils voyaient établies quelques batteries ou forteresses pour les rassurer contre les Anglais qu’ils craignent beaucoup...

“ Ces familles sont si considérables par elles-mêmes, qu'à moins d’une maladie épidémique, il y a lieu de présumer que, sous peu d'années, elles peupleront assez pour augmenter ces hameaux qui se défricheront toujours, par les partages auxquels les pères seront obligés en établissant leurs enfants, ou par ceux qui seront faits entre les collatéraux de ces premières souches 1,

À son passage à l’île Saint-Jean, l'ingénieur Franquet ne fut pas moins étonné que le commissaire-ordonnateur de Louisbourg, du nombre prodigieux d’enfants qu'il voyait dans presque toutes les familles, Cette fécondité

de la race acadienine qui, au siècle dernier, frappait les

1— Prévost au ministre, 28 novembre, 1751.

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UNE SECO" DE ACADIE 245

esprits observateurs, préoccupe encore aujourd’hui les hommes de scnce, On n’en trouve, paraît-il, bien peu d'exemples chez les autres peuples. Le seul, de nos jours, est celui des Boefs du Transvaal, peuple de pasteurs, dont le genre d’existence a des analogies avec celui des anciens patriarches. Les Acadiens également, ceux

d'aujourd'hui aussi bien que ceux d'autrefois, — car les

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fils n’ont pas dégénéré de leurs pères, — rappellent quel-

que chose des âges bibliques par leurs vertus morales, dont les nombreuses familles qui peuplent leurs foyers, sont la récompense,

La guerre que tous les esprits claivoyants annonçaient dans un avenir prochain, décida la cour de

Versailles à envoyer au Canada un ingénieur pour visiter

les fortifications, en indiquer de nouvelles et proposer

des plans pour leur construction, Les Mémoires que l'ingénieur Fran-

quet à écrits sur les différents voyages qu'il a faits si ae >)

au Cap-Breton, à l’tle Saint-Jean et dans l'intérieur du Canada, de 1750 à 1754, sont au nombre des pièces historiques les plus importantes de cette époque.

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Le récit de son voyage à l’île Saint-Jean est ce qui a été écrit de plus complet et de plus remarquable sur cette colonie.

Franquet avait été envoyé en Amérique avec le titre

d'ingénieur du roi et de directeur des fortifications de la Nouvelle-France, Une mission d'aussi haute importance n'avait pu être confiée qu’à un homme d’une rare capa-

cité et d’une habileté reconnue dans l’art militaire. Les

observations qu’il a faites sont d'autant plus précieuses qu'elles ont un caractère officiel et qu’elles viennent d’un personnage de sa compétence,

4 Arrivé à Louisbourg en 1750, il s’occupa d’abord de

la réparation des anciens remparts qui tombaient en

ruine, et traça les plans des nouveaux travaux de défense qu'il voulait soumettre au ministère de la guerre. L'année suivante, il fit sa première tournée d’inspection dans les îles du Cap-Breton, de Saint-Jean, et sur l'isthme de la Nouvelle-Ecosse.

L'année 1752 fut employée presque tout entière à la | visite des forts du Canada qui lui servit de sujet au plus important de ses Mémoires ! Durant les années qui

| fi: suivirent jusqu’en 1758, il ne cessa de s'occuper des

fortifications de Louisbourg, qui n'étaient pas encore

terminées, lorsque les Anglais vinrent y mettre le sièg2,

1— Ce Mémoire a été publié en 1889 par l’Institut Canadien de Québec,

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Après la chute de cette forteresse (1758), où avaient

été inutilement englontis des millions, Franquet repassa

en France avec la garnison faite prisonnière de guerre, I y fut fort mal accueilli par les ministres de Louis XV,

qui, au lieu de s’en prendre à leur propre incurie, firent

retomber sur lui et sur le brave chevalier de Drucour

la responsabilité de ce désastre. Franquet fut si profon-

dément affecté de ces injustes reproches, qu’ilen mourut

de chagrin peu de semaines après Î,

J'ai dû anticiper sur les événements pour tracer en

quelques lignes la carrière de cet ingénieur dont le nom

se rattache intimement à l’histoire de l’île Saint-Jean.

On vient de voir qu'il y débarqua en 1751.

Nous allons l’y suivre et mettre à profit ses nom-

breuses observations 2 Il a étudié l’tle sous les divers

1“ Franquet's head, dit le chevalier Johnstone, quite turned upon his arrival in France, and he died a few weeks after of grief”. — The Campaign of Louisbourg, 1750-1758.

2— Le Voyage de Franquet forme quatre-vingt-deux pages de manuscrits in-folio, et est accompagné de huit cartes et plans.

1° Carte générale de l'Isle Saint-Jean.

2° Carte du Port Lajoie.

3° Plan du Port des Trois-Rivières.

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rapports du sol, des habitants, des voies de communication, et des moyens de défense dont le pays était susceptible,

Parti de Louisbourg le 27 juillet, ä: descendit le long de la côte orientale du Cap-Breton, s’arrêtant dans quelques-uns des ports, franchit le passage de Fronsac (Gut de Canseau), et vint mouiller le 2 d'août devant le fort Lajoie.

Ce fort, qui ne méritait pas ce nom, était situé, comme je l'ai déjà dit, à gauche de l'entrée du port, Il ne se composait que de constructions en bois, élevées à la hâte en 1749, sous la surveillance de M. de Bonnaventure.

Il n’y avait que la poudrière qui fût en pierre. Construite avant 1745, elle était la seule bâtisse restée

debout après le passage des Anglo-Américains, Kran-

4 Plan des bâtiments construits au Port Lajoie par M. de Bonnaventure.

5° Plan du fort projeté au Port Lajoie,

6° Plan d'une redoute projetée sur la Pointe à la Framboise, située à droite de l'entrée du Port Lajoie,

7° Plan d’une redoute en maçonnerie projetée sur la pointe de terre située dans le fond du Port des Trois-Rivières.

8° Plan d’un fort à quatre bastions en piquets projeté au Havre Saint-Pierre.

Mon savant ami, M. Edmond Roy, m'a épargné l’ennui de faire copier ces plans à Paris, en me fournissant les copies qu'il a fait faire lui-même, il y a peu d’années.

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