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quet a tracé un plan de ces constructions telles qu’elles étaient à son arrivée 1,
Il séjourna jusqu’au 8 d'août au port Lajoie, afin d'en examiner les environs et de fixer l'emplacement d’un fort à quatre bastions, dont il proposait la construction à peu près au même endroit où se trouvaient les habitations déjà existantes.
Le 9 au matin, il reprit sa route pour aller visiter le havre Saint-Pierre, Une gabare servie par six rameurs, que M. de Bonnaventure avait mis à sa disposition, remonta la rivière du Nord-Est (Hillsborough River).
“ On aperçut, dit-il, à la rive gauche, l’anse aux Morts, la rivière de la petite Cension, et celles des Blancs ; à la rive droite, la rivière de l’Isle aux Foins, celle de Brouillan, et plusieurs petits ruisseaux ; et de chaque côté, des habitations fo:mées nouvellement par des Acadiens transplantés et fort éloignées les unes des autres.
“ Environ à deux lieues en remontant cette rivière, est l'Isle aux Chèvres, plus voisine de la rive gauche que de la droite, Dans son cours, l’on aperçoit des balises
plantées pour indiquer le chenal. Les platiers qui
1— Voir ce plan.
Nous avons tenu à le reproduire ici, parce que c’est absolument tout ce qui reste de l’ancien chef-lieu de l'ile Saint- Jean.
s'étendent bien avant le rendent difficile à suivre, il faut être muni d'un pilote pratique pour ne pas le manquer dans un bâtiment de trente-cinq à quarante tonneaux.
“Cette rivière est bordée de chaque côté par une lisière de prairies découvertes à marce basse, et tant soit peu mouillées à haute mer; l'herbe qu’elles produisent tient de la qualité des jones, néanmoins, quoique salée et grasse, elle est tendre et bonne aux bestiaux.
“ Parvenus devant un terrain concédé où nommé Desmoulins, la mer commenca à perdre, et l’on fut obligé de mettre à terre, A cette effet, l’on se porta à la rive droite, et au moyen d’une coupure, pratiquée à travers les vases, l’on joignit l’habitation du sieur Gautier ; cet habitant est nouveau ainsi que le sieur Bugeau son voisin, On les questionna sur les terrains qu'ils occupaient depuis dix-huit mois, et sur les ressources qu'ils espéraient en tirer. Ils nous dirent que leurs concessions consistaient en quatre arpents de face sur quarante de profondeur, que les bois qui couvraient leurs terrains, ayant ci-devant été brûlé; en partie, ils avaient eu moins de peine à les défricher, et que quoiqu’ils ne pussent travailler que depuis le mois de mars de cette année, ces terres produisaient cependant du froment, des pois, de l’avoine, et toutes sortes de
légumes. Nous parcourûmes ces différents champs, et
au vrai, jamais récolte dans les meilleurs cantons de la
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France ne promit davantage, Ils convinrent que la terre était propre à tout ce qu'on y voudrait semer, et que par succession, ils trouveraient dans sa production de
quoi se dédommager des biens qu'ils ont abandonnés
Les deux habitants qui paraissent iei à la tête des colons du lieu et dont Franquet vient de résumer les intéressantes observations, étaient, — on doit s’en ra ppeler, — les proscrits acadiens qui avaient joué un rôle important dans la Nouvelle- Ecosse durant la dernière guerre, De tous les biens qu'avait possédés Nicolas Gautier en Acadie, il ne lui restait plus que le souvenir qu'il avait voulu perpétuer en donnant le nom de son ancienne propriété de Belair à une claire et fraîche fontaine qui jaillissait sur sa nouvelle terre, Le principal soutien de ses vieux jours était encore son fils aîné,
* Pierre Gautier qui avait servi de pilote à M. de la Jonquière, lorsque celui-ci partit d'Halifax avec les débris de la flotte du due d’Anville, pour venir assiéger Port-Royal. Au retour de Ja paix, lorsque Shirley, gouverneur du Massachusetts, offrit une amnistie générale aux Acadiens, il refusa, on le sait, d’y comprendre Nicolas Gautier et ses deux fils, Pierre et Joseph, ni
Amand Bugeau, lequel avait comme eux, chaleureuse.
ment embrassé la cause de la France, On a vu figurer leurs noms en tête de la liste des proscrits comme étant les plus coupables. Tous leurs biens furent confisqués, leurs habitations rasées, et eux-mêmes condamnés à la prison. Ils durent chercher leur salut dans la fuite,
Au Canada, ils trouvèrent des amis dans les commandants qui firent connaître leur dévouement à la cour de Versailles, et leur obtinrent en dédommagement de leur pertes des “gratifications” en argent et des concessions de terre dans l’île Saint-Jean.
En 1750, on les voit employés à transporter sur leur navire, de Tagamigouche et de la baie Verte à l’île Saint-Jean, les familles acadiennes qui fuyaient devant les persécutions dont Cornwallis récompensait leur fidélité,
Il fallait toute l’habileté et l'expérience des lieux, que possédaient les Gautier, pour n’être pas surpris pendant les continuelles traversées qu’ils avaient à faire d’une rive à l’autre; car, outre les patrouilles qui apparaissaient à l’improviste sur divers points de l’isthme, des frégates détachées par Cornwallis croisaient sans cesse d’une extrémité à l’autre du détroit, Souvent des familles étaient embarquées pour l’île sans autres effets que les vêtements qui les couvraient, n'ayant pu échapper aux patrouilles ennemies que les armes à la main. Ce fut là la première cause de la misère qui fit périr tant
d’infortunés Acadiens sur ces côtes.
On voit par ce qui précède que la famille Gautier avait repris à l’île Saint-Jean le genre de vie qu’elle avait mené à Port-Royal, se créant des moyens d’existence à la fois par l’agriculture et par la navigation,
“ Plusieurs habitants, continue Franquet, vinrent nous trouver le lendemain au matin, pour représenter que leur intention était de former une paroisse, que les sentiments pour la position de l'église étaient partagés, qu'à cet effet, ils nous priaient de les entendre, et conséquemment à leurs raisons, la déterminer dans l'endroit que nous jugerions le plus à la bienséance d’un chacun, Cette affaire paraissant sujette à des débats, on remit à en traiter au retour en les prévenant de convoquer tous ceux qui y prenaient intérôt,
Le 10, la mer ayant un peu perdu, nous nous rembarquâmes avec un peu de difficulté, attendu que les vases se découvraient ; néanmoins ayant mis au large l’on aperçut sur la gauche la rivière au Moulin, nommé telle par un moulin à scie qu'un particulier y a fait construire ; au delà, celle de Pigiquit, et des deux côtés, plusieurs habitations. Les terrains nous y parurent découverts et mis en valeur comme les champs les plus fertiles. Nous en étions même en admiration, L'on
nous dit à cet égard qu'ils appartenaient À d'anciens
habitants, que la plupart étaient à leur aise, munis de
bestiaux, et recueillaient tous les ans de quoi fournir à leur subsistance, Nous fûnes enchantés du coup d’œil
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de leur situation d'autant que toutes ces habitations sont établies sur les coteaux du vallon que la rivière parcourt, que les défrichés vont en remontant la hauteur ; qu’à leur sommet est un bois fourni de hêtres, et d'arbres francs, et qu'au bas il n’y à point de maison qui n'ait sa petite fontaine de manière que tous ces avantages de la nature, éclairés d’un beau ciel, en ren-
dent le séjour agréable ”.
La gabare qui portait Franquet le déposa à deux lieues plus haut sur la droite, vis-à-vis d’une maison
“faisant face à la rivière”. C'était celle d’une veuve nommée Gentil d’où partait un chemin qui conduisait jusqu’au havre Saint-Pierre,
“ Nous y vimes de près, dit-il, des grains de la plus grande beauté. Et le chemin, de là au havre Saint- Pierre étant frayé, large de six à sept pieds et propre à des charrettes attelées de deux bœufs, on le suivit à pied. Il traverse des bois brûlés, dans lesquels il y a une grande quantité de bluets qu’on mange en rafraichissement, Il va aboutir au ruisseau à Commeau, où la mer forme une espèce de barachois qu’on traverse à sec, à marée basse, et à haute mer, sur deux pieds et demi d’eau. Cet endroit est réputé le point milieu du
chemin de la dite veuve Gentil et le havre Saint-Pierre,
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À ‘“ A la sortie de ce barachois, le chemin rentre dans 6 le bois, jusqu’à l'endroit nommé la Queue des Etangs, È où un autre petit ruisseau forme semblable barachois t toujours couvert d’eau, et dont le fond vaseux et mol, h Ù en rend le passage difficile.
: f “ C’est à cet endroit que les dunes commencent à se . former, Elles garantissent le pays des inondations de la mer, Le chemin les à laissées à gauche et à droite, Il borde des étangs que l'on traverse de distance à autre ; il s'y trouve ordinairement deux pieds à deux pieds et demi de hauteur d’eau, et dans les grandes crues, toute L l'assiette du chemin en est couverte, Néanmoins comme elle est dure, il n'y à aucun risque d'y passer; mais ‘ seulement beaucoup d’incommodités aux gens de pied qui sont obligés de se mouiller. A la sortie de ces
étangs se trouvent les clôtures des terrains concédés,
On les côtoie pour arriver devant l'entrée du havre du Petit Saint-Pierre ”,
Franquet s'arrêta un Jour au havre Saint-Pier
re pour y déterminer l'emplacement d’ine redoute dont il voulait proposer la construction.
“ Ce havr
e, dit-il, est situé au nord-est de cette isle. Son entrée varie tous les ans.
Elle court cette année Les vents les plus favorables pour en approcher sont ceux du nord-ouest. Il ya toujours beaucoup de difficulté en tont temps, Au ce havre n'est-il fréquenté qu'en été,
Ex nord quart de nord-est.
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Les vents du
printemps, et ceux de l'automne en rendent l'accès difficile et dangereux, Le passage est resserré entre deux bancs de sable qui se forment aux deux extrémités des dunes, Cependant de quelque côté qu’on range le chenal, il y a toujours six brasses et demie d’eau à marée basse, mais en dedans du havre, il y en a moins, aussi ne le juge-t-on praticable qu'à des bâtiments de quarante à cinquante tonneaux,
“ Ce havre est l'endroit le plus peuplé de l'isle, Il west occupé que par d'anciens habitants, Les uns y font la pêche de la morue, et d’autres cultivent les terres, et plusieurs s’adonnent à l’un et à l'autre,
“ La pêche n’y commence que dans les premiers jours de juin, et elle finit à la fin de septembre, elle se fait tout au plus à deux ou trois lieues au large. La morue qui s’y prend n’est point à beaucoup près d’une qualité si bonne que celle que l’on pêche sur les bancs du large de l’isle Royale, Aussi ne passe-t-elle pas en France ; mais bien aux isles méridionales, Elle a été assez abondante cette année; néanmoins les pêcheurs n’en sont pas plus riches, d'autant qu'il n'arrive aucun bâtiment de France directement à ce havre par la difficulté et les risques d’y entrer, qu'ils sont obligés de tirer de Louisbourg tout ce dont ils ont besoin, comme sel, biscuits et ustensiles quelconque à des prix de 50 pour cent de bénéfice au moins, que leurs facultés ne per-
mettent point de payer ces denrées argent comptant.
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