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Le crédit qu’on leur fait n’est qu'à condition qu'ils ne
pourront disposer de leur morue qu'en faveur de ceux
qui leur font ces avances, et que pour éviter les contes-
tations sur le prix l’on convient auparavant de celui du quintal pesant,
I] ye vait, cette Campagne, onze chaloupes en pêche et six chaffiuts appartenant à sept pêcheurs, Seule-
ment plusieurs d’entre eux firent observer que ces con-
ventions étaient totalement en faveur des fournisseurs,
et qu'eux souvent se trouvaient fort heureux de se tirer
L'on ne prévoit de moyens d'y remédier qu'autant que
d'affaire sans perte,
le Roi prenant à cœur l’établis-
sement de cette Isle enverrait tous les ans un bâti.
ment de France chargé de tous les effets qui peuvent
secourir en ce genre les habitants pêcheurs, et qu’on ne
leur vendit qu’à des prix fixés par la cour, Pour lors
les négociants de Louisbourg au lieu de leur faire la loi seraient dans le cas de la recevoir, et au moyen de ces
aisances, quelques-uns d’entre eux se trouveraient en
état de construire des bâtiments, et de porter directement
leur morue aux Isles de l'Amérique. Si l'on ne prend ce parti, jamais ce commerce n'y prendr Cependant, : est d’une grande re
habitants de la côte, d
a vigueur, ssource à tous les autant que la pêche, n'ayant lieu que pendant quatre mois, ils emploient leurs garcons pêcheurs pendant les huit autres
à la culture des terres,
258 UNE SECONDE AOADIE
et qu’en supposant qu'ils ne tirassent aucun profit de ce premier objet, au moins influe-t-il à modérer les frais de l’autre,
“ L'on sait que la cour v'incline point à favoriser la pêche en cette Isle, et qu’elle ne recommande que la culture des terres. Cependant l’un pouvant se concilier avec l’autre, ainsi qu’il vient d’être dit, il en résulte plus de ressources aux habitants, [l'est même indispensable de s’y prêter, sans quoi les efforts que l’on fait pour peupler cette colonie, n'auront jamais tout le succès qu'on en attend.
“ La terre y est de même qualité qu’au port Lajoie, et qu'au long de 11 rivière du Nord-Est, Elle est également bonne, et grasse, et propre à tout ce qu'on peut y semer, l’on a parcouru plusieurs champs dépendant de diverses habitations, et sûrement l’on ne saurait rien ajouter à la beauté des grains dont ils étaient couverts en toute espèce,
“ Les habitations y sont un peu éloignées les unes des autres ; la grande étendue des concessions y a donné lieu, Les plus serrées sont celles appartenant aux pêcheurs ; toutes bordent le havre à plus ou moins de distance, Il n’y à guère d'habitants adonnés à la culture des terres qui ne recueillent cette année, moyennant qu'il ne survienne point de contre-temps, du grain au delà de la consommation, Plusieurs mêmes sont con-
venus qu’ils seraient dans le cas d'en vendre.
“L'on comprend dans le nombre des habitants de ce havre ceux des Etangs, du Havre-aux-Sauvages et de celui de Tracadie, Tous seraient d'avis que ces endroits formassent l'étendue de la paroisse de Saint-Pierre. L'église est bâtie; elle est grande et solide ; il ne leur manque qu'un curé après lequel, ils ne font qu'un cri, Pour en faire connaître 1n nécessité, l’on Joint ici l’état
des communiants dont elle sera Composée,
Hommes Femmes Enfants
Havre Saint-Pierre... 29 31 102 Les Hiange tu te 4 5 22 Havre-aux-Sau vages....., 9 9 34 Havre-de-Tracadie.….… 8 10 48 50 55 206 ”
Franquet note en passant l'existence d’un moulin à grain établi sur un ruisseau, à la distance d’une demilieue du gros des habitations, et capable de fournir à leur consommation.
“ Cet établissement, continue-t-il, qu'on doit consi. dérer comme le plus étendu et le plus peuplé de l'Isle, n'est cependant point encore en état de résister À une descente du moindre corsaire, Les habitants s’en inquiètent, et désirent que le Roi y soutienne par un poste le zèle qu’ils ont de repousser la force par la force ”.
Franquet proposait, en conséquence, de construire sur le sommet de la hauteur où était située l'église, un fort
en piquets à quatre bastions, dont il joint le plan à son Mémoire,
Puis il continue : ‘“ Nous étant ensuite embarqués dans notre gabare, nous nous rencimes chez le sieur Gautier, en ne pouvant trop admirer la fertilité des champs de la droite et de la gauche de cette rivière,
“ Le lendemain, la plupart des principaux habitants, s'étant rendus chez le dit sieur Gautier, on y agita la question de l’église qu'ils désiraient, La dépense de s: construction ne souffrit point de diflicultés, ils avaneèrent même que tous les bois étaient prêts, et que chacun y contribuerait sans contestations ; mais les sentiments se trouvèrent partagés pour le lieu de son emplacement. Nous étant aperçus que la bienséance d’un chacun de l'avoir sur le côté de la rivière qu’il habitait, occasionnait leur mésintelligence, on leur fit convenir qu'à cet égard leurs représentations se trouvaient balancées, mais que s'ils voulaient sentir qu’en l'établissant à la rive gauche ïl n’y aurait que les habitants de la paroisse qui en jouiraient, au lieu qu’à celle de la droite, ceux de Tracadie, qui n’en étaient éloignés que de deux lieues, s’y rendraient plus fréquemment qu'à Saint-Pierre ; d’ailleurs, le sieur Bugeau offrait du terrain non-seulement pour l’asseoir, mais encore pour le presbytère, son jardin, et pour le cimetière, et qu'enfin, au pied de l’endroit projeté pour son
établissement, était la fontaine de Belair, dont l’eau
reconnue la meilleure du canton, serait d’un secours à ceux des habitants qui seraient dans le cas de faire beaucoup de chemin pour s'y rendre, Ces raisons les ayant déterminés, ils se soumirent à la rive droite et conséquemment, elle fut nommée du titre de Saint- Louis, et nous nous engageñmes de faire des diligences à la cour pour leur procurer une cloche et un curé,
‘“ Cette paroisse s'étendra depuis la rivière des Blancs jusqu’au fond de celle du Nord-Est. Elle n'aura guère moins que cinq lieues de longueur, L'église sera placée dans le centre, Les habitants pourront s'y rendre à pied le long des bords: et vis-k-vis son emplacement sera établie à frais communs, une barque pour l’aisance de traverser la rivière à ceux qui résideront sur le bord
opposé 1 ”,
1 ÉTAT Des HABITANTS DE LA RIVIÈRE DU NORD-EST CENSÉS COMPRIS SOUS LA PAROISSE DE CE NOM,
Enfants :
Hommes Femmes Î . Garçons Filles
Anciens habitants y rési-
dant avant la guerre... 20 20 50 40 Nouveaux habitants y transportés de l’Acadie, 21 22 48 34 41 42 98 74 Ensemble 255.
Nicolas Gautier et Amand Bugeau, nnis par des
malheurs communs, s'étaient établis voisins l’ua de
l'autre, 2t étaient, comme on vient de le voir, à la tête
d’un groupe de colons assez nombreux et assez pourvus L'un]
de ressources pour se former en paroisse !, Animés du
meilleur esprit, ils donnaient l'exemple de la généaux rosite,
Le jour où Amand Bugean avait fait don d’un terrain pour l'église et le presbytère, Nicolas Gautier avait fourni une large part de ce qu'il fallait pour les travaux. Grâce à eux, principalement, entente régnait parmi les
habitants, et ils avaient de concert rassemblé les
1 — Nicolas Gautier écrivait au ministre peu de temps après le départ de Franquet :
“Je prends la liberté de vous représenter la situation de l'île Saint-Jean où je suis actuvllement établi avec toute ma famille, et où un grand nombre d'habitants de l'Acadie, à mon exeinple et sollicitation, sont venus s'établir sur cette île au nombre de deux à trois cents familles avec leurs bestiaux ; ce qui fr qu'aujourd'hui l'endroié parait tout autre qu'il n'était ci-A ï, par I; travaux que tous ces habitants ont faits et four tous les jours par les défrichéments des terres dont ils se trouvent fort contents”. — Lettre de Nicolas Gautier à M. de Rouillé, à Louisbourg, le 12 sepcembre, 1751,
matériaux nécessaires À la construction de leur nouvelle église 1,
Nicolas Gautier se rendit à Louisbourg peu de temps aprés le départ de Franquet, La carrière de ce brave Acadien n'était pas alors éloignée de sa fin, La vie agitée qu’il avait menée depuis 1744, le désastre de sa fortune, et des fatigues continuelles avaient miné ses forces, 11 mourut à Louisbourg en avril, 1752, heureux d'échapper À des malhe:rs bien autrement grands ‘que ceux qu'il avait vus et qui allaient marquer les anues suivantes : la proscription de tous ses compatriotes, la destruction de Louisbourg, et, par suite celle de ses derniers établissements, enfin l'occupation du Canada par la race qu'il détestait le plus au monde.
Quatre ans après sa mort, au mois de novembre, 1756, un de ses fils fut chargé par le gouverneur de Pouisbourg de porter À Québec les dépêches de la cour de Versailles. C'était une de cs terribles marches d'hiver qui ne pouvaient être entreprises que par des hommes d’une trempe d'acier, rompus à toutes les fatigues, endurcis à toutes les rigueurs d’un climat
hyperboréen,
1— “Je sieur Amand Bugeru, habitant et navigateur acadien qui forme un établissement solide dans la rivière du Nord-Fe esv fort honnôte homme, laborieux, et a rendu au
Roy des services à !’Acadie...” ,ettre de Prévost au ministre, 28 novembre, 1751.