CHAPITRE XVI
VkvrmotL de la lettre que j'ai rapportée au chapitré précédent avait raison de dire à Poiignac que le moindre retard renverserait de fond en comble Tédifice de la restauration. Je ne sais même si, dès le mercredi malin , il était possible de prévenir le bouleversement annoncé , ce ne pouvait plus être pour traiter avec une puissance parjure que le peuple en armes descendait dans les rues'; et s'arrachait au point du jour d'un repos agité.
Dès quatre heures, du matin, tous les lieux publics, ainsi que les quais , boulevards et rues furent remplis d'une foule immense qui parlait d'exterminer les ennemis de ses libertés. La nuit, loin d'assoupir la colère, en avait augmenté la vivacité; on ne voulait
( «38 ) plus se trouver en présence d'uoeroyautéasarpatrice , etsà chuiet^tait tléciilée dans le cœur des citoyens. Une preuve éclalaule en fut donnée instantanément dans tous les (fi vers quartiers: les marchands qui avaient orné la façade de leurs magasins des armes du roi, des princes et princesses , qui avaient payé cher le droit de s'intituler ouvriers ou fournisseurs des membres de la famille royale , se hâtèrent de détacher des panneaux les écussons dont on ne voulait pas , et de les lancer dans les ruisseaux. Bientôt le peuple ordonna à chaque cocher qui passait de conduire les roues de sa voiture sur ces insignes dégradés.
Chaque fois qu'un écusson tombait , de grands cris, des applaudissemens se faisaient entendre ; mais il n'y avait là ni fureur ni menace, on était tons d'accord, et les passans et les propriétaires, et c*était en famille que Ton renonçait franchement h la royauté de CharlesX. J'ai vu la foule se précipiter et battre un jeune homme qui emportait le panonceau de cuivre doré de l'enseigne d'un notaire ; on rendit à chaque personne le métal fracassé, et cela avec un soin religieux.
Cependant , dans les diverses parties de la Ville , les colonnes des citoyens se mettaient en mouvement ; 1rs gardesnationaux se rendaien't à leur mairie respective, salués par les acclamations du peuple. Les cœurs étaient vivement émus k la vue de ces hommes de pisiz qui ne balançaient pas à quitter leurs affaires, leur famille, à tout compromettre pour assurer le bonheur public ; simples dans leur dévouement sublime , ils ne s*arré^aient pas aux périls de l'entreprise , ils prenaient pour de-
( «39) Yoir de poser des bornes h la tyrannie sanglaote qui pesait sar eux.
Le triomphe de la bonne cause est dû à cette résolution spontanée de la;garde civique; sa présence a doublé le courage de nos |enneset braves défenseurs, qui se sont crus invincibles et appuyés sur le bon droit en voyant à leur tète les bourgeois, les manufaclurierSyles commerçans dont ils tenaient leur existence, ou dont ils respectaient la position.
Partout ou passaient les détachemensde la garde nationale la joie se manifestait; on plaçait en elle l'espoir de la victoire et du maintien de latranquillilé. Habillés en uniforme ou non, armes militairement, à la ma* nière des corps irréguliers, ceux qui se présentaient en " défenseurs du peuple étaient bien reçus *, une confraternité touchante s'établissait entre des hommes qui ne s*étaient jamais vus. Ils possédaient tous la même pensée, la même haine, le même amour i ils allaient sauver la patrie, écraser le despotisme, ne devaient-ils pas être unis ?
De jeunes ouvriers, si généreux, si admirables dans leur loyal dévouement, se rapprochaient de la jeunesse bien élevée de leur âge, et préféraient combattre avec elle. Celle-ci, non moins résolue , accueillait ces nouveaux compagnons improvisés en amis , en frères tendres et dévoués* Ah! qui n'a pas assisté à ce spectacle si touchant, qui n>a pas été témoin de cette union patriotique, ne la concevra jamais; il n*a existé dans Thistoire d*aucun peuple rien de pareil. Ce n*étaient plus tes habitans d*une ville immense , étrangers les
( i<o ) uns aux autres, qui se rencoutraient sans dessein ; c'étaient les enfans d'une même famille qui se réunissaient en masse, qui allaient se défendre, se secourir, sefenger les uns et les autres. 11 n'existait là aucune difiCérence de fortune ou de rang , de talent ou d'éducation. La raillerie , le sot orgueil , la vanité de Tignorance, la susceptibiliié des petits, araient disparu. Je suis toi; tu es moi , voilà ce que nous disions , ce que noas pensions , ce que nous exécutions dorant les journées mémorables ; on faisait des prodiges de valeur , on déployait une intrépidité sublime pour arracher un in« connu d'un péril pressant , ou pour lui prodiguer les soins les plus affectueux quand il était blessé ; il y avait en cela quelque chose de simple , de patriarcal, de céleste , qui dépose avec trop d^éclat en faveur des progrès des lumières pour ne pas aider au triomphe de celles-là.
Cétait donc avec de tels élémens de victoire qve la lutte s'engageait ; car où se trouve la vertu , le succèr est presque infaillible : c'était avec ce concours de tooter les volontés que l'on marchait à la punition des coupa* blés. Un peuple entier, sans dissentiment, savait qu'il n'aurait à combattre que la troupe , et non d'autres citoyens; aucun de ces royalistes si dévoués en paroles, si décidés à mourir /^our /a sainte cause de sa majesté ^ ne venait se joindre à la ligue. Ces flatteurs, ces parasites , ces affamés de haut et de bas étage , où étaientils? Même dès le premier jour, quand la |^«rde royale, le reste des cohortes non encore entamées , poussaient déjà les acclamations du succès , nous ne les rencon-
tràmei nulle part , nt aax attaquef des porUc Saint*^ Martin et Saint-Denis, ni à celles si menrtières d« rU6ieide-Ville, ni à la place des Victoires, 4 c^Ua du Palais -Roj al, ni an Louvre, ni aux Tuileries enfin.
Il faut apprendre à la France que pendant ces jours sanglans il n'y a eu aucun royaliste dans Paris , car il u*y a pas eu un seul bourgeois, un seul chapeau rond qui se soit rallié au duc de Raguse. lU se vantaienl pourtant la yeille encore qulls monteraient à chaTal comme leur roi,quUJs paraîtraient le fusil au bras 4 l'appel de la monarchie ; mais , attendu que leur roi ne s'est pas montré , ils ont aussi imité son exemple. Qu*uue honte éternelle les flétrisse, eux qui ont encouragé le roi par leurs clameurs fanfaronnes ; qui lui ont juré de vaincre pour lui, et qui déj4 se préparent, en passant dans nos rangs à être les premiers à cueillir le fruit de noire victoire.
Vers huit heures du matin un combat général s*fn* gagea dans toutes les parties de la ville que les royaux occupaient. Il sera presque impossible de décrire avec quelque ordre les diverses attaques qui eurent lieu. Je vais tâcher cependant de le faire , en commençant par celles des boulevards, venant après 4 celle de la rive gauche de la Seine , et gardant le centre , la Grève , le Palais- Royal , la place des Victoires et le Louvre pour la fin.
Le mouvement de la population commença dans le faubourg Saint-Antoine, dès le 97, avec une vivacité digne de ce quartier valeureux ^ 14, peut-être, parut le premier drapeau tricolore qui annonça 4 la nation
( «4a) Tère de m délifrance ; aatoar de loi je réanit l'élitt do faobonrg, en jennetse, en hommes faits , en anciens soldats, en gardes nationaux. On lenr opposa les cuirassiers de la garde royale, qui, accoarant au galop de charge , rencontrèrent nos défenseurs occupant le haut de la rue Saint-Antoine et de celles auprès. Les cataliers se hâtent de fondre sur des adTersaires qu'ils méprirent; les nôtres alors se retranchent sur les mar« ches du temple des protestans , et aux environs une fusillade bien nourrie les obligea la retraite. Mais celleci n*est plus dans Paris une fuite.... ils se rallient plus loin. Le vaillant porte«drapeau , demeuré seul , s'avance au milieu de la rue , et par un de ces dévouemens qui surpassent ceux des temps antiques, il plante en terre la bannière aux trois couleuis et demeure immobile auprès d'elle ; les cuirassiers arrivent sur lui ; tant d'éroime ne les émeut points ils fondent h coups de sabre anr le porte-drapeau, lui arrachent la vie, et prennent un affreux plaisir à faire fouler son cadavre sous las pieds de leurs chevaux !!! Ainsi monrut le premier martyr de la nouvelle liberté j puisse son nom être connu et inscrit sur le bronze , afin de recevoir les regrets de l'âge présent et Thommage de la postérité !
Un combat acharne eut lieu en face des maisons n^» 79 «t 90 de la rue Saint-Antoine ; des ouvriers du faubourg, qui s'y étaient retranchés, en formaient comme nne citadelle; d*oii ils firent un feu constant, accompagné de chute de projectiles de toutes sortes qu'ils jetèrent sur l'ennemi en même temps que d'autres Français , postés dans les rues adjacentes , mettaient bora
(•43) de combat un grand nombre d ennemis. Plusieuri gardef rojaox, un officier mordirent la poassière; mais, U auiai , après la yictoire les fanboariens se montrèrent généreux : ils arrachèrent à la mort , sous la conduite de M. Bardot, ancien officier décoré , des blessés et deê prisonniers royaux que quelques hommes, exaspérés par la mort de leurs amis , voulaient immoler sur la place.
Tout auprès^ et dans la maison n© y5 , un obus iotaba par la cheminée ; on put Téieindre avant qu'il eût éclaté , et on le suspendit sur-le-champ à la hauteur des fenêtres du troisième étage , avec cette inscription que surmonte un drapeau Uicolore :
Charles X au peuple.
L'attaque nVut pas lieu avec moins d'acharnement sur le boulevard du temple, où l'ennemi avait porté des forces considérables, cavalerie, infanterie, ariilUrie ; ils employaient, des moyens formidables, qui eussent été couronnés de succession les eût opposés à des troupes de ligne , et non à Tenihousiasme des citoyens, qui ne se battaient pas pour plaire h un maître, mais pour, ao contraire, chasser le leur. Je laisse ici parler un témoin oculaire ; f insère sa lettre écrite sous Tinspiration du moment ; >elle fera passer dans Tâme de ceux qui en prendront connaissance les sentimens dont nous étions alors tous animés.
P<ru , Bi jnillel.
• Montiear,
» Témoin oculaire de tant de faits héroïques durant les journées à jamais mémorables des a^ , 28 et 39 juillet, il en est un qui ne peut échappera ma mémoire, et auquel les colonnes de votre estimable journal feront droit, fen suis certain.
» Ma curiosité comme ancien militaire me fit courir vers les difierens points d*attaque où les massacres avaient lieu ; aider de mes conseils cette multitude de jeunes gens aussi intrépides que courageux , était ïk tout le rôle que je pouvais jouer, étant prwé ctun bnu que f ai oublié à Waterloo, ■
v Le 28, entre onze heures et midi, je me trouvais au carré de la Porte-Saint-Martin , où j'avais examiné les positions de ce lâche ennemi ; vous ne trouverez pas Tezpression déplacée , j*en suis convaincu.
» 10 L'infanterie de la gendarmerie était en bataille dans la rue du Faubourg-Saint-Martin , se tenant près de sa caserne; la cavalerie de même arme était derrière.
ao Les cuirassiers se faisaient voir dans le même ordre sur le boulevard, près le théâtre de la Porte- Saint-Martin, d*où il s'ensuivait qu'une charge allait être exécutée alors qu*une poignée d'hommes se seraient montrés sur le boulevard.
t Je ne quittai pas le carré , voyant arriver une fti •
Ble colonne qui descendait cette rue vers le booleyard; ils étaient cent cinquante hommes environ, très-mal armés, et ayant à peine chacun quatre cartouches, d'après ce que me dit leur chef, qui était un toutjeunr homme. Du reste , lai et les siens étaient intrépides, et vons allez mieux le juger. Je crus de mon defoir^ et d'après ma vieille expérience et les remarques que j'avais faites de la position de nos deux ennemis, les gendarmes et les cuirassiers, d'engager le chef à faire halte et à attendre du renfort avant de se porter an boulevard.
» Après avoir écouté mes instructions, il me remercia, lui et les siens, de ce que j'avais bien voulu leur dire. Je ne faisais que mon devoir , et voulais leur éviter à tous une mort certaine. Ils étaient partis, lorsque je les rencontrai, pour aller sur la gendarmerie, et ignoraient la position des cuirassiers. Le chef, pour ce qui étale de ne plus attaquer la gendarmerie , m'éconta ; mais pour attendre du renfort , il ne le voulut pas.
» Il ne tint aucun compte du danger imminent que lui et les siens couraient , en précipitant avec aussi peu de forces sa marche au boulevard ;il me répondit : « Comme vous , nous braverons la mort pour la li» berté. »
» Cest en me répondant ainsi qu'il se remit k la tète de ses hommes, qui tous étaient des ouvriers, et ordonna au tambour de battre la charge ; en criant : « La mort ou la liberté. »
» Je ne pus me contenir et ne voulus plus le quitter.
( «46) Il Tint à moi voyant qae je le laivais. « Voua a^ez , dit«il , quittance de la patrie. Vous êtes nn brare , Vous avez eu voire tour à vener votre aang pour elle, c'est le nôtre aujourd'hui. Ne nous ôtez pas cette »atitfaction ; le faire couler pour une aussi belle cause on mourir ici , c'est vivre éternellement. • Force me fut de rétrograder.
» Il arriva au boulevard avec sa colonne, la fit mettre en bauille, faisant face aux cuirassiers, commanda de croiser la baïonnette, se mit à la tête , et fondit an pat de charge sur ces derniers , qui firent feu sans quitter leur position , ce qui causa la mort de plusieurs de ces braves. Après leur feu, les cuirassiers exécutèrent une charge qui n'eut pas grand succès. Cette faible colonne, je dis faible à cause dn nombre, ne fnt ébranlée que légèrement. Le courage et Hntrépidité qu'elle déploya la firent bientôt triompher du nombre , et à leur tour , ces braves tuèrent et blessèrent , le tout à Tarme blanche , bon nombre des opposans ] d'autres , voyant une mort certaine , se rendirent. C*esl alors que le chef de cette petite armée et une partie de ce qui lui en restait montèrent les chevaux délaissés, et repous> •èrent ainsi le reste de ce régiment jusqu'au quai des Célesiins.
« De part et d'autre , il y eut bon nombre de tués et de blessés. Les cuirassiers en eussent eu davantage si i comme eux , les braves avaient été inhumains.
• Tout ceci fut fait dans un clin d'œil. Alors je m'ppprochai et désirai connaître le nom dn jeune homme qui commandait. J'eus son nom et sa demeure, qui me
( «47 ) forent donnés par Tan des combattans qui étaient sont M 8 ordres. 11 se nomme Augustin Thomas, raanofiicturier en tissus de crins pour mieubles , rue des Vinaigriers, n028, faubourg Saint-Martin. Jl occupe, d*aprèa les rastes ateliers que j^ai remarqués , bon nombre d*oOTriers qui, pour la plupart , ont suivi son exemple.
«Agréez, etc.
» Do BOURG 9 ancien capitaine. -a
Pendant que les brares combattaient ainsi sur ce point et que la mitraille des canons ennemis pleuTait de toutes parts, les citoyens, insensibles h un danger permanent, élevaient une redoute solide et importante à Textrémité de la rue Sainte-Appoline. Ceux que les balles tuaient ou blessaient , étaient remplacés par de non moins zélés, que leurs malheurs n'épouvantaient pas.
Les chefs de la maison de roulage, faubourg Saintmartin, n® 4^, MM. Levainville et Fascie, suivis de leurs commis et des personnes attachées & leur établissement , après avoir coopéré à une charge audacieuse faite aupr^ de la porte St-Martin, sur un régiment decaTaleriedela garde, rentrèrent dans leurs maisons, non pour se reposer, mais pour continuer de servir utilement la cause commune. Approvisionnés d'une énorme qualité de pierres , et armés sur leur balcon , ils tinrent eu échec , pendant tout le temps de la fusil-
( '48 ) lade , la gendarmerie h pied et à chetal de la caaeme Saint-Martin qai n*08a ni faire feu , ni dépasser cette maison derenae one forteresse respectable. Cette diyer- •ion utile assnrala victoire sur cette partie du champ de bataille.
L*efibrt était pareil k la porte Saint-Denis , où .la garde royale attaquait avec une férocité inaccoutumée; on la repoussait avec vigueur, et , dans cette mêlée y un ouvrier posté sous le passage de Tlndustrie ne cessa dé tirer sur les soldats et en renversa plusieurs. Son courage et son sang-froid étonnèrent ceux qui étaient à ses côtés. Les balles qui pleuvaient à Tentour , semblaient respecter tant d'énergie. Il y eut là plusieurs morts et un grand nombre de blessés; mais là encore ^ comme ailleurs, la victoire demeura à la bonne cause, bien que la garde fît tous ses efforts pour se maintenir, bien qu'elle se retranchât sur le haut de la porte, d*où elle fusillait les citoyens. Parmi ceux dont la valeur contribua fortement à sa défaite, on signale M. Thierry, capitaine de l'ancienne armée, qui se battit sans relâche depuis une heure de l'après-midi jusqu'à huit du soir ; il ne cessa pas , quoiqu'une balle l'eût atteint an bras droit. Tant de persistance fut couronné du succès, Thierry eut la gloire d'essuyer et de rendre le dernier ■ ooup de fusil.
D'autres l'imitèrent dans ceJieu et aux environs avec non moins de magnanimité. Le fils d*un citoyen recom* mandable , auteur de plusienr sou vrages philosophiques, M. Charles Massias, officier de cavalerie, se distingua pendant les trois journées^ et particulièrement ans
affaire! du boulejrard du Temple, do Château «d'Eaii et de la porte Sui ut- Denis ; les brades témoins de sa couduitele récompenurrentpar une lettre qu'ils lui écrivirent , et que certes lui et sa famille conseï veronjt comme un titre bien précieux de noblesse civique*
Un ancien juge de paix deNanci sortait tranquille^ ment d* une maison de lame du Faubourg-du-TempIv, lorsquHl vit tomber auprès de lui plusieurs personnes ai. teintes de la mitraille d'un canon qui tirait presque sans relâche ; vivement ému de ce spectacle, et bravant le danger, il alla droit k Tofficiér commandant la bat^ terie, le harangua au nom de la patrie, et parla avec tant d*entrainement que les ol^ciers et les soldats ces? sèrent sur ce point leur feu.
Dans cette journée , le fils de la veuve Mourette ^ demeurant rue JNeuve^de-Bretagne, fut rapporté sur on brancard dangereusement blessé d'un coup de i'ca qu'il venait de recevoir à TUôtel-de- Ville. Sa mère , en le pressant tendrement dans ses bras, lui dit ç
« — En te perdant, mon fils, il ne me reste plus aucun moyen d'existence; mais je suis heureuse, puisque tu meurs pour une aussi belle cause. »
Le fils , se ranimant par la tendresse de sa mère cria d*une voix faible ; A'iVe la charte! F'ipe la Uberté!
Il est maintenant à l'hopice Saint-Louis, et ses jours restent en un péril évident. Que de larmes la patrie aura à verser sur tant de magnanimité !
Les citoyens, vainqueurs, à l'entrée delà nuit , sur toute la ligne des boulevards j'uAqu'à celui de laMaUelaine, ^'approchèrent en triomphe de b porte Saim-
(i5e) Denis, et la jeiiMC Clara Levieax, qui, pendani la bataille^ n'aviiit «esté dVncoorager les Français de la parole et da geste , planta la première le drapeau tricolore qu'elle avait cousu an milieu, pour ninst dire, de la mêlée. Partout les femmes, les jeunes filles animèrent les combattans en bravant avec eux les périls, et en les conjurant de ne pas laisser la victoire aux assassins qui les égorgeaient.