CHAPITRE XVII
Les faubourgs Saint-Jacques et Saint» M arceau, sur la rive gaucbe de la Seine , n'étaient aucunement décidés à supporter les cbaînes dont on voulait les charger; le même esprit patriotique existait dans ces quartiers comme ailleurs. Là, Avec plus de véhémence peut-être , car la population laborieuse qui Thabite tire presque toute son existence du commerce de la librairie et de Timprimerie. Papetiers, imprimeurs, relieurs y doreurs, assembleurs, brocheurs, lithographes, imagers, graveurs, parcheminîers, et ceux attachés aux écoles de droit et de médecince, aux collèges, à tous Itfs établissemens publics qui appar> tiennent à la littérature et aux sciences, aux journaux , etc., comprenaient avec effroi que leur ruina totale était assurée dès le n«oment que la liberté de la presse n'existerait pins.
Certains de mourir de faim en te soumettant aux volontés d*un gouvernement ennemi de U nation , ils pensèrent qu'il vallait mieux mourir avec gloire et areo Fespoir du succès ; leurs compagnies s*organisè* rcnt dans la soirée du 27 , et elles demandèrent aux «lèves de l'École polytechnique de les aider à conquérir leur indépendance. Cet établissement si respectable a toujours renfermé une jeunesse ardente, ennemie de la tjrranuie stupide de et la congrégation , parce qu*elle est très instruite, amie des lumières et de la liberié.
La congrégation et la cour devinaient la pensée de ces élèves; elles frémissaient d'être contraintes à les employer; mais comment s^y refuser 7 Le génie, l'artillerie, les ponts et chaussées, etc., ne sont point des parties où il suffise d'hypocrisie et de royalisme extravagant pour faire son chemin ; il faut là des connaissances positives , une étude continuelle des sciences et des arts, une capacité dont les ultras ne sont point ca-* pables , si^ bien que malgré eux TËcole polytechnique subsistait, nonsans qu'ils l'environnassent de méfiance, de soupçon. Malgré tant de précautions prises, ce n'était encore qu'en tremblant qu'ils jetaient les yeux sur ce bel établissement, et on pouvait avec justesse leur appliquer les deux vers suivans à^Aihalie :
Gomme »i dans le fond de ce vaste édifice
Dictt cachait des veng'euri armés pour leur so^ pliee.
Les élèves avaient lu avec une douleur pareille ètout
( 152 ) tt royaume ^è• fatales ou plutôt lei heoi'ieases ordon'> nancet qai affiontaicnt toutes les lois ; ils éprouvaient une indignation concentrée, qai ne devait pas tarder h éclater; cependant ils demeuraient tranquilles,- altetldant ce que le ciel réserverait h la France. Sur ces entrefaites le peuple environne TËcole, il appelle h la délivrance de la patrie ces jeunes cœurs gui ne battent encore que pour elle; ils hésitent néanmoins, non par crainte personnelle , mais par un sentiment plus pur,celui de ne point commencer la guerre civile; mais lorsqu'ils apprennent que Paris tout entier est en armeS, que la troupe seule est rangée du parti d'un ministère coupable ^ alors ils ne balancent plus , ils s'élancent hors de l'Ecole aux cris de F'ive la charte ! yive la iiherlè! et soudain la foule guerrière donnant le signal d'une obéissance passive ^ les pfend pour chefs et reçoit leur commandement avec docilité.
Ce sont eux qui, dès cette heure décisive^ parurent dans presque tous les quartiers & la tète de Tinsurrection ; eux qtïi régularisèrent des mouvemens héroïques, mais désordonnés; qui leur imprimèrent cet ensemble ^ cette vie , cet accord qui assurent la réussite. Ces écoliers devinrent des chefs consommés ; ils eurent le sangfroid, Vhabileté, le courage, le coup<d*œil de nos vieux officiers. Le peuple , charmé de tant de lalens unis h tant de vaillance , se crut invincible avec eux, et le fut en efielé
Les étudians en dioit et en médecine firent aussi d'heureux efforts; ils combattirent en braves j soignlreut les blessés au milieu du feu : aucun péril ne refe-
nail celte jeunésie belliqueuse, bien convaincue que c'était pour sa cause, pour son avenir qu'elle comb.ittait; nièlée aussi avec les dignes faubouriens, avec les ouvriers animés du meilleur esprit, elle luttait de coa> rage et de dévouement h la chose publique.
Les places de TOdéon , de Saint-Michel , de l'Écolede- Médecine, les quais de la Cilé, furent les premiers tendez-vous des défenseurs de nos droits; Ih ils coni* menc^rent à foudroyer les suppôts de la tyrannie par des feux bien nourris et non interrompus. On se porta h Moniaign^ à la caserne de la rue de Babylone; partout une résistance opiniâtre procura plus de gloire h leurs succès. Dans ce dernier lieu, les Suisses, au déses^ poir, et s'attendant à un massacre général, avaient résolu de ne pas se rendre et de mourir les armes à la main; ils arborèrent, en signe de leur résolution, un drapeau noir à côté de la bannière blanche, et cp début répondit de leur part à ce dessein.
Ils avaient raison de se battre à outrance , car la première résolutiim des nôtres était de ne pas les épargner. Chacun marchait contre eux avec une sorte de colère menaçante que rien ne pourrait calmer. Au moment de partir de la place de l'Odéon pour cette attaque , un jeune homme s'écria plusieurs fois : A moi les créoles! t^ Ils reconnurent sa voix, et tous ceux qui étaient là secondèrent son héroïsme. MM. Touchart et Vairon, imprimeurs, firent ainsi que lui, et ral- Jièrent pour le péril un grand nombre de camarades.
£n approchant de la caserne, afin de la cerner avec |>lu8 de facilité , le peuple fat obligé de s'emparer de
(«54) la maison n» a, rus des Brodcars, et de la trdTcrser; le jardin de cette maison nVst «éparé de la caserne qoe |>arun mura hauteur d'appui. Les habitans, eflrayés i\*:i préparaiifs du combat, laissèrent en fuyant les meubles et un service en vermeil épars sur les tables; de retour, leur surprise fut grande en retrouvant Targenterie quUIs n\ivaieut pjs eu le temps d^^enfermer ou d'emporter avec eux.
Tel était le désintéressement des nôtres; voici un des mille exemples de leur valeur : an jeune homme, âgé d'environ vingt- quatre ans, tenait un pistolet d'une main, et de l'autre un sabre de gendarme; il venait d^abattre un Suisse; deux des camarades de ce malheureux s'élancent avec fureur^ la baïonnette en avant, pour le venger; le jeune homme recharge promptement sou pistolet, tueTun des assaillans et met Taulre en fuite; cela fait, il entre dans la foule comme s*il avait fait une action ordinaire , et son nom reste inconnu.
Une lettre de M. Jules Caron, comqaanjlant la deuxième compagnie , donne sur cette affaire une suite de détails précieux que je me plais à copier. Il dit : « Encore brûlans de Turdeur qui animait les Parisiens^ ceux que le feu avait épargnés la veille et que l'obscurité avait cfaasfcés du champ d*honneur, se retrouvèrent le i<;ndemaiu sans autre appel que la parole donnée sur le» places. Celle de TOdéon fut le lieu où je me rendis. Peu de temps après nous désarmâmes le poste des vétérans de la chambre des pairs et celui des gendarmes situé rue de Tournon. Ces armes augmentèrent le nombre de nos défenseurs^ mais nous manquions
des munitions nécessaires k noire entreprise contre la caserne de lu rue de Babylone. Des bourgeois voisins de ce lieu de réunion avaient bien, il est vrai, travaillé toute la nuit à fondre des milliers de balles. C'était déjà beaucoup, mais Tessentiel nous manquait; la poudre ne pouvait être remplacée par la^ poussière, comme nous avions plusieurs fois remplacé les balles par des cailloux.
» Nons étions déjà plusieurs milliers dans cette pé< nible attente, lorsque nous vîmes arriver une voiture provenant de la poudrière des Deux- Moulins courageusement enlevée de la veille ; on eut une telle ardeur h cette vue, que nous eûmes beaucoup de peîneànous préserver, en repoussant les assaillans , d*nne explosion qui devenait inévitable par Tapproche des armes de ceux qui nous suppliaient de leur en donner. Cependant nous parvînmes h calmer momentanément cette avidité par la promesse d'une égale répariition. J'en fis conduire un baril hôtel Corneille, oùPon avait fondu les balles. Tous lesbabitans de cette nombreuse maison en firenr des cartouches, et mirent en paquet celle pour laquelle ils manquaient de plomb. Des senti-^ nelles furent placées , tant pour garantir le magasin , que pour préserver celui du corps- de- garde de l'Odéoil et de la rue Voltaire. Pendant qu^on faisait cette opé-* ration utile , il nous arriva une pièce de canon qui fut saivie d'une autre ; enfin, la distribution des muni-' lions se fit au milieu d'une allégresse quiallait toujours croissant h mesure que nous approchions du moment de BOUS battre*
< ÔD forma en compagnies cette population tout à i:oup devenue guerrière ; elle éiait composée dliommes irèt-bien vêtos, d'ouvriers à peine couverts, de quelques soldats^ débris des régimens soumis ou fuyards, de gens même dégueniUéd; mais celle difiërence de cos^ tume ne faisait pas celle du cœur; les vceux étaient les hiêmes^ un même but nous appelait, nous rassemblait, la destruction dû despotisme. Pour Tobtenir, il fallait êH battre; partout on était prôt^ de toutes parts on entendait ce mot : Partons! Un ancien élève de TIÉcole politechnique fut unanimement investi du cominantlement en chef. Celui des compagnies fut, en Ijrrande partie j confié aux élèves de celte belle Ecole, et à quelques bourgeois qui , par leur conduite' dans les dernières aflaires , ont prouvé la mauvaise explication du mot/»eA:i/i, que quelques militaires grossiers leur donnaient il y a peu de temps encore. Dans le nombre de ces derniers, je fus ^ris pour commander ia deuxième compagnie du régiment improvisé. Les chefs jurèrent de vaincre ou de mourir. Ce cri fut répété par îreux qui voulurent bien se soumettre à nos ordres. On battit la marche, qu*ouvraient les braves pompiers.
» Sur notre route ^ le peuple nous recevait avec joie, se mêlait aux nôtres, nous aidait à vaincre les obstacles qu'opposaient les bairicades à nos pièces d'artille* rie, sans rien détruire de ce qui nous était si nécessaire en cas de retraite, s^il fallait en craindre une ; déj^ on nous apprêtait du linge et de la charpie pour ceux à qui le sort serait contraire.
* On fit halte rue de Sèvres pour envoyer parle-
(>5î) fikeiH^f £rvec I« coninmndant do la caserne de Babylone j ne voyant pas revenir nos émissaires, on crul qu'il» avaient été retenus j d'autres furent envoyés ; pea de temps après , ils reparurent avec les premiers, nous an* liO.içant que Tenlêtement helvétique nous forçait h combattre. On n'entendit plus qu'un cri : En avatitl On se dirigea de divers côtés pour cerner les issues; une compagnie entra par la rue des Brodeurs, pendant que d'autres allaient occuper di(Ierente& rues.
SI Pendant ce temps, noire autorité momentanée ne put empêcher d'enfoncer les portes d'un couvent qualifié, par le peuple , des jésuites , et qui passait, avec quelque raison, pour renfermer quelques armes. Un couvent de femmes eut le même sort, pour forcer les religieuses h jeter par les fenêtres les paillasses demandées pour nos blessés ; ce que les bourgeoises oflVaient sans y être invitées nous fut refusé par elles. Leur humanité ordinaire fut un moment oubliée.
» Arrivés au coin de la rue des Brodeurs , de Baby«> lone et autres, les maisons furent occupées, les murs escaladés. Une fusillade s'engagea et fut long->temps nourrie de part et d'antre; mais les Suisses, garantis par des matelas, détruisaient nos braves, qui étaient la plupart à découvert et ne pouvaient riposter avec au« tant d'avantage des toits et des hangars environnans. Le projet de mettre le feu k la caserne vint luire , et fut aussitôt exécuté que conçu. La paille destinée aux btes' ses fut arrosée d'essence de térébenthine et placée devant la porte. L'incendie fut allumé sous la grêle ihê halles pur un jeune homme de dix-huit ans.
« Ce nio^en réus&U. La crainte d'être brûlés TÎfs détermina les Suisses h prendre la faite ; ils le firent a^ec as^rz d'ordre, quoiqu'en courant h loutet» jambes , et en nous fançant encore des balles; mais Tardenr qn*on mil à les poursuivre en fit tomber bon nombre sons le feu de nos braves compagnons d*armes. Si on eût suivi le conseil que j'avais donné avant rengagement avec renuemi , nous n*en aurions pas manqué un. Quelques centaines d'hommes embusqués au coin du boulevard les auraient pris en flanc , et ces troupes fraîches auraient rendu la victoire complète. M«D^ quoi me laitsai-je entraîner! N'accusons pas le hasard d'avoir sauvé des gens qui^ bien que méprisables par la vénalité de leurs services, n'en sont pas moins des hommes ! Nous avons triomphé ! que n'avons-nous pu parvenir à ce but difficile par d'autres moyens que l'effusion du sang, toujours h regretter, n'importe d'où il coule ! »
Il y a une simplicité bien digne d'éloges dans ce récit de M. Caron , où lui-même s'oublie pour parler des autres ; mais il peut être certain que la France ne l'oa* bliera pas, et qu'elle le placera au nombre decenz qui o:il le plus généreusement combattu pour elle.
Une autre coionne (t'avançait au pasde charge contre la Cité, que la troupe par&issait vouloir défendre avec énergie. Elle était coo^roandée par M. Petit-Jean , logé rue de l'Échiquier, n» 3o, et avocat au barrean de Paris. Béjh, dans la matinée, il avait réuni une foule de citoyens non moins courageux que lui, et les conimundd au milieu de la mêlée , portant en écbarpe, au« tour de SCS reins, le drapeau tricolore , qu'il arbora
( «59^ lui-même de «es mains victorieuses sur les ioiirs de Notre-Dame. Sa compagnie ctait d'environ trois cents hommes, aaxquels il fit distribuer cinq cents cariou- «hes , et la barangua avec cette énergie entraînante qui parle si vivement an cœur des citoyens , et principale» ment sur la place de Grève, prit part avec -aux combats opiniâtres qui furent livrés sur ce point.
L'archevêché eut à essuyer une attaque décisive. Le peuple accusait avec raison M. de Quélen d'avoir abandonné sa cause pour celle de la -cour ;on lui reprochait «es mandeniens , ses harangues au roi , non conformes h Tesprit del'ÉvaK^le; d'avoir sollicité en faveur des lois désorganisatrices, et oublié trop complètement qu'il devait être le pasteur de son troupeau. On se précipita sar sa demeure somptueuse, mal défendue par les troupes qui la remplissaient; on y trouva de la poudre et des armes. Quelques gens échauffés par l'action répandirent le bruit mensonger, je me plais à le croire, que les.prétres avaient fait feu sur le peuple au travers des grilles du jardin ^ cette accusation amena le pillage , on plutôt la destruction complète du mobilier 9 qu'on jeta par les fenêtres ; Targenterie fut transportée à rilôtel-Dieu ; et parmi ceux qui commirent ces dégâts, il ne fie trouva pas un voleur ^ rien ne disparut ; on brisa seulement. Cet excès est déplorable, sans doute ; il n'aurait pas en lieu si le clergé en général se fut tenu renfermé dans les bornes étroites de ses fonc^ tions sacerdotales ; il a, pour son malheur, voulu trop embrasser et constituer dans TËiat une puissance séparée k laquelle nos moeurs répugnent, et que désor-
mais ^ il ne peut p1u« espérer de cai^ir solitlenient. La Place de Grève , les approches de t'Hôtelde-Ville, dont la posilîon paraissait importa tue aux df.ux partis, furent le théâtre de plusieurs conihatt» sanglaus. Pendant la journée du «dS, la maison commune vers laquelle se dirigeaient plusieurs colonnes de garde nationale , et de citoyens en éclaireurs, fut prise ei reprise douze fois peut-être, non sans une boucherie épouvantable, car la résistance n*était pas inférieure à Tattaque. Les assaillans, c'edth^dire les nôtres, débouchaient par divers points : l'arcade Saint- Jean « Ifs rues de la Tixeranderie, dii Mouton, de..., les quais, et parle pont de fer. On sentait la nécessité de «'emparer de ce point centrai, où les insurgés pourraient établir un gouvernement provisoire , et dont la conquête auraient un effet moral prodigieux; en conséquence, nous déployâmes tous nos moyens pour nous en assurer la possession ; les chances furent tour-à-tour favorables et contraires. Le feu, commencé de bonne heure, ne cessa que dans la nuit; enfin, les efforts de tant de héros furent couronnés d*un plein succès. Les royaux, lassés d'avoir h combattre contre des masses sans cesse renaissantes, évacuèrent ce poste dangereux , et Ih aussi flotta , pour ne plus en descendre, le drapeau aux couleurs victorieuses de la nation.
Pendant cette affaire , vers trois heures, lorsque le feu le mieux nourri, partant du quai de la Grève, battait le quai opposé depuis le pavillon de THorloge jusf qu'à nie Saint- Louis, une vingtaine de jeunes gens , protégés par le parapet, occupaient et défendaient la têts
4la {>ent ««spentln de la place de Grfve; derrière eo rempart, iU tuaient nombre de Saisses. Ceux-ci , fa^ tiguéi par des ennemis aussi redoutables* imaginèrent de les débusquer de leur position ; ils s'avancèrent au acMubre de quinze ou v^ngtsurle poni; h Tinstant noire belle jeunesse, loin de prendre la fuite, se présenta devant eux comme de vieux soldats. Le feu part , del^ Suisses tombent, les autres, effrayés j se retirent. Aussitôt un des plus jeunes combattans s'élance sur le pont^ court au milieu des balles dirigées conire lui , arrive à trois soldats étendus ntorts, s'empare de leurs fusils, de lears cartouches, et revient au milieu de ses camarades en leur .criant : « Amis , voici de' la poudre et des balles. »
L'intrépidité de ce trait est admirable. Un autre plus «xtraordinaire a en lieu au même endroit. Le passage de ce pont terrible coûtait beaucoup de monde , on hé - «itait à le franchir ; un jeune homme harangue les nôtres : i^ — Suivez*-moi , |eur dit-il ^ les balles tuent 9 mais ne font pas mal. Je vais vous montrer comme on les i>rave. Amis , si je succombe , souvenez-vous de moi , et donnez mon nom h ce pont; mon nom portera bonjieur.à notre cause ; je m'appelle d'Arcole. »
Il dit , et avec une magnanimité supérieure aux plus i>eanx faits d'armes, ce héros adolescent s'élance, marche droit h l'ennemi , et meurt frappé du plomb iissassin!!! Mais l'exemple est donné , le sang du marier •de la cause sainte fructifie; le pont est franchi^ et la colonne victorieuse entre au pas de charge sur la place Àe G rêve, a ux cris de f^ive la eharul Gloire à d*Arcole \
el l«v(su de ce noble ciioyenest exauce sur-le-champ : soD nom est imposé au pont dont on lui doit la conquête, tandis que les trois couleurs sont arborées sur le beffroi de TUôtelde -Ville.
Le tocsin de la commune, celui de Saint Gervais , répondent bientôt au tocsin qui depuis long-temps se faisait entendre du haut des tours de Noires-Dame. A cet appel de terreur, plus d'un cœur palpite : hommes, femmes, enfans, vieillards, tous marchent, tons accourent, les uns pour remplacer ceux qui meurent, le* autres pour emporter lesblesséset les morts, sublime et triste spectacle . Chaque compagnie de citoyens est suivie par des mères. des «épouses , des sœurs, des maîtresses, qui, malgré le bronze vomissant le trépas, qui malgré la vivacité de la fusillade, ne peuvent abandonner ceux qui leur sont chers ; elles les suivent dans la mêlée, dont elles approchent de leurs tristes et intrépides 7v~ gards^ les excitant à Tattaque , les secourant lorsqa^il» sont frappés. Des larmes , des plaintes, des exhortations , la crainte de les perdre , le désir de les voir victorieux , remplissent les âmes ou dénotent leurs émotions. Oh ! <ju*un peuple est grand , qu*il est respectable, lorsque dans les deux sexes il déploie de pareilles vertus !
CHàPITRË XVIII.
Les environs de THôtel-de- Ville Toienl également 1^ livrer divers combats partiels, qm n^en sont pas luoins meuniers. On ne peut, dans le premier moment , tout rapporter, tout détailler^ il n'est possible que de saisir quelques parties de cet immense tableau; les détails échappent par leur multiplicité non moins que par leur importance. Je citerai un fait entre mille.
Âa milieu des citpjfens embusqués derrière les rupf Saint Germain TAuxerrois^dela Sonnerie et du Veauqni-tète, se trouvait un jeune homme des faubourgs, porteur d'un bon fusil dont il ne savait pas se servir; un vétéran de l'ancienne armée le prie de lui prêter ion arme pour un instant ; il s*embusqne deirière la borne do café Secrétain j tout-à-coup une colonne de Suisses débouche sur la place du Châtelet; notre brave fait feu, un Suisse tombe. Toute la colonne tire sur lui ; alors il se retranche derrière la maison , chnrge son arme , et tire un second coup avec autant de bonheur que le premier. Les autres habiians Tiniilent, malgré les balles nombreuses que Ton fait tomber sur eux; ces citoyens sont environ cinquante; leur feu intimide 1j colonne suisse , qui se replie en désordre , laissant la place ionchée de corps des siens morts ou blessés.
Dans la rue de la Monnaie ; un peloton de troupes de ligne avait couché le peuple en joue lorsqu'un soldat
tombe en défaillance ; il a reconnu son frère clans fe groupe qu'on ajustait; bientôt, reprenant ses esprits, il sort des rangs, s'élance vers ee frère qu'il allait rgorger, et s'éloignant avec lui après l'avoir vivement embrassé, va défendre ailleurs la cause nationale eu détenant celle de la tyrannie.
A la place des Innocens, un jeune Lillois, nommé Sébile Céleste , arrivé h Paris de la veille, s'était em^ pressé de prendre les armes pour la cause sacrée qui nous animait tous. A la tète d'un gronjie de gnerriers citoyens , il va planter l'étendard triculot>3 sur une barricade , malgré la mitraille et la mousqueterie dont il est le but; il ne peut accomplir son dessein généreux, il recule un instant; n^ais rempli d'une force nouvelle, il y revient une seconde fois; une balle, partie pretqu'ii bout portant 9 lui fracasse les deux jambes; il tombe, et une amputation nécessaire lui est faite avec succès h l'hospice Dubois. Certes celui-là est bien an nombre de ceux à qui la ville de Paris et la France tout entière paieront une dette inscrite h jamais dans uostïœurs.
Une lutte également acharnée avait lieu sur le boulevard des Italiens. Là plusieurs officiers perdent la vie; un, entre autres, frappe un enfant de douze ans du plat de son épée en l'appelant gamin et petit voleur; l'adolescent s'éloigne, arrache tout-à-coup un fusil à un citoyen, Tarme, revient en courant sur l'ofllcier placé au bout de la rue deChoiseul, le couche en joôe yt le tue. On lui demande pourquoi il a commis ce meur* tre, à son âge, et que lui avait fait personnellement cet
( >(i5) ofiliier. • — )I m'.ivait insolté, répond renCant^ il fallait ma YÎeoula sienne. »
Quel quartier de Paris demeure tranquille ? qaell« est la rue où la gaerre n^cclale pat ? il faadrait les. désigner toutes pendant cette journée du 38, qui décida du gain de la victoire.
Vers une heure environ, le duc de Ragttte sortit enfin de la sorte d'upatliie où il était demeuré jusque là. Le général de Walsh depuis quelque temps lui demandait de nouveaux ordres , et Raguse n'en doniMÏt pas. Des officiers se plaignaient j et le mot de traitr« errait dans plus d*une bouche. Le maréchal ne songeait alors qu'à sa gloire complètement flétrie, qu'à rinfamic dont il allait se couvrir en égorgeant lui-même cet -Parisiens que quinze années auparavant il avait livrés anz puissances étrangères. Je sais que plus d'une fois il se demanda s'il ne ferait pas mieux de se retirer et d'abandonner la direction des aÛaires à un esprit moins dévoré de remords ; mais sa position précaire , le désir delà faveur du monarque, un faux point d'honneur, ne lui permettent pas de céder à ce désir; il comprend qae l'heure est venue de se montrer franchement pour la cause qu 'il a embrassée ; il donne donc l'ordre de marcher en avant, et du Carroussel, par la place du Palais-Royal et la rue Croix- des -Petits-Champs, vers la place des Victoires.
Là sont réunis et la garde nationale du troisième arrondissement et les bataillons francs des fa^^urgs Montmartre, Poissonnière, Sdint-Denis, des||PI-ticrs Montorgueil , des halles, etc.; ils commandent à la
( '(iC) tète du Palais- Royal, à la banque de France , aux. Peti»-Pères et à tous les enTÎrons. Leur contenance est ferme ; cependant à l'arrivée des troupes les colonnes de patriotes couvrent la place et l'environnent h tous les débouchés. Un régiment de la ligne est entré en pourparlers avec les nôtres, leun a promis de ne pas les combattre ; on s*est embrassé, la réconciliation est opérée ; mais Ragusc arrive. Il est deux heures ; il est suivi de Tartilterie et d'un corps de lanciers, mauvaise ttsrupe^ insolente et cruelle, et qui ne tardera pas h fuir toute désorganisée.
Le maréchal, décidé à combattre, cherche h retrou* ver dans sa tèie étrangement troublée les combinai-' sons savantes qui autrefois le faisaient triompher des ennemis de la France ; mais ici son génie militaire est muet. Il n'a point à attaquer des étrangers; ce sont des citoyens autrefois ses amis, ses frères, qui sont armés justement, qui ont pour eux le bon droit , et ie secours de Dieu. Il le devine à Tembarras affreux qu'il éprouve, aux terreurs de son âme, à ses trèssaillemens involontaires ; il sait que le premier coup tiré par son ordre va le rendre exécrable à l'âge pré* .sent et h la postérité. Cependant il n'est pas venu là pour faire une simple démonstration, la fatalité l'emporte t il se détermine k nous asiatsi'ner !
Les troupes qui le suivent sont réunies à celles qui déj^ occupent la place des Victoires ; il les poste en face des ru^du Mail desFosaés-Montmartre, du Reposoir, Croiii^BI' Petits-Champs, Neuve*des-Petit8-Champs, et ordonne l'attaque simultanée sur tous les points ; elle
( '6î ) hUeo'y d'horribles déluuaiions se font entendre, le canon chargé h mitraille gronde sur tous les points. Le preuiier c'koc repousse les citoyens dans la rue Montmartre; ils se retranchent dans celles du Cadrau,Maudar, Tiquetonne, vers la Halle et dans les rues de traverse, au passage du Saumoi}. Lit, une lutteopiniâtre s'établit; les Suisses, dirigés vers cet endroit, éprouvent de grandes pertes ; on les tue à coups de fusil , avec des pierres qu^on leur jette des maisons voisi Mes ; chacune est une bastille qui vomit la flamme et la mort.
X^ombre de citoyens se distinguent. Je citerai le nom de M. Poulet, maître d'hôtel garni, rue Saint-Sau» veur , qui abat plusieurs Suisses et les dépouille de leursarmes, dont il gratifie ceux des nôtres qui n'en ont pas. La garde royale bat en retraite ; elle abandonne une pièce de canon qui demeure sur un espace vide, mais dont on ne peut approcher sans péril à cause de la fusillade qui la protège encore. Un élève de TÉcoU polytechnique qui est à la tète du peuple coiirt sur la pièce , et la retient dans ses deux bras :
« — Elle est à nous, s'écriet-il, je la garde, et je mourrai plutôt dessus que de la rendre. )>
On lui crie derrière :
« — Les braves nous sont chers, vous ellez être tué, revenez à nous, n
Le jeune héros n*écoote rien et tient encore la pièce plus embrassée, quoique les balles pieu vent et sifflent autour de lui ; enfin , les siens , encouragés par tant de bravoure y font un dernier effort, s*avancent sur le terrain^ et, par une fusillade Lien nourrie, déterminent
la troupe aenWcluti sa retraile; ils fcauvenl la pièct et celui qui s'en était emparé le premier.
Tandis que Ton se battait oinsi dans le bas de la me Montmartre^ Raguse , qui s'était mis à la tête de la co* lonne chargée de s'emparer des rues du Mail et de Cléry, arriva suivi des siens dans le haut de la rue Montmartre, et pouisa jusqu'environ à Pi&sue de celle Jucquelet ; mais là, rencontrant une résistance opiniâtre de la part des citoyens placés aux fenêtres, ef p>r ceuK qui, H terre, lui tenaient tête encore, il ne put conserver long-temps son avantage; h peine même s'il maintint le combat pendant quelques minutes; bientôt pressé de tontes parts, il tourna bride, et prit honteusement la fuite environné de son état-major^ ^qui se sauva aveclui. Des huées , des applaudissemena, des sifflets, des expressions de mépris, des cris de Fire la Charte! accompagnêreot sa déroute. Il s'éloigna fov rieuxet désespéré 4 s'en revenant vers les Tuileries, où sa présence épouvanta d'une manière étrange les mi* nistres qui s*y étaient rassemblés.
Les efforts faits dans la matinée par les citoyens avaient refoulé dans l'intérieur de la ville la garde royale et les Suisses , depuis le marché Saint» Jean jos-^ que dans le Louvre , à travers les rues de la Verrerie , des Lombards, de la Ferronnerie et Saint-Honoré , ainsi que dans tontes celles adjacentes et qui sont percées en» tre celles-là et les quais.Ce fut aux attaques des rues de s Prouvaires et du Roule que se signalèrent MM. de Laîssac, jeune avocat de Montpellier, aussi recommandable par tes talens que par ses vertus civiques ^
( '69 ) Ifiii allait au feu €n rrgretiant fies parens, mais qoi lift faisait pas moins son devoir en brave; elSaun!ère,Car* cassonais, avocat de la cour royale de Paris. Celui-ci, au milieu d» feu, voyant que ies soldats de la ligne manifestaient des dispositions pacifiques, s'élance vers eux, p;trle au capitaine Marchai qui les commandait, seconsiitue, malgré le péril évident, car les balles sifflaient «•ncore, médiateur entre la troupeet les citoyen». Trois l'ois ilrevi nt h la charge , il exhorte les uns , persuade les autres , et pirvient ainsi h rapporter aux hahitans la parole d'honneur qu'il avait reçue des chefs et des solfiais, de ne plus tirer sur le peuple. La paix est donc rétablie sur ce point par ses soins, et la ville lui doit une couronne civique , car il a sauvé la vie h nombre jleses habitans . ^
Le colonel d a i5«, qui apprend cette capitulation fraternelle , accourt pour la rompre; il commande aux siens de recommencer leur feu , mais tous demeurent immobiles, a — Vous avez juré fidélité au roi, » dit-il. On lui réplique : a — • Nous Tavons jurée aussi k la nation , et la nation est là pour nous sommer de tenir notre parole, tandis que le roi se cache, et nous fait égorger nos frères. « Le colonel, confondu , s'éloigna en donnant les témoignages d'un désespoir profond.
D'autres avocats ont aussi bien mérité de la patrie. Je trouve dans mes notes les noms de MM. Tardieu , blessé a une attaque du Louvre ; Moulin, qui prit nne part active aux fusillades de la place de (^rève; Le Fio et Disson , Dellequin , Andorre, qui, renfermé dans THôtcl- de- Vil le pendant toute la journée du mer-
credi 28, y re»u exp^fcéjrfu ^tiv^ U g»rde royale el des Suisse*. -.,>tH.'« ^r>t.
Le Neutre de latvUlctaitwi baI?yé^*:oii marrchaà i'alla.jiie du Lojivce^^^fnaii lagûrde nàiionale fut repous^bée , malgré sa con&tance, par les ennemis, qui de* l>luyèrent sur ce point des forces supérieures. Je garde ce qui eut lieu sur ce terrain, pour le rapporter lorsque f arriverai aux récita des événemcns de la }oaFnec du 29. .
Le quartier du Palais-Royal néla't pas plu»demeuré tranquille. Là j comme ailleurs , une jeunesse impétueuse, unie h des hommes faits, avait aussi résolu de r «inverser la tyrannie ou de périr à latâcbe. Le péril y était plus imminent qu'ailleurs peut-être: le Carrousel, depuis la veille, élait devenu le quartier- général des royaux , le dépôt de leur armée et le point d'où ils envoyaient des renfots de toutes parts. Des le a6 au suir, ce lieu présentait Taspect complet d'un bivouac militaire ; des corps de toutes armes , cavalerie, infanterie, des pièces de canon en nombre, des munitions de toute espèce Tencombraient. Là, se montrait formidable eu apparence ce pouvoir royal qui serait le lendemain renversé sans retour. Là, on se targuait de lu force , on affectait de Tinsoleuce et du mépris pour cette populace effrontée, qu^ou avait presque honte de repousser autrement qu'à coups de caune.
On devait doue croire que le 28 au matin les eu virons du Carrousel seruint couverts de soldais ; la chose eut lieu de bonne heure. Déjùàhuil heures des lanciers avaient fait une charge dans la rue Saint- Uoaoré| ti
taé un particulier dans le p;iissa^e Deloime , où le peuple s'ëiait refagié. A neuf, ce fipt le tour des Suisses et de Ja garde royale h nous égorger, car Ton ne se défendait pas encore sur cepoi^it jihais les excès de ces satelliter da despostisme aniihèrefil les citoyens, ils courent aur armes, la garde nationale s'organise dans le <1euxième arrondissement non moins que dans les autres. Ou se dirigea vers le Palais-Royal, la rue Richelieu, et lî» commença h midi trois-quarls une fusillade meurtrière qui ne discontinua qu'à neuf heures des soir. lise fit des prodiges de valeur, mais inutiles; la troupe maintint sa position jusqu'à la nuit , n'évacuant la place que peu de temps ayant la naissance du jour.
Le soleil , en se couchant, vit nos frères d'armes vainqueurs dans toutes les autres parties de la ville. A huit heures , les royaux , chassés de tous les postes , n'occupaient plus sur la rive droite de la Seine qu'une portion bien rétrécie de Paris; leur ligne partait du Louvre, en dehors de la place Saint Germain TAuxev rois, se prolongeait sur celle du Palais-Royal, sur la rue Saint- Honoré en deçh de la rue Richelieu , prenait le marché des Jacobins, la rue Neuve-des-Petit-Ckamps depuis celle de Gaillon ,la place Vendôme, la rue de la Paix, le boulevard de la Madelaine, le rue Royale , les Champs-Elysées et la place Louis XV avec les communications du pont de la Chambre des Députés.
C'était bien peu sans doute après tant de jactance et de sang versé ; une situation pareille annonçait une déroute complète. Désormais les royaux, loin de pou- Toir attaquer avec succès , pouvaient à peine se main*
( «7a> tenir dans ces derniers postes, une population immense les y assiégeait déjà , toujours en armes, toujours infatigable, car elle était soutenue par Tamour de la liberté et le patriotisme des habita ns. Ils nous fournissaient des munitions, des rafraîchisse mens et des y ivres ; ils aidaient h nos besoins; nous étion» pour eux des. fils et des frères. Les femmes surtout , avec quelle grâce , quel enthousiasme elles nous secouraient î chacun des nôtres trouvait dans chaque maison asile et de qooi se restaurer.
Il n*en était pas de même de la troupe malheureuse qui combattait pour la destruction des lois. Ses chefs ingrats et égoïstes ne s'étaient nullement occupés si elle aurait faim ou soif; on avait songé h armer les soldats contre leurs familles, et non à les nourrir. L'imprévoyance ^tait égale à l'audace Iblle : ces gens -là voulaient la victoire, et n*avaient pris aucune mesure pour la décider. Le pain , la viande , le vin , manquaient; on donna de Teau-de-vie , mais on oublia le reste , et les blessés surtout. Les secours que ceux ci reçurent, ils les obtinrent de ce peuple qu'ils étaient venus égorger.
Aussi une confusion inexprimable régnait parmi ces régimens ; harassés de fatigue , d'inanition, de tous les maux physiques , de toutes les peines morales , ils ne voyaient venir à leur tête ni le roi, ni le dauphin, ni aucun des grands du royaume. Ils n^éiaient secondés ni par la noblesse, ni par la bourgeoisie; les charbonniers eux-mêmes, dont on avait fait tant de fête, ne paraissaient pas. Cet isolement corn* flet, au milieu de toutes les classes de la société >
( »73 ) était oneprenTe conTaincante que la cause qu.'^îls défendaient était celle d^un seul homme , et point celle de la nation. Cette fureur permanente des citoyens , cette bravoure en eux qu'ils ne soupçonnaient pas , et dont ils étaient foudroyés , les plongeaient dans un découragement mortel. Tout à l'entour était morne et en armes; on les accusait de soutenir les traîtres, leur conscience les ayertissait qu'on avait raison ; d'ailleurs parmi eux existaient déjh des aigreurs, des défiances. Plusieurs régimens de la ligne, en tout ou en partie, avaient embrassé la cause des citoyens ; les autres ne tenaient plus que par un fil h une obéissance insupportable ; ils avaient donc h se craindre réciproquement.
En v^io ,pour les consoler , on leur promettait une gratification pour le lendemain, on leur annonçait la venue de renforu considérables ; ils se montraient peu toacbés , et laissant tomber leurs armes qui retentis- •aient sur le pa? é , se livraient à un repos rempli de trouble et d'accablement.
On a trouvé au château , sous le couvert de M. de Lantivy de Reste, capitaine-archiviste del'état-major général de la garde royale , les pièces suivantes ; elles montrent assez quelles étaient les dispositions de la xonr ayant la journée du 39.
«AKDR aOTiLB. — • ÉT4T-MAJ0R céRÉRAL.
Ordre du jour.
Le rot a chargé M. ie maréchal duc de Ragusede (é^ moigner aux troupes delà garde et de la ligne sa satisfaction de leur bonne conduite pendant ces deux dernières journées. Sa majesté n*attendait pas moins de ;&èle et de dévouement de ses braves troupes, et leur accorde en témoignage un mois et demi de solde ; MM. les chefs de corps feront leurs états de solde ^ et pourront les présenter demain à Tétat-major général de U garde , où cette gratification leur sera pajée.
Paris, le 28 juillet i83o.
Pour le major géoéra] de lerticc et partes ordres, t^ aide-major général d^ service 9
Signù marquis ^b Cooisbuiî*
A M,U colonel du2* régiment de grenadiers à cheval Paris ,ce 29 juillet i83o.
Le major- général de service ordonne au 2* régiment de grenadiers à cheval de se porter à Tentrée des Champs-Elysées poury passer la nuit. Ce régiment sera tout let ordres du général Saint-Chamant.