‹ Une soirée à la Bastille, comédie en 1 acte et en versChapitre 12 sur 19 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

BOISDAVY, RICHELIEI'.

C'est le dieu des raisins qui vous conduit ici! BOISDAVY.

Monsieur, je vous salue.

A part.

Allons, bon !

RICHELIEU

Dieu medamne !

Le bon vin est encor la itieiileure tisane.

Et mieux on est portant, mieux on aime sa loi.

Je vous verse, marquis, pour trinquer avec moi. BOISDAVY.

Merci, je n'ai pas soif.

RICHELIEU

Oh! la mauvaise excuse!

A-t-on toujours besoin des choses dont on use? MU* Delaunay parait à von balcon.

• BOlSDtVT#

Non, je ne veux point boire.

RICHELIEU

Ah ! quel homme entêté!

Vous ne pouvez, marquis, refuser ma sauté!

• boisdavy, à part.

Sa sauté ! sa santé !

richelieu, plut sérieux.

Marquis, vous feriez croire Que vous ne m'aimez pas, en refusant de boire. BOISDAVY.

Certes, je ne dis jkls.

RICHELIEU

Vous me tenez rigueur

l'our avoir dit, peut-être étant de beiie humeur. Quelque plaisanterie, hélas! bien innocente.

iioisdayy.

Ah! voilà la façon dont monseigneur plaisante? D’une femme — elle absente — il attaque l'honneur,

Et me fait compliment d’uu prétendu bonheur, Bonheur que je renie, entendez-vous?

RICHELIEU

Ah! diable I

M ,,# DELA U. VA Y, à part .

Que dit-il?

BOISOAVY.

Il faudrait n’étre qu’un misérable l'ourse vanter, monsieur, d'un bonheur qu'on u’a RICHELIEU, ci part. [pas.

Je suis perdu...

Haut.

Monsieur, prenez-le un peu plus bas...

H 11 * DRLAL.NAY, à part.

Àh! le traître!

BOISDAVY.

Eh ! monsieur...

richelieu, sombre.

Vous êtes en colère ;

Ht vous me refusez devider votre verre?

Réfléchissez encor, voyons, réfléchissez.

Car en me refusant, monsieur, vous me blessez. BOISOAVY.

Mais i! me semble au moins que ce n'est pas sans ricublibu. [cause.

Eh bien ! n’en parlons plus, et causons d’autre BOISOAVY. (chose.

A quoi bon prolonger ce pénible entretien ?

RICHELIEU

Nous causerons encor, si vous le voulez bien.

Ne fdl-ce qu'un moment; pais vous serez le maître De me quitter, monsieur, ou bien de reconnaître Que vous avez eu tort. Vous connaissez, je crois. Du point d'honneur, chez nous, les susceptibles boisdavy. [lois?

Mais...

richelieu, tris-calme et d’un air dégagé.

Vous les connaissez... Je poursuis. Dans ma vie. De me battre neuf fois j ai commis la folie;

Neuf fois ma bonne épée est rentrée au fourreau. Et neuf fois mon rival resta sur le carreau...

Ne m'interrompez pas... L’un d’eux à ma mat-

presse

Ln soir était allé murmurer sa tendresse;

T.'«ulrc avait fait sauter la coupe au lansqueoet; L'autre s’était permis de rosser mon valet; L’autre avait pris mon chien pour un lièvre à la boisdavy, furieux. [chasse.

Quoi ! monsieur.

RICHELIEU

Mais, monsieur, c’était un chien de race!

L’autre m’a refusé, dans un pressant besoin.

Quelques milliers de louis; l’autre d’être témoin. Lorsque je l‘en priais, dans celle même affaire. Cherchant.

L’autre a dit que j’avais un mauvais caractère.

Le huitième, ma foi, je ne me souviens pas De ce qu’il m’avait fait... je lui cassai le bras D'un coup de pistolet, si j’ai bonne mémoire;

Le dernier refusa de trinquer et de boire Avec moi ; je punis un si cruel affront :

Une balle, a vingt pas, lui traversa le front... Refusez-vous toujours de vider votre verre?

Ne le ferez-vous pas, cher marquis, pour me plaire. Hein?...

BOISDAVY, à part.

Si je lui refuse, il va m’assassiner.

Il prend le verre.

Allons!...

RICHELIEU

J’étais bien sûr de vous déterminer.

Il est bon, n’est-ee pas?

boisdavy, brusquement .

Très-bon !

RICHELIEU

C’est du madère.

Mais goûtez ce xérès, pour moi, je le préfère.

BOISDAVY.

Ah! j’ai bu celui-ci pour vous faire plaisir! RICHELIEU.

Refuser celui-là, ce serait vous trahir.

Et faire supposer qu’une cause étrangère...

boisdavy, buvant ; d part.

Il me fera goûter tous les vins de la terre!

richelieu.

Il est bon, n’est-ce pas?

boisdavy, brusquement.

Très-boni

C’est du x étés.

Le gouverneur pour moi l’a fait venir exprès; N’ayez pas peur d’en boire, il en reste a la cave!

BOISDAVY.

Merci, monsieur!

BICIIELIRU.

Peut-être aimez-vous mieux le grave?

BORDAT Y.

Non, monsieur. Selon moi, le xérèsjest fort bon. RICHELIEU.

Il est bon, dites-vous? Eh bien! buvez-en donc!

Il lui Yerse une rasade.”

Car nous sommes amis, n’est-ce pas?

BOISDAVY, d part.

Hum, le drôle!

Haut.

Comment donc!

A part.

Jusqu’au bout il faut jouer mon rôle.

Richelieu lui vene et il semble boira avec plus de plaisir

MAGASIN THÉÂTRAL

■ucaauEo.

Oui donc avait trmé li diicorde entre nou«T Je croii que j avala dit, dans un transport jaiotil. Qu'à dame Dclaunay vous ovies l'air de plaire... boisdavt, butant.

Je n ai pas dit cela, moosicur, bien au contraire!

■ICBMJEU.

N'aycr aucune crainte , elle vient de descendre... Elle est en ce moment auprès de nos «mis; Moi-même, sans cela, me serais-je permis î... BOISDAVT.

Il faut donc avouer...

Richelieu.

Je sais bien, je sais bien ! vous êtes très-discret. Mais enfin, cher marquis, quand même çe serait... Quoi de si merveilleux? avec votre touruure, Votre esprit distingué, votre noble ligure... ' boisdavt , flatté.

Ce n'est pas.

richelieu, lui versant.

* Je sais bien!... mais on pourrait penser Ou une femme jamais n’a dû vous repousser.

boisiuvy, lui versant à son tour.

Vous croyez ?

Jcn suis sûr! et, comme à cette dame On sait que vous avez dévoué votre flamme,

On croit (car votre nom, marquis de Buiadavy,

N est certes pas celui d’un amoureux transi),

On croit qu elle a payé votre vive tendresse Et que vous profilez de sa douce faiblesse...

bouda yy, lui versant.

Vraiment! on croit cela?

RtCHKLLtEU.

Comment donc voulez-vous Qu il en soit autrement? cher marquis, entre nous Vous sérier donc le seul de nos beaux fils dé

t. . i. [France

Dont 1 amour resterait à l'état d'espérance?

Chcvreuse et Canillac, I.afarc et Saint-Simon (Qui n'ont pas votre esprit, et pas un plus grand

n , . [nom

Que vous) triompheraient de toutes nos tigresses, Et vous seul, vous, marquis, n’auriez pas de maîtresse?...

!\on, ce n est pas possible avec vos qualités.

Il suffit de voua voir pour voir que vous mentor! vous monter, n’est-ce pas?

boisdavt, extrêmement ému.

Je sais que la nature

Se montra généreuse en formant ma figure.

Mais les femmes parfois, sois crainte, sois pudeur. Ferment à nos désirs la porte de leur coeur;

Et, malgré son mérite, on voit souvent les belles Rire de nos tourments, de nos pleurs, les cruelles I RICHELIEU.

I.es cruelle», marquis, sont telles pour un sot. Ou pour les ignorants qui leur donnent assaut : Mais pour vous... Allons donc ! vrai ! vous me fai-

Va . 3 , [ r * r B*

ht votre modestie approche du délire...

Madame Dclaunay partage votre ardeur;

Si vous dites que non, vous êtes un menteur!...

BOISDAVT 1 .

Reparlez pas si haut; elle pourrait entendre.

RICHELIEU

Hais, chacun le répété,

Et I on parle en riant de votre humeur discrète!

BOISDAVT.

Puisqu’il en est ainsi, disons la vérité :

, Eh bien ! oui, palsamblcu? cette fière beauté ; A daigné partager mon amoureuse ivresse.

* M< “ delàuxat, à part .

* Le lAcfae !

richelieu, en fausset.

Tu vois bien quelle était ta maîtresse! Oh 1 nuis je m'j connais; reçois mon compliment. Car on n’est pas plus belie.

DOISDATY.

Eh! eh! assurément.

richklieu , à part.

C'est bien!... mais pas assez !...

Osât.

Tu contas cette histoire Chez Nocé, I autre jour, en nombreux auditoire?

BOISDAVT.

Je ne m en souviens plus, mais je ne dis pas non. —Dis-moi donc. Richelieu, leur ai-je dit son nom?

RICHELIEU

Parbleu !

BOISDAVT.

Ma foi, tant pis!

M ,u DELAU.XAT, haut.

Vous ôtes un infâme!

Se faire un pareil jeu de l'honneur d'une femme! Vous en avez menti !

boisdavt, se redressant.

L'on m’insulte, je croi?

Morbleu! quel est celui qui parle ainsi de moi? Tu vas me le payer...

Voyant MB* Delaunay.

C’est vous, belle des belles.

La nuit vient.

Je crois voir de vos yeux sortir des étincelles... richelieu, écoutant.

Chut!

BOISDAVT.

Hein! Qu’est-ce que c’est?

RICHELIEU

J’entends là-bas du bruiL..

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