SCÈNE VIII
DELAUNAY. RICHELIEU, m'r humble et modeste.
M ,,e DELAUNAY, d part.
Richelieu!
Richelieu tourne en soupirant les yeux vers le balcon de MR* Delaunay;il l’aperçoit et feint l’étonnement.
RICHELIEU
• Vous ici?
DELAUNAY, avec ironie.
. Quelle piteuse mine! 1
Vous n'avez pas trop lieu de pleurer, j'imagine; Et. lorsque l’on possède un peu de vanité.
D'un triomphe pareil on est toujours flatté.
Ah ! c’est un beau succès, je vous en félicite,
Kt qui témoigne assez de tout votre mérite... Maintenant le soleil va pâlir... * riciieliku, l inlerromponf, d'une voix emue.
, Vous aussi !
Que vous ai-je donc fait pour me traiter ainsi ? Vous me croyez sans doute une âme assez stérile Pour prendre vanité d'un succès sPfutile...
.Au lieu de lous ces cris que l'on poussait ià-bas, Mieux vaudrait un aveu que l’on ferait tout bas; Mieux vaudrait un regard, un gracieux sourire. Qu’on garde dans Son cœur et qu’on ne va pas dire. M n * DELAUNAY.
Vous in 'effrayez, cher duc ; vous avez l’air vraiment D’un homme qui suivrait son propre enterrement. RIC11FLIRU.
Riez et moquez-vous, selon votre coutume.
De tous les malheureux que la flamme consume; Mais moi je me disais, en entendant leur bruit :
« Ils viennent tous me voir; mais, elle, elle me
[fuit.
» Elle me croit hçureuk ; elle ne sait pas même » Que cet éclat bruyant fait soufTrir quand on u ,,e DELAUNAY. [aime... »
Quoi ! de l’amour, monsieur, vous subissez les lois? Vous n’aimez aujourd'hui qu’une femme à la fois? C’est fabuleux vraiment... Kt quelle est celle belle Qui vous fait tant souffrir?
RICHELIEU
L ignorez-vous, cruelle?.
M 11 * DELAUNAY. [mois.
Moi? Vous raillez, monsieur. Depuis tantôt six Aujourd'hui seulement tbilà que je vous vois. RICHELIEU.
J’étais dans un cachot, vous étiez enfermée.
Vous avez oublié que vous étiez aimée,
Madame ; mon cœur seul éprouvait en secret Le mal que fait soufTrir un amour si discret.
M ,,c DELAUNAY. [biludc.
Ah! c’est vrai, mon cher duc, vous manquez d’ha- Vous qui sautez toujours par-dessus le prélude; Vous qui traitez l’amour comme le grand visir.
Et ne voyez jamais en lui que le plaisir;
Votre façon d’aimer louche presque à l’offense. Vous avez j»eu de flamme et beaucoup d'assu- Yos propos délurés fout sauver la pudeur, [rauce;
Kt font tougir le front, sans nous parler 6u cœur. Cupidon, maintenant, s'habille en mousquetaire.
Et vous faites l amour comme on ferait la guerre. De votre ardeur puur mol Je n’ai point vu l’effet; Pour me plaire, en un mot, voyons, qu’avez-vous RICHELIEU. [fait?
Ce que j ai fait, madame? Il faut donc vous le
[dire,
Afin de vous prouver jusqu'où va mon délire?
Ce que j’ai fait...
• , A part.
Ah ça, que pourrais-je avoir fait?
Haut.
El nia présenre ici n'est-ce rien, s'il vous plaît?
U 11 * DELAIPUÏ.
Je ne vous comprends pas.
RICUELIEU.
Croyez-vous donc, madame.
Que pour montrer l’ardeur qui dévore notre Ame, Il faille avoir... commis quelque illustre haut fait? Si je ra'-étais rendu coupable d'un forfa^
Pour revoir la beauté qu’une prison dérobe, Pour baiser seulement le bas de voire robe,
Qu’en dites-vous?
H 11« OÇ.AURAY.
Je dis que je n’y comprends rien.
RICHELIEU
Vous ne comprenez pas ?
A part.
Je le crois parbleu I bien.
Haut et avec volubilité.
Quand l’amour nous séduit, de notre àme il dis-
[pose;
Il enfante à son gré mainte métamorphose.
Dirigé par l’amour, l’un sort de son néant.
Et de nain qu’il était il devient un géant !
M ,,# DF.f.AL’NAY.
Que mç dites -vous là?
RICHELIEU
. Le géant, au contraire.
Peut devenir un nain, dans le seul but de plaire, Et s’élancer d un bond du brillant piédestal,
Pour suivre deux bcaui yeux qu’il a pris pour • [fanal. ..
Voilà ce que j’ai faitl Qu’en dites-vous, madame? Voilà ee que j’ai fait!
m! ,# delauray, moitié riant.
Mais monsieur, c’est infime! Vous me faites trembler... un forfait, dites vous?
RICHELIEU
Chacun le commettrait pour un regard plus doux. Je le sais ; aussi bien je ne m’en fais point gloire.
- M l,e dblaunay, troublée.
C’est un conte, monsieur!
RICHELIEU
Noü pas, c’eil de l'histoire!
H 11 * DBLAUNAY.
Qu'est-ce, enfin?
RICHELIEU
Pour vous plaire, eh bien, j’ai compromis Ma tête... et quelque peu celle de ines amis.
« l,e deuuray.
Grands dieux!
RICHELIEU
J’ai conspiré, s'il faut que je le dise.
Peur approcher plus près de la terre promise.
* ,,f dblaunay.
Quoi! c’est pour moi, monsieur?
RICHELIEU
J’ai conspiré..’, très-peu ;
| Mais la plus mince mise est grosse à pareil jeu !
M ,,e DELIVRAT. •
j Agir ainsi pour moi, mais c’e6t de In folie! RICHELIEU.
J'aurais laissé sans moi se perdre la partie?
J’ai joué, sans compter, le même jeu que vous; Notre adversaire, hélas! avait tous les «tous.
Et nous avons perdu. La fortune bizarre N’a point favorisé monsieur de Cellemare;
Mais mon arrêt de mort, il était dans vos yeux,
El s’ils m'ont. pardonné, je puis braver les cicux ! R ,,e DF u on Aï*, trh-émue.
1 Monsieur ..
RICHELIEU
Je puis braver la justice, madame;
| Elle flétrit le corps., le dédain flétrit l'Ame!
delaüray, troublée de plus en plus.
Vous ne m’aviez jamais montré ces sentiments D’une façon si vive...
RICHELIEU
• Et mes antécédents?
Ils ont flatté parfois plus d’une grarrtlc dame;
Mais pour vous plaire, à .vous, il faut avoir une Digne d’apprécier ce que vaut le bonheur [içie De faire palpiter un aussi noble rrcur.
Alors je n’osais pas. et, gardaht ma souffrance.
Je la berçais tout bas d’une folle espérance.
M ,l « DELAUfUY, entraînée.
Ah ! j’ai tort de vous croire, et pourtant malgré Je sens.... [moi
• RICHELIEU
Que vous m'aimez?
h! 1 * DEL (CRAY.
* Je sens que je vous croît Richelieu, lui prenant lamain, se jette à ses pieds. * Oh! ce n’est pas assez; il faut m aimer, madame, Car vous ne (foulez plus maintenant de ma flamme?
OEUVRAT, avec coquetterie.
Si cependant, cher duc, mon cœur était promis.
Il faudrait se résoudre à rester bous amis.
Bien de plus.
. richelieu, se levant.
Un rival! Oh! je vous en supplie, Son nom, soir nom, madame l et c'est fait de sa [ Ou de la mienne! [vie
n ,,e nki.AURAY, avec coquetterie.
\ , * Allons! ne vous emportez pas, “
j Je ne veux ni de l'un ni de l’autre trépas;
Mais pour moi .. Boisdavy... parut toujours si Qu’entre vous... [tendre.
richelieu.
Boisdavy? quel nom viens-je d’entendre?
Boisdavy ! C'est donc vrai! le faquin a le droit De se vanter tout haut du bonheur qu'il vous doit!