SCENE Xf
« gouverneur, vous ouvrira sur-le-champ les portes de « la Baslille. « Signé, Dubois. »
Je n'en puis revenir !
Pourtant...
LE GOUVERNEUR
Ce n'est pas moi qui vais vous retenir ! Allez !... et croyez bien que mon âme est ravie De vous chasser, cher duc, pour vous rendre à la vie, Et malgré le plaisir que j'avais à vous voir, Je vais vous dire adieu, mais non plus : t au revoir! »
RICHELIEU
Gouverneur...
LE GOUVERNEUR
On dirait que cela vous chagrine?
RICHELIEU
C'est que...
LE GOUVERNEUR
Vous n'allez pas me prier, j'imagine, De vous garder ici?
RICHELIEU
Cependant, entre nous, Je puis jusqu'à demain rester sous vos verrous.
LE GOUVERNEUR
Mais la lettre, pourtant...
RICHELIEU
N'est point impéralive, Vous savez, gouverneur, elle est facultative. Et pourvu que demain je sois chez le régent, C'est tout ce qu'il vous faut; le cas n'est pas urgent.
LE GOUVERNEUR, ébahi.
C'est la première fois, et vous pouvez m'en croire, Qu'on voit à la Bastille une pareille histoire ! J'ai bien vu quelquefois mes cliens insister Poursortirau plus tôt... mais non pas pour rester.
RICHELIEU, en confidence.
D'être libre demain je suis toujours le maître. Mais l'instant du bonheur ne doit passe remettre; Il faut savoir saisir les ailes des amours; Une fois envolés, adieu ! c'est pour toujours.
LE GOUVERNEUR, avec dépit.
Quoi ! vraiment !
RICHELIEU
Ça va bien î
LE GOUVERNEUR, « part.
Ça va mal !
RICHELIEU
Et j'espère, Grâct? à VOUS, gouverneur, achever de lui plaire.
LE GOUVERNEUR, à part.
Le maladroit ! c'est moi qu'il prend pour conGdent. Et moi qui le prenais pour un homme prudent !
Haut.
Du tout, il est écrit:
Prenant la lettre.
« La présente lettre vous ouvrira sur-le-champ les « portes de la Bastille. »
Sur-le-champ! mon cher maître; L'ordre est bien positif, il faut vous y soumettre.
RICHELIEU
Mais ne pourriez- vous pas?...
LE GOUVERNEUR
Je puis vous faire ouvrir Et vous faciliter le moyen de sortir.
RICHELIEU
Gouverneur î
LE GOUVERNEUR
A l'instant, mon cher, il faut vous rendre.
RICHELIEU
Oh ! mon bon gouverneur, si vous vouliez comprendre...