PAULINE
Mon père, inquiet de l'état dans lequel il me voyait, me permit d'écrire à Marmontel... J'écrivis; ma lettre était simple, elle exprimait ce que je sentais. Je lui renouvelais l'assurance d'une affection que j'étais heureuse de pouvoir lui exprimer, aux termes où nous en étions ensemble... Je lui témoignais la part que je prenais à son malheur, l'assurant qu'il
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n'effrayait pas raoD courage... Mon père , après avoir pris connaissance de ma lettre , l'adressa à M. de Sartines, avec prière de nous faire parvenir la réponse.
ÎIAE.VME GEOFFBl^î.
Eh bien! après.
Elî bien! madame, elle vint cette réponse. Ah ! combien alors je me repentis d'avoir écrit ! Il me serait du moins resté Tincertitude ! Dans sa réponse, Marmontel , après avoir témoigné une sorte de sensibilité pour ce qu'il appelle ma généreuse amitié, ajoutait que la grande leçon qu'il recevait du malheur lui imposait la loi de ne pas associer une femme qui l'aimait au hasard d'une destinée qui se présentait à lui , exposée k des révolutions soudaines , comme devait l'être en effet la destinée d'un homme de lettres. Il ajoutait, que sa raison se serait perdue s'il avait laissé derrière lui, dans sa maison , une femme dans la douleur et l'abandon, sans protecteur, sans appui et pleurant son absence : de ce côté , disait-il , je ne veux donner aucune prisera l'adversité. Si je l'avais
osé , j'aurais brûlé cette malheureuse lettre sans que mon père la lût... Mais ce fut impossible , jugez de sa colère ; ce refus si brusque , sans motif, sans autre raison que la crainte cle souffrir. C'était presque une injustice , mon père le vit ainsi , il voulait partir pour Paris ; mais je lui fis observer que Marmontel était prisonnier , il se contenta" d'écrire. Mais quelle lettre !... Maintenant tout est brisé... et dans huit jours j'épouse M. Saurin!
MADAME GEOFFRlTt.
Pauvre enfant! pauvre petite !... Mais mOn cœur , il y a dans cette histoire un mystère qu'il faut connaître avant de prendre un parti , un parti comme celui-là !... Cette réponse n'est pas naturelle!...
PATJLIIVE.
Comment alors, madame?
Et quoi ! est-ce donc à moi à vous le faire remarquer! cela n'est pas bien , Pauline !...
PAVLIWE.
Et pourtant je l'aime bien !... Dieu le sait!
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MAD^SK CEOFFEl^.
Vous l'aimez et tous l'accusez !... Bel amour vraiment !... Que ferait de plus la haine ?
Oh mon amie ! ne soyez pas aussi sévère pour raoi... Je suis si malheureuse î...
3Ia chère enfant, quelles sont les qualités qui vous ont attachée à Marmontel ?... La noblesse de son àme, la bonté de son cœur. Sa générosité sans exemple peut-être... car elle lui fait porter les fers d'un autre... 11 encourt leblàrae et la haine d'un homme puissant , il est persécuté , malheureux , et tout cela pour ne pas trahir un secret confié à sa foi. Ma jeune amie, croyez-en ma vieille expérience, il n'est qu'une àme supérieure qui puisse inspirer une telle conduite !... Eh bien 1 cette âme est à vous !... Vous le savez.,, oui. vous le savez, méchante fille.... Vous voyez donc bien que votre ami n'a pu vous affliger volontairement.
IAri.I5E.
Mais cette lettre.... cette terrible lettre!
MVDAME GEOFFRIX.
Eh bien!... cette lettre caclie un mystère que je vois sans le comprendre. Mais je questionnerai Marmontel et je saurai tout... (£//eecoi*/e.) Ah !. .. c'est Marmontel et nos amis.
pal'li.\e( allant vers la porte de droite et fort troublée ). Comment sortir ?... Ah ! cette porte....
MADAME GEOFFRiN, poussaiît PauHne vers la porte de gauche.
Non, non... par-là... dans mon cabinet de toilette... Je cours vous y rejoindre.
(Pauline sort.)