‹ Une soirée chez Madame GeoffrinChapitre 19 sur 29 · LES PRÉCÉDÉES, MADAME GEOFFRIN · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDÉES, MADAME GEOFFRIN

Messieurs , j'en agis ave^î vous sans façon ; il y a long-temps que je n'ai vu Marmontel , et j'ai besoin de causer avec lui... Voulez-vous nous laisser seuls un moment ?... Fontenelle, conduisez Panard dans ma bibliothèque; vous y trouverez du feu et les nouveautés de la semaine.

CHEZ MADAME GEOFFRl^. 229

F0XTE5EL1E bas a madame Geoffrin en passant prcs d'elle).

Ne le grondez pas trop... 11 m'a tout conté... Il est bien malheureux.

(U sort.)

scÈ>E yiii.

MADAME GEOfFRO. MARMON itL.

IIALAilE GEOïfEl^.

(Elle regarde Marmontel tristement.) Marmontel. j'ai vu Pauline!...

MARMOMtL.

Ahî madame! tous me dites cela d'un ton de reproche . qui m'annonce de la sévérité de votre part... et Dieu sait pourtant!...

MADAME GE0FFR15.

Que vous avez fait bien du mal à un cœur qui vous aime plus que tout au monde... Dieu , qui voit tout en efiét . peut seul juger de la profondeur de la blessure que vous lui avez faite.... moi, je n'en ai pu juger que par les larmes de la pauvre enfant... Si c'est là ce que

VOUS avez cherché Si dans votre orgueil

d'honime , vous avez voulu savoir ce qu'une îhne de femme peut éprouver de souffrances par l'amour... vous devez être content...

MARMONTEL, indigné.

Madame !

(îl va pour sortii-, puis il revient. ) Ah ! mon amie , comment pouvez-vous me juger ainsi !

MADAME GEOFFRIW.

Que voulez-vous ? Vous ne parlez qu'en manière d'oracle , — vous n'aaissez au'avec

vous n agissez qi

mystère. — J'aime la droiture, moi, vous le savez. — Parlez franchement...

HARMOMEl.

Hélas ! cette triste vérité sera bientôt connue de tout Paris... Le duc d'Aumont ne se trouve pas assez vengé par ma captivité... et le roi me retire le privilège du Mercure... C'est pour moi une question de vie et de mort, vous le savez !

MADAME GEOFFRIN , étOUnée.

Est-il possible !

MARMOWTEl.

II n'est que trop vrai. — Je venais de rece-

CHEZ M.VDAME GEOFFRi:^. 2J1

voir cette terrible nouvelle, lorsque la lettre de Pauline me parvint. — Que pouvais-je faire? — l'appeler auprès de moi lorsque la persécution d'uQ homme puissant me frappait? que la pauvreté, la proscription rendaient ma vie effrayante dans l'avenir. Cette conduite eût été celle d'un malhonnête homme, et je ne le suis pas. — Songez, madame, que Pauline est riche... maîtresse du bign de sa mère. — et que je SUIS ruiné !...

HADASE GEOFFRi:^, cVunc \oiï émuc.

Marmontel , vous êtes un honnête homme , mon ami.

3IAB3I05TE1.

Je n'ai fait que mon devoir... Ah! qu'il fut cruel à remplir lorsque je parlai d'un ton qui devait faire croire à Pauline que je ne l'aimais plus! Mais c'était le seul moyen de tout arrêter. Car Pauline, généreuse et sensible, aurait voulu me faire accepter ce que ma délicatesse d'hommeprivé et mon indépendance d'homme de lettres me défendent d'accepter... Elle a souffert , dites- vous ?.,. Ah ! j'ai bien souffert aussi !

MADAME GEOFFRIK.

Mais n'est-il aucun moyen de réparer...

MAÏIMOÎSTEL.

Aucun. Madame de Pompadour elle-même n'a pu réussir... Le roi a déjà donné l'ordre à M. de Saint-Florentin d'expédier le privilège à M. l'abbé Barthélémy... Mais laissons cela. — Parlons de Pauline... Elle a donc eu bien du chagrin ?

MADAME GÏOFFRIIÎ.

Oh! oui...

MARNONTEt.

(Allant au bureau.) Eh bien! il faut accomplir le sacrifice...

MADAME GEOFFKIN.

Que faites-vous ?

MA.RMONTEL.

Mon devoir...

MADAME GEOFFKir».

Mais encore ?

MARMONTEt.

Je vais tout lui apprendre.

CHEZ MADAME GEOFPRI>'. 2'33

HADAME GEOfFRlS.

Voulez-vous donc avancer l'heure d'une nouvelle douleur pour elle ?

MiBÏO.MEi.

Il le faut.

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