MONTICOURT
Aime-tu mieux les derniers !
CHEZ MADA3IE GEOFFRI5. 2Ao
BARMOMEL (se rasscoit).
Je ne pensais plus , qu'avec Monticourt . il faut ne rien dire , si nous ne voulons pas avoir toute la parodie.
MOr^TltOCET.
Dis donc la satire ?
ÎIAEMO:^TEL.
Satire ou parodie, fais-moi le plaisir de n'en plus parler. Elle m'a fait assez de mal !... et je ne saurais dire quel est le plus atteint, par elle, de moi ou du duc d'Aumont.
(1) Mo^TicocRT (déclamant à Marmontel).
Vous ne savez que dire ? Ah i c'est en dire asset! Vous en dites toujours plus que vous ne pensez.
PA:îiRD.
A sa subtilité, tu sais que rien n'échappe. Encore!... Oh! la maudite satire!!! Fontenelle!... à mon secours!...
ro^TE^ELLE (toujours dans un fauteuil).
Je ne sais que vous dire' et crois en attendant Que le plus sûr parti serait le plus prudent.
(I) Ces vers sont en effet ceux de la satire qui fi« inettie Marmontel à la Bastille à la place de Cury.
246 UNE SOIBÉE
W.VDAMK GKOFFRllV.
Allons , allons... voilà qui est bien... (l) c'est fort bien... Mais laissons ce pauvre Marniontel , et parlons de son élection à l'Académie.
PAÎÎARD.
Oui; demandons-lui s'il a fait sa paix avec le président.
MA.RMONTEI,.
Quel président ?
PANARD
Belle question ? Eh! pardieu , le président!...
MARMONTEL
Il est donc comme la duchesse de Don Quichotte, ce président... il n'a pas de nom.
Le président Hainault. Cela va tout seul.
MAR3I0NTCI.
Eh! grand Dieu! que lui ai-je fait ?...
MONÏICOURT.
Tu as cité une chanson de lui !
(1) Mot habituel de madame Geoffrin quand elle vo\ilait ramener â l'ordre chez elle.
CHEZ MADAME GEOFFRI]^. 24/
M.VRMO:^TEL.
Allons! encore une chanson!...
HADAHE GEOFFBI^.
De qui la tenez-vous , celte chanson ?
MiRXOrSTEL.
De Géliotte.
MiDAMÏ GEOFFRI^.
Eh bien î puisqu'il faut vous le dire , Géliotte ne vous Ta pas donnée telle qu'elle est; il y a un 0 que vous avez retranché. '
MARilOMEL.
Comment , un 0 !...
MADAME GEOFFRI.X.
Et oui, monsieur, lorsqu'on cite, il faut citer juste : le président ne vous a pas prié de parler de sa chanson.
BAKHOIÏTEI.
Mais je l'ai fait avec éloge...
lE COMTE (tirant ^armontel par riiabit ).
Excellenza !... mi pare che vous avez bisogno d'un amico per la battaglia. Vi prego di
scegliermi, che... per il colpodi secondo
laltro di me non si trova perché voyez-
VOUS.... poi ahbiamo la spadina,... ( // tire un grand stilet. )
TOUS, riant.
Ah! ah! ah!...
MARMONTEL ( remerciant par un salut ).
Il n'y a rien de sérieux, monsieur le comte...
PATiARD.
Rien de sérieux ! Comment l'entends-tu ? Querelles de gens de lettres!... querelles à mort, quand l'un des deux ennuie le public et * que l'autre l'amuse.
Pour tout arranger , Marmontel . rendez son
0 au président et convenez que vous avez
eu tort.
MAJIMONTEL.
Je lui rendrai son 0... mais je ne conviendrai pas que j'ai tort.... Ce serait dire, moimême, que je suis un sot.
Est-ce que tu ne l'es jamais ?... une fois de plus ou de moins, qu'est-ce que cela fait ?...
CHEZ MADAME GLOFFUirT. 249
lOr^TlCOlBT.
Allons du courage. Cela ne fait pas plus de mal qu'autre cho<îe , de convenir quon a tort... quand on a raison.
HADA3IE GE0FFP.I5.
Il faut, cependant, que tous soyez élu, Marmontel... Il faut succéder a Marivaux!... Marivaux, dont l'esprit charmant ne murmurera pas de se voir remplacé par vous, au
fauteuil académique Les quarante ne peu-
yent pas vous exclure cette fois si lAca-
démie faisait une telle faute . elle serait blâmée par tous les gens supérieurs de l'époque.
pa:saed.
Elle n'osera.
Mo:sTicorBT.
L'Académie ! oh ! elle ose tout eu ce genre.
MiLiME GEOFFBITÏ.
Au moins, Marraontel , promettez-moi de ne plus faire de livres !
rû:VTE.'SELLt.
Ah ca! mais, c'est une idée fixe... Comment ? vous voulez qu'il soit de l'Académie . et vous ne voulez pas qu'il fasse de livres ! Il est vrai
qu'aujourd'hui, il n'est pas nécessaire défaire des livres pour se présenter à l'Académie: un vaudeville... une brochure... un bouquet à Chloris et voilà qui est dit.
lE COMTE.
Gn m'a dit, en arrivant à Pars, que c'étaiti positiv ameute corne alla nostra academia degli adormentati di Genova , e de i discordanti di Venezia, e chenon era bisogno che de una cosa sola !
MOKTicouBT ( se toumant vers le comte et le regardant comiquement. )
Et quelle est cette cosa sola?..,