GEORGES
De la part de M. de Sartines.
CHEZ MADA:.IE GEOFFRl^. 201
MADAME GEOFfP.lN.
Ah! nous allons enfin savoir...
(Elle lit rapidement.)
Vraiment ! 31. de Sarlines est un homme charmant. Voyez ce qu'il m'écrit.
(Elle doime la lettre à d'Alembert , qui lit tout haut.)
« Madame, j'ai l'honneur de vous annoncer que nous avons enfin réussi. Monsieur de 3Iarmontel est libre... il sortira de la Bastille aujourd'hui même, 30 novembre; et ce soir il aura le bonheur de souper avec tous et ses amis.
j) Je suis allé moi-même à Versailles pour fléchir le duc d'Aumont , dont la colère est toujours aussi vive contre 3Iarmontel , qu'il croit l'auteur de cette malheureuse parodie de Cinna... Décidez votre ami à nommer l'auteur de cette satire , puisqu'il persiste à soutenir qu'elle n'est pas de lui... Car je crains bien que le duc d'Aumont ne le trouve pas assez puni par sa détention à la Bastille... et je ne vous cacherai pas que le roi lui-même est très irrité... Mais enfin votre ami est libre , voilà le grand point.
» Quant à moi, madame, je suis heureux que cette circonstance m'ait procuré le moyen de vous prouver mon zèle. Ma récompense est dans l'accomplissement de vos désirs. »
Comment donc I voilà un billet qui sent son homme de cour... On dirait presque (^ue M. de Sartines en est un...
(Elle sonne.) Entre Georges.
Georges! que Saint-Louis mette les chevaux à l'instant...
Georges sort.
Je suis d'autant plus satisfaite d'avoir réussi que j'avais failli en cette circonstance à une coutume ordinaire , qui est de ne jamais demander aux hommes en place que ce que je suis sure d'avance d'obtenir... Je n'aime pas à céder au pouvoir.
b'alembeut, souriant.
Voilà bien une pensée de femme!
MADAME GE0FFRI5.
Eh! comment voulez-vous que je pense. Je vous dirai comme à Fontenelle : Je pense comme