‹ Une soirée chez Mme GeoffrinChapitre 12 sur 20 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MADAME GEOFFRTN, MARMONTEL.

MADAME GEOFFRIN

{^Elle regarde Marmontul tristement.) Marmontel , j'ai vu Pauline ! . . .

MARMONTEL

Ah! madame! vous me dites cela d\m ton de i^eproclie, qui m'annonce de la sévérité de votre part... et Dieu sait pourtant !...

MADA3IE GEOFFRIN.

Que vous avez fait bien du mal à un cœur qui vous aime plus que tout au monde... Dieu qui voit tout en effet, peut seul juger de Ja profondeur de la blessure que vous lui avez faite... moi, je n'en ai pu juger que par les larmes de la pauvre enfant. . . Si c'est là ce que

vous avez cherché Si dans votre orgueil

d'homme, vous avez voulu savoir ce qu'une

Ame de femme peut éprouver O.e soiifïrances par Tamour... vous clevez-êlre content...

Madf

ame:

( il i^a pour sorlir , puis il relaient.) Ahl mon amie^ comment pouvcz-vous me juger ainsi !

MADAME GF.OFFRIN.

Que voulez-vous? "\^ous ne parlez qu'en manière d**oracle , — vous n\^gissez qi^avec mystère. — J\aimc la droiture , moi , vous le savez. — Parlez franchement...

MARMONTEL

Hélas ! cette triste vérité sera bientôt connue de tout Paris... Le ducd'Aumont ne se trouve pas assez vengé par ma captivité. . . et le roi me relire le privilège du Mercure... Cest pour moi une question de vie et de mort, vous le

savez

— tn —

3IADA3ÎL; GKOFFKiN, étoiinée.

Esl-il posbibie !

MAU;\iO.\TEL.

Il n'est que frop vrai. — Je venais de recevoir cette lenibie nouvelle, lorsque la lettre de Pauline me parvint. — Que pouvais-je faire? — l'appeler auprès de moi lorsque la persécution d'un homme puissant me frap'pait? que ia pauvreté, la proscription rendaient ma vie effrayante dans Tavcnir. Cette conduite eût été celle d'un malhonnête homme , et je ne le suis pas. — Songez , madame , que Pauline est riche... maîtresse du bien de sa mère, — et que je suis ruiné !...

MADA.ME GEOFFRIX , cl'lUie VOIX émilC.

Marmontel , vous êtes un honnête homme,' mon ami.

MARMONTEL

Je n'ai fiiit que mon devoir.;. Ah ! cju^il fut rriiel il reuîpliv lorscpie ic pariai d'uu \m qui

devait faire croire à Pauline que je ne l'aimais plus ! Mais c'était le seul moyen de tout arrêter. Car Pauline, généreuse et sensible, aurait voulu me faire accepter ce que ma délicatesse d'homme privé et mon indépendance d'homme de lettres me défendent d'accepter... Elle a souffert, dites-vous?... Ah! j^ai bien souffert aussi !

MADAME GEOFFRIN

Mais nVst-il aucun moyen de réparer..;

MARiMONTEL.

Aucun. Madame de Ponpadour elle-même n'a pu réussir... Le roi a déjà donné Tordre à M. de Saint-Florentin d'expédier le privilège à M. l'abbé Barthélémy... Mais laissons cela. — Parlons de Pauline... Elle a donc eu bien du chagi-ain?

MADAME GEOFFRIN

Oh ! oui..:

MARMONTELC

f Allant au hureau.J Eh bien ! il faut accomplir le sacrifice. ..

MADAME GEOFFRIN

Que faites-vous ? . iniM iaa.

MARMO INTEL

Mon devoir...

MADAME GEOFiRIN. ,,■{

Mais encore?

MARMOMTEL.

Je vais tout lui apprendre.

MADAJME GEOFFRIN.

Voulez-vous donc avancer Theure d'une nouvelle douleur pour elle ?

MARMONTEL

Il le faut.

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