SCENE V
Madame GEOFFRÎN, FONTEISELLE, MAR- MONTEL, PANARD.
FONTENELLE
EuGn il nous est rendu!... je vous le ramène, et le voilà de nouveau avec ses amis ! . . .
MARMONTEi. •accourant et haisant les mains de madame Geqffrin.)
Enfin je vous revois! ma généreuse amie !...
MADAME GEQFFRIN {émuc, muis se Contenant. )
Je suis bien aise de vous revoir, Marmontcl. . T. I. 17
Je suis bien aise de vous revoir mon amiî...
FOriTEAELLL:.
Est-ce que vous ne lui trouvez pas le teint aussi veraîeil que s'il sortait d'une abbaye (le Bernardins !,.. 31a foi vive la Bastille!... c\\sl nue forl bonne condition que celle de pensionnaire d u roi ... Qu'yen dis-tu. bonhomme Panard ?...
PANARD
Je suis de ton avis , sans avoir pourtant le désir de savoir à quel point celte condition-là est I)onne.
MARVONTELî
Ah I ne le crovez pas. J'ai été bien malheureux pendant le peu de jours que j'ai passés dans les sombres murailles de la Bastille. La Bastille!... ce nom seul glace le coeur,
MADA^ÏE GEOFFRIN.
Puisqu'il en est ainsi , j'espère, Marmontel, que cette aventure vous guérira de la manie de
faire des ver.^'..- et de médians vers encoie; car ceuxde la satire sont mauvais, oîi ! très mauvais!... il faut que je vous le dise, Marmontel. MAnr.iOi\TEL souriant.
Je vous les abandonne... ils ne sont pas de moi...
MADA^ÎE CEGITRIN.
Réellement ?
MARMOWTEL mctlaut Ici maîu sur sa y/o'iirine. Sur riionneur?
FONTENELLE
Ma clière amie, crojcz-!c : il vient de nous donner la preuve" la plus authentique que la satire n^est pas de lui.
liADA.AîE CEOrTRF?>.
Comment cela?
FONTE NELLE
Il ne s'est pas fôché lorsque vous lui avez dit que les vers étaient mauvais.
Tous rîent.
Ah! ah! ah!.,.
PANARD
Parciieu! j^aurais clû le deviner sur celte pensée-là; moi, qui me fâche toujours lorsque Ton me dit que je fais de médians vers !...
MADAME GEOFFFxIN.
Tout cela ne dit pas quM n''en fera plus.
rONTENELLE.
Est-ce que vous allez le recevoir férule en main, après une si longue absence? Allons, clîère Licorne, soyez douce et bonne pour ce soir.. . seulement pour ce soir.
PANARD
Oui, et puis ensuite, si vous voulez le gronder... grondez-le... là, bien fort, pour avoir été assez sot, assez niais, assez infatuépour se laisser mettre en cage à la place d\m autre , un original assez mal appris pour souffrir qu'on aille à sa place en prison... que diable ! on ne laisse prendre sa place à personne , pas plus en prison qu'à table. . . et si j'étais de toi , Marmontel,
— 2G1 — je lui demaiulerais raison Je ceiie belle célc'brité dont il se tlëcharge sur loi... En vcrilr, notre ami, je le le rëpèle, lu n'es i^iCiin ni-.ùs si lu laisses passî?r ainhi celle aiiùire... si c'élinl moi... ( Il /ait mine déporter une botle^ (es autres rient. )
FONTEÎ^IiLLE.
Ah I alil ab! la bonne folie!.. Et pourqi;;)i diable veux-tu le faire battre ?.. . pour quM altrappe un coup d''épée ?... Il a déjà payél amende , puisqu^ii sort de prison... Etre baUu serait trop fort aussi... Toute réflexion faite , ne te bats pasMarmonteil... Ah! ah!... faismoi ce plaisir-là ! . . .
M"" GEOFl KlA'.
Vous devriez être des j^ens sa^es, et vous n'êtes tous que des fous, mais j'ai quelques ordres à donner... vous permettez...
( En passant près de Marmontel elle lui l'u à defni-i'o/j:.
Marmontel j^ii vu quelquVin à qui vous avez fait du mal... J'aime à croire que vous le réparerez...
{Elle sort. )
Fonlenelle , Fanard , Marmontel. Mar^
niontel est près du bureau de madame GeoJ-
frin , et parait rcver. Fonîenelle , s"^ asseoit
dans le grand fauteuil à la Voltaire , et se
met à son aise comme le maître du logis.
PANARD
CVst une bien bonne femme que madame GeofFrin ! ( Il regarde sa culotte de velours noir) elle est amie des arts!... (Il passe sa mam sur son habit)^ bon habit bien chaud! . . . bonne culotte de velours. Oui ! oh décidément..» C'est une excellente femme!...
MARMONTEL ( à part)*
QuVl-elle voulu dire ? ... C'est sans doute de Pauline qu'elle voulait parler... Oh moa dieu !...
— «^oa —
rONTENELLE ( coiiinie Continuant).
Oui!... c^est une excellente femme ! un bon jugement !... Quelque fois même supérieure, mais trop de vivacité , irop d'exigence pour la perfection dubonlieurde ses amis. Eile leur en veut trop d'être malheureux... Gela Timpaliente , tout en les plaignant et les servant même... Et puis sa manie de donner des leçons I . . . elle m'en donne à moi -même ! . . . MARMONïEL ( souriaiit).
Que vous ne suivez pas I
FONÏENELLE.
Oh 1 cela est vrai î
MARMONTEL
Panard , comment se porte Galet ?
PANARD ( (rag-i-comiquement).
Ahî mon ami! il est mort !...
FONTEINELLE.
Allons donc î Galet est mort !...
PAiNARD.
Hélas oui !...
MARiMorsïEt lui prenant la main.
Allons, de la philosophie !
PANARU.
Ah! mon ami ! . . . un homme avec qui je pas» sais ma vie. . . un homme, qui, jamais n'a bu un flacon (le vin sansmoi... même du mauvais!... toujours ensemble!... à la promenade, au spectacle ! au cabaret , ah ! . . .
FONÏENELLE.
Allons, ne pleure donc pas comme cela?
PANARD ( toujours d' UH tou pleureur).
Il est mort au Temple! . . lu sais? ce que nous appelions le Temple des Mémoires. Je suis allé pleurer sur sa tombe! Eh! quelle^ombe!... Ahî mon ami, (« Fontenelle et à Marmontelalter^ nativement). Comme ils me l'ont enterré !
FONTENELLE
Comment donc ?
PANARD
Imaginé-toi, qu'ils ont ctc me le mettre
— 265 ~sous une gouttière!... lui Galet!... lui qui depuis Tàge de raison iVavait pas bu nu verre d'eau !...
FONTENELLE
Ma foi!., c'est un vrai inërait...