‹ Une soirée chez Mme GeoffrinChapitre 8 sur 20 · SCENE TV · texte numérisé non relu

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jy|die SERVIER , M-^ GEOFFRIN.

( Georges , annonçant !) Mademoiselle Servier.

MADAME GEOFFRiN, allant à elle et lui prenant la main dans les siennes Eh ! quoi, Pauline c'est vous. . . seule, à cette heure , sans votre père ! . . .

PAULINE

Mon père sait que je suis ici, madame, et ma gouvernante m'a accompagnée; mais comme j'avais à vous parler de choses intéressantes... je l'ai priée de demeurer dans le carrosse.

MADAME GEOFFRIN

Vous avez Tair abattu... ti-iste... ne savezvous pas l'heureuse nouvelle?

PAULINE

Je ne sais rien d'heureux! de quoi s'agitil?....

MADAKE GEOFFRIN.

Marmontel est libre Il va venir... mais

puisque vous voilà de retour il faut demeurer avec nous... Je vais écrire à votre père.

I^Elle i'a vers son bureau. J

PAULINE

Ah î madame , arrêtez s'il en est ainsi il faut au contraire que je vous quitte. Adieu. Je reviendrai demain ; car la chose est importante et pressée.

(Fausse sortie.) MADAME GEOFFRiN , la ramenant.

Vous ne sortirez pas sans m'avoir instruite. Qu'y a-t-il donc? ah ! je devine... une dispute d'amoureux... car on ne s'aime que pour se quereller, même en amitié... Allons, ditesmoi cela à moi... à moi, votre seconde mère; à moi qui ai fait ce mariage.... n'est-ce pas, mon coeur... j'ai deviné.

PAULINE

Non, madame.

MADAMlî GEOFFRIN.

Comment, non!... mais cela est donc sérieux!... Allons, ouvrez-moi votre coeur... cela fait tant de bien quand on souffre.

PAULINE

Vous savez, madame, que lorsque Marmontel fut mis à la Bastille , nous étions dans Hotre ten^e de Nangis... dès que j''en fus instruite je fus accablée î . . . mille idées plus tiistes les unes que les autres venaient m'assaillir... Je voyais Marmontel dans un cachot... enchaîné.... enfin , je n^avais nulle raison,

MADAME GEOFFRIN

Cest-à-dire que vous aimiez...

PAULINE

Mon père inquiet de Pétat dans lequel il me voyait, me permit d'écrire à Marmontel. .. J'écrivis ; ma lettre était simple , elle exprim.ait ce que je sentais. Je lui renouvelais Passurance d'une afTection que j'étais heureuse de pouvoir lui exprimer, aux termes où nous en étions ensemble... Je lui témoignais la part que je prenais à son malheur 5, T^gsurant qu'il ricWvii\'dii pas mon courago, . . Mon père^ aprèwS

— «253 -^ «voir pris connaissance de ma îellre, l'adressa à M. de Sarlines, avec prière de nous faire pai'venir la réponse.

MADAME GEOFFRIN

Eh bien ! après.

PAULINE

Eh bien! madame, elle vint celte réponse. Ah ! combien alors je me repentis d'avoir écrit ! 11 me serait du moins leslé l'incertitude! dans sa réponse, Marmontel, après avoir témoigné une sorte de sensibilité pour ce qu'il appelle ma généreuse amitié, ajoutait que la grande leçon qu'il recevait du malheur lui imposait la iloi de ne pas associer une femme qui l'aimait au hasard d'une destinée qui se présentait à lui, exposée à des révolutions soudaines, comme devait l'être en effet la destinée d'un homme de lettres. Il ajoutait, que sa raison se serait perdue s'il avait laissé derrière lui , dans sa maison , une femme dans la douleur et l'aban-

— Q54 — don , sans protecteur, sans appui et pleurant son absence : de ce côté , disait-ii, je ne veux donner aucune prise à l'adversité. Si je l'avais osé, j^auraisbrûlécette malheureuse lettre sans que monpèrelaliit...Maiscefut impossible, jugez de sa colère ; ce refus si brusque, sans motif, sans autre raison que la craindre de souffrir. C'était presque une injustice, mon père le vit ainsi , il voulait partir pour Paris ; mais je lui fis observer que Marraontel était prisonnier, il se contenta d'écrire. Mais quelle lettre!... Maintenant tout est brisé... et dans huit jours j'épouse M. Saurin!

MADAME GEOFFRIN

Pauvre enfant! pauvre petite !... Mais mon cœur , il y a dans celte histoire un mystère qu'il faut connaître avant de prendre un parti, un pai'ti comme celui-là!... Cette réponse n'est pas naturelle!...

PAULINE

Comment alors, madame?

MADAME GEOFFRIN

Et quoi ! est-ce donc à moi à vous le faire remarquer ! cela ii^est pas bien , Pauline ! . . .

PAULINE

Et pourtant je Taime bien!... Dieu le sait!

MADAME GEOFFRIN

Vous l'aimez et vous Taccusez!... Bel amour vraiment!... Que ferait de plus la haine ?

PAULINE

Oh mon amie ! ne soyez pas aussi sévère pour moi... Je suis si malheureuse !...

MADAME GEOFFRIN

Ma chère enfant, quelles sont les qualités qui vous ont attachée àMarmontel?.., La noblesse de son âme , la bonté de son cœur. Sa générosité sans exemple peut-être... car elle lui fait porter les fers d'un autre... Il encourt le blâme et la haine d'un homme puissant , il

— ^5C — est persécuté , malheureux , et tout cela pour ne pas trahirun secret confié à sa foi. Ma jeune amie, croyez en ma vieille expérience, il n''est qu'une âme supérieure qui puisse inspirer une telle conduite !... Eh bien! cette ame est à vous!... Vous le savez,... oui , vous le savez, méchante fille — Vous voyez donc bien que votre ami n^a pu vous affliger volontairement.

PAULtaiE.

Mais cette lettre.... cette terrible lettre !

MADAME GEOFFRIN

Eh bien I . . celte lettre cache un mystère que je vois sans le comprendre. Mais je questionnerai Marmontel et je saurai tout... ( elle écoute.) Ahl... c'est Marmontel et nos amis. PAULiwE {allant vers la porte de droite et fort troublée ).

Comment sortir?... Ah! celte porte....

MADAsrE GEOfTRis pôîissant PailUne vers là porte de gauche.

Non, non... parla... dans mon cabinet de loilelte... Je cours vous y rejoindre.

( Pauline i,0}i , )

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