‹ Une soirée chez un médecinChapitre 12 sur 24 · P. DE K · texte numérisé non relu

P. DE K

66 LE REZ-DE-CHArSSÉE

— Ah ! vous voilà, mamzelle Louise ; il y a deux heures que je vous guette, je craignais que vous ne pussiez pas sortir ce soir. — Oh ! dame ! mes maîtres n'en finissent pas ! monsieur est si lent ! madame si exigeante!... On n'a jamais un moment à soi. J' A^as chercher du sirop chez l'épicier, je n'ai qu'un moment... — Mais quand donc pourrons-nous être ensemble... un peu plus longtemps?... — Je ne sais pas... Ah! dimanche, je crois qu'ils vont à la campagne; je m'habillerai, et nous irons promener... — Nous prendrons une voiture... — Oh! non, ça dépense de l'argent; je ne veux pas vous induire en frais; je veux bien faire un bon ami, mais je sais ce que c'est que l'économie!...

— Ah! mamzelle Louise! je vous aimerai bien! — Et moi aussi monsieur Jules. — Mais, ditesmoi bien franchement, là... suis-je le premier qui... le premier que... que vous aimez enfin? — Oh! mon Dieu oui, monsieur Jules. J'ai ben connu un peu mon cousin le dragon, mon pays le cuirassier, un de nos voisins qui vient de s'établir frotteur, et puis un petit domestique de mes anciens maîtres; mais je ne les aimais pas... Ainsi c'est bien comme si vous étiez le premier. — Ah! tant mieux! je suis ben content!... Allons, à dimanche, mamzelle Louise. — A dimanche, monsieur Jules. Je vous attendrai dans la petite rue, pour qu'on ne jase pas dans le quartier... Ils sont si méchants!...

Le couple s'est séparé; je faisais mes réflexions sur le bonheur de M. Jules, quand un homme vint se jeter brusquement contre mes persiennes et y resta collé tout en se parlant à lui-même.

— Ce maudit vin de cabaret ne vaut pas le diable!... ça vous donne soif pour quinze jours...

Page 1