‹ Une soirée du Théâtre-Français, 24 avril 1841Chapitre 1 sur 125 · VIII AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VIII AVERTISSEMENT

Ne parlons pas nous-même; un libraire est toujours suspect en parlant des œuvres qu'il e'dite. Ecoutons les vrais organes de l'opinion littéraire, les impressions de tous les critiques de notre époque; c'est un concert unanime d'éloges.

Voici d'abord le spirituel feuilletoniste du Journal des Débats, M. Jules Janin :

Huit actes, deux pièces nouvelles, une tragédie en vers, une comédie en vers, du même auteur, joués par les mêmes acteurs, devant les mêmes spectateurs, le même soir, pas plus tard qu'hier samedi , jusqu'à minuit ! Certes l'entreprise était hardie, difficile , inusitée, et jusqu'à ce jour on ne pouvait guère citer que feu Dorât à qui cette double aventure fût arrivée le même soir.

« Cependant nous étions à notre poste, et de bonne heure; nous savions à l'avance que le héros de cette double tentative s'appelait M. Alexandre Soumet, et nous étions bien aise de lui rendre tous les hommages qui sont dus à un poète de bonne foi, à un écrivain sérieux et loyal, à un enthousiaste convaincu. Autant le métier dramatique nous fait peine à voir, autant ces nobles efforts d'un esprit courageux nous intéressent et nous touchent. Nous avons en horreur tout ce qui est

DE l'éditeur. IX

la marchandise rimée : en revanche, ce qui ressemble à l'art, à l'inspiration des poètes, nous trouvera toujours plein de respect et de dévouement. Mais quoi! déjà le drame commence! Faites comme nous avons fait hier, prêtez-nous toute

votre attention

t Cette tragédie, le Gladiateur, qui est due à la poétique association du père et de la fdle, est tout-à-fait une œuvre grande et sérieuse dont on ne saurait parler avec trop de ménagemens. La tentative est hardie, elle s'appuie sur deux chefsd'œuvre, Polyeucle et les Mariijrs; elle est écrite avec cette inspiration quelque peu étudiée dont parle l'Art poétique, ore rolundo; de très-beaux vers partis de l'àme et qui retournent d'où ils sont partis, un premier acte vif et rapide, un second acte tout plein de charme , un troisième et un quatrième acte vastes et solennels , ce sont là autant d'élémens de succès auxquels on ne résiste guère. Si la grande comédienne qui est à elle seule toute la tragédie de cette année eût daigné savoir que M. Soumet est un poëte sérieux à qui sont dus tous les égards et qui mérite toutes les sympathies , elle eût insisté pour jouer le rôle de l'impératrice Faustine,

écrit pour elle En résumé, le succès a été

unanime, il est mérité; ce sont là de ces œuvres qui nous font croire encore à l'âme, à l'esprit, au talent, aux honnêtes efforts, à la conscience d'un écrivain

X AVEUTlSStMliNT

« Nous disions donc que la tragédie du Gladiateur avait été suivie immédiatement d'une comédie envers de M. Soumet, le Chêne du Roi.

« Eh bien! ce n'est pas deux succès, c'est trois succès qu'il faut dire, M. Soumet, dans sa retraite, n'a pas écrit seulement le Gladiateur et le Ckêne du Roi, il a encore écrit un poëme , poëme épique! Arrivé avec son poëme à Paris (il revenait d'Italie , tout s'explique ) , M. Soumet , l'illustre auteur de Saill et de Chjtemnesire , dans cette ville si remplie de libraires inlelligens, ne trouve pas un éditeur qui consente à hasarder trois mille francs pour l'impression de sa Divine Epopée. L'auteur l'imprime à ses frais. Très bien. Trois semaines après, jour pour jour, M. Soumet s'en va chez le libraire, non pas libraire-éditeur, mais libraire-dépositaire, pour savoir des nouvelles de son livre. — Monsieur, dit le libraire, tout est vendu. — Tout! s'écrie le poète. — Tout. Et en preuve, voici les billets de Banque que je vous dois. C'est là, je vous l'avoue, le plus grand événement poétique dont il me soit arrivé d'être le témoin. »

M. Hippolyte Lucas écrivait en même temps dans le Siècle :

» M. Alexandre Soumet agit comme leGid,qui,

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