‹ Une soirée du Théâtre-Français, 24 avril 1841Chapitre 16 sur 125 · ACTE I, SCÈNE iV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE iV

Pour triompher.

LE GLADIATEUR

Comment?

ORIGÈNE

La prière et les larmes.

LE GLADIATEUR

Je ne les connais pas. Pour venger nos douleurs Le sang n'est point assez, et tu m'offres des pleurs

ORIGÈNE

Ah! s'il vous faut du sang, vous qu'un pied d'airain foule. Voyez sur cette croix , du sang de Dieu qui coule!...

LE GLADIATEUR

Qu'il nous venge, et je cours l'adorer de ce pas.

ORIGÈNE

Fière , quand on l'adore on ne se venge pas!

LE GLADIATEUR

Quoi ! tant d'affreux tourmens?...

Qu'importe à qui les brave ?

LE GLADIATEUR

Mais tu n'entends donc , prêtre, je suis esclave!

Un être sans foyer, proscrit, humilié.

Plus vil qu'un chien immonde à sa chahie lié ,

Qui parqué dans un coin dévore sa pâture ,

Ou mord avec fureur le fouet qui le torture !

Du sceau de l'infamie on m'imprima l'affront,

IN'on pas aubras, aux pieds... Sur le front... sur le front !

Afin qu'aux yeux de tous le stygmate du maître

Dégradât en moi l'homme autant qu'il pouvait l'être î

10 LE GLADIATEUR

Oh! quels trésors de haine en mon sein amassés!

Quels cris vers la vengeance à toute heure élancés !

Je maudis mes destins, Rome , l'amphithéâtre.

Et j'insulte du pied cette terre marâtre

Qui nourrit l'oppresseur du sang de l'opprimé ,

Cette terre inféconde où mes fers ont germé!

J'insulte le soleil qui vient sur tout rivage

Rendre encor plus pesant l'air lourd de l'esclavage!

A nos dieux , ces tyrans , que je ne connais pas ,

J'oHre, athlète insensé, d'impossibles combats ;

La vengeance m'égare et la sueur m'inonde,

Et j'ouvre mes deux bras pour étouffer le monde !!!

ORIGÈNE

Mais qu'as-tu donc souffert pour de semblables vœux ?

LE GLADIATEUR

Tu veux, prêtre chrétien, le savoir, tu le veux? Voici : Quinze ans passés , j'avais pour protectrice Fausta, qui préludait au rang d'impératrice; Elle n'était point mère, et, pour le devenir, Interrogeait tous ceux qui savent l'avenir ; Elle s'environnait de devins, d'Émonides, Offrait aux dieux des dons dignes des Euménides; Mon épouse en ce temps, Gauloise aux blonds cheveux. Sentait vivre en son sein, exécrables aveux! Un enfant, mon espoir!... et Faustine jalouse, D'un regard envieux contemplait mon épouse. Un jour, que je révais un avenir heureux , Sort du fond du palais un cri funèbre , affreux , Je frémis et m'élance à cette voix connue...

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