‹ Une soirée du Théâtre-Français, 24 avril 1841Chapitre 17 sur 125 · ACTE r, SCÈNE IV. II · texte numérisé non relu

ACTE r, SCÈNE IV. II

Quelle horreur!!! Sur un lit de fer, et pâle, et nue,

3Ion épouse frappa mes yeux épouvantés ;

Un poignard à la main , debout à ses côtés ,

L'Émonide disait : « Fausta, tu seras mère;

« Mais pour donner sa force à l'infernal mystère,

« J'ai besoin qu'un enfant aux yeux encor caché

« Soit des flancs maternels avant l'heure arraché.

« Cet enfant , que mon art pour ses philtres réclame,

« Animera le tien d'une part de son âme ;

« Et tous les deux vivront, unis ou séparés,

« Un nombre égal de jours par le sort mesurés ! »

D'un long rugissement j'interrompis l'infâme ,

Son poignard tressaillit , mais non pas cette femme !

« Un homme ici , cria Faustine , son époux î

« Qu'il soit donc spectateur face à face de nous, »

De ces liens de fer qui font que les os saignent.

Dix Nubiens alors m'attachent et m'étreignenl

Au pied d'une colonne; et, cédant aux efforts,

La colonne à grand bruit s'écroule sur mon corps.

Mais ma chaîne résiste... on accomplit le crime;

Le couteau déchira le flanc de la victime :

Un long cri maternel fut son dernier adieu II!

Le ciel ne tomba pas , et tu parles de Dieu !

ORIGÈNE

Et l'enfant? et l'enfant?

LE GLADIATEUR

Il n'avait plus de mère!

Le mépris de Fausta laissa vivre le père; Mais lorsque vint la nuit, une torche à la main,

12 I.K (.LADIATF.n;.

Du palais odieux je repris le chemin; J'incendiai ses murs , et par des sentiers somhies , J'enlevai mon enfant à travers les décombres ; Je l'emportai bien loin, en Egypte, au Désert... Et je tais la moitié de ce que j'ai soud'eit... Je n'ai plus rien à dire, et tu vois qui nous sommes : Tu connais maintenant ce que m'ont fait les hommes. Ai-je tort de vouloii* tous les exterminer? Ne dois-je pas sur eux...

ORIGÈNE

Tu (lois leur pardonner.

La clémence est un ciel que notre cœur nous donne! L'Olympe foudroyait, le Calvaire pardonne; Et Dieu voulut mourir, sur une croix lié. Pour tendre de plus haut ses mains à la pitié.

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