ACTE r, SCÈNE IV. II
Quelle horreur!!! Sur un lit de fer, et pâle, et nue,
3Ion épouse frappa mes yeux épouvantés ;
Un poignard à la main , debout à ses côtés ,
L'Émonide disait : « Fausta, tu seras mère;
« Mais pour donner sa force à l'infernal mystère,
« J'ai besoin qu'un enfant aux yeux encor caché
« Soit des flancs maternels avant l'heure arraché.
« Cet enfant , que mon art pour ses philtres réclame,
« Animera le tien d'une part de son âme ;
« Et tous les deux vivront, unis ou séparés,
« Un nombre égal de jours par le sort mesurés ! »
D'un long rugissement j'interrompis l'infâme ,
Son poignard tressaillit , mais non pas cette femme !
« Un homme ici , cria Faustine , son époux î
« Qu'il soit donc spectateur face à face de nous, »
De ces liens de fer qui font que les os saignent.
Dix Nubiens alors m'attachent et m'étreignenl
Au pied d'une colonne; et, cédant aux efforts,
La colonne à grand bruit s'écroule sur mon corps.
Mais ma chaîne résiste... on accomplit le crime;
Le couteau déchira le flanc de la victime :
Un long cri maternel fut son dernier adieu II!
Le ciel ne tomba pas , et tu parles de Dieu !
ORIGÈNE
Et l'enfant? et l'enfant?
LE GLADIATEUR
Il n'avait plus de mère!
Le mépris de Fausta laissa vivre le père; Mais lorsque vint la nuit, une torche à la main,
12 I.K (.LADIATF.n;.
Du palais odieux je repris le chemin; J'incendiai ses murs , et par des sentiers somhies , J'enlevai mon enfant à travers les décombres ; Je l'emportai bien loin, en Egypte, au Désert... Et je tais la moitié de ce que j'ai soud'eit... Je n'ai plus rien à dire, et tu vois qui nous sommes : Tu connais maintenant ce que m'ont fait les hommes. Ai-je tort de vouloii* tous les exterminer? Ne dois-je pas sur eux...
ORIGÈNE
Tu (lois leur pardonner.
La clémence est un ciel que notre cœur nous donne! L'Olympe foudroyait, le Calvaire pardonne; Et Dieu voulut mourir, sur une croix lié. Pour tendre de plus haut ses mains à la pitié.