‹ Une soirée du Théâtre-Français, 24 avril 1841Chapitre 42 sur 125 · ACTE UI, SCÈNK III. Kl · texte numérisé non relu

ACTE UI, SCÈNK III. Kl

Ce n'est pas le plus grand , s'il a gardé mémoire De nos bienfaits passés et de sa propre gloire ; Ce n'est pas le plus grand, s'il n'a point oublié Quels liens dangereux au trône l'ont lié. Secouer d'un tel joug la haute dépendance, Ce serait de sa part peut-être une imprudence ! Au faîte des grandeurs , d'un seul pas reculer. C'est en faire un abîme... Allons, osez parler. Dites ce que l'amour de Rome vous inspire.

FLAVIEN

Deux empereurs feraient le malheur de l'Empire. Votre fils de ses droits ne peut se départir; Diviser le pouvoir serait l'anéantir ; Et, loin de retenir Rome en sa chute immense , Ce serait achever ce que le sort commence. De Maxime et Balbin cet accord fut l'écueil : Deux trônes réunis ne firent qu'un cercueil; Et du sénat sortis, dans une de ses fêtes. Le prétoire au sénat renvoya leurs deux têtes.

FAUSTINE

Mes vœux de Flavien ont-ils été compris? Sur l'avis demandé ne s'est-il pas mépris? A-t-il porté les yeux assez haut pour bien lire Le nom que je destine à protéger l'Empire?

FLAVIEN

César doit garder seul le suprême pouvoir-.

FAUSTINE

Il est de tels affronts, qu'on ne les peut prévoir !. Un refus... Appuyé d'un ironique exemple ?

Pourquoi l'impératrice est-elle dans ce temple? Pourquoi suis-je venu, en nos derniers adieux, Des rougeurs de mon front faire un outrage aux dieux? Cet amour insensé qui fait toute ma honte , Au trône des Césars , c'est par lui que l'on monte. Par lui tu peux régner!

FLAVIEIV.

Votre fils a ma foi.

FACSTINE.

Si Niger t'a parlé, n'as-tu pas peur de moi? Juge ici, pour punir celle qu'on me préfère, Par ce que j'ai tenté de ce que je puis faire!!! La pompe qu'en son nom tu venais ordonner, Sais-tu de quels flambeaux je puis l'environner? Sais-lu que cet autel où la conduit ton crime, Peut se changer pour elle en autel de victime? Et que ces dieux, qu'ici l'hymen ose appeler. Demanderont du sang si je les fais parler !!! Je connais ton crédit, je sais que la victoire Recommande ton nom aux soldats du prétoire ; Dans ta perte , en tombant, tu peux m'envelopper , La foudre que j'allume enfin peut me frapper ; Mais qu'importe ma chute , et qu'un empire tombe ! Ma rivale avant lui descendra dans la tombe ! Donnant un libre cours à mon ressentiment. Je triompherai d'elle au moins pour un moment ! O victoire insultante à laquelle j'aspire : Écraser une esclave avec tout un empire ! L'esclave est ma rivale... et voilà son époux !

Page 1