ACTE IV, SCÈNE II
RÂIUAOA L'ÉmOMDE , s'approchant du Gladiateur.
Tu doutes de mon art et la fierté me brave ; Les empereurs romains n'en doutent pas , esclave ; Ils visitent mon antre; et mon dur escabeau Use, en le protégeant, l'or du royal manteau, Ils viennent à mes pieds , ma nuit les environne , Et ce n'est que d'en haut que je vois leur couronne. Ah! tu doutes de moi, faible gladiateur! Le cirque va s'ouvrir, ton front triomphateur Va chercher des lauriers, pour cacher des morsures ! J'ai des lauriers toujours et jamais de blessures. Que je veuille à mon doigt rouvrir mes trois anneaux , Soudain l'essaim bruyant des esprits infernaux S'élance, et vos palais chancellent dans l'ivresse, Et vos chiens affamés hurlent votie détresse. Le Capitole tremble, et l'arbre des grandeurs, Secouant comme un fruit des tètes d'empereurs, Jette ailleurs ses rameaux ; le trône se renverse ! C'est dans ses bras vengeurs Ramada qui vous berce ; Au bruit des cris de mort, la sombre Ramada, Qu'en sa lutte jamais nul athlète n'aida, Et qui seule la^nuit, si son œil ne soinnwîille , Fait planer sur vos fronts l'orage de sa veille. Rome n'a plus d'oracle et n'a que nos leçons ! Les dieux s'en vont de Rome et nous les remplaçons! On nous voit, au milieu de nos philtres funestes. Fouler d'un pied maudit leurs cadavres célestes; Et quand leur feu sacré s'éteint de toutes parts, L'éclair de l'avenir passe dans nos regards !
70 LE GLADIATEUR
Daces, Gaulois, Germains, je le dis sans reproche. Quand vous allez mourir, l'amitié nous rapproche; Mais le danger passé , je vous méconnais tous , Et l'enfer tout entier se replace entre nous.
ESCLAVE GAULOIS
Qu'en dites-vous ?
ESCLAVE GERMAIN
Elle a des élans , de la flamme.
LE GLADIATEUR
La flamme... du démon qui lui tient lieu d'une âme. Mais qu'importe, après tout, quelle que soit la voix, Alors qu'elle maudit, elle est bien de mon choix ! Tu nous dis que la tienne évoque la tempête? Avant qu'on nous convie à mourir pour la fête , Viens jeter puissamment à ce peuple inhumain Nos imprécations, cette torche à la main.
RAMADA L'ÉMONIDE, U torche i la main.
Jamais feu plus ardent ne brûla dans mon âtre.
LE GLADIATEUR
Nous sourirons après dans leur amphithéâtre. Maudissons-les !
TOUS
Oui , tous !
ESCLAVE GERMAIN
Venez , dieux des enfers !
Rougissez dans vos feux les anneaux de nos fers. Pour en ceindre les flancs de cette Rome immonde,
RAMADA L'ÉMONIDE, ogitant sa torcte.
L'esclave se relève, en maudissant le monde.