ACTE IV, SCÈNK III
Ce que leur dent féroce a laissé sur mes os ; Quinze ans n'ont pas changé ma puissante nature , ïls pourront sur mes bras retrouver leur pâture I Qu'ils approchent, j'attends, je serai triomphant, Car je veux vivre encor pour revoir mon enfant !
(Avec la plus profouclo ironie.)
Rois du cirque, le cirque est une de vos gloires. Vos jeux ont maintenant remplacé vos victoires ! Assez d'arcs triomphaux s'élèvent sur vos pas. Et votre cœur est plein de l'ennui des combats; Vous avez des lions pour venir vaincre, ô maîtres, Ceux dont vos grands aïeux ont vaincu les ancêtres ! Que voulez-vous? faut-il , une faux à la main, Moissonner quelque esclave ou sarmate ou germain? Commandez, choisissez, disposez de mon zèle; J'aime l'odeur du sang, lorsque le mien s'y mêle. L'arène est ma patrie et m'offre des lauriers Devant qui pâlirait le front de vos guerriers ; Ce sable boit le sang sans en garder la trace , Et vous battez des mains lorsqu'on meurt avec grâce ; Salut!
LE PRÊTRE DE JUNOX
Le ciel commande, et je parle en son nom : Des chrétiens ont souillé le temple de Junon; Les dieux sont irrités , et d'étoile en étoile D'un nuage de deuil leur olympe se voile. Je vois peser sur nous des orages de maux. En vainle fer se plonge aux flancs des grands taureaux, Et dans leur sein fumant, que mon œil examine,
78 LE GLADIATEUIl.
Junon ne rôpoiul plus aux cris de son Uaniine; Son autel profané vous laisse sans soutien, Si l'affront n'est lavé dans le sang d'un chrétien. Oui , placez vos plaisirs sous d'immortels auspices ; 11 faut des jeux au peuple, aux dieux des sacrifices. Entre eux et Christ, Romains, c'est une guerre à mort ! Immolons un chrétien pour conjurer le sort. Qu'il frappe. ..avec ce sang, pris à sa source immonde, La clémence des dieux coulera sur le monde.
LE PEUPLE
Mort aux Nazaréens !
LE GLADIATEUR , avec iionin.
Romains, j'obéirai ; Et j'incline mon front devant l'arrêt sacré. La foule des chrétiens vous insulte et vous brave ! Je vengerai vos dieux avec mon bras d'esclave : Je punirai son crime et sa rébellion; Mais j'aurais préféré combattre le lion.