ACTE V, SCÈNE VI. fO'î
FAUSTINE. (Elle tomhe sur un banc de picne.)
Oh! grâce , chaque mot est un coup de poignard. Grâce !
LE GLADIATEUR
As-tu donc jamais, toi , fait grâce à personne? INon , je maudis César, je maudis sa couronne ; De mes fers , de ma rage et de mon désespoir, Je maudis cet enfant que tu ne dois plus voir ! Je maudis cet enfant royal , dont l'anathème Est trop lourd à porter pour une esclave même, Et dont le diadème, à l'heure du remord, Attache au front du mien sa couronne de mort !
NÉODÉMIE.
Ah ! c'est une auréole à l'entour de ma tête ! Cesse de profaner la palme qu'on m'apprête : Ces malédictions retomberaient sui- loi.
LE GLADIATEUR
Que m'importe mes jours !
NÉODÉMIE.
Retomberaient sur moi.
Je bénis l'empereur au nom du divin maître : Au nom de Flavien, qui meurt pour moi peut-être; Qui peut-être tout seul, contre un peuple égaré. Tombe pour mon amour sous un trépas sacré.
( On enlond une rumeur. ) FAUSTINE.
Le bruit s'approche...
LE GLADIATEUR, saisissant sa fille.
On vient, on vient...
106 lE GLADIATELU.
NEODÉMIE.
Moment suprême!
Si c'était Flaviea!
FAUSTINE
Ou bien mon fils lui-même !
LE GLADIATEUR
Kon , non , ses assassins te portant son adieu !
NÉODÉMIE.
Ah! quels qu'ils soient, ce sont les envoyés de Dieu !
VOIX DU PEUPLE, au loin.
A la mort!
LE GLADIATEUR
Ce n'est plus le père qu'on réclame , Ce ne sont plus mes bras d'athlète... c'est mon âme , C'est ma fille , jetée au tigre rugissant ! Tes voiles déchirés dégoutteront de sang!... Et peut-être il faudra que ma Néodémie, Pour aller à la mort, passe par l'infamie!!!...
NÉODÉ>IIE.
Non , j'espère mourir avant l'horrible instant; Et Dieu ne voudra pas...
LE GLADIATEUR , avec un cii terrible.
Non, non... je t'aime tant!
Dieu ne le voudra pas... non, ni lui, ni ton père...
Quelle marque d'amour, ô ciel! pour la première!...
(Haut.)
Parle-moi, cache-moi ces cris, ces cris d'horreur, Que je n'entende rien. . . rien. . . pas même mon cœur î. . .
LE PEUPLE
Mort à César !