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trempé que ne l'était l'aimable auteur des Baisers, lie Régulus et de la Feinte par amour. Plus d'un noble courage a reculé devant la difficulté de l'entreprise; il appartenait à M. Alexandre Soumet d'en triompher et de sortir deux fois vainqueur de cette épreuve périlleuse. Il faut le dire, M. Soumet est un des rares poètes auxquels une pareille ambition est légitimement permise; nous en connaissons peu qui puissent raisonnablement prétendre à la justifier avec plus de bonheur.
« M. Soumet est un esprit sérieux qu'on ne saurait traiter trop sérieusement. S'il est des gloires plus éclatantes, il n'est pas de renommée plus respectable, d'un exemple plus sûr, d'un retentissement plus salutaire. M. Soumet est le vrai poëte, le poète des temps antiques, marchant gravement dans sa voie, pénétré de la sainteté de sa mission et de la grandeur de son sacerdoce. Il sait que la poésie n'a pas été donnée à l'homme pour servir à des jeux frivoles, et que le feu sacré doit remonter au ciel d'où il est descendu. M. Soumet porte religieusement sa lyre comme les prêtres les vases de l'autel. Dans une époque où le doute et le découragement se sont attaqués aux plus belles intelligences , il est le seul , à vrai dire , qui ait su conserver la foi primitive de l'écrivain et du poëte. Il a le culte de la muse, il croit fermement à la tragédie , aux grands vers et à l'épopée. Il n'écrit pas, il chante. A l'heure de l'inspi-
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ration, il ne s'assied pas à son bweau; il monte sur son trépied. C'est cette foi naïve, digne d'un temps meilleur, qui lui a fait une place à part et l'a en quelque sorte isolé dans la littérature contemporaine; il s'est tenu constamment à l'écart, négligeant les succès faciles, n'apparaissant que de loin en loin , peu préoccupé du bruit ou du silence qui se faisaient autour de son nom , étranger aux luttes mesquines et aux rivalités vulgaires.
Nous ignorons quelle part l'avenir réserve à M. Soumet; mais, quelle qu'elle soit, l'avenir s'étonnera d'apprendre qu'au dix-neuvième siècle, dans ce siècle de publicité dévorante, de célébrités éphémères et de vaines agitations, un homme s'est rencontré, assez épris de la vraie gloire pour se condamner à dix années de labeur et de réclusion, à cette fin de doter la France d'un poëme épique , chose dont la France se souciait le moins. Cet homme est M. Soumet. Il a vécu dix ans dans son œuvre , comme le ver-à-soie dans sa coque, loin des joies et des fêtes du monde, luttant contre le Dieu, tantôt vaincu , plus souvent vainqueur , et enfin , au bout de dix années, il est sorti de sa retraite et nous est apparu radieux , tenant d'une main sa lyre encore frémissante, et de l'autre un poëme de douze mille vers, intitulé : la Divine Épopée.
« On ne saurait avoir trop d'estime ni trop de respect pour tant de courage et de volonté, et s'il
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est vrai, comme on l'a dit, que le génie, c'est la patience, la France n'a plus qu'à ceindre les tempes de son poëte des palmes de Tasse , du Dante et de Milton. On retrouve dans toutes les œuvres de M. Soumet la même foi patiente et laborieuse; s'il eût vécu quelque mille ans plus tôt, M. Soumet eût élevé des cathédrales. Il est aujourd'hui un des rares esprits qui aient conservé dans toute leur intégrité les belles traditions de la haute littérature, le seul peut-être qui Va prenne encore tout à fait au sérieux. Trempé de bonne heure aux sources les plus pures, il n'a point bu aux flots amers, et, chastement drapé dans sa robe classique, il a vu passer, sans le suivre, le torrent du drame moderne. Il est resté fidèle à ses dieux. C'est donc un homme à part, ainsi que nous le disions tout à l'heure, digne de toute espèce d'égards; et quelle que soit la valeur absolue de ses œuvres, la critique la plus exigeante ne saurait y toucher sans une sorte de vénération . tant on y rencontre à coup sûr un sentiment élevé du beau et de l'honnête, la conscience du bien et la louable ambition d'atteindre aux célestes sommets.
« Tous ces nobles instincts , toutes ces qualités précieuses se retrouvent dans le Gladiateur
t Une demi-heure après la représentation de celte tragédie, devant la même assemblée encore toute émue et toute palpitante, le rideau du
JtXlV AVERTISSEMENT
Théâtre-Français s'est levé, et les mêmes acteurs ont joué sans fatigue, et avec une désinvolture parfaite, une comédie de M. Alexandre Soumet. Ainsi que nous le disions en co mmençant, le sourire après les larmes , la petite ovation après la grande, le bouquet de fleurs après la couronne de lauriers. Certes, cette soirée, dont nous garderons un long souvenir, n'aura été sans gloire pour aucun de ceux qui en ont fait les frais. A M. Alexandre Soumet et à M°" Gabrielle d'Altenheym la plus belle et la plus large part; à tout seigneur tout honneur; puis à M^' Doze, si char mante sous le voile blanc de Néodémie ; à Mil' Rabut, si pleine de grâce et de bon vouloir; à MM. Ligier, Guyon, Geffroy, Régnier, qui ont si bien servi les intentions du poète ; enfin à tous ces soldats de l'intelligence, qui ont triomphé deux fois sous le même drapeau , toute sorte de complimens qu'on ne suspectera pas de partialité. »
On le voit , la presse entière avait noblement parlé; tous les critiques semblaient avoir dit leur dernier mot sur cette soirée mémorable, et près d'un mois, c'est-à-dire près d'un siècle avait passé sur la tête de la population parisienne, de cette population oublieuse pour laquelle nulle gloire ne dure