‹ Une solution du problème agraire: La terre à la famille paysanneChapitre 26 sur 44 · VI. — ZONE DE GRANDS DOMMAGES · texte numérisé non relu

VI. — ZONE DE GRANDS DOMMAGES

[de tranchées^ de combats et de bombardements.)

Cette zone est beaucoup plus vaste que la précédente. Le sol peut être remis assez aisément en état de culture. Les travaux de comblement et de

nivellement des tranchées, des trous d'obus, d'enlèvement des réseaux et des projectiles, de réfection de chemins, ont été activement poussés. Des résultats très ^sérieux ont déjà été obtenus par le Service des travaux de première urgence du Ministère des Régions libérées. D'ici la fin de Tannée 1919 il est probable que la plus grande partie des terrains de cette zone pourront être rendus à la culture.

Malheureusement, il n*en est pas de même des bâtiments. De ce côté-là tout, ou presque tout, reste à faire. Et comme les cultivateurs ne peuvent pas revenir s'ils n'ont pas de bftti9ients, même sommaires, pour se loger et abriter leurs animaux, une partie de cette zone va rester inculte pendant longtemps encore.

Le nombre des villages rasés., ou pouvant être considérés comme tels, dépasse le chiffre de 2.000. Sur ce nombre, 300 à 400 environ se trouvent dans la zone rouge. Le reste, soit près de 1.600, appartient à la zone de grands dommages, où la vie agricole doit reprendre.

Va-t-on reconstruire ces villages ? Il semble bien qu'on y songe et que, jusqu'ici, aucune autre conception de reconstitution n'ait été envisagée. Et ceci montre combien la force de la tradition est puissante, alors même que cette tradition est en opposition avec les intérêts matériels les plus évidents des populations agricoles. Tout le monde est d'accord pour reconnaître que le morcellement est incompatible avec les conditions économiques ac* tuelles de la culture et qu'il doit à tout prix dis-

paraître. Malgré cela, personne ne remarque que la reconstitution des villages de cultivateurs amène précisément la renaissance du morcellement tel qu'il existait auparavant.

La situation actuelle, si douloureuse à tous égards, offre cependant aux cultivateurs des régions dévastées une occasion unique de rompre avec une concentration villageoise que la tradition a maintenue, en reconstituant Texploitation rurale d'une façon rationnelle. Il ne faudrait pas que malgré cela ils retombent dans l'ornière du morcellement. S'il en était ainsi ce serait à désespérer. de toute amélioration foncière.

Voici des régions entières rasées. Ce sont de véritables territoires de colonisation (avec cette différence que les propriétaires existent et que leurs droits sont bien définis). Or, que dirions-nous d'une œuvre de colonisation qui rassemblerait les colons en villages et diviserait le territoire à coloniser en petites parcelles qu'elle répartirait entre les colons rassemblés. Ce serait tellement absurde qu'elle ne trouverait pas de colons.

La colonisation ne se fait pas de cette façon, mais par la constitution de lots compacts sur lesquels les colons s^installent. C'est même cette division rationnelle du sol qui donne aux pays neufs la plus grande partie de leur puissance de productivité.

Il faut remarquer que, dans bien des cas, le village ne pourra pas être reconstruit au même endroit ; c'est sur son emplacement en effet que, par suite des concentrations des feux d'artillerie, les destructions soiit les plus importantes ; tout est

98 UN PROORA^MB AGRAIRE DE RECONSTITUTION

anéanti : bfttiments, cours, rues, jardins, vergers. Les travaux de déblaiement coûteraient parfois aussi cher que la reconstruction et les dangers que présente le déblaiement sont nombreux, en raison de Tabondance des projectiles non éclatés»

IL faudra, bon gré mal gré, si Ton veut à tout prix refaire un village, le construire sur un nouvel emplacement. Mais ce que les ruraux recherchent surtout dans la reconstruction du village, c'est leur chez-eux d'autrefois : les mêmes aisances, les mêmes dispositions de voisinage, tout un ensemble de choses auxquelles ils étaient habitués depuis leur enfance. Ce chez-eux ayant disparu pour toujours, la principale raison qui les retenait au village n'existe plus.

On devrait donc tirer parti de la loi du 4 mars 1919 pour Texécution d'un véritable lotissement du territoire de chaque commune. Le village ne serait plus constitué que par Téglise, la mairie, l'école, les maisons des artisans, des petits commerçants et de quelques cultivateurs ou de journaliers. Le reste du territoire serait divisé de façon à constituer, comme dans l'Ouest^ des exploitations autonomes, c'est-à-dire d'un seul tenant.

De cette façon on donnerait vraiment aux pays dévastés une vitalité nouvelle et une force de productivité dont on ne peut soupçonner actuellement la puissance.

Tout ceci ne peut se faire qu'avec l'agrément des intéressés, mais il est nécessaire de les guider et de leur démontrer où sont leurs véritables intérêts.

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