DES CONCESSIONS DANS NOS COLONIES
11 y aurait un moyen d'ailleurs d'avoir des propriétés à meilleur compte et, par conséquent, des propriétés qui pourraient être loties et pourvues de bâtiments sans que leur prix de revient dépasse ime valeur très modérée.
M. du Maroussem Ta indiqué le premier et je considère son système comme séduisant quoique susceptible de ne fournir qu'une très faible partie des immeubles nécessaires. La situation des propriétaires fonciers qui n'exploitent paSj devient chaque jour plus mauvaise : leurs revenus n'augmentent pas et leurs charges augmentent ainsi que le coût de la vie. Ils s'appauvrissent tous les jouts,
A moins de se remettre eux-mêmes à la ctdture, ou d'y remettre leurs enfants (dans ce cas la ques-
tien ne se pose pas), ceux qui ne possèdent pas d'autres revenus seront, en grande partie, amenés à la vente ; ils sont voués à l'expropriation naturelle.
Voici donc un élément rural non exploitant qui est susceptible, s'il est utilisé, de fournir quantité d'hommes énergiques et laborieux et qui, cependant, va être peu à peu éliminé de la vie rurale, sans profit pour la nation.
Ne serait-il pas possible de tenir, à ces propriétaires ruraux non exploitants^ le raisonnement suivant : « Vous vivez médiocrement, votre situation est de plus en plus modeste et souvent de plus en plus gênée. Vous ne voulez pas ou vous ne pouvez pas vous mettre vous-même au travail de la terre. Ne serait-il pas beaucoup plus avantageux que vous cédiez à l'Etat une partie de vos biens ruraux contre une certaine somme d'argent et la concession de biens fonciers aux colonies, où il vous serait possible de créer de vastes entreprises susceptibles d'un développement considérable. De cette façon, vous travailleriez utilement à votre fortune et à celle du pays. »
L'Etat aurait ainsi, pour ses entreprises coloniales, des éléments purement français, qui appor^ teraient à la vie de nos possessions lointaines une activité qu'elle n'a pas.
D'autre part, il récupérerait en vue de l'extension des exploitations, familiales des biens ruraux, dans des conditions avantageuses, permettant réellement de faire accéder facilement le salarié ou le petit exploitant à la propriété.
Vraiment il y a, dans ce sens, un effort extrêmement profitable au pays à accomplir, mais nous ne le considérons que comme un m,oyen de corn-* plément.
Certains ont trouvé singulier que l'on cherche à envoyer ainsi aux colonies des Français (le reproche a été formulé à la tribune de la Chambre) Jilors que notre pays manque de cultivateurs et que nous demandons de la main-d'œuvre à l'étranger.
C'est là un reproche bien injuste puisqu'il s*agit, non pas de cultivateurs, mais de propriétaires, sans situation réelle et qui ne veulent pas ou qui ne peuvent pas faire en France de la culture pour leur compte. Ils feront peut-être d'excellents colons dans des pays où la main-d'œuvre indigène ne manque pas.
Au début de ce'travail nous avons montré que le vide se produit à la base de notre édifice s'ocial et que de très inquiétantes lézardes sont visibles dans la maison française. Et ce qui est particulièrement grave c'est que le mal dont nous souffrons a des origines lointaines. La guerre n'a fait qu'en précipiter révolution.
Devant un péril si pressant, certains théoriciens, dont tout le programme consiste à ne rien faire, se bornent à déclarer qu'il suffit < que les associations soient favorisées, que le crédit agricole soit propagé, que la liberté du travail et la sécurité des entreprises se voient garanties et la condition des populations rurales s'améliorera ». C^est la tarte à la crème habituelle. Elle a trop servi.
Qu'importe pour eux que la maison brûle pourvu que leurs principes soient saufs. C'est avec une pareille méconnaissance des nécessités imposées par les circonstances que Ton perd un pays.
Depuis trente ans cette politique d'abstention est plus ou moins pratiquée dans le domaine agraire. On peut en apercevoir aujourd'hui les fruits : cam-
pagnes dépeuplées, vie chère en permanence et disette à nos portes.
Ce n'est vraiment plus le moment de disserter sur des principes qui n'ont de remarquable que leur caractère négatif. Il faut agir» C'est pourquoi une politique agraire saine et vigoureuse, appuyée sur un programme bien défini, doit être pratiquée de toute urgence. 11 importe que Ton aboutisse au plus tôt.
Il n'est pas un pays qui, à l'heure actuelle/ ne s'en préoccupe. Bien plus, depuis longtemps, autour de nous, un grand nombre d'Etats sont déjà passés à Texécution d'un programme hardi et conforme aux inéluctables nécessités de l'heure présente.
Politique agraire partout : en Angleterre, en Irlande, au Canada, en Nouvelle-Zélande, au Cap, en Italie, en Roumanie, etc.. sans parler de l'Allemagne.
En Angleterre, on va vite dans ce sens. La loi pour rétablissement à la terre (The LandSettlement Bill) qui a pour but le développement des petites exploitations rurales, va être appliquée. On y prévoit même l'expropriation (inutile chez nous), et nous savons, personnellement, que beaucoup de grands propriétaires mettent amiablement des terres à la disposition des organes d'exécution, afin d'éviter cette mesure. Un crédit de plus de 500 millions (20 millions de livres) sera ouvert aux Conseils de Comté pour les opérations des deux prochaines années.
Dans la discussion qui a eu lieu, en avril 1919,
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à la Chambre des Communes on a dît (Sîr Mac- Lean) que les petits cultivateurs ont constitué « une sorte de ceinture de sauvetage » (a king of life pendant la guerre et qu'il faut que, dans dix mois, on puisse répartir 500.000 acres (200.000 tares) à 20.000 hommes au moins et qu'il es cessaire, pour cela, que le Gouvernement p acheter n'importe quelle terre, de n'importe q façon, pour un besoin public. Un autre ora M. Royce, a ajouté que les propriétaires foi étaient désireux d'aider le projet. Les oppo ont surtout trouvé que la loi n'était pas assez cale. M. Seddon a fait observer « que nulle n ne peut espérer être assez saine et virile pour tenir la concurrence mondiale, si elle a une mentation de sa population urbaine et une din tion de sa population rurale ».
En France il faut tendre méthodiquement, énergique ment, vers la reconstitution et le < loppement de la propriété paysanne ou fanûl vers la reconstitution par le remembrement n nel de la propriété pulvérisée qui, dans sa f actuelle, condamne à une quasi-impuissanc grand nombre de nos régions ; vers le déveli ment, par la division de celles des grandes e: tations qui manquent de main-d'œuvre.
Trois résultats, indispensables au relèveme notre pays, pourront ainsi être atteints simul ment ; fixation k la terre d'un plus grand no de travailleurs ; accroissement de notre popul agricole et augmentation de la production des rées alimentaires de première nécessité.
Jusqu'ici on s'est préoccupé beaucoup plus de Tindividu que de la famille. Or, c'est la famille paysanne qui est vraiment l'élément capital, la cellule vivante du corps social français. Elle seule peut lui permettre de retrouver son ancienne vitalité.
C'est pour cela qu'il faut fournir à la famille paysanne les moyens économiques nécessaires pour assurer son plein développement i c'est-à-dire T^xploitation ou la propriété qui correspond à sa puissance de travail.
Sans méconnaître l'utilité et même la nécessité des efforts qui sont faits en vue d'améliorer la condition matérielle de l'ouvrier agricole, aGn de le retenir à la terre, nous croyons que ce sont là des remèdes insuffisants pour le mal dont nous souffrons et qu'il faut aller beaucoup plus loin.
Le remède doit être plus énergique si l'on veut éviter une crise beaucoup plus grave encore que celle que nous constatons. C'est vers l'accession des ouvriers agricoles à la propriété qu'il faut s'orienter et sans retard.
La guerre a créé une situation nouvelle et il faut satisfaire aux désirs légitimes des masses rurales, désirs qui sont en concordance complète avec les nécessités économiques du temps présent. Cette situation commande, dans un but de conservation sociale et aussi pour l'amélioration de la production agricole, certaines réformes hardies et certains sacriGces.
Tout cela exige la création d'organismes actifs de réalisation. Le crédit à lui seul, est insuffisant^
surtout s^il est fourni avec une excessive parcimonie^ C^est un moyen passif et non le moyen actif qui convient pour reconstituer et développer le cadre de peuplement normal de la France paysanne qui est la propriété familiale. Nous avons exposé Comment peuvent être conçus ces organismes sous la forme de Sociétés foncières régionales demandant leurs moyens d'action à TEtat^ aux associations agricoles et à Tépargne publique. Ils nous permettraient d'obtenir, sans heurts et sans mesures violentes, des résultats d'une énorme importance sociale et économique.
La grande culture ne va pas manquer de subir le contre-coup des modifications survenues dans les conditions du travail industriel ; les difficultés pour elle vont s'accroître ;^ elles seront parfois insurmontables et, de toute façon, elles réduiront encore sa puissance de productivité. On ne saurait donc trop insister sur la supériorité que va prendre sur elle l'exploitation paysanne renforcée par l'organisation syndicale et coopérative. Cette supériorité existe déjà d'une manière incontestable. Elle va revêtir désormais une ampleur que' l'on ne soupçonne pas.
Cette magnifique tâche de restauration de la France paysanne^ dont la portée est immense^ est une de celles qui s'impose au syndicalisme agricole. Son action dans ce sens peut être décisive. Les syndicats agricoles se sont surtout développés et ont atteint leur plus grande puissance dans les régions où la terre est entre les mains de la petite culture ; ils constituent par leurs