Une tuerie au XVIe siècle
Uionqiietliaque écrivain, loul cnavanranl qu'on ne lit plus les prélaces, n'en ("ail pas moins bravement la sienne, qui souvent n'a pour but que d'allonger son livre des 50 pages reclamées par son éditeur, et que d'ailleurs notre époque littéraire foisonne de grands génies qui rougiraient de solliciter comme le vieux Corneille l'indulgence du public, convaincus qu'ils sont de l'allilude et de la magnilicence de leur œuvre, nous profiterons cependant de cette antique et bonne méthode dans
laquelle on a le lecteur pour confident, avant de l'avoir pour juge.
La Uitérature belge, si l'on peut donner ce nom aux rares productions dans lesquelles on a vu poindre un talent réel; la littérature belge, qu'on nous pardonne cette orgueilleuse expression, se trouve dans l'une des plus tristes conditions de développement normal qu'il soit possible de rencontrer. Écrasée par la contrefaçon dans ses chances de prospérité matérielle, elle trouve d'autre part dans l'indifférence du public un accueil à glacer et à paralyser les plus hautes et les plus riches intelligences. Littérature belge et vignobles belges sont aux yeux de bien des gens, choses pareilles et synonymes. Notre terrain n'est pas plus apte à produire le talent littéraire, que le clos Vougeot ou le Romanée. Notre vigne manque de sève, notre littérature d'esprit; l'une est bonne à faire d'excellent vinaigre, l'autre eût pu servir à Gargantua pour prouver à Grand-Gousier son esprit merveilleux et inventif.
Voilà le veto porté depuis six années par les juges-du-camp de notre presse, dont quelques-uns ne ressemblent pas mal, à l'endroit des écrivains belges, à ce bon moine guidant les missionnaires bottés contre les protestans des Cévennes. en s'é-
criant : lue tout! Dieu reconnaîtra les siens!
Nous avons dit à propos d'une polémique enlamce, il y a deux ans, avec V Indépendant, que jamais Vindigénat littéraire ne serait pour nous un litre, une recommandation. Là où il s'agit de talent, d'art, de pensée, de style, de poésie, d'originalité, la question de frontière disparait. Le génie, l'art dans sa multiple expression, est un autre soleil dont Dieu distribue les rayons à tous ses enfans, sans s'enquérir de la couleur de leur cocarde. Byron, Hugo, Dante et Schiller sont des rayons semblables réfléchissant les nuances du milieu dans lequel ils sont tombés. Voilà pour la nationalité qui ne pourrait s'en montrer autrement ficre. Pourquoi donc si aucune nation n'est déshéritée de sa part de génie qui n'a peut-être pas encore rencontré les conditions nécessaires à sa floraison, pourquoi donc conclure du passé à l'avenir? Pourquoi surtout étouffer brutalement sous la sandale des eunuques littéraires qui s'intitulent assez impertinemment critiques, ces germes d'avenir, ces frêles et verts provins qui sans cela eussent produit de riches et vigoureuses végétations?
La critique, pour notre part, nous a toujours été si bienveillante et si courtoise, que nous n'avons aucune arrière pensée personnelle en nous expri-
IME TL'ERie M SEIZlÈXE SIKCI.E. 2
raant ainsi; mais la critique, nous l'avons déjà dit, ne nous sera jamais qu'un aiguillon, quelque envie qu'elle puisse avoir de devenir poignard. Nous ne parlons donc ici qu'au nom de quelques belles espérances foulées sans pitié, égorgelées bien poliment avec cette courtoisie du bourreau de Don Carlos, qui en lui passant le lacet au cou, lui disait avec componction : Laissez-vous faire, Monseigneur, c'est pour votre bien !
Ainsi, d'un côté, sévérité outrée dans la critique, d'autre part, insouciance mortelle pour tous les efforts faits par une courageuse pléiade d'écrivains qui osent rêver à leur pays une littérature spéciale. Journaux, libraires et ministres semblent avoir juré d'amortir la moindre étincelle de l'intelligence nationale dans son expression littéraire. La presse belge, cette bonne tilie toujours prête à laisser tomber sa ceinture pour le plus mince rapin littéraire d'outrc-Quiévrain, a di.»s extases d'admiration, des syncopes d'enthousiasme pour des oeuvres que nous pourrions citer et qui, si elles eussent été signées d'un nom belge, auraient été sifllées et conspuées sans pitié. Nos théâtres sont infestés de pauvretés dramatiques, vraie littérature de commande, écrite par des courtauds de boutique, que chaque soir n )lre public applaudit et
que notre presse admire. Nos libraires réimpriment sans vergogne des productions où la pauvreté du style le dispute à celle de la pensée; nos cabinets de lecture pullulent de romans cadavéreux, intimes, adultères, démocratiques, mousquetaires et autres qui eussent fait la[)ider les écrivains belges qui s'en seraient rendus coupables. Et le public et la presse lisent et admirent ! El le public et la librairie repoussent toute œuvre nationale, tout en parlant chaque jour du besoin de constituer notre nationo' lilv! Et le public et la presse font de jolies plaisanteries sur la littérature indigène, sur l'esprit du cru, le génie du terroir! Le pouvoir seconde de son mieux cette croisade contre les hommes d'intelligence et de style; le pouvoir fait faire des Catalogues à 800 francs le volume! bOO francs de plus que le Paradis perdu de Milton (1); le pouvoir dépense ûO mille francs par an à faire imprimer aux frais de l'état, de gros et honnêtes livres que personne ne lit, pas même celui qui les fait; le pouvoir laisse un auteur dramatique dé[)enser bOO francs pour faire représenter une œuvre destinée h relever la Belgique de ce honteux reproche de stérilité intellectuelle, mais d'une autre part il
(I) Ili^lorique.
dépense royalement 30 mille francs pour donner de grandes lettres de naturalisation aux bœufs du Devonshire, aux ânes maltais, et pour faire pousser du blé de Turquie à 60 francs l'heclolitrel
Voilà où en est la littérature belge sous le rapport de la protection et de l'appui qu'elle trouve dans la presse, dans l'opinion et dans le gouvernement.
Et cependant méritons-nous cet olympien mépris, ce stupide abandon? ne s'est-il pas rencontré parmi nous quelques hommes qui pourraient honorer leur pays par le style et la pensée, comme nos beaux et grands artistes par le pinceau? 11 y a quelques années un jeune écrivain débuta par une œuvre dramatique à laquelle nous avons applaudi avec joie. Une pareille œuvre ailleurs eût rapporté à l'auteur gloire et fortune ; c'était un des diamans de notre écrin littéraire, que le temps et de grandes sympathies pouvaient désormais enrichir de jour en jour. Qu'a fait le pouvoir? au lieu de donner à l'écrivain une position indépendante qui lui permît de développer les belles espérances renfermées dans son drame, il l'a enterré dans la diplomatie, et quelle diplomatie ! Et l'auteur de Jacqueline de Bavière écrit maintenant des notes sur la question des soufres napolitains. Nous avions un autre poêle,
M. Van Hasselt, qui erre aujourd'hui comme une âme en peine aux limbes de l'art, perdu dans les horreurs de la traduction et les marécages de la dissertation historique. Nous avons aussi M. Mathieu, M. Buschmann, M. Bogaerts, toutes belles organisations de poëte, qui s'etiolenl dans les brouillards de leurs provinces, et tant d'autres, qui se sont arrêtés découragés, panenus à moitié de leur voie, en désespérant de réveiller jamais un pays qui en fait d'art en est à admirer les courses de chevaux et la poésie des chemins de fer, et un gouvernement qui garde ses encouragemens pour les Triptolcmes qui viennent lui enseigner à cultiver le blé de Turquie!
Chose singulière! depuis dix ans que nous avons reconquis nos droits de nation et revêtu notre robe virile, il ne s'est pas imprimé un livre, fait une chanson, prononcé un discours, composé un tableau qui ne parle du besoin d'avoir eiifm une existence natiouiile qui nous soit propre. Ce sentiment de nationalité s'est même manifesté avec une telle énergie, qu'il a créé pour ceux qui en gêneraient le développement , une dénomination insultante, un néologisme pittoresque devenu aujourd'hui quasiment populaire. Eh bien! de tous ces évohé de la presse, des chambres, du pouvoir,
de celle congratulation universelle sur l'avenir artistique de la Belgique, sur la nécessité de lui créer une littérature qui fut le reflet de son magnifique et imposant passé; de toutes ces belles promesses auxquelles nous avions cru dans la candeur de notre pensée, qu'est-il resté? c'est que, comme par le passé, le public a souri à l'apparition d'une œuvre littéraire nationale, et que le gouvernement comme un vrai membre du Jockeys' Club, parlant sport, turf, race-booh, a cru faire beaucoup pour la littérature dramatique qui lui demandait un subside, en majorant de quelques mille francs les frais pour les courses de chevaux.
Toutes ces choses ne sont pas, il est vrai, imputables aux hommes qui occupent le pouvoir (1),
fl) On pourra reprocher quelquefois à noire parole un peu de chaleur et d'airicrliime, que la position fausse et cxceplionnellede loul ce qui chez nous s'occupe d'arllilléraire explique suffisamment. Cependant, quelque ouirecuidanles et dédaigneuses allures qu'on puisse afFecler envers eux, nous rendrons toujours justice aux hommes de bonne volonté et d'intelligence qui, animés des meilleures inieniions, se sont vu lier les mains par le brutal hors la loi de nos Mécènes législatifs. Parmi ces quelques hommes, nous citerons M. Nothomb, belle organisation d'écrivain qui s'est fourvoyée dans ce ténébreux gâchis qu'onappclleaujourd'hui politique. M. Nolhomb, qui sera
bien que quelques-uns se soient montrés systématiquement hostiles à tout encouragement, à toute généreuse sympathie. Nous nous souvenons aussi des éloquentes oraisons prononcées par les Dcmosthènes de Bruges, les Cicérons de Turnhout et les Mirabeau de Saint-Nicolas, lorsque M. de Brouckère présenta aux chambres notre pétition sur les droits d'auteur à introduire en Belgique. Il s'est dit pendant celte mémorable discussion, par nos honorables représentans de l'intelligence nationale, plus de nauséabondes bêtises, plus de naïves brutalités qu'il n'en faut pour perdre à jamais un corps législatif de réputation. M. l'abbé de Foere, si notre mémoire ne nous fait défaut, parla litté-
loiijours un historien remarquable quand il dcdai^jnera il'éU*e un habile et spirituel homme de tribune, a compris que le temps était venu où l'on pourrait commander à un liltéraletir un tpisode historique, comme l'on commande un tableau d'histoire à un peintre. C'est donc aux chambres seules à ouvrir les yeux et les oreilles. Nous devons ici remercier aussi, au nom des signataires de la pétition pour les droits d'auteur, M. Henri de Prouckère, dont la parole chaleureuse n'est pas parvenue à percer l'épais épiderrae de notre législature. Toutefois, nous ne nous tenons pas pour battus, et nous reviendrons à la charge celte année.
rature comme un percepteur de contributions. Ses collègues, qui ne comprenaient pas trop ce dont il s'agissait, mais qui enlrevoj aient quelque nouvelle saignée au budget, s'émurent, et un toile général, qui ne ressemblait pas mal aux interjections pittoresques des huslings anglais, vint empêcher M. de Brouckère de leur faire comprendre que la valeur sociale d'un peuple est d'autant plus grande qu'il règne davantage par ses idées et ses arts.
Nous ne pouvons résister au charme de citer ici l'un des argumens ad rem de l'honorable M. de Foere, qui donnera une juste et vraie mesure de ce que ces messieurs de Thielt entendent par nationalité.
« Quels sont, dit M. de Foere, les contribuables qui paieraient ces secours que l'on propose d'accorder au théâtre de la capitale? Ce sont les fermiers et la classe de la bourgeoisie de toutes les autres villes; or, ce serait sur ces contribuables que vous voudriez faire peser les plaisirs et les amusemens que les habitans de Bruxelles vont chercher àleur théâtre, sans que nous en jouissions le moins du monde. »
0 patriotisme béotien ! ô amour du clocher natal! toi seul pouvais inspirer de tels argumens et loi seul pouvais les faire trouver magnifiques par
fous nos Solons à 400 francs par mois, qui, pourvu que la récolle du houblon soil bonne, que le foin ne soit pas trop cher, et qu'ils aient la litière jusqu'au ventre, trouvent fort impertinent de les troubler dans leur sommeil législatif par des exigences littéraires, radicalement inconnues à Waesmunster, à Tliielt et à Lokeren I
La littérature belge sait aujourd'hui, de manière à ne plus se faire plus longtemps illusion, ce qu'elle doit espérer du pays représenté par ses mandataires; elle sait ce qu'elle peut attendre du public, comme sympathie; elle sait ce que sera pour elle la presse, comme loyale critique; elle connaît enfin le terrain sur lequel elle opère, le milieu dans lequel elle respire. Pourquoi donc, nous dira-t-on, connaissant toutes ces choses, ayant si peu de chances de réussite, venez-vous jeter à l'indiflërence générale un livre qui n'a dautre mérite que la forme, que le style, un livre qui n'est ni un livre de poste, ni un tarif des douanes, ni un almanach de commerce, ni rien enfin de ce qu'il faudrait pour attirer sur lui l'attention de vos compatriotes?
Nous répondrons à cela que nous n'ignorons pas que ceux qui se dévouent à pousser les premiers la charrue dans les steppes de l'intelligence, comme
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dans ceux du monde matériel, ne doivent pas s'attendre à recueillir les fruits de leur œuvre. Ce sont les sueurs et le sang de quelques hommes dévoués qui seuls fertilisent ces sillons et les préparent à donner h leurs successeurs ces riches moissons qu'ils rêvèrent en vain. C'est qu'il en est de l'indifférence d'un pays comme de celle d'une maîtresse que l'on espère toujours pouvoir ûéchir, alors même que la raison nous crie que nous implorons un marbre. C'est qu'enfin nous serions heureux de pouvoir prouver par nous-même, que malgré tous les dédains du pouvoir, toute rirai>ertinence de la législature, toutes les froideurs du public et de la presse, il s'est trouvé en Belgique un homme qui n'a pas désespéré de l'art et qui a trouvé en lui ses plus chères joies et sa plus douce récompense.
El maintenant nous exprimerons ici notre reconnaissance, au nom delà littérature belge, à quelqu'un qui a fait plus pour elle que le gouvernement, le pays, la librairie cl la presse; ce quelqu'un, c'est VÉmancipadon.
Bruxelles, 27 juillet 1841.
a présence du , duc de Parme dans les provinces insurgées des Pays-Ras, avait relevé un peu les aflaircs de l'Espagne, compromises par la politique élourdief de don Juan d'Au-
Irichq. Deux pro\inces seulement, le Luxembourg et Namur, reconnaissaient l'autorité de l'Espagne, les quinze autres étaient aux mains des confédérés, tant par les conslans eiïorls des révoltés, que par l'adroite conduite du prince d'Orange, qui, pendant cette longue et cruelle guerre, sut tirer plus d'avantages de ses nombreuses défaites que l'Espagne de ses continuelles victoires. Sa politique tortueuse et souterraine qui rattachait sans cesse les fils si souvent brisés de cette conspiration qui pren:iit tous les masques, invoquait tous les intérêts, avait fait plus de mal à l'Espagne que l'épée des confédérés. Habile à susciter à Philippe II de nouveaux ennemis, les armes espagnoles ne pouvant vaincre partout à la fois, voyaient se relever comme par enchantement derrière elles des légions nouvelles, renaissantes comme celles de Cadmus. L'indulgence de Marguerite de Parme, la sanglante sévérité du duc d'Albe, la douceur de Requcsens et l'incapacité de don Juan, avaient tour-h-tour échoué devant la tenace et profonde antipathie des provinces pour l'Espagne. Enfin, Alexandre de Farnèse vint balancer un peu la fortune du prince d'Orange et jeter son épée victorieuse dans le plateau. Soldat intrépide, savant stratégien, général habile, et par dessus tout fin
politique, sa présence changea bientôt le cours des choses, peu favorable à l'Espagne. En quelques mois, par une suite continuelle de victoires, il jeta l'épouvante parmi les confédérés, reprit une foule de places qui s'étaient rendues aux états, et diminua ainsi les orgueilleuses prétentions que ceux-ci n'avaient pas craint d'élever, lorsque par suite de la négligence de don Juan, ils étaient parvenus à traiter de puissance à puissance avec les envoyés de Philippe.
' Mais là ne s'étaient pas arrêtés les avantages du duc de Parme; grâce à ses négociations adroites et actives, il était parvenu à détacher les provinces wallonnes de l'union et à les faire souscrire sans réserve au traité de Gandy pierre d'achoppement qui empêchait la pacification générale des provinces fidèles; riche en ressources de tout genre, il se décida donc à fermer l'entrée du Brabant par TAUemagne, aux forces que le prince d'Orange ne cessait d'y lever. Après quelques combats qui le laissèrent maître de tout le territoire compris entre Bois-le-Duc, Anvers, Arschot et Hassell, il passa ja Meuse au-dessus de Ruremonde, le 7 février 1379, et ayant pris W'eert, autour duquel il fil camper son armée, il arriva en vue de Maeslricht le 8 mars, époque à laquelle commence l'action
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que nous allons raconter par le menu comme dit Brantôme.
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